TOUTES CES GRANDES QUESTIONS.

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Douglas Kennedy est un romancier américain né le 1er janvier 1966 à New York. Parfaitement francophone, grand voyageur, il vit entre Londres, Paris, Berlin et Wiscasset dans l’état du Maine où il a acheté une maison.

Il a été marié de 1985 à 2009, à Grace Carley, conseillère politique au ministère de la culture au Royaume-Uni. Ils ont deux enfants.

« Cul de sac » « L’homme qui voulait vivre sa vie « « Les Désarrois de Ned Allen » « La poursuite du bonheur » « Au pays de Dieu » « Mirages »

Billets : 20/08/2008 – 22/02/2010 – 21/06/2012 – 13/03/2013 – 17/08/2015

TOUTES CES GRANDES QUESTIONS.

Douglas Kennedy nous signale que son éditeur américain a refusé le livre prétextant qu’étant un romancier à succès ses lecteurs n’apprécieraient pas ce changement de genre !

Le livre est une réflexion sur la vie, le bonheur, la mort. Il retrace surtout son long parcours pour arriver à trouver le sens de la vie qu’est pour lui, l’équilibre. Le livre se termine par les mots que lui disait son professeur de patins : « Ne sois pas si raide. Pense à ton équilibre. Arrange-toi pour glisser. »

L’auteur part de ce qui lui arrive dans la vie ou dans celle de ses amis pour en tirer des réflexions. Il le présente comme « une promenade à travers les questions cruciales que pose la condition humaine. »

Au moment où commence le livre, il s’est réfugié en Suisse pour réfléchir. Sa vie conjugale se détériore, il se tracasse pour son fils Max âgé de sept ans diagnostiqué autiste trois ans avant. Il a quarante-cinq ans.

La première question qu’il se pose est : « Voulons-nous vraiment être heureux ? » Question cruciale qu’il développera tout au long du livre. Très vite, il se demandera si nous ne sommes pas les artisans de la difficulté que nous rencontrons à être heureux. « Sommes-nous les victimes ou les artisans de notre infortune ? »

Sa réponse peut paraître surprenante, elle est pourtant, pour moi, d’une criante vérité.

« Vivre c’est se confronter à un incontournable truisme : la trajectoire de chacun d’entre nous est un récit qui se développe d’une manière que nous n’aurions jamais envisagée. Et si, comme c’est bien souvent le cas, les dénouements successifs de chaque phase de l’histoire nous laissent insatisfaits, ou prisonniers d’une réalité à laquelle il est difficile d’échapper, une vérité dérangeante apparaît : nous sommes les principaux artisans des impasses dans lesquelles nous aboutissons. »

L’auteur ira plus loin en affirmant que nous sommes souvent tentés de réécrire notre histoire pour la rendre plus supportable. Et pourtant « Le tragique fait intrinsèquement partie de l’existence. »

L’auteur s’interrogera aussi sur l’existence de Dieu. Sans répondre mais en rappelant cette visite faite dans une église évangéliste qu’il a racontée dans son livre « Au Pays de Dieu » Un reportage hallucinant !

Car Douglas Kennedy parle de ses livres et nous apprenons par exemple que « L’homme qui voulait être heureux » est inspiré par l’histoire de son père.

Un père qu’il a détesté : « Il m’avait toujours intimidé lorsque j’étais enfant et cela restait vrai. » « Malheureusement pour les autres et pour lui, mon père avait toujours besoin d’avoir raison. » J’ajouterai même quand il était cruel.

Sa mère, une vraie boule de nerfs, lui répétait constamment « Je ne t’aime pas » Parole tragique pour un enfant qu’elle répétera même à son fils devenu adulte. « Le plus dur quand on a un père ou une mère insupportable, c’est que l’on a tendance à se sentir responsable de ce mécontentement permanent. »

Après une violente dispute avec ses parents, Douglas restera plusieurs années sans les voir. C’est pourtant eux qui lui inspireront cette réflexion : « Pourquoi le pardon est-il (hélas) l’unique solution ? »

Son père veut qu’il lui achète une maison puisqu’il est devenu un romancier célèbre. Sa colère contre ses parents est toujours là mais il va s’interroger : « Neuf années avaient passé sans que je revoie mes parents. Ils étaient âgés, bientôt il serait trop tard. Peut-être devrais-je surmonter la peine et la colère ?

