BELGACOM. (2)

Téléphone

Il y a des jours comme cela. Aujourd’hui, les journaux titrent tous sur le bouclage de la plus importante réforme de l’état. « Les huit formations politiques qui représentent deux tiers du parlement ont osé prendre leurs responsabilités. C’est une prise de responsabilité qui force le respect et l’admiration » a déclaré Elio Di Rupo au cours de sa conférence de presse. Je vais donc joindre mes félicitations en espérant que les régions, à long terme, ne la paieront pas chèrement.

Je vois votre perplexité : pourquoi ce titre ? C’est que bien concernée par les problèmes de l’état, je le suis aussi, par mes petits soucis. Je m’explique.

Hier, je constate que mon téléphone ne fonctionne plus. Je signale le dérangement. L’opérateur me dit qu’il a testé ma ligne et qu’elle est en parfait état. « C’est votre téléphone qui est défectueux. Rapporte-le dans une boutique. Si je vous envoie quelqu’un, il le constatera et vous devrez payer pour un dérangement inutile. »

Je raccroche. Je branche un autre téléphone sur la prise principale, rien ne fonctionne. Je vais sur internet et je découvre un service « tester votre ligne ». Je m’exécute, message suivant, « Opération impossible à effectuer. »

Je découvre un formulaire mail où j’explique ce qui se passe. Dix minutes plus tard, coup de fil, je vous envoie un technicien pour mercredi entre dix et 14 heures 30. Parfait.

Le soir, un technicien se présente et répare. Magnifique ! Je m’étonne de sa venue aussi rapide mais il ne répond rien.

Ce matin, 8 heures, un autre technicien vient pour réparer. Je lui explique que c’est fait. Il vérifie et, après l’avoir constaté, il s’en va.

A 13 heures, un coup de fil sur mon GSM m’annonçant la venue du technicien. Je réponds que c’est inutile que tout est en ordre. Surprise ! Je me fais insulter : « Ce n’est pas possible, il va venir voir, on ne le dérange pas pour rien… » Je passe le reste de la conversation très peu aimable.

Coup de fil au service. Je reprends mes explications et dit que je ne veux pas que ce technicien vienne pour constater que tout est en ordre et me facturer un déplacement inutile, comme m’avait prédit le premier opérateur. Réponse : « Laissez-le venir, vous verrez bien. » Je maintiens mon refus. Il me promet alors de contacter le dernier technicien pour qu’il ne vienne pas. Apparemment, c’est fait, je n’ai plus eu personne. Merci à lui.

Je me pose plusieurs questions. La visite du premier : qui l’a mis au courant ? Celle du second, même question. Le troisième, pourquoi n’avait-on pas annulé son rendez-vous ?

Après mon euphorie d’avoir été si vite dépannée, je m’interroge.  Oserais-je l’avouer, après la très désagréable conversation téléphonique, j’ai même imaginé que le troisième technicien allait me remettre « en panne ».

Ah ! l’imagination…

J’espère que plus rien n’arrivera et que je ne devrai plus parler de Belgacom que pour en dire du bien. Vraiment, je préfèrerais.

PELE-MELE.

Quel choc que la mort de la petite Diana. Etrangler son enfant de quatre ans pendant son sommeil paraït monstrueux. La mère affirme avoir voulu protéger sa fille des violences de son père qu’elle même avait subies. Elle avait introduit une demande pour avoir la garde classique de sa fille au lieu de la garde alternée. Il y a quand même un gros problème quand la mère est obligée de confier son enfant à son père alors qu’elle craint les violences qu’il pourrait lui faire subir. Beaucoup diront qu’on ne peut pas priver un père de son enfant, soit, mais avoir les preuves d’une violence n’est pas toujours facile. On revit le drame de Geneviève Lhermitte.

Le Dalaî-Lama est accueilli comme une star à Huy. Les autorités n’ont pas cédé aux pressions chinoises. Il bénira le centre Yaouten Ling après un défilé en voiture découverte. Il sera fait citoyen d’honneur de la ville. De nombreuses personnalités politiques seront présentes mais le chef des bouddhistes tibétains affirme bien que sa visite est spirituelle et pas politique.

