DOMINIQUE FABRE.

Dominique Fabre

Dominique Fabre est né à Paris en 1960. A trois ans, il est placé dans une famille d’accueil. A douze ans, il habite avec sa mère et sa sœur dans une HLM à Asnières mais est aussitôt placé dans un internat jusqu’à la terminale.  Il obtient une maîtrise de philosophie à Nanterre.

Il a publié une dizaine de romans. « Ma vie d’Edgar » « Celui qui n’est pas là » « Les types comme moi » « Les prochaines vacances » « J’aimerais revoir Callaghan » « Moi aussi, un jour j’irai loin »
(
Billets du 24 août 2011 et 31 janvier 1012)

PHOTOS VOLEES.

Le narrateur Jean a cinquante-huit ans. Il travaillait dans une compagnie d’assurances. Il vient d’être licencié : « Je suis trop vieux, je coûte trop cher » Il n’est pas affecté par ce licenciement car il avait déjà « un pied dehors, depuis longtemps. »

Il vit seul. Hélène et lui ont divorcé car ils n’arrivaient pas à avoir un enfant. Depuis lors, il vit toujours dans le même appartement dans la banlieue de Paris.

Lors de ses promenades, il rencontre beaucoup d’amis dont Hélène avec qui il a gardé le contact,  Elise, qu’il avait beaucoup aimée et qui est mariée à Thierry, Nathalie et Orson. Ses amis lui manifestent beaucoup d’affection.

Il va consulter une avocate, Hélène Amalda, pour obtenir ses indemnités. Il va aussi à Pôle Emploi dans le secteur réservé aux seniors. « On arrive, on prend son ticket à une borne et on attend son tour ; le tour finit toujours par venir » Mais il sait bien qu’il ne retrouvera pas un emploi.

Dans la rue, il rêve, revoit sa vie, ses bons et ses mauvais moments. Il lui arrive même de parler seul. Il pense à son enfance sans père avec une mère qui ne l’aimait pas.

« Je ne parle pas beaucoup, c’est un fait. Je peux même rester des jours sans avoir rien à dire ou personne à qui le dire. Je parle à mon ombre, je parle dans la rue de Rome, quand je vais boire un verre avant de prendre le train, je parle le long des voies en contrebas de la gare Saint-Lazare. Je fais des discours idiots et, même il m’arrive de dire des choses à la glace de la salle de bains. »

Il se confie à son avocate : « A 58 ans, j’ai raté beaucoup de choses. Je n’aime pas le sport, je n’aime pas faire du vélo. J’aurais voulu donner beaucoup d’amour autour de moi mais je n’ai jamais su comment faire. J’ai aimé ma femme, nous avons divorcé. J’ai aimé toute ma vie Elise, une femme aujourd’hui remariée à un type bien, Thierry que j’apprécie. »

Un regard bien pessimiste sur sa vie. Pourtant, il ne déprime pas. Il déambule dans Paris et sa banlieue en regardant attentivement tout ce qui l’entoure. La solitude ne semble pas lui peser. Il est détaché du réel. Parfois, il s’interroge : sa vie aurait-elle pu être autre ?

Un jour, il décide de ressortir ses photos car il a été un photographe professionnel. Ses photos représentent quarante de sa vie. Certaines ont été prises sans l’accord de la personne photographiée, au hasard ; d’autres commandées pour des mariages ou autres événements, les plus précieuses celles des personnes qu’il a aimées.

Il se fait de nouveaux amis. Hachim, rencontré à Pôle emploi et le couple du bar de l’Oiseau bleu où il allait souvent.

Il va se remettre à prendre des photos comme il le faisait avant de travailler pour les Assurances.

Ses amis aiment ses anciennes photos et lui proposent d’en faire une exposition. « Je devais accrocher des photos à l’Oiseau bleu, un café très passant en bas de la rue de Rome où j’ai failli connaître mon père, où j’ai vu ma mère en vitrine avec lui, où j’ai passé beaucoup de temps dans ma vie à boire un verre et rêvasser, et où j’allais exposer trente photos choisies sur quarante ans »

Il craint que personne ne vienne à l’exposition mais tout se passe bien.

