ELIETTE ABECASSIS.

Eliette Abécassis est née en 1969 à Strasbourg. Son père, Armand Abécassis, est spécialiste de la pensée juive. Après les classes préparatoires au lycée Henri IV à Paris, elle intègre l’Ecole Normale supérieure de la rue d’Ulm et obtient l’agrégation de philosophie. Elle enseigne pendant trois ans à l’Université de Caen puis se lance dans l’écriture. Mère de deux enfants, elle vit à Paris.

Elle a écrit de nombreux romans : « Mon père » « La répudiée » L’or et la cendre » « Et te voilà permise à tout homme » « Un heureux événement » « Sépharade ». (voir billets)

Elle a aussi écrit le scénario du film israélien d’Amos Gital « Kadosh ». Elle s’inspirera du scénario pour écrire son roman « La répudiée. »

UNE AFFAIRE CONJUGALE.

Agathe et Jérôme Portal sont mariés depuis dix ans. Ils ont deux jumeaux, Sacha et Max, âgés de six ans. Agathe est parolière de chansons, Jérôme, dirigeant d’une start-up.

Agathe découvre que son mari la trompe. Elle décide de divorcer mais Jérôme n’accepte pas. Agathe se lance dans un véritable espionnage de son mari. Fouille du bureau, du GSM, de l’ordinateur. Elle est obsédée par l’idée qu’après le divorce, elle devrait partager ses enfants avec Jérôme s’il obtient la garde alternée, mais elle n’arrive pas à renoncer au divorce. Elle se torture, devient anorexique, n’assume plus son travail professionnel, mais ne renonce pas. Elle en vient même à se lever la nuit pour consulter le GSM de Jérôme !

Jérôme, lui, ne cesse de la culpabiliser, affirme qu’elle est incapable de s’occuper de ses enfants, la traite de folle et affirme qu’il demandera la garde des enfants.

Comme Agathe a, sur le conseil de son avocate, demandé le divorce pour faute, Jérôme va lui aussi se lancer dans l’espionnage de sa femme, embauchant même un détective privé.

C’est donc une guerre sans merci à laquelle se livrent les deux conjoints. Si Agathe se détruit, Jérôme qui ne s’est jamais occupé de ses enfants, va se transformer en bon père, se servant d’eux comme des pions contre sa femme qu’il ne cesse d’humilier.

Je ne sais pourquoi, Agathe décide de se créer un avatar sur Facebook et elle dialogue avec Jérôme qui ne sait pas qui elle est. Elle se crée un tout autre personnage, dynamique et sympathique. J’avoue que ce n’est vraiment pas crédible mais c’est un sourire dans une histoire bien sombre.

Un moment émouvant est celui où Agathe et Jérôme décident d’annoncer leur divorce aux enfants. « Papa et maman vont se séparer. Papa va bientôt déménager dans une autre maison. » L’incompréhension des enfants est totale. Sacha a ce mot terrible : « Je voudrais ne pas exister. (…) J’aurais préféré ne pas savoir. Maintenant, je sais. Et la tristesse est dans mon coeur. Et je ne pourrai plus jamais l’enlever de mon coeur. »

Il n’y a pas que les enfants qui sont touchés. Agathe et Jérôme cherchent des témoignages chez leurs amis nécessaires à un divorce pour faute. Peu acceptent d’écrire ce qu’ils ont vu pendant des années. Sa soeur Laura lui dira : « Agathe, tu détestes tellement ton mari que cela finit par tout emporter, même notre relation. Tu deviens folle. Ressaisis-toi. »

Agathe sera aussi ulcérée quand elle apprendra que, mariée sans contrat, tout doit être partagé même si elle a entretenu son mari pendant des années.

Ils finiront par divorcer par consentement mutuel avec garde alternée des enfants.