Parlement wallon à Namur.

Willy Borsu, chef du groupe MR au parlement wallon dénonce la politisation de l’administration wallonne. D’après le Gerfa, sur 66 nouveaux directeurs, 37 sont étiquetés PS, 19 CDH, 6 MR, 2 Ecolo. Le dossier est géré par Jean-Marc Nollet. Willy Borsu affirme que Ecolo aurait obtenu des compensations dans des organismes parapublics. « La bonne gouvernance » prônée par Ecolo n’est plus d’actualité !

J’apprends que la nouvelle réforme de l’Etat sera débattue en juin à la Chambre et au Sénat. C’est tard si on pense devrait être votée avant les élections communales pour donner des satisfactions aux partis flamands. Les députés qui ont déjà réservé leurs vacances reviendront.  En août,  s’il le faut !

Bisbouilles au PS et à l’Open vld. Philippe Moureaux préparerait activement la nomination de Laurette Onkelinx à la présidence. Hum ! Qu’en pensent les « deux » présidents actuels ?

Pas simple tout cela !

ELIO : SAUVEUR OU FOSSOYEUR ?

 

Elio Di Rupo, après son rapport au Roi, a donné sa deuxième conférence de presse. Les commentaires divergent. Je ne suis pas politologue mais, comme citoyenne, je tiens à mon petit commentaire.

Quand j’ai ouvert la télévision, à six heures trente, sur la Une, Elio Di Rupo s’exprimait en flamand, avec une traduction simultanée. Contrairement à ce qui se fait d’habitude, on entendait les deux discours, néerlandais et traduction alors que généralement quand il y a traduction, on n’entend que celle-ci. J’ai donc trouvé cela très désagréable. De plus, il paraît que s’exprimer en néerlandais était voulu, une manière de faire du charme aux Flamands. Bien, mais à contrario, très déplaisant pour une francophone. Une manière de confirmer que contenter les Flamands est vraiment la priorité des priorités !

Je n’ai pas le texte du discours et mon décodeur, pourtant flamand, était en panne. Impossible d’enregistrer. De mémoire, avant d’aborder le fond, je dirai que cette manière de se présenter comme le sauveur de la Belgique, d’insister sur le « devoir » qu’il s’impose, le bien que la réforme représente pour le pays qui sera enfin ! débarrassé des problèmes constitutionnels, m’ont agacée. Pourquoi ? Je ne crois pas que la réforme permettra de vivre en paix, ni, même réussie, qu’elle sera la dernière. Or, je trouve que le prix à payer est énorme pour les Francophones.

Il a repris la comparaison d’une réforme copernicienne, le centre de gravité de la Belgique se déplaçant du Fédéral vers les régions, commenté longuement les compétences quittant le Fédéral et insistant sur le fait « historique » des milliards que cela représente. Bravo ! Pourtant, avant les élections, les partis politiques parlaient de la dette abyssale, de la difficulté de retrouver l’équilibre financier exigé par l’Europe alors que les caisses du Fédéral étaient vides. Je ne vois pas comment en versant autant d’argent aux entités fédérées (lesquelles d’ailleurs ?) le Fédéral ira mieux. Si les régions pourront créer des emplois de fonctionnaires, le Fédéral gardera les siens.

Une autre affirmation m’a paru utopique ou mensongère : « personne ne peut être appauvri ». Donc pas d’appauvrissement des ménages wallons si les AF sont supérieures en Flandre, si l’impôt des sociétés permet une concurrence déloyale, si les soins de santé sont remboursés différemment, si et si…. Ceci affirmé au moment où la Région wallonne taxe le gaz plus fort qu’en Flandre…

Mais, pour moi, le plus incroyable est l’annonce faite de l’intention de revoir la loi de financement. Il me semblait pourtant que c’était le « non » francophone qui avait provoqué le blocage ! Et surtout, qu’après les concessions faites par les Francophones, beaucoup trop de mon point de vue, c’était une nouvelle revendication de la N-VA. Une de plus : Bart De Wever voit que cela marche, alors pourquoi ne pas en profiter ?

