MONA OZOUF.

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Créé en 1896 par la Ville de Brive, le Prix de la langue française récompense une personnalité du monde littéraire, artistique ou scientifique dont l’œuvre a contribué de façon importante à illustrer la qualité et la beauté de la langue française. Le Prix 2015 récompense la philosophe, historienne et écrivain Mona Ozouf.

Elle succède à Hélène Cixous. Le prix lui sera remis par la ville de Brive lors de la Foire du livre début novembre.

Le jury du Prix de la langue française est composé d’Académiciens français, d’Académiciens Goncourt, d’écrivains et de journalistes.

Ce n’est pas la première récompense de Mona Ozouf. Elle a reçu le Grand prix Gobert de l’Académie française en 2004, le prix mondial de la Fondation Simone et Cina del Duca en 2007 et le prix de la Bibliothèque nationale de France en 2014.

J’aime beaucoup Mona Ozouf et lui ai consacré plusieurs billets. J’ai commenté sa biographie de Jules Ferry le 9 juillet 2014.

Pour moi, les deux livres qui m’ont le plus intéressée sont « Les mots des Femmes » (27 juin 2013) et « La Cause des livres » (1 mars 2015.)

Dans « Les mots des Femmes » elle trace le portrait de femmes célèbres. J’ai repris Germaine de Staël (17/07/2013), Simone Weil (16/10/2013) Simone de Beauvoir (07/11/2013) et George Sand (19/12/2013).

Dans « La Cause des livres » elle a réuni les articles donnés pendant quarante ans au Nouvel Observateur.

Impossible évidemment de reprendre tous les auteurs dont elle trace le portrait. On y retrouvera des littéraires de plusieurs époques : Montaigne, Bossuet, Montesquieu, Chateaubriand, Zola, Sartre et beaucoup d’autres.

Une partie est consacrée à la correspondance de Rousseau, Balzac, Flaubert etc.

La troisième partie est consacrée à des portraits de femmes dont Charlotte Corday, la femme et les filles de Karl Marx, Flora Tristan « La fiancée de la Révolution »

Les chroniques sont courtes mais toujours passionnantes. Une originalité, les titres des articles comme « Balzac poste restante » « Flaubert enchaîné » « Les tourments de Virginia »

Que le lecteur ne s’y trompe pas. Son livre n’a rien d’une encyclopédie mais est une vision personnelle de l’histoire.

Les 643 pages ne peuvent pas se lire d’une traite. Il faut s’y promener, s’arrêter quand l’intérêt est là et surtout jouir de l’humour et du style de l’auteur.

Je suis contente que ce prix m’ait donné l’occasion de reparler de Mona Ozouf. J’y reviendrai sans doute car j’ai fait, pour ce blog, un choix un peu frustrant car beaucoup d’autres auteurs ou personnalités méritaient un billet.

 

LA CAUSE DES LIVRES.

Mona Ozouf

Mona Ozouf (Mona Sohier) est née en 1931. Agrégée de philosophie, elle s’est dirigée vers l’histoire et est devenue spécialiste de la Révolution française.

« Les mots des Femmes » a été publié, chez Fayard, en 1995. Elle y trace le portrait de femmes célèbres. (Billet du 27/06/2013).

J’ai repris le portrait de Germaine de Staël (17/07/2013), Simone Weil (19/10/2013, Simone de Beauvoir (7/11/2013), George Sand (19/12/2013).

LA CAUSE DES LIVRES.

Dans ce livre, Mona Ozouf a réuni des articles donnés pendant quarante ans au Nouvel Observateur. Elle les a classés par thèmes notamment une partie littéraire, des correspondances, des portraits de femmes.

Dans la partie littéraire, elle s’est intéressée à Montaigne, Bossuet, Saint-Simon, Madame de la Fayette, Montesquieu, Voltaire, Chateaubriand, Balzac, Lamartine, Mérimée, Sainte-Beuve, Hugo, Michelet, Zola, Sartre et d’autres.

Les titres des articles sont toujours spirituels comme « La tournée du petit duc » « Voltaire, hors de lui tous les matins » » « Le médecin des Pierres » « Le mentir-vrai » « Les bonnes notes de monsieur Zola »

Chateaubriand.

J’ai beaucoup apprécié l’article consacré à François-René de Chateaubriand, un auteur dont j’ai aimé les « Mémoires d’outre-tombe. »

« Il est l’enfant solitaire dans la tourelle féodale de Combourg, le garnement de Saint-Malo élevé par le vent et les vagues, le cadet de Bretagne enrôlé dans l’armée des Princes, le voyageur du Nouveau Monde, l’exilé qui crie misère à Londres, l’auteur adulé du « Génie du Christianisme » que le moindre village accueille prosterné, le ministre des Affaires étrangères, le fougueux journaliste d’opposition, le pèlerin de Prague auprès d’un roi fantôme »

Un portrait tracé en quelques ligne que Mona Ozouf complètera admirablement : « Royaliste ? Certes, mais « contre son instinct ». Républicain ? Parfois aussi, mais contre sa mémoire et son cœur. Croyant ? Assurément, mais celui qui disait donner toute l’immortalité pour « une nuit heureuse » écrivait à Lamennais qu’il « voulait » croire, ce qui jette au moins un doute sur la spontanéité de sa foi. ».