Ce roman laisse perplexe. Eliette Abécassis a, me semble-t-il noirci le tableau. Elle a choisi volontairement d’insister sur le poids du divorce plus lourd pour Agathe que pour Jérôme. Dans une interview à Paris Match elle déclare : « La législation a rétabli le droit des hommes même en allant trop loin. Les hommes n’ont plus à se battre pour obtenir la garde de leurs enfants. Même s’ils souffrent, j’observe qu’ils refondent des foyers très rapidement. Alors que les femmes restent seules. »

Ou encore : « Quand on aborde le divorce, on ne sait pas très bien ce qui nous attend… C’est une traversée de l’enfer. »

Et à la remarque du journaliste que ce sont les femmes qui, à 70 % demandent le divorce, elle répond : « Oui, car elles ont plus d’exigences. Les hommes aiment rester dans leur vie, même si ça n’est pas satisfaisant. Ils ont du mal à trouver le courage de partir. Et ils ne détestent pas la double vie. Ils aiment garder leur foyer, avec d’un côté, la figure de la mère tutélaire et, de l’autre, une vie à l’extérieur. Les femmes, elles, ne peuvent pas supporter ces situations, même si après il leur arrive de regretter de s’être engageés dans la voie du divorce. »

Eliette Abécassis dira aussi qu’elle a vécu cette expérience et que cela a été au-delà de tout ce qu’elle pouvait imaginer. Cela explique sans doute pourquoi son roman est aussi noir. Elle fait de Jérôme un personnage très peu sympathique qui s’acharne sur sa femme et ne cesse de s’attribuer le beau rôle.

Agathe, pour moi, n’est pas plus sympathique. Elle va vraiment très loin dans des actes de malveillance. Eliette Abécassis justifie son personnage en disant : « A partir du moment où l’on dit « Je ne t’aime plus » c’est un anéantissement total. On perd la raison. Mais tout cela reste un mystère. Je n’arrête pas de me poser la question. Nous sommes face au mystère de la haine, de l’amour, du mal. »

Comme toujours, le roman se lit facilement. J’ai cependant été agacée par les monologues d’Agathe. Qu’elle se pose des questions est normale mais l’auteur aurait dû, à mon avis, ne pas s’étendre aussi longuement.

Une phrase amusante résume bien le livre : « Il faudrait divorcer avant de se marier. »

Eliette Abécassis, qui insiste sur le fait qu’on ne découvre vraiment son conjoint que dans le divorce, n’oublie-t-elle pas que, si l’amour rend aveugle, la haine ne vous rend pas nécessairement lucide ?

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ELIETTE ABECASSIS.

Eliette Abécassis est née le 27 janvier 1969 à Strasbourg. Elle est la fille d’Armand Abécassis spécialiste de la pensée juive. Elle est agrégée de philosophie. Mariée, deux enfants, elle habite Paris. Elle a publié de nombreux romans.

« Mon Père » « La répudiée » (voir billet du 22 octobre 2009). « L’or et la cendre » (voir billet du 17 novembre 2010) « Et te voilà permise à tout homme » (voir billet du 13 octobre 2011).

SEPHARADE.

Le livre a été publié chez « Albin Michel », en livre de poche, en 2009.

Eliette Abécassis a décidé d’en faire un roman. Son objectif est pourtant de raconter l’histoire des juifs marocains, de l’inquisition à nos jours. En faire un roman plutôt qu’un livre d’histoire rend l’oeuvre plus attachante mais aussi plus confuse. C’est à travers son personnage, ses rencontres sentimentales ou amicales, ses conversations avec sa famille, qu’elle retrace l’histoire.

Esther Vital, la narratrice est une juive marocaine née à Strasbourg. Tout au long du livre, elle se demande qui elle est vraiment et si on peut échapper à son destin.