L’auteur va poursuivre sa réflexion : « Si je continuais à éprouver de la colère envers mes parents, je ne retirerais rien d’autre que cela : encore de la colère, toujours plus toxique et destructrice. »

Une évidence va s’imposer à lui : le pardon. « me libérer de la fureur que m’avaient inspirée mes parents, c’était retrouver mon intégrité, mettre fin aux émotions négatives qui me minaient, et la condition de cette libération était le pardon. » « Tu as cinquante-cinq ans et il t’a fallu tout ce temps pour comprendre l’un des principes les plus évidents de l’existence : c’est d’abord dans son propre intérêt que l’on pardonne. »

Le dernier chapitre du livre est consacré à son fils Max, autiste. Des pages émouvantes.

Avant de clôturer ce billet,  j’ajouterai que le livre est aussi un essai littéraire. L’auteur parle abondamment de ses lectures : Montaigne, Flaubert, Valéry, Kundera pour ne citer que ceux-là.

J’ai beaucoup aimé le livre. Douglas Kennedy s’y livre comme il ne l’a jamais fait. Ce n’est pas une biographie, ni un livre de recettes, c’est une philosophie de vie que l’auteur nous invite à partager.

 

MICHEL ONFRAY : PENSER L’ISLAM.

Michel Onfray

Michel Onfray est né le 1er janvier 1959 à Argenteau. Philosophe, essayiste il défend une vision du monde hédoniste, épicurienne et athée. Il est influencé principalement par Nietzche et Epicure.

Né d’un père ouvrier agricole et d’une mère femme de ménage, il est abandonné bébé puis placé à l’Assistance publique. De dix à quatorze ans, il fait ses études dans un pensionnat catholique tenu par des prêtres salésiens. Il le décrira comme un lieu de souffrance notamment dans « La Puissance d’exister » et n’oubliera jamais.

De 1983 à 2002, il enseigne la philosophie au lycée technique privé catholique de Sainte-Ursule de Caen. Il critique l’enseignement de la philosophie tel qu’il est dispensé par L’Education nationale, qu’il juge limité à une transmission d’une histoire de la philosophie officielle plutôt que l’apprentissage à philosopher. Il démissionne et fonde l’université populaire de Caen.

So œuvre est très nombreuse. « Théorie du corps amoureux » « Traité d’athéologie » « La puissance d’exister » « Manifeste hédoniste » « L’ordre libertaire ».

PENSER L’ISLAM.

Son livre est divisé en plusieurs parties :
– Penser en post-République
– Introduction
– Entretien.
– Conclusion.

Dans la première partie, il affirme qu’une grande partie de la presse politiquement correcte a le désir d’avoir sa peau. Pourtant, dit-il, je ne suis d’aucune coterie, je suis décidé à rester fidèle à une France maltraitée.

« Ces campagnes de calomnies contre moi ont été sans nom : j’étais coupable de ce que je disais, coupable du ton sur lequel je l’avais dit, en fait, coupable d’être, purement et simplement, et de faire mon métier de philosophe dans une société où le mot d’ordre « socialiste » n’est plus réfléchissons, c’est interdit par Valls, mais obéissez, c’est ordonné par le même. »

Dans l’introduction, il rappelle qu’en 2013, quelques mois après l’intervention de la France au Mali, il avait envoyé un texte au Monde, texte refusé et qu’il reproduit : « Les guerres coloniales contemporaines. »

Il y affirmait que ceux que nous attaquons riposteront à nos attaques. C’était avant le drame du 7 janvier 2015, jour de l’attaque de Charlie Hebdo aux cris de « Allah-hou Akbar » « On a vengé le prophète ».

Michel Onfray s’indigne d’entendre que cet attentat n’a rien à voir avec l’Islam. Pour le philosophe, c’est une négation du réel. Le 9 janvier, c’est la prise d’otages de l’hypermarché casher.

A la demande d’Eric Fottorino, directeur de Un il écrit un texte à paraître dans le numéro du 21 janvier titré « Pourquoi tant de haine ? » Il reproduit aussi son texte intitulé « Le Balai de l’Apprenti Sorcier ».