L’auteur rappellera que, né en 1768, sa vie avait été fendue en deux par une Révolution qui l’avait frappé dans ce qu’il avait de plus cher : une mère emprisonnée, un frère et une belle-sœur guillotinés, une France dévastée qu’il retrouvera après huit ans d’exil.

Dans la partie correspondance, intitulée joliment « Une liasse de lettres » le lecteur retrouvera notamment Rousseau, Malherbes, Marie-Antoinette, Balzac, Flaubert, George Sand, Virginia Woolf.

Quelques titres d’articles : « Un traité du bonheur » « Balzac, poste restante » « Flaubert enchaîné » « Les tourments de Virginia ».

Dans les portraits de femme, le lecteur retrouvera Charlotte Corday « Il (Murat) demandait cent têtes, puis mille, puis cent mille pour sauver la patrie. Et pour le même but, elle réclamait la tête de l’aboyeur. »

Deux articles sur Karl Marx, sa femme Jenny et ses trois filles, Jenny, Laura et Eleanor.

« Jenny l’altière qui est poursuivie par le boulanger, l’épicier, le crémier, le vendeur de thé, cernée par les huissiers. »

« Il faut aussi pendant que le grand homme médite au British Museum, mener à bien sept grossesses, voir mourir quatre enfants. Il faut affronter ce qui est une abomination : Marx, pendant un voyage de Jenny, a fait un fils à la servante. Engels, ami inconditionnel, endossera stoïquement la paternité, on élèvera le garçon loin de Londres, respectabilité socialiste oblige, et on le cachera à ses sœurs. Mais pas à Jenny ».

Jenny sera toujours fière de voir son mari reconnu, publié, cité.

Ses filles, Marx les a accueillies froidement. On peut comprendre puisqu’ il a perdu deux fils, le seul ayant survécu est celui que Marx a fait à la servante.

Les filles aiment leur père et comme leur mère, relisent, recopient, corrigent « Le Capital ». Aliénation au grand homme ? se demande Mona Ozouf. « Était-ce, en définitive, une chance de naître fille de Marx ? Oui, répond Michelle Perrot, c’était une chance, car ce n’est pas rien d’avoir tout enfant, grâce à un tel père  senti trembler le monde. »

« La fiancée de la Révolution » c’est Flora Tristan qui en Angleterre voit « la concentration industrielle, le machinisme, le paupérisme, avec leurs fruits cruels : violence, délinquance, prostitution. (…)Avant les gauchistes, elle soupçonne les élections de tourner en dérision. Avant les féministes, elle suggère aux femmes de lancer leur corset par-dessus les moulins. On lui doit cette superbe et décisive définition de la femme : « la prolétaire du prolétaire ».

Mona Ozouf, qui avait si bien décrit « La singularité française » dans « Les mots des femmes » trace son premier tableau de la France et les Français en s’intéressant à Vercingétorix : « Le génie du Gaulois, bien qu’il soit un vaincu ou, au contraire, parce qu’il l’est, est d’être toujours un vainqueur moral. Quand le Vercingétorix de la bande dessinée jette ses armes, ce n’est pas aux pieds mais sur les orteils de César, et celui-ci lâche un « Ouap » de douleur. Bref, l’honneur est sauf, la bataille est perdue mais pas la guerre… »

Une fois de plus, Mona Ozouf ne m’a pas déçue. Son livre n’est pas une encyclopédie mais une vision personnelle de l’histoire.

Certes les 643 pages ne peuvent se lire d’un trait. Il faut s’y promener, s’arrêter quand l’intérêt est là et surtout jouir de la culture, de l’humour et du style de l’auteur.

 

MONA OZOUF.

Mona ozouf

Mona Ozouf est née en 1931. Elle a épousé en 1955 l’historien Jacques Ozouf. Philosophe de formation, elle s’intéresse à l’histoire et est devenue spécialiste de la Révolution française.

Elle est directrice de recherche au centre national de la recherche scientifique (CNRS). Elle écrit pour le Nouvel Observateur et participe à la revue Débat.

Ses travaux ont porté aussi sur l’enseignement.

Son œuvre est nombreuse : « L’école de la France : essai sur la Révolution, l’utopie et l’enseignement » « Dictionnaire critique de la Révolution française » « La République des instituteurs ».

Dans « Les mots des femmes : essai sur la singularité française » elle trace le portrait de femmes célèbres comme Germaine de Staël, George Sand, Simone de Beauvoir, Simone Veil dont j’ai parlé dans mon blog. (Billet du 27 juin 2013 et suivants)

JULES FERRY. LA LIBERTE ET LA TRADITION.