Dans le prologue, Eliette Abécassis, résume la quête qui sera celle de son personnage. « Nous avons tous des identités multiples. Nous venons tous d’un pays, d’une ville, ou d’une rue qui nous définit à jamais. Nous sommes issus d’une culture ancestrale qui nous emprisonne autant qu’elle nous féconde. (…) Nous sommes empruntés et confisqués par notre passé, que nous empruntons et confisquons à notre tour, essayant de savoir qui nous sommes, en cette quête infinie qui commence au premier cri, qui ne s’achève jamais – et qui s’appelle la vie. »

Esther Vital a décidé de se marier avec Charles Tolédano, malgré l’opposition de ses parents. Charles est arrivé à rompre les liens fusionnels qu’il entretenait avec sa mère. Esther, au contraire est sous l’emprise totale de sa mère qui n’hésite d’ailleurs pas à lui faire du chantage. « Tu me feras mourir » est une phrase qui revient plusieurs fois.

Le mariage est cependant décidé et Esther veut se marier en Israël. Toute la famille s’y retrouve et des intrigues se nouent. Son père lui a appris que le jour de son mariage, il confierait à son mari un secret transmis de génération en génération. Ce secret va rendre le mariage impossible. Il s’agit d’une amulette qui doit révéler les secrets des sépharades. Au moment de la remettre à Charles, elle disparaît. Moïse, le père d’Esther, soupçonne Charles de l’avoir volée car il refuse de se laisser fouiller. Il ne le peut pas car il a sur lui un document secret remis par son père. Il ne dit rien.

Les parents d’Esther s’en vont après avoir essayé de dissuader Esther de se marier et de les suivre, ce qu’elle refuse. Mais Charles n’admet pas qu’Esther ne lui fasse pas confiance et s’en va, lui aussi. « Comment te faire confiance désormais ? Comment bâtir une vie autour de toi, et comment croire encore en ton amour ? Tu as tué notre amour ».

Avant cette ultime rencontre avec Charles, Esther, était allée retrouver un ancien amoureux, Noam avec qui elle passe la nuit. Quand elle apprend à sa mère qu’elle hésite entre Noam et Charles, celle-ci lui apprend que Noam est son frère.

Esther se retrouve donc seule. Elle essaie de se noyer mais l’amulette la sauve.

Je suis bien consciente que, résumer ainsi, le livre apparaît sans intérêt. Il se lit pourtant avec plaisir. Eliette Abécassis ne se contente pas de raconter l’histoire des juifs marocains mais les conversations entre ses tantes, par exemple, nous apprennent beaucoup sur les traditions. Il est vrai que la cuisine occcupe une grande partie, les recettes des plats cuisinés sont aussi transmises de génération en génération. J’avoue avoir des difficultés à comprendre une telle importance mais la cuisine n’est pas ma tasse de thé !

Eliette Abécassis parle longuement de la différence entre les Ashkénazes et les Sépharades, de leur rivalité qui va parfois jusqu’au mépris.

Esther est déconcertante. Alsacienne, elle admire la culture française mais son ascendance marocaine, par son père, la lie à ses racines. « Alsacienne, elle était ponctuelle, tranchante, au point de paraître insensible. Orientale, elle avait en elle une générosité onctueuse. »

« Dès son plus jeune âge, on lui avait inculqué les valeurs fondamentales de la religion, du groupe et de la famille. » De plus, elle était superstitieuse, comme sa mère. Elle croyait « au mauvais oeil ». Même ses études de lettres n’avaient pas réussi à la détacher de ces croyances. Tous ces efforts pour conquérir la liberté engendraient un terrible sentiment de culpabilité.

Lorsqu’elle choisit d’épouser Charles, malgré l’opposition de ses parents, elle croit qu’elle a enfin réussi à être libre. Hélas ! ce mariage tourne au désastre. D’où l’interrogation : « Peut-on échapper à son destin ? »

Je l’ai dit, j’ai bien aimé le livre. Il faut du talent pour rendre attrayant une oeuvre où se côtoient l’invraisemblable, de longues descriptions, des réflexions philosophiques, l’histoire. Du talent et un style que j’avais déjà apprécié dans les autres oeuvres de l’auteur.

ELIETTE ABECASSIS.

