GEORGE SAND.

George Sand

Dans son livre « Les mots des Femmes » Mona Ozouf consacre un chapitre à George Sand. Aurore Dupin est née à Paris en 1804 et décédée à Nohant en 1876. Elle a passé son enfance à Nohant auprès de sa grand-mère maternelle. Après la mort de celle-ci, elle épouse en 1821 Casimir Dudevant. Le mariage est désastreux. Aurore a des aventures amoureuses puis part seule à Paris, sans ses enfants, Maurice et Solange. « Je suis enfin libre mais sans mes enfants ». Elle reprendra Solange plus tard.

Elle entame une carrière de journaliste, romancière, dramaturge. « Lélia » « La mare au diable »  « La petite Fadette » « Histoire de ma vie »

Elle est surtout connue pour sa liaison avec Alfred de Musset (1833) puis Frédéric Chopin. (1838). Elle est très connue du milieu littéraire et, d’après Mona Ozouf est, de son vivant la femme la plus haïe et la plus calomniée.

A trente-trois ans, elle fait une déclaration qui fait date : « J’en fais le serment, et voici la première lueur de courage et d’ambition dans ma vie, je relèverai la femme de son abjection et dans ma personne et dans mes écrits, Dieu m’aidera. »

Elle se démarque par sa tenue : pantalon, chapeau gris, grosse cravate, cigare et pipe. Elle choisit pour écrire un nom masculin, mais sans S et les quatre premières lettres de son amant de l’époque, Jules Sandeau.

Elle justifie sa tenue au nom de la liberté, la superbe indépendance dont les hommes se croyaient seuls détenteurs.

Elle revendique la liberté pour les femmes qui à l’époque dépendaient de leur mari même pour ouvrir un compte en banque ou considéraient qu’ils avaient le droit de décider de l’éducation des enfants.

Pourtant c’est « Aux femmes de faire des enfants, donc de faire l’enfance des hommes, les hommes eux-mêmes. » Egalité des sexes même si, pour elle, la maternité est une fierté.

Par contre, elle est très opposée à l’institution du mariage qu’elle considère comme un rapport boiteux établi entre les sexes par la société. Elle ira jusqu’à parler « d’esclavage » et même de « prostitution ».

Tout lui est insupportable, la cérémonie, la fierté de s’entendre appeler Madame, l’ingénuité des jeunes filles qui vont à la nuit de noce « comme des pouliches – comme on tend le cou au lacet ». Elle ne cessera de demander aux amis qui se marient de ne point être brutaux. « Les hommes ne savent pas assez que cet amusement est un martyre pour nous. ».

Rien d’étonnant qu’elle revendique pour les femmes la liberté de divorcer. « Le mariage d’amour partagé est la plus belle chose du monde, le mariage sans amour est la plus détestable. » Normal donc de se séparer quand l’amour n’est plus là. Ce n’était pas la conception de l’époque et surtout de l’Eglise qui considère les liens du mariage comme indissolubles. La prescription de Saint-Paul : « Femmes, obéissez » elle ne l’admettra jamais.

Bizarrement, pourrais-je dire, elle refusait toute participation des femmes à la politique. Elle a toujours refusé de figurer sur une liste de candidats. Elle ne croyait pas les femmes inaptes puisqu’elles les considéraient capables de tout mais disait-elle « Comment les femmes que le mariage faisait vivre dans la dépendance des hommes pourraient-elles espérer conquérir cette indépendance-là ? »

Elle est logique envers elle-même en considérant que la priorité est l’obtention des droits que le mariage enlève aux femmes. Elle avait vécu la révolution de 1848, la fête de la fraternité avec enthousiasme mais avait l’intuition que les révolutions ne triomphent que lorsqu’elles sont faites dans les esprits. Elle n’avait pas tort. C’est vrai encore aujourd’hui.

Quand s’annonce la vieillesse, elle écrit à Flaubert : « Voici venue l’heure du repos » et encore : « Tu vas bientôt entrer dans l’âge le plus favorable de la vie, la vieillesse. »

« On n’est jamais vieux quand on ne veut pas l’être ». A côté de ce qu’elle considérait comme le fond d’une vie réussie – la sécurité d’âme de l’amour partagé et la maternité – il y avait mille autres choses : la musique, la botanique, l’amitié qu’il faut entretenir, les chats, la campagne, les fleurs…

Elle avait un formidable appétit de vivre et trouvait son bonheur dans l’absence complète de vanité. Que les hommes puissent attacher tant d’importance aux honneurs lui était incompréhensible. Elle avait d’ailleurs refusé de faire partie de l’Académie française.

A ses funérailles, dans le petit cimetière de Nohant, se pressaient des personnalités : le prince Napoléon, Renan, Dumas… Victor Hugo avait envoyé un message : Je pleure une morte, et je salue une immortelle. » Flaubert qui l’avait beaucoup admirée écrira : « Il fallait connaître comme je l’ai connue pour savoir tout ce qu’il y avait de féminin dans ce grand homme, l’immensité de tendresse qui se trouvait dans ce génie ».