Jules Ferry est né le 5 avril 1832 à Saint-Dié, dans les Vosges et est décédé le 17 mars à Paris.

Homme politique, on retient surtout de lui les lois sur l’instruction obligatoire, gratuite et laïque. Il est aussi à la base de l’adoption des lois qui rétablissent le mariage civil, la liberté de la presse, la liberté de réunion, la liberté syndicale. Il est le père de la loi de 1884, toujours en vigueur, qui organise l’élection des maires et du conseil municipal.

Si, pour certains d’entre nous, il est devenu une icône par ses lois sur l’enseignement, il a pourtant été haï par ses contemporains. Détesté au point d’avoir été molesté dans la rue et victime d’une tentative d’assassinat.

Mona Ozouf trace le portrait d’un homme politique attaché à la liberté et aux traditions.

Jules Ferry est né dans une famille de moyenne bourgeoisie. Son père avait vécu la Révolution et avait été maire de la ville sous le Directoire. Jeune homme, venu à Paris faire son droit, Jules Ferry vit une immense désillusion : la révolution de février 1848, qui l’avait enthousiasmé, débouche sur l’élection du prince Louis-Napoléon à l’Elysée, puis sur le coup d’Etat du 2 décembre 1851. Le jeune républicain ne veut pas rallier le second Empire, ce qui lui barre la route de la haute fonction publique. Devenu avocat, il étudie méthodiquement les grands auteurs : Condorcet, Auguste Comte, Tocqueville et voyage.

Jules Ferry constate qu’en France le régime républicain ne parvient pas à s’enraciner. Il veut réconcilier l’idée républicaine avec le sens de la durée, les égards dus au passé et le respect des traditions.

Après la chute de l’empire, les Républicains arrivent au pouvoir. Jules Ferry sera ministre de l’Instruction publique, puis président du Conseil. Il gouvernera de 1879 à 1884.

En 1880, la grande majorité des enfants fréquentaient déjà l’école, mais par intermittence, les plus pauvres, par exemple, étaient absents pour les travaux des champs. D’où la nécessité pour Jules Ferry de rendre l’enseignement obligatoire. Une manière d’établir une justice sociale. Cela concerne aussi les jeunes filles,  les programmes scolaires sont identiques pour les matières fondamentales. Il conserve pourtant la couture pour les filles, futures mères.

Jules Ferry sépare l’école publique de la religion catholique. On cesse d’ouvrir la classe par la prière, le catéchisme n’est plus dispensé par l’instituteur, on enlève les crucifix.  Il remplace la religion par l’enseignement de l’histoire de France, l’instruction civique et la morale. Il introduit la géographie qui doit permettre aux jeunes Français une représentation concrète de leur pays.

Plus de censure dans l’histoire de France, elle ne commence pas à la Révolution. Il est soucieux de saisir l’histoire de France dans sa globalité.

Jules Ferry interdira l’enseignement des Jésuites et autres congrégations mais il maintiendra le Concordat et les parents seront toujours libres de choisir une école catholique pour leurs enfants. Dans l’école publique, les instituteurs étaient invités à observer la plus grande prudence dans l’évocation du sentiment religieux. Plus surprenant, il prêche l’entente avec le pape Léon XIII attentif à la question sociale.

Jules Ferry a aussi été le promoteur de l’empire colonial français. Il veut casser l’isolement de la France, en faire un grand pays. C’est l’aspect le plus contesté de son œuvre et Mona Ozouf ne dissimule aucun de ses aspects condamnables. (notion de race supérieure et inférieure, violences de la colonisation.) Il accorde peu d’importance aux questions économiques et sociales des pays colonisés et pense que l’éducation est la solution de tous les problèmes. Jules Ferry sera l’homme qui a créé les écoles algériennes qui seront magnifiquement décrites par Albert Camus dans Le Premier homme.

Jules Ferry souffrira de la comparaison avec Clemenceau plus lucide et plus prophétique. Mona Ozouf met aussi en garde contre l’anachronisme qui consisterait à juger avec les critères d’aujourd’hui une situation et des actions anciennes de près d’un siècle et demi.

Un homme complexe qui sait qu’il doit avancer « à petits pas ».

Une anecdote confiée à un journaliste. A ceux qui lui reprochent de donner la faculté de lire aux jeunes filles,  il répondra : « Peu importe ce qu’elles lisent. La liberté c’est la capacité d’errer entre le bien et le mal au risque de l’erreur. »

Mona Ozouf trace un portrait sans complaisance mais avec humanisme d’un homme politique important. Elle s’interroge sur ses échecs, ses prises de position parfois contestables. Elle a à cœur de le remettre dans son temps ce qui permet sinon d’approuver au moins de comprendre.

Un petit livre lourd d’enseignement. Passionnant.

 

GEORGE SAND.