 

Eliette Abécassis est née en 1969 à Strasbourg. Son père, Armand Abécassis, est spécialiste de la pensée juive. Après les classes préparatoires au lycée Henri IV à Paris, elle intègre l’Ecole Normale supérieure de la rue d’Ulm et obtient l’agrégation de philosohie. Elle enseigne pendant trois ans à l’Université de Caen puis se lance dans l’écriture. Mère de deux enfants, elle vit à Paris.

Son premier roman « Qumram » a remporté un énorme succès. Suivront « L’or et la cendre » »Petite métaphysique du meurtre » « La répudiée » inspirée du film israélien « Kadosh », dont elle a écrit le scénario, « Un heureux événement » « Le corset invisible » « Mon père » « Sépharade » (voir billets du 20 octobre 2009 et du 17 novembre 2010).

ET TE VOICI PERMISE A TOUT HOMME.

Anna qui a une petite fille, Naomi, est divorcée civilement de Simon Attal depuis trois ans. Elle travaille dans une librairie. Son ex-mari lui refuse le « guet » qui lui permettrait de se remarier religieusement. « Le guet, il n’y a que le mari qui puisse le donner à sa femme. Eh bien, sache que tu ne l’auras jamais. »

Anna rencontre Sacha Steiner et ils tombent éperdument amoureux. Mais, elle refuse d’abord toute relation sexuelle, sans oser dire à Sacha la vraie raison. Il est photographe, juif mais non pratiquant. Elle a peur de lui avouer la vérité et qu’il ne comprenne pas. D’après la loi juive, sans le guet, elle ne peut rencontrer un autre homme, ni l’épouser, ni avoir des enfants qui seraient considérés comme des bâtards.

Elle va entreprendre un long combat pour obtenir le guet qui lui permettrait d’épouser religieusement Sacha. Simon lui fait un chantage odieux. Il exige qu’elle lui donne la part de son appartement, puis une grosse somme d’argent qu’elle ne possède pas. Les rabbins l’encouragent à donner à Simon ce qu’ils demandent . « Madame, me dit-il en me regardant dans les yeux, un guet ça s’achète. »

Le rabbin va même ajouter : « Soyez prudente. Si jamais vous étiez avec quelqu’un, et que cela se sache, tant que vous n’avez pas le guet, vous serez considéré comme une femme adultère. Et alors vous ne pourriez plus jamais sortir de votre état d’adultère car aucun rabbin n’aurait le droit de vous marier avec cet homme, même après avoir obtenu le guet. »

Anna est révoltée mais ne veut pas à abandonner sa foi. Elle finira par avoir des relations sexuelles avec Sacha mais elle éprouvera un terrible sentiment de culpabilité.

Ses frères et soeurs la rejettent. Sa mère regrette son impuissance, son père la considère avec une inquiétude grandissante. « Je sais, murmura-t-il un soir, les yeux perdus dans le vague, cette loi est absurde. Je suis contre. Mais que faire, les rabbins ne la changeront pas. Cela fait longtemps qu’il en est question. Les rabbins refusent, avec obstination. Il ajoutera même : « C’est vrai, les rabbins trouvent toujours des solutions. C’est ainsi que le judaïsme a survécu pendant tout ce temps. »

Désespérée, révoltée, comprenant que malgré ses promesses, Simon ne lui donnera jamais le guet, elle contacte des associations qui s’occupent de défendre les femmes. C’est une avocate qui trouvera « l’astuce » qui lui permettra de retrouver sa liberté. C’est Anna qui a acheté la bague et non Simon, c’est contraire à la loi. Avec son avocate, elle se rendra en Israël et un tribunal rabbinique prononcera l’annulation de son mariage.

Dans ce roman, Eliette Abécassis continue à se battre pour défendre les droits des femmes comme elle l’avait déjà fait dans d’autres romans. Mais si le combat d’Anna occupe une grande place dans le livre, Eliette Abécassis s’étend aussi longuement sur le bonheur que lui donne Sacha. Elle découvrira ce qu’elle ne connaissait pas, l’amour basé sur un respect mutuel.