Dans ce texte, très dur, il accuse la France d’avoir bombardé les populations musulmanes d’Afghanistan, d’Irak, de Libye, du Mali « sous prétexte de lutter contre le terrorisme qui, avant les bombardements, ne nous menaçait pas directement. »

La fin du texte est très claire :
« L’indéniable retour du religieux a pris la forme de l’islam en Occident. Ce retour est à penser dans l’esprit de Spinoza : hors passions, sans haine, sans vénération, sans mépris et sans aveuglement, sans condamnation préalable et sans amour à priori, juste pour comprendre. Ces pages ne sont rien d’autre qu’une conversation sur ce sujet. J’ai tâché d’inscrire ma réflexion dans l’esprit des Lumières dont la flamme semble vaciller jour après jour. »

Dans l’entretien, il répond au journaliste algérien Asma Kouar puis il réalise que l’entretien peut faire l’objet d’un livre. « Penser l’islam n’a besoin d’aucune autre légitimation que l’envie de parler librement. »

Il est évidemment impossible de résumer l’entretien dans le cadre de ce billet. Je reprendrai certains propos. Mon choix est bien sûr subjectif.

Il  y a dans le Coran des sourates qui invitent à la guerre, au massacre des infidèles mais aussi celles qui invitent à l’amour et à la miséricorde.

Michel Onfray en cite beaucoup mais fidèle à ce qu’il disait déjà dans son traité d’athéologie il compare la violence du Coran à celle de l’Evangile.

Exemples du Coran : « Exterminez les incrédules jusqu’aux derniers » « Tout juif qui vous tombe sous la main, tuez-le » « Les hommes ont autorité sur les femmes en vertu de la préférence que Dieu leur a accordées sur elles » «Exterminez les incrédules jusqu’aux derniers» «Tuez les polythéistes où vous les trouverez» Mais aussi : «Pas de contrainte en matière de religion» «Celui qui sauve un homme est considéré comme s’il avait sauvé tous les hommes»

Michel Onfray dira donc qu’on peut dire que l’Islam est une religion de paix, de tolérance et d’amour mais certaines sourates rendent possible un islam de guerre, d’intolérance et de haine.

Dans la logique de sa démonstration il reprendra les paroles de Jésus citées par Saint Mathieu : « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur Terre ; je ne suis pas venu apporter la paix mais l’épée »

Comparer la violence de Jésus chassant les marchands du temple à certaines sourates du Coran c’est, je me permets de le dire, être de mauvaise foi. Rien dans l’Evangile n’appelle à tuer, au contraire, le « Tu ne tueras point » est un impératif chrétien.

Je le rejoins cependant quand il dit : « C’est quand l’islam devient politique que le problème se pose : si un pays effectue les prélèvements dans l’islam de paix, il n’aura pas la même histoire que celui qui voudra l’islam de guerre. »

Peut-il y avoir un islam de France ? Il faut prélever dans l’islam ce qui est compatible avec les valeurs de la République, former les imans, surveiller les prêches, financer les lieux de prière.

Il soulève cependant un problème important : l’islam est la parole de Dieu qui nécessairement dit le vrai. En Islam, tout pouvoir vient de Dieu et il ajoutera que cette thèse se trouve également chez saint Paul. C’est vrai mais Saint Paul n’est pas l’Evangile…

L’athéisme peut-il accoucher d’une morale ? Réponse catégorique : « Je souscris à une éthique qui interdit absolument sans aucune restriction, le meurtre, le crime, la peine de mort sous toutes ses formes : de la vengeance personnelle du talion au bombardement par des Etats de villes remplies d’innocents, en passant par la peine de mort, quelle qu’en soit la formule : d’Etat ou terroriste. Voilà pourquoi je ne me reconnais pas dans les textes sacrés, parce qu’ils justifient les massacres, ni dans les autres textes, non sacrés, profanes, quand ils les justifient également. »

Sa conclusion a été écrite après le 13 novembre. Encore une fois, il n’arrive pas à séparer le terrorisme islamique, qu’il condamne bien sûr, aux autres « violences »  comme les bombardements US.

Et quand le journaliste lui demande si Daesh ne hait pas l’occident pour ce qu’il est, il admet qu’il s’agit bien d’une guerre de civilisation. Cette affirmation : « Les cultures se valent-elles toutes ? Oui, disent les tenants du politiquement correct. ( ?) J’ai pour ma part tendance à croire supérieure une civilisation qui permet qu’on la critique à une autre qui interdit qu’on le fasse et punit de mort toute réserve à son endroit. »

Un livre dense. Je n’ai pu en donner qu’un aperçu.

Michel Onfray est un homme de conviction. Ce qu’il pense, il le dit haut et fort ce qui explique sans doute qu’il soit souvent contesté. Il ne cherche pas à plaire, peut être excessif.  Il sait certainement que certaines de ses positions peuvent choquer.

C’est aussi un homme de cœur. Je pense à l’université populaire de Caen ouverte à tous et, insiste-t-il, gratuite.