George Sand

Dans son livre « Les mots des Femmes » Mona Ozouf consacre un chapitre à George Sand. Aurore Dupin est née à Paris en 1804 et décédée à Nohant en 1876. Elle a passé son enfance à Nohant auprès de sa grand-mère maternelle. Après la mort de celle-ci, elle épouse en 1821 Casimir Dudevant. Le mariage est désastreux. Aurore a des aventures amoureuses puis part seule à Paris, sans ses enfants, Maurice et Solange. « Je suis enfin libre mais sans mes enfants ». Elle reprendra Solange plus tard.

Elle entame une carrière de journaliste, romancière, dramaturge. « Lélia » « La mare au diable »  « La petite Fadette » « Histoire de ma vie »

Elle est surtout connue pour sa liaison avec Alfred de Musset (1833) puis Frédéric Chopin. (1838). Elle est très connue du milieu littéraire et, d’après Mona Ozouf est, de son vivant la femme la plus haïe et la plus calomniée.

A trente-trois ans, elle fait une déclaration qui fait date : « J’en fais le serment, et voici la première lueur de courage et d’ambition dans ma vie, je relèverai la femme de son abjection et dans ma personne et dans mes écrits, Dieu m’aidera. »

Elle se démarque par sa tenue : pantalon, chapeau gris, grosse cravate, cigare et pipe. Elle choisit pour écrire un nom masculin, mais sans S et les quatre premières lettres de son amant de l’époque, Jules Sandeau.

Elle justifie sa tenue au nom de la liberté, la superbe indépendance dont les hommes se croyaient seuls détenteurs.

Elle revendique la liberté pour les femmes qui à l’époque dépendaient de leur mari même pour ouvrir un compte en banque ou considéraient qu’ils avaient le droit de décider de l’éducation des enfants.

Pourtant c’est « Aux femmes de faire des enfants, donc de faire l’enfance des hommes, les hommes eux-mêmes. » Egalité des sexes même si, pour elle, la maternité est une fierté.

Par contre, elle est très opposée à l’institution du mariage qu’elle considère comme un rapport boiteux établi entre les sexes par la société. Elle ira jusqu’à parler « d’esclavage » et même de « prostitution ».

Tout lui est insupportable, la cérémonie, la fierté de s’entendre appeler Madame, l’ingénuité des jeunes filles qui vont à la nuit de noce « comme des pouliches – comme on tend le cou au lacet ». Elle ne cessera de demander aux amis qui se marient de ne point être brutaux. « Les hommes ne savent pas assez que cet amusement est un martyre pour nous. ».

Rien d’étonnant qu’elle revendique pour les femmes la liberté de divorcer. « Le mariage d’amour partagé est la plus belle chose du monde, le mariage sans amour est la plus détestable. » Normal donc de se séparer quand l’amour n’est plus là. Ce n’était pas la conception de l’époque et surtout de l’Eglise qui considère les liens du mariage comme indissolubles. La prescription de Saint-Paul : « Femmes, obéissez » elle ne l’admettra jamais.

Bizarrement, pourrais-je dire, elle refusait toute participation des femmes à la politique. Elle a toujours refusé de figurer sur une liste de candidats. Elle ne croyait pas les femmes inaptes puisqu’elles les considéraient capables de tout mais disait-elle « Comment les femmes que le mariage faisait vivre dans la dépendance des hommes pourraient-elles espérer conquérir cette indépendance-là ? »

Elle est logique envers elle-même en considérant que la priorité est l’obtention des droits que le mariage enlève aux femmes. Elle avait vécu la révolution de 1848, la fête de la fraternité avec enthousiasme mais avait l’intuition que les révolutions ne triomphent que lorsqu’elles sont faites dans les esprits. Elle n’avait pas tort. C’est vrai encore aujourd’hui.

Quand s’annonce la vieillesse, elle écrit à Flaubert : « Voici venue l’heure du repos » et encore : « Tu vas bientôt entrer dans l’âge le plus favorable de la vie, la vieillesse. »

« On n’est jamais vieux quand on ne veut pas l’être ». A côté de ce qu’elle considérait comme le fond d’une vie réussie – la sécurité d’âme de l’amour partagé et la maternité – il y avait mille autres choses : la musique, la botanique, l’amitié qu’il faut entretenir, les chats, la campagne, les fleurs…

Elle avait un formidable appétit de vivre et trouvait son bonheur dans l’absence complète de vanité. Que les hommes puissent attacher tant d’importance aux honneurs lui était incompréhensible. Elle avait d’ailleurs refusé de faire partie de l’Académie française.

A ses funérailles, dans le petit cimetière de Nohant, se pressaient des personnalités : le prince Napoléon, Renan, Dumas… Victor Hugo avait envoyé un message : Je pleure une morte, et je salue une immortelle. » Flaubert qui l’avait beaucoup admirée écrira : « Il fallait connaître comme je l’ai connue pour savoir tout ce qu’il y avait de féminin dans ce grand homme, l’immensité de tendresse qui se trouvait dans ce génie ».