Une fois de plus, Mona Ozouf nous trace un portrait touchant de George Sand, loin des caricatures dont nous avons souvent été abreuvés. Ses romans ne sont pas passés à la postérité, ils sont pour nous largement dépassés. Mais son combat pour les femmes mérite notre reconnaissance. Que sa vie ait paru scandaleuse à certains est compréhensible. Mais je ne retiendrai que sa quête pour la liberté et son éloge de la maternité.

 

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8 commentaires sur “GEORGE SAND.

  1. Merci pour cet article qui réveille nos cervelles engourdies. Ce que je crois moi, c’est que l’homme est et reste un animal. Et je crains malheureusement que l’apparente progression de cet idéal (d’égalité) soit un leurre. Le concept est enchanteur mais dans les faits, tous les deux jours et demi une femme succombe sous les coups de son conjoint. Alors, dans un monde où la violence physique (et verbale) progresse plus vite que nos chers idéaux, j’ai assez peu d’espoir. La violence est la force des faibles, dit-on. Certes, mais c’est surtout une douloureuse réalité où s’écrase la philo. Il y a les hormones. Et puis l’ancrage subjectif carrément détestable qu’on réserve aux filles, gavées dès le berceau de barbies lobotomisées aux atours plus pailletés qu’un arbre de Noël. À mon avis c’est pas demain que disparaîtra la femme-objet. Or les jouets ça se brise, et ça se jette. Quant au MLF, je reste sur ma faim. Et je m’interroge sur le bien-fondé de travailler plus pour un salaire moindre (laissé dans le meilleur des cas aux femmes d’entretien et autres gardiennages, ou pire encore, dans sa penderie et ses congés indispensables), désertant l’éducation de sa progéniture, et refusant au corps enseignant la moindre parcelle de cette nécessité. Au nom de la Liberté? Il y a tant à dire. Et tant à oublier, à l’heure où l’on souhaite aux personnes qu’on apprécie un Joyeux Noël, et une Bonne Année! Bise d’un royaume en déconfiture, et mes meilleurs voeux, à toi et aux âmes chères à ton coeur!

  2. Merci pour votre commentaire. Bien sûr il y a encore beaucoup d’inégalités entre les sexes et aussi entre les classes sociales. Beaucoup trop de femmes subissent la violence de leur conjoint. Mais, il y a quand même eu des progrès depuis l’époque de George Sand. Il faut continuer à se battre.

  3. Je crois qu’on livre en filigrane, dans chaque développement, l’empreinte de son propre vécu.
    C’est pourquoi sans doute je commente si peu. Et je me demande si ce n’est pas encore trop.

    Pardonnez-moi de vous avoir tutoyée comme une malotrue.
    À trop employer la langue de Shakespeare, on finit par perdre son latin.

    Voici ce qu’écrivait Damien Saez, artiste contemporain, anar à ses heures, en 99, dans Jours étranges:
    « Des sanglots pour uniques armes, mais combattre pour que nos larmes ne soient pas perdues »…
    C’est tricher que de sortir une phrase de son contexte, mais en l’occurrence, elle convient pourtant.

    Mais vous avez raison, pensons positif. La désespérance est une petite mort. Bonne journée à vous.

  4. J’ai bien aimé ton (votre) commentaire. Le « vécu », même si l’on croit l’avoir oublié, est toujours là.
    Pas de problème pour le tutoiement. Mais je ne t’ai pas souhaité une bonne année… Je te la souhaite très heureuse et décidée à continuer à laisser des commentaires. Je trouve cela très bien.

  5. La France a longtemps passé pour le pays des femmes. Elle a pourtant la réputation d’être aussi celui d’un féminisme timoré qui a tardé plus qu’ailleurs à asseoir ses conquêtes. D’où vient cette timidité ? Et pourquoi le discours du féminisme extrémiste trouve-t-il en France si peu d’écho ? C’est ce paradoxe qu’explore le livre de Mona Ozouf, en donnant à entendre « les mots des femmes », ceux qu’elles ont choisis elles-mêmes pour décrire la féminité. Ainsi se succèdent les figures et les voix de Madame du Deffand, Madame de Charrière, Madame Roland, Madame de Staël, Madame de Rémusat, George Sand, Hubertine Auclert, Colette, Simone Weil, Simone de Beauvoir. Cette galerie de portraits fait découvrir la diversité inventive des cheminements féminins. Elle met en valeur une singularité française dont l’essai qui lui succède restitue l’histoire et les contours. La postface répond aux étonnements et aux critiques que le livre a suscités, en réaffirmant une de ses hypothèses centrales : que les Français (et ce neutre englobe bien entendu les Françaises) demeurent capables de négocier un rapport heureux entre la différence et l’égalité.

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