Il est aussi un philosophe accessible. Pour moi, c’est une qualité qui n’est pas tellement répandue. Etre obscur est pour certains un gage de qualité… Je ne suis pas de ceux-là.

 

ILIOS KOTSOU.

Ilios Kotsou

Ilios Kotsou est né en 1974 d’un père grec et d’une mère allemande. Emigré en Belgique, il travaille dans le bio puis devient manager de sportifs et d’étudiants stressés.

Titulaire d’un master en sciences du travail et formé à la thérapie brève, Ilios Kotsou a travaillé pendant plus de quinze ans en tant qu’expert et formateur dans le domaine de la gestion des conflits et du changement, notamment pour  Médecins sans frontières.

Il est cofondateur de l’association « Emergences » qui vise à partager les connaissances scientifiques et à financer des projets humanitaires.

Il a écrit de nombreux ouvrages : « Petit cahier d’exercices d’intelligence émotionnelle » « Psychologie positive : le bonheur dans tous ses états » « Petit cahier d’exercices de pleine conscience » « Se changer, changer le monde » « Eloge de la lucidité »

ELOGE DE LA LUCIDITE.

Le livre sous-titré « Se libérer des illusions qui empêchent d’être heureux » comprend une préface de Christophe André et une postface de Mathieu Ricard.

Deux parties : les chapitres consacrés aux idées communément admises dont l’auteur va démontrer que, contrairement à ce que nous croyons, elles empêchent le bonheur ; une deuxième partie intitulée « Les chemins de la lucidité »

Le livre commence par une citation de Blaise Pascal qui résume bien la pensée de l’auteur : « Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons vivre, et, nous dispensant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. »

L’auteur commente cette affirmation de Blaise Pascal en parlant du « piège de l’idéalisation »
Idéaliser le bonheur nous coupe de la réalité et nous empêche de l’apprécier quand il est à notre portée.

L’auteur développera cette idée en cinq chapitres.

  1. Les dangers de la lutte contre l’inconfort.

« Dans une situation difficile, l’inconfort se manifeste par des sensations et des émotions désagréables comme l’insatisfaction, la frustration, l’anxiété ou la tristesse. Pour éviter cela, nous avons coutume d’adopter comme stratégie la lutte contre nos propres émotions. (…) Nos émotions difficiles deviennent alors le centre de notre existence. Plus nous les combattons, plus elles s’intensifient. »

  1. Le mythe de la pensée positive.

« Les tenants de la pensée positive supposent que nous pouvons prendre l’ascendant sur nos pensées. Pouvoir se débarrasser de pensées inconfortables, négatives et les remplacer par des positives n’est peut-être pas si évident que cela. »

  1. Les mirages de la poursuite de l’estime de soi.

« La poursuite de l’estime de soi peut se révéler un facteur de stress et d’anxiété. Elle est souvent associée à des comportements perfectionnistes : pour avoir de la valeur, nous voulons correspondre à un standard que nous n’attendrons évidemment jamais. »

  1. L’impasse du nombrilisme.

« Le nombrilisme parce qu’il nous fige, clôt notre identité à quelques descriptions limitées de nous-mêmes, nous enferme, nous coupe des apprentissages que nous pourrions vivre et nous prive des expériences qui entreraient en contradiction avec cette conceptualisation. Cela revient à nous accrocher à l’histoire que nous nous racontons sur nous-mêmes, envers et contre tout. Nous nous chosifions, nous collons à ce masque, ce costume que l’on nous a fait endosser au fil des années. »

LES CHEMINS DE LA LUCIDITE.1. La tolérance.

     1. « Tolérer signifie aussi « supporter » ce que l’on désapprouve, ce qui nous fait peur. Tant  que nous sommes en réaction par rapport à nos inconforts intérieurs, ce sont eux qui dirigent notre vie. L’apprentissage de la tolérance nous demande d’avoir le courage de nous exposer à nos émotions et, quand nous les avons identifiées, d’accepter de les ressentir et de passer du temps avec elles. C’est, en d’autres mots, pouvoir entrer en amitié avec elles. »

  1. Le détachement.

« Lorsque nous confondons nos pensées avec la réalité, nous leur attribuons les mêmes caractéristiques et leur permettons de prendre le pouvoir sur nos vies. – Faire la différence entre le monde réel et celui de nos pensées est une première clef pour nous détacher d’elles. – Ne pas croire tout ce que notre tête nous raconte. »