Une fois de plus, Mona Ozouf nous trace un portrait touchant de George Sand, loin des caricatures dont nous avons souvent été abreuvés. Ses romans ne sont pas passés à la postérité, ils sont pour nous largement dépassés. Mais son combat pour les femmes mérite notre reconnaissance. Que sa vie ait paru scandaleuse à certains est compréhensible. Mais je ne retiendrai que sa quête pour la liberté et son éloge de la maternité.

 

SIMONE de BEAUVOIR.

Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir est née à Paris en 1908 dans une famille de moyenne bourgeoisie. Elle est agrégée de philosophie, essayiste et romancière. Elle est décédée en 1986.

Extraits de son œuvre :

Romans : « L’invitée » « Tous les hommes sont mortels » « Les Mandarins » « La femme rompue ».

Essais : « Le Deuxième Sexe » « La Vieillesse »

Récits autobiographiques : « Mémoire d’une jeune fille rangée » « La Force de l’âge » « La force des choses » « Une mort très douce » « Tout compte fait » « La Cérémonie des adieux ».

Simone de Beauvoir est la dernière héroïne du livre « Les mots des femmes » de Mona Ozouf.

Le bonheur est l’obsession de toute sa vie. « Même si l’on n’est pas aimé, même si l’on n’est pas aimable, restent encore la littérature et le simple plaisir de respirer. Avec de bons livres, tout ça qui est bien réel et solide, ne nous manquera jamais. » Elle s’acharnera à être satisfaite et y parviendra presque toujours.

Mona Ozouf s’intéresse à sa jeunesse. D’après elle, Simone a dit détester son enfance, si morose, si rangée qu’elle a failli en étouffer. Si la famille de Simone était conventionnelle, son père l’emmenait au théâtre, était fier de ses succès scolaires et la maison était pleine de livres. Sa mère était bigote mais son père athée. Puis il y avait son amie Zaza éblouissante.

Sur les photographies des « Mémoires » une Simone de deux ans et demi affiche déjà l’air de l’indépendance. « C’est une impatiente, une colérique, avec des flambées brusques de désirs et des suffocations de rage ; une despote qui aime tenir sa petite sœur courbée sous sa volonté. »

Dans le trio d’étudiants qu’elle rencontre en préparant l’agrégation, c’est Sartre qu’elle élit pour sa réputation sulfureuse.

Dans son livre « Tout compte fait » elle fait le bilan de sa vie heureuse grâce à ses dons et à la chance : une santé insolente, des études réussies qui lui garantissaient une indépendance matérielle et l’amour de Sartre.

Et, bien sûr, ses livres dont elle dit que chacun lui coûte deux à trois ans de travail mais que pour elle tout labeur reste un plaisir.

L’amour. Pas seulement celui de Sartre mais aussi des hommes et des femmes. Dans le pacte passé avec Sartre il était clair qu’à côté de l’amour qui les liait, il y aurait forcément « des amours contingentes ».

Qu’est-ce que pour Beauvoir être née femme ? Jusqu’à ses quarante ans, rien, elle vit dans un monde d’hommes et s’y sent bien.

« Le Deuxième Sexe » va changer son regard. « Etre femme, ce n’est rien, en effet, ni essence ni destin. Mais pour la grande majorité des femmes, ce rien est tout »

Ce livre qui va rester son œuvre majeure et aura tant d’influence sur les femmes est né du hasard. Elle admirait « L’Age d’homme » de Michel Leiris et voulait prendre aussi le risque d’une autobiographie. Sartre trouvait qu’une question préalable se posait : qu’a signifié pour elle le fait d’être une femme ? Rien du tout, « ça n’a pour ainsi dire pas compté ». Elle s’enfermera deux ans à la Bibliothèque nationale, ira de surprise en surprise et modifiera sa vision du monde. Elle décrira tout et découvrira que si la biologie peut piéger les femmes, elles peuvent aussi s’en libérer, rejeter cette société qui fait de la femme un être relatif et subalterne. D’où la fameuse phrase : « On ne naît pas femme, on le devient. »

Elle avait tout fait pour ne pas le devenir. Ni meubles, ni maison, ni appartement. Pas de tâches ménagères. Pas de mariage même si Sartre le lui a proposé. Pas d’enfants. Dans « Le Deuxième Sexe » elle rejette le prétendu « instinct maternel » et ne voit dans le désir d’enfants qu’un choix individuel.

Son credo est que c’est la dépendance, l’impossibilité de s’affirmer comme sujet, et non la féminité, qui est responsable du malheur féminin. « En se libérant, la femme aura accès à ces valeurs d’indépendance, de risque, d’intelligence, qui sont déjà privilégiées par les hommes : le monde masculin a l’universel dans son particulier. »

Le paradoxe est que Simone de Beauvoir considérée comme « féministe » s’attirera la méfiance des féministes radicales. Elle concédera qu’elles peuvent être utiles pour « la cause » mais restera fidèle à sa conception : un rapport aisé, détendu avec les hommes.