Le livre porte essentiellement sur ses souvenirs. Il fait le compte à rebours de sa vie et tente d’en reconstruire les fragments.

Il avait rêvé mieux mais il accepte le présent sans révolte et profite de ce que lui apporte encore la vie : un don pour la photo, quelques amis, peut-être une nouvelle relation.

Peu à peu, grâce à ses amis, il va reprendre confiance en lui et sortir de sa solitude.

Tout est en demi-teinte. Dominique Fabre réussit à créer l’émotion en relatant des choses banales et par la description des lieux.

Le lecteur devient le confident du narrateur. Le livre refermé, cherchera-t-il aussi à repenser à sa vie ?

 

JEAN d’ORMESSON.

Jean d'Ormesson

J’ai déjà beaucoup parlé de Jean d’Ormesson notamment de son livre « C’est une chose étrange à la fin que le monde » que je recommande vivement (billet du 4 novembre 2010) et de son discours d’intronisation de Simone Veil à l’Académie française. (billet du 19 mars 2010).

LE RAPPORT GABRIEL.

« Ce n’était pas la première fois que les hommes mettaient Dieu hors de lui. (…) Il leur avait tout donné. Et d’abord l’existence. Il finissait par se demander s’il avait bien fait de les tirer du néant. »

Dieu fait appel à l’archange Gabriel, son messager qu’il avait déjà envoyé à Abraham, Daniel, Zacharie, Marie, Mahomet. Dieu lui demande de retourner sur terre et d’établir un rapport qui lui permettrait de décider de sauver les hommes si ingrats. Certains n’affirmaient-ils pas douter de son existence ? « C’est leur orgueil que je veux punir en mettant fin à leur existence. » Mission acceptée.

Le lecteur découvrira vite le subterfuge de l’auteur. Il lui permettra de raconter sa vie comme il aime tant le faire mais sous forme d’un roman. Gabriel n’apparaîtra vraiment qu’à la page 123 : « Je le vis sur le chemin qui menait vers la mer. Il portait une chemise blanche et un pantalon blanc. Immobile, debout il avait l’air d’attendre. »

Gabriel s’installe donc chez l’auteur et lui fait part de sa mission : rédiger un rapport pour sauver les hommes. S’il a choisi de s’installer chez lui c’est parce qu’il est un homme insignifiant « un rien du tout ». Jean d’Ormesson ne pouvait pas refuser ce que l’archange lui demandait.

Le livre sera un mélange des souvenirs de l’auteur : son enfance, sa carrière, ses rencontres mélangées  à des réflexions philosophiques sur le temps, le poids de l’argent, le pouvoir, le sexe, le mal. Un survol du monde à travers le récit de sa vie. Peu de citations ce qui étonnera les lecteurs l’ayant vu à la télévision. Mais beaucoup de rappels d’auteurs, de livres, surtout les siens. L’archange le lui reprochera gentiment…

De son enfance il parlera surtout du château de Saint-Fargeau qui appartenait à sa mère. Une très jolie description : « Le château était royal, les terres étaient sans bornes, les forêts pleines de chênes ».

Il trace un portrait très élogieux de ses parents. Son père était diplomate, Jean a donc passé une partie de sa jeunesse en Bavière, Roumanie, Brésil. En poste en Bavière, son père était favorable à une intervention française et européenne contre Adolf Hitler dont il dénonçait les mensonges, les discours hystériques, les appels à la haine. Il a fait ce qu’il a pu pour sauver des Juifs. Jean d’Ormesson rappelle l’épisode connu de la gifle administrée par son père alors qu’il applaudissait un défilé de nazis. Croyait-il en Dieu ? lui demande l’archange. Oui, mais « Il était très loin d’être mystique et il doutait un peu, je crois, dans le secret de son coeur, des miracles, des dogmes et de la vérité révélée. » »Etais-tu pieux ? – Pas très. J’oubliais vite. J’étais trop gai. Le monde me plaisait trop. Et je riais de tout. »

Sa mère appartenait à une vieille famille catholique où l’argent n’avait jamais manqué. « Pour employer le vocabulaire en usage de mon temps, j’étais un privilégié. » Les valeurs de la famille : la tolérance, l’amour et le respect entre les parents et les enfants.