      3.  La douceur envers soi.

« Comment se comporter avec autant de douceur tant envers soi qu’envers les personnes qui nous sont chères ? – La douceur envers soi fait appel à une capacité réflexive de compréhension et de bienveillance lorsque nous sommes confrontés à nos faiblesses, à des difficultés ou à des doutes. »

« Se considérer avec compassion, observer sa jalousie ou sa colère sans jugement nous permet de nous centrer sur le présent plutôt que de rester uniquement obsédé par le passé – Lorsque nous parvenons à nous pardonner à nous-mêmes, nous nous rendons capables de plus facilement pardonner aux autres. »

  1. L’élargissement de soi.

« Un être humain est une partie d’un tout que nous appelons Univers, une partie limitée dans le temps et l’espace. Il s’expérimente lui-même, ses pensées et ses émotions comme quelque chose qui est séparé du reste, une sorte d’illusion d’optique et de conscience. Cette illusion est une sorte de prison pour nous, nous restreignant à nos désirs personnels et à l’affection de quelques personnes proches de nous. Notre tâche doit être de nous libérer nous-mêmes de cette prison en étendant notre cercle de compassion pour embrasser toutes créatures vivantes et la nature entière dans sa beauté. » Albert Einstein.

Me voici au terme de la présentation du livre d’Ilios Kotsou. J’ai choisi des citations car il était très difficile de résumer sa pensée. Mon choix est évidemment subjectif et réducteur.

Ilios Kotsou s’appuie sur beaucoup d’auteurs et il nous narre plusieurs expériences menées par des spécialistes dont le lecteur retrouvera les noms dans une bibliographie à la fin du volume.

Il existe énormément de livres sur le thème : « Comment être heureux ? » L’originalité de l’auteur me semble être l’importance qu’il accorde à la nécessité de nous libérer de nos illusions. Accepter la vie, avec ses désagréments, ses souffrances. Etre lucide. Ce n’est pas facile mais cela pourrait être la clef  d’un véritable bonheur.

 

JACQUES ATTALI.

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Jacques Attali né à Alger le 1er novembre 1943 est un économiste, écrivain et haut fonctionnaire français.

Il est surtout connu comme conseiller spécial de Mitterand  de 1981 à 1991, fondateur et premier président de la Banque européenne et fondateur de « Positive Planet » une organisation présente dans 88 pays qui finance, conseille et forme plusieurs institutions de microfinance.

J’ajouterai qu’il a présidé une Commission pour la libération de la croissance française, dite Commission Attali, dont il a remis le rapport en 2008 à Nicolas Sarkozy.

Un rapport sur l’économie positive comprenant 44 réformes sera remis à François Hollande en 2012.

C’est comme économiste qu’il est, à mon avis, le plus connu.

Pourtant Jacques Attali est aussi l’auteur de 65 essais, biographies et romans. Passionné de musique, il pratique le piano depuis l’enfance. Il a d’ailleurs joué pour les Restos du Cœur et écrit une chanson pour Barbara.

En 2014, j’avais eu la surprise de découvrir un autre Attali que l’économiste dans l’essai « Devenir soi ». J’y ai donc découvert les cinq étapes du devenir soi. (22/11/2014).

L’année suivante j’ai lu avec beaucoup d’intérêt « Phares. 24 destins » dans lequel j’ai retrouvé le portrait de personnalités très diverses. J’ai repris celui de Maïmonide (15/01/2015) et de Confucius (08/01/2015).

Je lis aussi régulièrement ses chroniques dans Le Vif  et L’Express.

Ce matin, dans Le Vif  de cette semaine, j’ai découvert une chronique que je veux absolument vous faire partager.

Le titre est surprenant : « A quoi servez-vous ? » Peut-on, dit l’auteur, répondre à cette question sans être emporté dans un abîme de perplexité. « Pourquoi faudrait-il être utile ? A qui ? A quoi ? Qu’est-ce qu’être utile ? Comment être utile ? »

Jacques Attali va nous emporter dans un raisonnement impeccable. On ne peut se limiter à chercher son propre bonheur car « aucune civilisation ne peut survivre par simple juxtaposition d’égoïsmes ».