Je ne comprends pas qu’Elio Di Rupo demandant aux partis de prendre leurs responsabilités, certains l’interprètent comme un message envoyé à la N-VA. Dans le sens « cela suffit » alors que le préformateur annonce qu’il accepte de discuter de leur nouvelle, xième demande ? 

Rien sur Bruxelles. Et de nouveau, même ce matin, à la RTBF, le constitutionnaliste, Hendrik Vuye, professeur universitaire à Namur, conseiller de la NV-A  (comment est-ce possible ?) réaffirmait que Bruxelles était une ville spécifique et admettait implicitement la tutelle des deux régions. Cela valait la peine de bloquer la scission de BHV pendant des années pour que lors d’une réforme où l’on renforce les régions, Bruxelles ne puisse toujours pas être une région comme les autres.

Il y aurait encore beaucoup à dire, politologues et journalistes s’en chargeront.

Ce que je regrette le plus est que si le moment était vraiment venu de faire une grande réforme de l’Etat, cela se fasse sous la pression de la N-VA, selon ses diktats et que ce ne soit pas  l’occasion de redessiner une autre Belgique, plus équitable, au lieu de poser les jalons souhaités par Bart De Wever pour lui permettre, à plus ou loin long terme, de casser le pays.

Un mot encore, sur mon incompréhension totale de ce que fait Elio Di Rupo. Il renie ses promesses électorales, par exemple « jamais de scission de la sécurité sociale », victoire socialiste depuis 150 ans !

La démocratie, c’est bien sûr, le respect du voeu exprimé par les électeurs. Ce que je constate c’est que, cette réforme, seuls les partis flamands l’avaient mise au programme de leur campagne électorale. 70 % des Belges sont trompés.

Et que dire de la discrétion poussée jusqu’à l’absurde ? Un silence antidémocratique. Que penser de l’éviction absolue des autres partis ? Inédit, dit-on, oh oui ! mais une manière de rejeter des électeurs qui pourraient espérer, au moins, être tenus au courant.

C’est le « top » pour la Flandre. Même la RTBF a trouvé malin de faire la promotion de la côte tout l’été. Pas de carte touristique tronquée, non, de la pub, c’est tout.

FAUT-IL SOUHAITER L’ECHEC DE DI RUPO ?

 

D’un air solennel, Elio Di Rupo s’est, enfin ! adressé à la presse pour parler de son travail de pré-formateur. Ainsi, j’apprends que les discussions ont surtout porté sur la note de l’Octopus flamand. Première indignation : la base de travail est la position des partis flamands ! Je n’avais pas de doute qu’après les louanges d’Elio Di Rupo sur le travail d’informateur de Bart De Wever, c’était bien le programme de la NV-A qui serait discuté. Etait-ce la meilleure manière d’envisager la réforme institutionnelle ? « Voilà ce que nous Flamands, nous désirons, vous acceptez ou pas ? » Je caricature à peine…

J’apprends aussi que presque tous les domaines qui relèvent de l’Etat Fédéral ont été discutés : « Il s’agit par exemple de BHV, de la Région de Bruxelles-Capitale, des soins de santé, des allocations familiales, de l’emploi, de la fiscalité, des mécanismes de financement, de la justice, de la mobilité, du Code de la route, de l’énergie, des télécoms, de la recherche scientifique, de la protection des minorités, du rôle de Bruxelles ou encore du Sénat. » Si je mets à part la protection des minorités, que refusent les Flamands ou le rôle de Bruxelles et la réforme du Sénat, je ne peux m’empêcher de penser que quasi tout va revenir aux Régions. Ce qui est confirmé par la phrase suivante : « Vu les résultats électoraux en Flandre, nous savons que le centre de gravité de la Belgique se déplacera de l’Etat fédéral vers les entités fédérées« . Une phrase sans équivoque : l’Etat fédéral sera, comme on le craignait, une coquille vide ! Pourquoi ? Parce que la NV-A a fait un bon score ! Je n’ai jamais vu qu’un parti, ayant remporté les élections dans une région, soit légitimé au point que son programme soit obligatoirement présenté comme la « norme » à respecter pour tout le pays.