Lorsqu’elle tombe éperdument amoureuse d’Algren, elle nie « appartenir » à Sartre mais refuse de venir vivre avec lui. « Elle ne peut pas faire autrement. »

Sa découverte de la vieillesse sera douloureuse. La conclusion de « La Force des choses » le dit bien : « Oui, le moment est arrivé de dire jamais plus ! Ce n’est pas moi que me détache de mes anciens bonheurs, ce sont eux qui se refusent à moi. »

La fameuse phrase qui termine le livre  « J’ai été flouée » a été considéré comme un aveu d’un regret d’avoir refusé sa féminité, la maternité, l’émancipation, ce n’est pas ce qu’elle dit dans ce très beau livre. La vie est toujours faite de choix donc de renoncements.

A cette irruption de l’idée de la mort dans sa vie, elle réagit comme elle a toujours fait, en l’affrontant.

Pour Mona Ozouf, le gros livre qu’elle consacre à la vieillesse est un pendant de cheminée au « Deuxième Sexe ». On ne naît pas vieux, on le devient. Mais dans ce devenir-ci, tout est subi.

Dans un entretien, elle dira : « Une femme peut passer à travers la vie en refusant d’admettre qu’elle est fondamentalement, par ses valeurs, son expérience, sa façon d’aborder la vie, différente des hommes. Mais il est très difficile de ne pas se rendre compte qu’on est vieux. Et devenir vieux, c’est devenir mort, c’est devenir rien. »

Une conception bien pessimiste de la vieillesse mais contredite, je crois, par sa vie. D’ailleurs, ne dira-t-elle pas aussi dans « La Vieillesse » : « Il est plus facile de disparaître de ce monde quand on y est une fois vraiment apparu et qu’on y a laissé sa marque. »

Cela, elle a réussi. Elle fait partie de l’Histoire. Qu’on l’approuve ou qu’on ne l’approuve pas, qu’on l’aime ou pas, elle sera toujours une des grandes dames du vingtième siècle.

 

SIMONE WEIL.

Simone Weil.

Simone Weil est une des personnalités choisie par Mona Ozouf pour son livre « Les mots des Femmes. »

Simone Weil est née en 1909, à Paris, dans une famille juive cultivée. Elle fait de brillantes études de philosophie dans la classe d’Alain, puis à l’Ecole normale supérieure dont elle sort agrégée. Elle mourra épuisée à l’hôpital d’Ashford en 1943.

C’est de toutes les femmes dont parle Mona Ozouf la plus difficile à comprendre, la plus controversée aussi.

Sur ces photos d’adolescente, elle apparaît charmante. Très vite, elle va s’appliquer à changer son apparence : un chapeau crasseux, une pèlerine grise, des sandales qu’elle porte même en hiver, pieds nus, elle ne veut pas séduire et s’attachera à devenir comme la jugeront ses compagnons de la rue d’Ulm « imbuvable ». De plus, elle veut vivre dans l’austérité la plus complète, vit dans des chambres pauvres,  jamais chauffées, couche par terre, ne veut rien posséder.

Elle abandonne l’enseignement pour travailler comme manœuvre à l’usine d’Alsthom. Elle est maladroite, se brûle, est débordée par les normes de vitesse, ravagée par des maux de tête. Elle tirera de cette expérience un livre « La condition ouvrière » dans lequel elle décrit minutieusement ce qu’elle vit : les pièces manquées, le salaire rogné, les écorchures aux mains, les réprimandes. Elle croyait à la noblesse du travail, elle découvre une tout autre réalité. « Il (le travail) l’ouvrier à l’outil, le transforme lui-même en outil, inapte à nouer des relations avec les autres outils que sont ses camarades. ».

En 1936, elle s’engage aux côtés des républicains dans la guerre d’Espagne. Un échec, car elle manie aussi mal le fusil que la machine à fraiser. Gravement brûlée après avoir posé le pied dans une marmite d’huile bouillante posée à ras du sol, elle doit repartir pour la France. Elle dira avoir compris « que l’Espagne est devenue le théâtre mensonger d’un affrontement entre communisme et fascisme. »

Son engagement comme infirmière en 1941, à Marseille, sera aussi un échec. Elle veut apporter des soins et un secours moral aux blessés sur le champ de bataille mais a comme objectif aberrant « de faire impression sur les soldats ennemis ».

Simone Weil veut être exceptionnellement libre. Elle veut penser librement, ne veut régler son action que sur son propre jugement.