Suit un paragraphe que j’ai trouvé tellement génial qu’il m’a donné envie de faire ce billet. Je le reproduis :

« Alors, puisqu’il faut être utile, à qui ou à quoi faut-il l’être ? A soi-même ? Cela ne peut convenir, car si une telle réponse était justifiée, renoncer à exister suffirait pour qu’il soit soudain inutile d’être utile ! A ses enfants ? Cela non plus ne peut être satisfaisant, car ne pas en avoir enlèverait alors toute raison d’être utile. A tous ceux qu’on aime ? Ce serait tout aussi insuffisant, puisque ne pas aimer permettrait de se dispenser de toute utilité. Autrement dit, et c’est révolutionnaire : une raison d’être utile ne peut être créée que par celui qui la cherche. Elle doit exister indépendamment de lui. Donc, posez-vous cette question : à quoi servez-vous ? »

Ce ne pourrait être qu’une pirouette mais c’est mal connaître Jacques Attali dont l’obsession est le bonheur de l’humanité.  Se posant la question et après avoir écarté les solutions les plus évidentes comme « Je sers à être heureux ou à rendre mes proches heureux » il arrive à la conclusion : « Il faut que le monde soit un peu meilleur après moi, grâce à moi. »

Une sagesse qui ne lui enlèvera pas sa lucidité car «  si le monde ne peut être une juxtapositon d’égoïsmes, il ne peut non plus être composé de milliards d’altruistes »

Et la conclusion devient évidente : Chacun doit s’épanouir dans ce dévouement, y trouver son bonheur, c’est la grandeur de la condition humaine.

Je vous sens perplexe. Pas facile de souscrire à ce que dit Jacques Attali. Au moins, pouvons-nous y réfléchir et pourquoi pas ? y trouver un autre sens à notre vie.

 

ERIC-EMMANUEL SCHMITT.

Eric Emmanuel Schmidt écrivain chez son éditeur Albin Michel à Paris le 4/04/2012 Photo Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro

Eric-Emmanuel Schmitt est né le 22 mars 1960. D’origine française, il est installé à Bruxelles depuis 2002. Ayant obtenu la naturalisation belge en 2008, il dispose de la double nationalité.

Il est normalien et agrégé de philosophie.

Dramaturge, nouvelliste, romancier, réalisateur, en deux décennies il est devenu un des auteurs francophones les plus lus et les plus représentés dans le monde. Plébiscitées tant par le public que par la critique ses pièces ont été récompensées de plusieurs Molière et du Grand Prix du théâtre de l’Académie française.

Il occupe le siège 33 de l’Académie royale de la langue et littérature française de Belgique, occupé avant lui par Colette et Cocteau.

Son œuvre est tellement nombreuse et si connue que je ne citerai aucun de ses livres.

En 2015, il a publié « La Nuit de feu » où il raconte une expérience mystique vécue dans le désert du Hoggar en 1989 qui l’a fait passer de l’athéisme à le religion.

LORSQUE J’ETAIS UNE ŒUVRE D’ART.

Tazio, le frère cadet des jumeaux Firelli, deux mannequins célèbres d’une grande beauté, décide de se jeter du haut d’une falaise puisqu’il se trouve laid, banal et médiocre et ne supporte plus la gloire de ses frères. Il a vingt ans.

Zeus-Peter Lama qui voit qu’il veut se suicider lui demande d’attendre vingt-quatre heures. « Je ne vous demande que vingt-quatre heures. Donnez-les-moi. Si je n’arrive pas à vous convaincre de vivre, demain, ici, à la même heure, mon chauffeur vous ramènera et vous vous suiciderez. »

L’homme qui vient de lui proposer ce marché est un peintre et sculpteur « le plus grand peintre et le plus grand sculpteur de notre temps. »

Tazio accepte de le suivre. Zeus-Peter Lama lui propose de faire disparaître complètement son ancienne vie et de faire de lui une sculpture vivante nommée « Adam bis »

Tazio se soumet entièrement à la volonté de l’artiste qu’il appelle son bienfaiteur. Son corps va être totalement transformé et déshumanisé pour devenir une œuvre d’art que Zeus exhibera, fier de son œuvre.

Tazio va rencontrer par hasard un peintre Hannibal et sa fille Fiona. Aveugle, Hannibal ne voit pas l’apparence physique de Tazio et c’est sa fille qu’il lui apprendra qu’il est le Adam bis dont il avait appris l’existence, indigné de ce que Zeus lui avait fait.

Adam commencera à se décomposer lorsqu’il refusera d’accorder de l’importance aux apparences pour donner priorité à son humanité et retrouver son identité. Il pourra commencer une autre vie avec Fiona.

Un conte philosophique sur l’importance de l’apparence. Tazio est malheureux parce qu’il se compare à ses frères. Il est donc prêt à renoncer à son humanité pour être célèbre.

Méditation sur l’art. Zeus-Peter Lama devrait être considéré comme un monstre. Pourtant les exhibitions de ses œuvres d’art attirent le public.