Je ne serais pas honnête si je ne parlais pas de la situation de la femme divorcée dans le christianisme. Une femme divorcée est exclue de la communauté, elle ne peut communier, elle ne pourra jamais plus contacter un mariage religieux. Très souvent, elle sera rejetée par sa famille. Il est vrai que la situation est la même pour les hommes ce qui n’est pas le cas dans la religion juive.

Les récentes déclarations de Monseigneur Léonard sur les divorcés dans l’enseignement ont suscité un tollé. Mais cela ne réconfortera pas ceux qui souffrent du rejet de l’Eglise.

ELIETTE ABECASSIS.

 

Eliette Abécassis est née à Strasbourg,en 1969. Elle est la fille d’Armand Abécassis, professeur de philosophie et penseur du judaïsme renommé, dont les écrits et les enseignements établissent un dialogue fécond entre judaïsme et christianisme.

Après avoir fait ses classes préparatoires au lycée Henri IV, à Paris, elle intègre l’Ecole Normale Supérieure, rue d’Ulm. Agrégée de philosophie, elle enseigne pendant trois ans à l’Université de Caen avant de se lancer dans l’écriture de romans, de livres pour enfants, d’essais et de scénarios. Mère de deux enfants, elle vit à Paris.

Eliette Abécassis a publié son premier roman « Qumram », thriller théologique consacré aux manuscrits de la mer Morte qui a remporté un énorme succès. En 1997, elle a publié « L’Or et la cendre ». Après avoir publié un essai sur le Mal « Petite Métaphysique du meurtre » elle s’installe pendant six mois à Méa Shearim, le quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem, pour écrire le scénario du film iraélien d’Amos Gitaï « Kadosh » Elle s’inspirera du scénario pour son roman « La répudiée ».

Elle s’intéresse à la condition féminine dans « Un heureux événement » et « Le corset invisible ». »Sépharade » a reçu le prix Alberto Benveniste.

L’OR ET LA CENDRE.

Le 27 janvier 1995, Carl Rudolf Schiller, homme politique allemand, théologien réputé, a été assassiné. Son corps a été coupé en deux horizontalement. La moitié inférieure a été retrouvée dans son appartement à Berlin. L’autre moitié reste introuvable. Ce meurtre suscite un grand émoi dans la presse internationale.

Deux amis, Félix Werner, journaliste d’investigation et Raphaël Zimmer, historien spécialiste de la seconde guerre mondiale, décident de mener une enquête. Qui l’a tué ? Pourquoi ? De Paris où ils ont l’habitude de se retrouver au bar de l’hôtel Lutétia, leur enquête va les mener à Washington, Berlin, Rome. C’est dans la bibliothèque du Palais Farnèse, à Rome, qu’ils vont retrouver la seconde partie du corps.

La police arrête Bela Perlman qu’il soupçonne être l’auteur du meurtre car un révolver a été retrouvé chez lui. Il sera relâché mais son ami, Jean-Yves Lerais, est aussi accusé du meurtre. Il sera jugé mais le procès révélera son innocence. Le lecteur devra attendre la fin du livre pour connaître le nom de l’assassin, tout à fait inattendu, comme dans les bons thrillers !

Raphaël va tomber éperdument amoureux de Lisa Perlman, qu’il rencontre pour les besoins de l’enquête. Elle est la fille de Mina et de Samu, rescapés d’Auschwitz qui, bien qu’ils aient l’air d’en savoir beaucoup sur le meurtre de Carl Rudolf Schiller, ne veulent rien dire. Lisa accepte d’épouser Raphaël malgré sa mère qui s’oppose au mariage de sa fille avec un goy. Le couple s’envole pour Israël où Raphaël pour qui les Juifs n’étaient que des « sujets d’histoire, des reliques, des pièces de musée » va être ébloui : « Alors je compris l’extraordinaire de ce peuple. Jamais il n’avait existé dans l’histoire du monde un Etat, qui après avoir été totalement anéanti, eût ressuscité deux mille ans plus tard, il n’y avait jamais eu un autre peuple qui, dispersé aux quatre coins de la terre, se fût rassemblé pour reformer une nation sur le sol ancestral. »

L’histoire d’amour finira mal. Lisa attend un enfant, dont Raphaël apprendra plus tard qu’il n’est pas le père. L’enfant meurt à la naissance et Lisa le quitte.