Cette conviction d’avoir toujours raison lui fera accepter la persécution des juifs pendant la guerre, ayant elle-même l’horreur d’être juive. Elle disait à Gustave Thibon « qu’elle ne savait pas ce qu’était l’essence d’être juive, en tout cas pas une race et, quant à la religion, assurément ce n’était pas la sienne. »

Dans son refus global de la personnalité, elle accorde si peu au rôle personnel des hommes dans l’histoire qu’elle va jusqu’à refuser de voir en Hitler un barbare ou un monstre mais « un simple instrument de cette logique impersonnelle qui veut que chacun commande là où il en a le pouvoir. »

Simone Weil détestait être une femme. Elle avait déjà constaté la condition humiliante des femmes ouvrières. Pour elle, à la subordination des femmes dans le travail, s’ajoute celle du mariage qui livre les femmes au bon plaisir de l’époux et l’angoisse de la vieillesse qui, d’après elle, touche plus sévèrement les femmes que les hommes : ayant perdu la fraîcheur de la jeunesse, elles deviennent « des êtres sans âge » !

Ce rejet de la féminité, fera qu’elle signera les lettres à sa mère d’un « ton fils respectueux ». Elle rejette la sexualité parce qu’elle n’y voit que soumission.

On a souvent parlé de sa conversion au christianisme. Qu’en est-il ? Elle a eu des contacts avec des prêtres et des religieux afin de leur poser des questions sur la foi dans l’Eglise catholique. Le père Joseph-Marie Perrin, religieux dominicain, l’accompagnera lorsqu’elle sera à Marseille entre 1940 et 1942. Pour Mona Ozouf, elle ne s’est jamais convertie mais tous les historiens ne sont pas d’accord avec elle.

Le dernier paragraphe qui lui consacre Mona Ozouf est très éclairant sur la personnalité de Simone Weil, pleine de contradictions. Je le reproduis intégralement.

« Hérétique, a dit Bossuet, tout homme qui pense. A suivre les oscillations perpétuelles de cette pensée exigeante et obstinée, trouée d’éclairs, on se persuade que Simone Weil est profondément hérétique. Hérétique politique au milieu d’une foule de croyants. Hérétique religieuse, servante d’un Dieu caché et absent du monde, qui réservait probablement des surprises au pauvre père Perrin, si désireux de la croire prête pour la conversion. Hérétique de cette terre, être insaisissable et génial, tombé d’une autre planète. Alain, comme si souvent, l’avait laconiquement et merveilleusement exprimé : « une Martienne » selon lui.

J’avoue avoir été étonnée du portrait que fait Mona Ozouf de Simone Weil. Elle reconnaît son intelligence, son engagement mais souligne aussi son intransigeance. J’ai toujours cru qu’elle s’était convertie au christianisme mais qui peut savoir ce qu’elle pensait réellement.

Sa mort au sanatorium d’Ashford le 24 août 1943, officiellement de tuberculose, a aussi été sujet de polémiques parmi les historiens. Certains pensent qu’elle s’est suicidée. Ce qui est certain c’est que sa privation volontaire de nourriture a accéléré sa mort.

Mona Ozouf ne parle pas de son œuvre littéraire sauf de son livre « La condition ouvrière ». Elle a beaucoup écrit : « Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale » « La pesanteur de la Grâce » « Enracinement » « Attente de Dieu »

Je garderai d’elle l’image d’une personnalité complexe qui s’est épuisée dans la fidélité à ses engagements.

GERMAINE DE STAEL.

Madame de Staël.

Madame de Staël, née et décédée à Paris, (22 avril 1766 – 14 juillet 1817), est une romancière et essayiste française d’origine genevoise. Fille de Jacques Necker et Simone Curchod, elle a été élevée dans un milieu intellectuel, fréquentant le salon littéraire de sa mère.

Après son mariage avec le baron de Staël, ambassadeur de Suède, elle a ouvert son propre salon qui deviendra de plus en plus un salon politique.

Elle s’intéresse à la Révolution française mais après la chute de la monarchie, elle doit se réfugier en Suisse. Revenue à Paris, en 1975, elle s’est convertie à la République. Elle vivra très mal le despotisme de Napoléon. Bannie, elle se réfugie à Coppet, dans le château de Necker, en Suisse, où elle reçoit toute l’Europe cultivée. Elle voyage en Allemagne, en Italie, en Russie. C’est à cette époque qu’elle écrit ses romans  « Delphine » et « Corinne ».

Elle revient à Paris dès le retour des Bourbons où elle compose les « Considérations sur les principaux événements de la Révolution française. » Un livre qui fait encore autorité.

Dans mon souvenir,  Madame de Staël était une intellectuelle brillante et célèbre, recevant dans son salon, l’élite de l’époque.