Question sur l’existence. Faut-il être célèbre comme le pense Tazio au début ou accorder plus d’importance à l’amour, celui qu’il découvrira avec Fiona ?

Certains ont dit que l’auteur avait écrit son roman à la suite d’une émission de télévision dans laquelle quelqu’un parlait de ses nombreuses opérations chirurgicales faites pour devenir beau. Anecdote peut-être mais qui pose bien le problème de la « beauté » recherchée à tous prix par certains.

S’accepter plutôt que de rechercher l’admiration, la célébrité. En un mot, être soi-même. Voilà, je crois, le message que l’auteur a voulu donner à ses lecteurs.

Un roman original, cruel, dérangeant et pourtant il se lit avec plaisir.

 

LAURENT GOUNELLE.

Laurent Gounelle

Laurent Gounelle, né le 10 août 1966, est écrivain et consultant en relations humaines.
(Billets du 17 septembre 2012 – 18 avril 2013)

LE PHILOSOPHE QUI N’ÉTAIT PAS SAGE.

Sandro, enseignant de philosophie à l’université, démissionne après avoir sollicité un congé sans solde que le président lui a refusé. Il ne s’est pas remis du décès de sa femme Tiffany, journaliste décédée lors d’un reportage en Amazonie. Il veut punir ses assassins en les faisant souffrir comme il a souffert.

Pour accomplir son projet, il recrute des mercenaires, ceux qui ont ramené le corps de sa femme et lui ont fait croire qu’elle avait été victime d’un rituel, un sacrifice humain.

Il débarque en Amazonie où vivent des Indiens en harmonie parfaite avec la nature. Ils sont heureux, Sandro décide de les rendre malheureux « chaque heure, chaque minute, chaque seconde de leur vie, jusqu’à la fin de leur vie. »

Krakus va exécuter les consignes de Sandro. Il coupe les Indiens de leur vie quotidienne en les abreuvant d’informations pour les empêcher de réfléchir, leur fait construire des huttes qui les coupent les uns des autres, les gave de sucreries et d’objets inutiles.

Krakus prend plaisir à transformer ces Indiens qui perdent leur joie de vivre, deviennent envieux et individualistes.

Elianta, jeune chamane du village, va sauver son peuple.

Sandro apprendra la vérité, ce ne sont pas les Indiens qui ont tué sa femme mais Krakus.

L’histoire est simple mais invraisemblable. Le lecteur comprend tout de suite que c’est impossible que les pacifiques Indiens aient tué sa femme. Le village aussi semble irréel mais, bien sûr, l’auteur est libre de sa fiction.

Cependant, il est difficile d’imaginer que Sandro, prof de philo, se serve de sa connaissance de l’être humain pour transformer les Indiens avec un cynisme peu acceptable.

L’objectif de Laurent Gounelle est d’opposer deux conceptions de vie différentes. La vie occidentale et celle « pure » des Indiens.

La poésie est présente, le personnage d’Elianta attachant, le livre est bien écrit mais j’ai été déçue. J’avais aimé « L’homme qui voulait être heureux » et « Les dieux voyagent toujours incognito » même si je n’apprécie pas la littérature du développement personnel.

Dois-je rappeler que les livres de Laurent Gounelle sont des best-sellers dans de nombreux pays ?

 

JACQUES ATTALI.

Jacques Attali

Jacques Attali économiste et écrivain est né le 1er novembre 1943 à Alger. Il a été le conseiller spécial de François Mitterand. Il a fondé et en a été le premier président la « Banque européenne pour la reconstruction et le développement. Il a présidé la « Commission pour la croissance française ». Il dirige actuellement le groupe « PlaNet Finances ».

Il est l’auteur de nombreux rapports sur les réformes qu’il croyait nécessaire pour le bien de la France sans, il faut bien le dire, être très écouté des Politiques.

Il est aussi l’auteur de soixante-cinq essais, de biographies et de romans. Il est actuellement éditorialiste à L’Express.

Impossible de citer tous ses livres. Je ne reprendrai que ceux que j’ai lus : « Les Juifs, le monde et l’argent » « La Crise, et après ? » « Une brève histoire de l’avenir » « Sept leçons de vie » » « La Confrérie des Eveillés » « Blaise Pascal ou le génie français »

DEVENIR SOI.

Le titre m’avait intriguée. Il existe tant de livres sur une vie réussie, être soi, le bonheur que je me demandais ce que Jacques Attali, éminent économiste, allait apporter de nouveau à ces thèmes abondamment traités par des philosophes ou des psys.

