MONA OZOUF.

Mona ozouf

Mona Ozouf est née en 1931. Elle a épousé en 1955 l’historien Jacques Ozouf. Philosophe de formation, elle s’intéresse à l’histoire et est devenue spécialiste de la Révolution française.

Elle est directrice de recherche au centre national de la recherche scientifique (CNRS). Elle écrit pour le Nouvel Observateur et participe à la revue Débat.

Ses travaux ont porté aussi sur l’enseignement.

Son œuvre est nombreuse : « L’école de la France : essai sur la Révolution, l’utopie et l’enseignement » « Dictionnaire critique de la Révolution française » « La République des instituteurs ».

Dans « Les mots des femmes : essai sur la singularité française » elle trace le portrait de femmes célèbres comme Germaine de Staël, George Sand, Simone de Beauvoir, Simone Veil dont j’ai parlé dans mon blog. (Billet du 27 juin 2013 et suivants)

JULES FERRY. LA LIBERTE ET LA TRADITION.

Jules Ferry est né le 5 avril 1832 à Saint-Dié, dans les Vosges et est décédé le 17 mars à Paris.

Homme politique, on retient surtout de lui les lois sur l’instruction obligatoire, gratuite et laïque. Il est aussi à la base de l’adoption des lois qui rétablissent le mariage civil, la liberté de la presse, la liberté de réunion, la liberté syndicale. Il est le père de la loi de 1884, toujours en vigueur, qui organise l’élection des maires et du conseil municipal.

Si, pour certains d’entre nous, il est devenu une icône par ses lois sur l’enseignement, il a pourtant été haï par ses contemporains. Détesté au point d’avoir été molesté dans la rue et victime d’une tentative d’assassinat.

Mona Ozouf trace le portrait d’un homme politique attaché à la liberté et aux traditions.

Jules Ferry est né dans une famille de moyenne bourgeoisie. Son père avait vécu la Révolution et avait été maire de la ville sous le Directoire. Jeune homme, venu à Paris faire son droit, Jules Ferry vit une immense désillusion : la révolution de février 1848, qui l’avait enthousiasmé, débouche sur l’élection du prince Louis-Napoléon à l’Elysée, puis sur le coup d’Etat du 2 décembre 1851. Le jeune républicain ne veut pas rallier le second Empire, ce qui lui barre la route de la haute fonction publique. Devenu avocat, il étudie méthodiquement les grands auteurs : Condorcet, Auguste Comte, Tocqueville et voyage.

Jules Ferry constate qu’en France le régime républicain ne parvient pas à s’enraciner. Il veut réconcilier l’idée républicaine avec le sens de la durée, les égards dus au passé et le respect des traditions.

Après la chute de l’empire, les Républicains arrivent au pouvoir. Jules Ferry sera ministre de l’Instruction publique, puis président du Conseil. Il gouvernera de 1879 à 1884.

En 1880, la grande majorité des enfants fréquentaient déjà l’école, mais par intermittence, les plus pauvres, par exemple, étaient absents pour les travaux des champs. D’où la nécessité pour Jules Ferry de rendre l’enseignement obligatoire. Une manière d’établir une justice sociale. Cela concerne aussi les jeunes filles,  les programmes scolaires sont identiques pour les matières fondamentales. Il conserve pourtant la couture pour les filles, futures mères.

Jules Ferry sépare l’école publique de la religion catholique. On cesse d’ouvrir la classe par la prière, le catéchisme n’est plus dispensé par l’instituteur, on enlève les crucifix.  Il remplace la religion par l’enseignement de l’histoire de France, l’instruction civique et la morale. Il introduit la géographie qui doit permettre aux jeunes Français une représentation concrète de leur pays.

Plus de censure dans l’histoire de France, elle ne commence pas à la Révolution. Il est soucieux de saisir l’histoire de France dans sa globalité.

Jules Ferry interdira l’enseignement des Jésuites et autres congrégations mais il maintiendra le Concordat et les parents seront toujours libres de choisir une école catholique pour leurs enfants. Dans l’école publique, les instituteurs étaient invités à observer la plus grande prudence dans l’évocation du sentiment religieux. Plus surprenant, il prêche l’entente avec le pape Léon XIII attentif à la question sociale.

Jules Ferry a aussi été le promoteur de l’empire colonial français. Il veut casser l’isolement de la France, en faire un grand pays. C’est l’aspect le plus contesté de son œuvre et Mona Ozouf ne dissimule aucun de ses aspects condamnables. (notion de race supérieure et inférieure, violences de la colonisation.) Il accorde peu d’importance aux questions économiques et sociales des pays colonisés et pense que l’éducation est la solution de tous les problèmes. Jules Ferry sera l’homme qui a créé les écoles algériennes qui seront magnifiquement décrites par Albert Camus dans Le Premier homme.

Jules Ferry souffrira de la comparaison avec Clemenceau plus lucide et plus prophétique. Mona Ozouf met aussi en garde contre l’anachronisme qui consisterait à juger avec les critères d’aujourd’hui une situation et des actions anciennes de près d’un siècle et demi.

Un homme complexe qui sait qu’il doit avancer « à petits pas ».

Une anecdote confiée à un journaliste. A ceux qui lui reprochent de donner la faculté de lire aux jeunes filles,  il répondra : « Peu importe ce qu’elles lisent. La liberté c’est la capacité d’errer entre le bien et le mal au risque de l’erreur. »

Mona Ozouf trace un portrait sans complaisance mais avec humanisme d’un homme politique important. Elle s’interroge sur ses échecs, ses prises de position parfois contestables. Elle a à cœur de le remettre dans son temps ce qui permet sinon d’approuver au moins de comprendre.

Un petit livre lourd d’enseignement. Passionnant.

 

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