Les deux premières lignes du chapitre que lui consacre Mona Ozouf ont été une surprise : « Deux fantômes hantent les pensées de madame de Staël : le silence, la solitude ; tous deux grimaçants et étendant leur ombre sur la chance d’être heureux. » Elle la décrit comme hantée par l’idée terrifiante de la mort et même de la vieillesse, où il faut « descendre sans appui. »

Aussi, pour elle, l’amour est, pour les femmes, l’indispensable car elles ont besoin de protection. Mais le versant noir, est la crainte de le perdre. Ainsi, dira-t-elle, les hommes, à tout âge peuvent commencer une nouvelle carrière ; les femmes, perdent leur pouvoir de séduction avec l’âge : « A la moitié de leur vie, il ne leur reste plus que des jours insipides, pâlissant d’année en année. »

Madame de Staël a entretenu une liaison avec Benjamin Constant, un amour passionnel qui la poussera pourtant a refusé le mariage qu’il lui proposait.

Quel constat pessimiste pour les femmes que la recherche de la gloire ! « Les femmes qui veulent songer à la gloire trouve devant elles la société masculine tout entière armée contre des rivales. »

Elle parlera des difficultés rencontrées par une femme auteur : les hommes sont intolérants devant une femme supérieure, rassurés quand ils trouvent chez leurs compagnes, un esprit médiocre ; les jolies femmes ne sont pas fâchées de faire la démonstration qu’elles peuvent vaincre la supériorité de l’intelligence, les mères de famille affirment que ce sont elles qui remplissent la véritable destination de leur sexe.

Même si les femmes n’ont pas toutes la même destinée, madame de Staël en est persuadée : « Il y a bien une nature féminine qui comporte des qualités spécifiques : la mobilité, la délicatesse, l’attention aux détails, le discernement que donnent la sympathie et la pitié ; et des insuffisances spécifiques : la timidité devant la calomnie, la difficulté d’exister sans appui, l’insurmontable faiblesse. » C’est ce que Mona Ozouf a découvert en étudiant la correspondance et les romans de son héroïne. Dans son roman, « Delphine », madame de Staël fait dire à un de ses personnages : « La nature a voulu que les dons des femmes fussent destinés au bonheur des autres et de peu d’usage pour elles-mêmes. »

Ses voyages conforteront madame de Staël dans ses opinions. En Angleterre, le pays interdit absolument aux femmes la gloire et même le délice de briller en société. Elle reconnaît que les hommes rendent aux femmes en respect et en fidélité ce que leur situation sociale a de subalterne. L’Angleterre est le pays des bons ménages mais aussi de l’ennui !

Les Italiens sont spirituels, gais, prêts à tomber amoureux et célèbrent le génie d’un être exceptionnel quel que soit son sexe. Le secret du bonheur italien est d’être imperméable à la vanité et à l’opinion. Les femmes peuvent avec une tranquille assurance confesser leur ignorance ou montrer leur instruction. Elles peuvent être professeurs, médecins ou avocats.

Les Allemandes trouvent chez les hommes plus de sentimentalité et de sérieux qu’en Italie, elles sont moins reléguées qu’en Angleterre, mais, défaut suprême aux yeux de madame de Staël, les hommes ont peu de séduction ! Dans une lettre à Necker, madame de Staël avoue ne rien connaître  « d’aussi lourd, de plus enfumé au moral et au physique que tous les hommes allemands. »

Madame de Staël aime la frivolité française, le brillant, la galanterie, mais elle en connaît le prix : « L’oubli et l’indifférence sont des défauts français. ( …) Là où s’affirme la liberté, la sécurité dépérit. »

J’ai trouvé assez curieux ce portrait que fait madame de Staël des femmes, en se basant sur le pays où elles habitent. Nous dirions maintenant : « Quels clichés ! » Mais, n’avons-nous pas les nôtres ?

Je préfère un autre aspect de la personnalité de madame de Staël : sa foi au changement des mœurs et des habitudes par la diffusion des Lumières. Elle se dit certaine que les femmes n’en seront pas exclues.

Si ses propos sur les femmes m’ont étonnée, elle, si brillante, je suis heureuse d’apprendre que malgré tout, elle avait foi en l’éducation, croyait à une évolution qui ferait que le mariage n’apparaîtrait plus comme le seul destin féminin.

Elle ne s’est pas trompée. Dommage pour elle, qu’elle ait vécu au dix-huitième siècle. Dommage qu’elle ait accordé autant d’importance à l’amour au point d’être malheureuse parce qu’une lettre n’arrive pas…

Mona Ozouf s’est surtout attaché à la conception de ce que nous appelons le féminisme dans le portrait qu’elle fait de Germaine. C’est le sujet de son livre.

Mais, si elle n’a pas été reconnue de son vivant comme elle le méritait, elle est entrée dans l’histoire comme celle qui a fait connaître le romantisme allemand en France. Son influence sur la conception de la littérature est indéniable.

C’est bien la femme de lettres qui reçoit les honneurs de la nation en 1850, lorsque son éloge est fait à l’Académie française. Cette consécration, qu’elle est la seconde femme à recevoir après madame de Sévigné, montre bien que, malgré les hésitations et les réticences, madame de Staël est reconnue comme une des grandes figures littéraires de son siècle.