Le vrai sujet du livre est la question du Mal. Félix et Raphaël, au cours de leur enquête, rencontrent des théologiens juifs et catholiques, des historiens, des rescapés des camps nazis, des résistants et d’anciens collaborateurs.

Tous s’interrogent sur la shoah et l’existence de Dieu. Pour Lisa Perlman, après Auschwitz, il est impossible de croire en Dieu : « ce Dieu de justice, d’amour, de clémence et de miséricorde »qui a laissé s’accomplir le Mal absolu. Moi, je dis que ou bien Dieu est Dieu, et il est tout puissant, et alors il est coupable d’avoir laissé faire, ou bien, il n’est pas tout-puissant et il n’est pas Dieu. »

Sa mère Mina, qui a combattu dans la résistance jusqu’au jour où elle a été arrêtée et envoyée à Auschwitz, proclame, elle, sa foi en Dieu : « Au moment même où certains croyants trouvent des motifs pour rejeter le Dieu de l’histoire, je dis que le juif, lui, au contraire, a l’obligation de croire en Dieu. (…) « En les tuant, c’est ce Dieu de l’histoire qu’Hitler cherchait à faire mourir. Et c’est pour cela qu’il est interdit de faire comme lui. Il est interdit de donner à Hitler une victoire posthume. »

Le père Francis, prêtre catholique, affirme que le monde est dominé par le Diable : « Vous savez, Satan, le père du mensonge et l’auteur du mal, celui qui fait se tourner l’homme contre lui-même. »

Félix lui répondra : « La Shoah n’est pas la victoire de Satan. D’ailleurs ce n’est pas un phénomène religieux, c’est une manifestation de haine de l’autre (…) Ce n’est pas la défaite de Dieu, c’est la défaite des hommes. »

Eliette Abécassis parle aussi longuement de la seconde guerre mondiale. Ainsi, par exemple, au procès de Jean-Yves Lerais, on apprendra qu’il s’appelle Jean-YvesVurtz, fils d’un officier de la Wehrmacht. Toute sa vie, il a été obsédé par l’idée de racheter la conduite de son père.

« L’Or et la Cendre » est un livre très dense, trop peut-être. C’est bien un thriller, le suspense est réel, les personnages sont décrits minutieusement mais le lecteur pourrait éprouver certaines difficultés ou lassitudes à suivre l’auteur dans ses réflexions métaphysiques.

ELIETTE ABECASSIS.

Eliette Abécassis. 

Eliette Abécassis est née le 27 janvier 1969 à Strasbourg. Son père, Armand Abécassis, est professeur de philosophie à la faculté de Bordeaux et spécialiste de la pensée juive. Après avoir suivi les classes préparatoires littéraires au lycée Henri IV à Paris, elle intègre L’Ecole Normale supérieure de la rue d’Ulm et  obtient l’agrégation de philosophie.

Elle publie son premier roman « Qumran » en 1996 : un jeune juif orthodoxe enquête sur des meurtres mystérieux, liés à la disparition des manuscrits de la mer Morte. C’est le premier ouvrage d’une trilogie : « Le Trésor du Temple » et « La dernière tribu ».

 « L’Or et la cendre » paraît en 1997. La même année, elle commence à enseigner la philosophie à la faculté de Caen. Après avoir publié un essai sur le Mal, « Petite Métaphysique du meurtre », elle s’installe pendant six mois à Mea Shearim, le quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem, pour écrire le scénario du film israélien d’Amos Gitaï « Kadosh« . Elle s’inspirera du scénario pour son roman « La répudiée ».