Plus surprenant, le pré-formateur ajoute : « Y a-t-il des éléments d’un accord dans ces domaines ? Oui. Mais comme d’habitude, tant qu’il n’y a pas d’accord sur tout, il n’y a d’accord sur rien » Ouf ! Mais, cela ne m’enlève pas mon inquiétude.

Bien sûr, ce discours ne nous apprend pas la position des autres partis francophones, leur résistance à ce qui paraît acquis pour les socialistes : renforcement incroyable des régions au détriment de l’Etat fédéral. Si je prends le discours d’Elio Di Rupo à la lettre, je me dis qu’il s’agit bien d’établir un confédéralisme, ce que je pourrais accepter, mais à deux ! Ou pour le dire plus platement (excusez l’expression) le partage de la Belgique entre les deux régions, Flandre et Wallonie, que j’ai envie de qualifier d’Etats.

Cela ne pourrait pas être pire. Le rêve des socialistes est de régner sans partage sur la Wallonie. Cela ne date pas d’aujourd’hui. Et c’est bien cela qui m’inquiète. Vont-ils se servir du résultat électoral de la NV-A pour réaliser leur vieux rêve ? Cela m’apparaît de plus en plus probable. Le rejet de Bruxelles apparaît bien dans le projet de régionalisation des allocations familiales.

Je sais que les Flamands nous ont fait croire qu’il fallait absolument une grande réforme de l’Etat, que les Francophones devaient saisir cette dernière chance, que la Belgique actuelle n’était plus vivable. Vraiment ? Les Flamands ont déjà bafoué le droit des gens, la constitution, les directives européennes et ce, dans la Belgique actuelle. C’est ce qu’on appelait d’un euphémisme « les provocations ». Va-t-on par une réforme constitutionnelle leur donner le droit de faire légalement ce qu’ils faisaient dans l’illégalité ? Wooncode, arrangement avec les promoteurs immobiliers, refus d’organiser les élections, de valider leurs résultats, tout cela est-il oublié par un simple score électoral ?

Ce que je souhaite ? Que les négociateurs repartent de zéro non des demandes flamandes. Qu’ils assurent sérieusement l’avenir de la Belgique. Si le confédéralisme s’impose, alors il faut un confédéralisme de quatre régions : Flandre, Wallonie, Bruxelles, Région germanophone, mises sur un pied d’égalité, ayant les mêmes droits. Equitable et aux yeux de l’étranger, moins ridicule qu’un confédéralisme à deux.

Le président de la région germanophone le disait bien : il souhaite rester dans un Etat fédéral, où le gouvernement, le parlement ont encore du sens. Si ce n’est pas le cas, il devra bien envisager d’autres options.

Une phrase tout de même du discours me rassure un peu : Du côté néerlandophone, les électeurs ont marqué leur préférence pour des partis qui revendiquent le confédéralisme voire l’indépendance de la Flandre. Du côté francophone, les électeurs restent attachés dans leur grande majorité à une Belgique fédérale. Ma tâche est de tenter de rapprocher le plus possible ces deux réalités fondamentalement différentes. Le travail est titanesque. Et beaucoup d’efforts restent à faire. » A faire ou au contraire à renoncer ?

Pour me déstresser, je fais virtuellement le trajet Bruxelles/Liège. J’étais habituée aux changements bienvenue/welkom. J’imagine les panneaux routiers différents, les bornes kilométriques repeintes. (Les Flamands aiment bien la peinture, un héritage sans doute de leurs glorieux ancêtres.) Rien à faire, je vois rouge…

Au moment où des milliers de gens souffrent des inondations, chez nous, certains s’ingénient à essayer de jeter le pays dans la mer du nord !