Ses études ? Les lectures d’abord au château, le collège, la licence en lettres et histoire, l’agrégation de philosophie.

Sa carrière ? Secrétaire général du Conseil international de la philosophie et des sciences humaines à L’UNESCO dont il deviendra président. Rédacteur en chef de la revue Diogène et en 1970, directeur du Figaro.

Un portrait peu flatteur de son travail à l’Unesco : « Je ne faisais rien mais j’étais libre – Libre de quoi ? demanda Gabriel. – D’abord de ne rien faire, ou presque rien. Le moins possible, en tout cas, avec un succès éclatant. Et puis, d’écrire des navets. Et enfin, de courir le monde. »

Il parle très longuement du « Figaro » mais alors qu’il n’avait qu’une envie, écrire des livres, « le destin farceur me proposait, catastrophe et bonheur de diriger un journal ». Raymond Aron avait fait campagne pour sa candidature sur trois thèmes : « Il n’est pas trop idiot : ça ira; il a des opinions très fermes, mais assez vagues : c’est commode; il est d’une ignorance encyclopédique : ça n’a aucune importance. » (sic).

Aron allait pourtant être un collaborateur très précieux. Ils quitteront ensemble le journal lors de son rachat par Hersant. « Qu’est-ce qui menait Hersant ? Le goût du pouvoir, la volonté de revanche. » Ils désiraient tous les deux quitter le journal. Aron, porteur d’une philophie politique, avait besoin d’une tribune pour les exposer, mais pas n’importe laquelle. Jean s’interrogeait sur son choix du journalisme contre la littérature.

Ses éblouissements ? La beauté du monde et du cosmos. Il reprendra, sans le citer, les propos d’Einstein : « Ce qui a de plus incompréhensible, c’est que le monde soit compréhensible. » « Dieu ne joue pas avec des dés ».

Impossible de citer tous ceux qu’il a admirés. Pêle-mêle : Jacques Julliard qui l’a encouragé à écrire, François Nourrissier, Louis Aragon, Paul Valéry, André Breton, Louise de Vilmorin, André Malraux etc.

Et le rapport dans tout cela ? Rien de bien neuf. Dieu a donné la liberté à l’homme. Ceux-ci, à travers toute l’histoire, préfèreront souvent la guerre à la paix, le mal au bien, par attrait du pouvoir et de l’argent.

« L’histoire des hommes, depuis qu’ils existent, n’est qu’une marche en avant vers le savoir et la puissance – et un piétinement dans le mal. Qu’ont-ils fait les hommes, depuis les débuts de l’histoire ? Ils ont accru leur savoir, ils ont étendu leur pouvoir, ils ont fait des enfants, des temples, des routes, des symphonies – et ils se sont haïs et massacrés. »

« Aucune époque autant que la mienne n’a parlé de paix, de justice, de solidarité, de fraternité entre les hommes : elle a un versant angélique. Et elle a un versant bestial : aucune époque autant que la mienne n’a vu régner la mort. »

Et le rapport dans tout cela ? Dieu décidera de sauver les hommes… Jean d’Ormesson continuera à aimer la mer, les femmes, les livres et, pour notre bonheur¸à écrire des livres.

KAREN BLIXEN.

Descendante d’une famille patricienne du Danemark, la baronne Karen von Blixen-Finecke est née en 1885 près de Copenhague. En 1808, elle publie une série de contes sous un pseudonyme. Elle part en 1914 pour le Kenya afin d’y diriger avec son mari une plantation de café. Décidée à faire de sa maison une oasis de civilisation, elle emporte de l’argenterie, des verres en cristal, des porcelaines, des meubles, des bijoux et des livres. Après une série d’échecs, elle est obligée de vendre sa propriété et rentre au Danemark en 1931. Elle se consacre à l’écriture jusqu’à sa mort en 1692. Ses années en Afrique lui inspirent son chef-d’oeuvre « La ferme africaine » publié en 1937. Il sera porté à l’écran sous le titre « Out of Africa ».

LA FERME AFRICAINE.

Une nouvelle traduction du livre, réalisée à partir du texte original danois de 1937, vient d’être éditée dans la collection « Folio ».