 Elle se marie en 2001, à Jérusalem, et poursuit sa réflexion sur la condition féminine dans « Un heureux événement » et « Le Corset invisible ».

 MON PERE.

 Le roman paraît en 2002. La narratrice Héléna, déprimée après le mort de son père, reçoit une lettre d’un inconnu, qui se présente comme son demi-frère. Ils iront tous deux à la recherche des secrets de ce père inconnu.

Ce n’est pas l’aspect de roman policier qui fait l’intérêt du livre mais la description de la relation quasi fusionnelle que la narratrice entretenait avec son père.

Le livre débute par la description de l’état où elle se trouve après la mort de son père : « Il y a deux ans, lorsque j’ai perdu mon père, je n’avais plus de goût à la vie. Plus rien, plus personne ne trouvait grâce à mes yeux, et je me suis laissé envahir par une force inquiétante et diffuse, qui m’aspirait, m’empêchant de me lever le matin, de sortir et de voir des amis, sans que je puisse rien faire. »

Ce père libraire qu’elle décrit comme  » un voyageur de l’esprit, un passeur, un donneur de rêves, un promeneur de l’Histoire ».

Elle dira comment il lui a appris ce qu’à son tour elle devra transmettre :
« Mon père m’a appris que le langage est essentiel pour l’homme, car c’est par la parole que l’homme a accès au monde. … Mon père disait : il ne faut pas oublier que nous avons des ancêtres, le passé est si proche que l’on peut tendre la main pour y toucher. … Mon père disait : on ne peut pas être heureux, on peut être joyeux. »

On retrouve des valeurs essentielles du judaïsme : le devoir de transmission, la certitude de n’être qu’un « maillon » dans la chaîne humaine.

LA  REPUDIEE.

Rachel et Nathan ont fait un mariage arrangé comme il est de tradition dans la communauté hassidique. (mouvement religieux ultra-orthodoxe). Rachel a aimé son mari dès le premier regard. Elle travaille dans la boutique de son oncle pour permettre à son mari d’aller étudier toute la journée à la yechiva et accepte toutes les contraintes imposées aux femmes. Ils sont heureux, très amoureux, mais n’ont pas d’enfant.

Le drame va ébranler leur couple après dix ans de mariage. La loi hassidique donne au mari la possibilité de répudier une femme stérile. Le Rav presse Nathan de le faire. Mais, pour lui comme pour elle, c’est un vrai déchirement. Nathan ne se décide pas au divorce mais est malheureux car les pressions de la communauté sont très fortes. Il décide de ne plus avoir de relations sexuelles puisqu’ils ne peuvent procréer. « Je suis retournée dans mon alcôve pour une nuit d’insomnie. Tourner et tourner dans mon lit, encore et encore à penser à lui, à son corps, au dessin étrange de son dos un peu arqué, à sa poitrine imberbe. Mon sein me faisait mal de le vouloir ».

Rachel décidera de quitter Nathan alors qu’elle sait qu’elle n’est pas stérile mais ne le dit pas : « Je lui tends le parchemin. … Tout mon corps frémit. IL me retient entre ses bras. Longtemps, nous restons ainsi, sur le pas de la porte, serrés ensemble, avec amour et pitié. »

La soeur de Rachel, Naomi, n’acceptera pas d’épouser Yossef  car elle est amoureuse de Yacov, dont la communauté ne veut plus, parce qu’il est parti faire l’armée « une abomination ».

Deux chemins différents pour ces deux soeurs, acceptation ou rébellion, mais toujours par amour.

J’avais beaucoup aimé le film, j’ai aimé le livre. J’adhère à ce qu’elle dit :« Je crois que le romancier doit raconter une histoire, prendre le lecteur par la main, et l’entraîner dans une intrigue construite qu’il ne puisse plus quitter. »