LA CAUSE DES LIVRES.

Mona Ozouf

Mona Ozouf (Mona Sohier) est née en 1931. Agrégée de philosophie, elle s’est dirigée vers l’histoire et est devenue spécialiste de la Révolution française.

« Les mots des Femmes » a été publié, chez Fayard, en 1995. Elle y trace le portrait de femmes célèbres. (Billet du 27/06/2013).

J’ai repris le portrait de Germaine de Staël (17/07/2013), Simone Weil (19/10/2013, Simone de Beauvoir (7/11/2013), George Sand (19/12/2013).

LA CAUSE DES LIVRES.

Dans ce livre, Mona Ozouf a réuni des articles donnés pendant quarante ans au Nouvel Observateur. Elle les a classés par thèmes notamment une partie littéraire, des correspondances, des portraits de femmes.

Dans la partie littéraire, elle s’est intéressée à Montaigne, Bossuet, Saint-Simon, Madame de la Fayette, Montesquieu, Voltaire, Chateaubriand, Balzac, Lamartine, Mérimée, Sainte-Beuve, Hugo, Michelet, Zola, Sartre et d’autres.

Les titres des articles sont toujours spirituels comme « La tournée du petit duc » « Voltaire, hors de lui tous les matins » » « Le médecin des Pierres » « Le mentir-vrai » « Les bonnes notes de monsieur Zola »

Chateaubriand.

J’ai beaucoup apprécié l’article consacré à François-René de Chateaubriand, un auteur dont j’ai aimé les « Mémoires d’outre-tombe. »

« Il est l’enfant solitaire dans la tourelle féodale de Combourg, le garnement de Saint-Malo élevé par le vent et les vagues, le cadet de Bretagne enrôlé dans l’armée des Princes, le voyageur du Nouveau Monde, l’exilé qui crie misère à Londres, l’auteur adulé du « Génie du Christianisme » que le moindre village accueille prosterné, le ministre des Affaires étrangères, le fougueux journaliste d’opposition, le pèlerin de Prague auprès d’un roi fantôme »

Un portrait tracé en quelques ligne que Mona Ozouf complètera admirablement : « Royaliste ? Certes, mais « contre son instinct ». Républicain ? Parfois aussi, mais contre sa mémoire et son cœur. Croyant ? Assurément, mais celui qui disait donner toute l’immortalité pour « une nuit heureuse » écrivait à Lamennais qu’il « voulait » croire, ce qui jette au moins un doute sur la spontanéité de sa foi. ».

L’auteur rappellera que, né en 1768, sa vie avait été fendue en deux par une Révolution qui l’avait frappé dans ce qu’il avait de plus cher : une mère emprisonnée, un frère et une belle-sœur guillotinés, une France dévastée qu’il retrouvera après huit ans d’exil.

Dans la partie correspondance, intitulée joliment « Une liasse de lettres » le lecteur retrouvera notamment Rousseau, Malherbes, Marie-Antoinette, Balzac, Flaubert, George Sand, Virginia Woolf.

Quelques titres d’articles : « Un traité du bonheur » « Balzac, poste restante » « Flaubert enchaîné » « Les tourments de Virginia ».

Dans les portraits de femme, le lecteur retrouvera Charlotte Corday « Il (Murat) demandait cent têtes, puis mille, puis cent mille pour sauver la patrie. Et pour le même but, elle réclamait la tête de l’aboyeur. »

Deux articles sur Karl Marx, sa femme Jenny et ses trois filles, Jenny, Laura et Eleanor.

« Jenny l’altière qui est poursuivie par le boulanger, l’épicier, le crémier, le vendeur de thé, cernée par les huissiers. »

« Il faut aussi pendant que le grand homme médite au British Museum, mener à bien sept grossesses, voir mourir quatre enfants. Il faut affronter ce qui est une abomination : Marx, pendant un voyage de Jenny, a fait un fils à la servante. Engels, ami inconditionnel, endossera stoïquement la paternité, on élèvera le garçon loin de Londres, respectabilité socialiste oblige, et on le cachera à ses sœurs. Mais pas à Jenny ».

Jenny sera toujours fière de voir son mari reconnu, publié, cité.

Ses filles, Marx les a accueillies froidement. On peut comprendre puisqu’ il a perdu deux fils, le seul ayant survécu est celui que Marx a fait à la servante.

Les filles aiment leur père et comme leur mère, relisent, recopient, corrigent « Le Capital ». Aliénation au grand homme ? se demande Mona Ozouf. « Était-ce, en définitive, une chance de naître fille de Marx ? Oui, répond Michelle Perrot, c’était une chance, car ce n’est pas rien d’avoir tout enfant, grâce à un tel père  senti trembler le monde. »

« La fiancée de la Révolution » c’est Flora Tristan qui en Angleterre voit « la concentration industrielle, le machinisme, le paupérisme, avec leurs fruits cruels : violence, délinquance, prostitution. (…)Avant les gauchistes, elle soupçonne les élections de tourner en dérision. Avant les féministes, elle suggère aux femmes de lancer leur corset par-dessus les moulins. On lui doit cette superbe et décisive définition de la femme : « la prolétaire du prolétaire ».

Mona Ozouf, qui avait si bien décrit « La singularité française » dans « Les mots des femmes » trace son premier tableau de la France et les Français en s’intéressant à Vercingétorix : « Le génie du Gaulois, bien qu’il soit un vaincu ou, au contraire, parce qu’il l’est, est d’être toujours un vainqueur moral. Quand le Vercingétorix de la bande dessinée jette ses armes, ce n’est pas aux pieds mais sur les orteils de César, et celui-ci lâche un « Ouap » de douleur. Bref, l’honneur est sauf, la bataille est perdue mais pas la guerre… »

Une fois de plus, Mona Ozouf ne m’a pas déçue. Son livre n’est pas une encyclopédie mais une vision personnelle de l’histoire.

Certes les 643 pages ne peuvent se lire d’un trait. Il faut s’y promener, s’arrêter quand l’intérêt est là et surtout jouir de la culture, de l’humour et du style de l’auteur.

 

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