Les premières lignes du livre m’ont fait sursauter « Dans un monde insupportable et qui bientôt le sera bien plus encore… » Puis « Le monde est dangereux et le sera de plus en plus » Un constat sur la violence déchaînée par l’intolérance et les idéologies obscures, l’environnement qui se dégrade, la disparition de l’emploi, les inégalités comme la pauvreté en augmentation, un niveau de vie menacé.

Pour Jacques Attali la plupart des hommes politiques se préoccupent uniquement du quotidien et de leurs électeurs ; les chefs d’entreprise, de leurs actionnaires.

Un jugement sévère justifié sans doute par le souci qu’il a eu constamment de proposer des réformes utiles et d’être rarement suivi.

Il va longuement décrire ce qu’il appelle « L’irrésistible ascension du Mal ».

Face à cela, les citoyens qu’il appelle « Les résignés-réclamants » « Malgré ces désastres à nos portes, et en dépit de l’impuissance croissante des Etats, les hommes et les femmes politiques continuent de faire comme si tout  dépendait d’eux » Et les citoyens de feindre de les croire…

Heureusement, me suis-je dit, le chapitre suivant annonce une renaissance en marche. « Bien des mouvements d’idées poussent à revendiquer la liberté sous toutes ses formes. Bien des individus ont commencé à ne rien attendre des pouvoirs, à se prendre en main, à se débrouiller, à choisir leur vie. Bien des « devenir-soi »sont en cours : ceux-là osent ne pas se laisser dicter leur vie par le désir des autres ; ne pas se contenter de consommer, que ce soit des objets, des services, des prothèses ou de la politique »

Un petit détour dans l’histoire pour revenir à notre monde et l’aspiration à la liberté et à la démocratie.

Pour prouver que le devenir-soi est possible pour tous, l’auteur va très longuement citer ceux qui y sont parvenus. Un chapitre consacré aux artistes, un autre aux entrepreneurs. L’intérêt de ces très longues énumérations est de nous apprendre ou de nous remettre en mémoire ce que certains ont réussi à faire de leur vie, d’où ils sont partis, où ils ont arrivés.

Des artistes connus comme Vivaldi, Mozart, Rossini, Marx, Picasso, Diderot, Hölderlin, Matisse, Rimbaud, Camille Claudel, John Lennon et beaucoup d’autres.

Dans les entrepreneurs, Thomas Edison ou Henri Ford. Plus surprenant, de nombreuses entreprises qui tiennent compte de l’intérêt des générations suivantes, comme la maison Hermès. Plus attendu, ceux qui créent des fondations comme Bill et Melinda Gates ou encore de nombreuses associations comme « Les petits frères des Pauvres » Coluche et « Les Restos  du cœur » «  Médecins sans frontière. »

Jacques Attali ne s’arrêtera pas là, citant Mathieu Ricard, Mohandas Gandhi, Abraham Lincoln et même Mikhaïl Gorbatchev.

Toutes ces personnalités sont classées dans des catégories que je ne reprendrai pas car ce serait vraiment trop long.

J’en arriverai donc tout de suite aux étapes du devenir-soi  sans passer par le chapitre consacré aux philosophes :

1/ Comprendre les contraintes imposées à sa vie par la condition humaine, par les circonstances et par les autres.
2/ Se respecter et se faire respecter ; réaliser qu’on a droit à une belle vie, à du beau et du bon temps.
3/Admettre sa solitude ; ne rien attendre des autres, même de ceux qu’on aime ou qui nous aiment ; et grâce aux étapes précédentes, la vivre comme une source de bonheur.
4/ Prendre conscience que sa vie est unique, que nul n’est condamné à la médiocrité, que chacun a des dons spécifiques. Et qu’on peut même, au cours de sa vie, en mener plusieurs, simultanément ou successivement.
5/ On est alors à même de se trouver, se choisir, prendre le pouvoir sur sa vie.

Tout ce « chemin » est commenté par l’auteur.

J’ai lu le livre avec intérêt pour sa partie historique. Je ne vais pas émettre de jugement sur le « chemin » proposé par l’auteur pour le « devenir-soi. »

J’apprécie le « devenir soi » en opposition au classique « être soi » Je suis bien sûr d’accord sur l’importance que représente le choix de vivre sa vie sans être influencé par ce que nous propose la société actuelle. Est-ce possible ?

Je soulignerai un paradoxe : les principes que défend l’auteur semblent nous amener à l’égoïsme. Or, Jacques Attali les présente comme un moyen de changer le monde.