Le livre s’ouvre sur une phrase toute simple : J’ai possédé une ferme en Afrique, au pied du Ngong. » La ferme se trouvait à deux mille mètres d’altitude. Le domaine était immense, toutes les terres n’étaient pas cultivées, certaines, comme c’était l’habitude à l’époque, étaient occupées par des « squatters » c’est-à-dire des indigènes qui recevaient des terres en échange de quelques jours de travail.

La culture du café était difficile à cette altitude et ne rapportait pas beaucoup. Au début, l’auteur chassait la plupart du temps mais après le départ de son mari, elle a assumé seule la direction de la plantation. Elle fera aussi office de docteur et même de juge pour régler les conflits.

Très vite, elle se prend d’affection pour les indigènes. « C’était un sentiment fort et irréversible ». L’intérêt du livre réside dans la manière dont elle parle d’eux, essaie de comprendre leur culture, leur manière d’agir. « Il n’était pas facile de connaître les indigènes. Ils étaient très sensibles et timides. (…) Au fil du temps, lors de nos expéditions de chasse et à la ferme, mes relations avec les indigènes ont pris un tour familier et personnel. J’ai fini par admettre que je ne parviendrais jamais à les connaître vraiment alors qu’ils connaissaient toutes mes pensées et savaient quelles décisions j’allais prendre avant même que je ne les aie prises. »

Un passage du livre est très émouvant. Elle rencontre un jeune garçon, Kamante, très mal en point. Après avoir essayé de le soigner, elle le conduit à la mission écossaise. Il y reste trois mois. Quand il revient, il a soigneusement enveloppé sa jambe avec de vieux bandages afin de lui préparer une surprise. Il savait qu’elle avait souffert de ne pas pouvoir le guérir. Il enlève lentement ses bandages, jouissant de son étonnement et de sa joie. Il lui annonce aussi gravement qu’il est devenu chrétien. « Je suis comme toi. »

Kamante deviendra son cuisinier avec une habileté extraordinaire. « Officiellement, la cuisine était mon domaine, mais au fil du temps, j’ai remarqué que la cuisine, et ce qui en dépendait, passait de mes mains à celles de Kamante. »

Un autre passage montre les liens d’affection qui lient Karen et Kamente. « Un soir, je levai la tête et croisai son regard attentif et profond. Au bout d’une seconde, il me demanda : « Msabu, est-ce que tu crois que tu es capable d’écrire un livre ? » Je répondis que je l’espérais. (…) Après un long silence, il dit « Je ne le crois pas » Elle lui demanda pourquoi. Il prit  l’Odyssée dans les mains : « Regarde, Msabu, ça c’est un bon livre. Il se tient bien, du début à la fin. (…) L’homme qui l’a écrit était sage. Mais toi, ce que tu écris, ajouta-t-il avec un mépris auquel se mêlait une véritable sympathie, ce n’est pas clair. Il y a un bout ici, un autre là. » Karen Blixen va lui expliquer que des feuilles peuvent être reliées et faire un livre ce qu’il s’empressera de raconter à tous.

L’auteur aime les animaux. Elle va s’attacher à une jeune antilope bushbuck, Lullu. La manière dont elle la décrit est savoureuse. « Elle avait des pattes si fines qu’on pouvait craindre qu’elles ne supportent pas de se plier et de se déplier quand elle se couchait et se relevait. Ses oreilles étaient lisses comme de la soie et infiniment expressives. Son museau frais était noir comme une truffe. Elle avait des sabots si minuscules que son pas ressemblait à celui d’une Chinoise noble des temps anciens aux pieds bandés. » Lullu restera à la ferme se conduisant comme chez elle. Même quand elle partira pour se « marier », elle reviendra tous les matins.

Je n’ai pas encore parlé des paysages. Nombreuses sont les descriptions faites par l’auteur. En voici une : « La forêt vierge africaine est une région pleine de mystères. A cheval, on croit pénétrer dans une ancienne tapisserie verte dont certains endroits sont passés ou assombris par l’âge, mais qui a conservé une infinie richesse de nuances. On ne voit aucunement le ciel, mais les rayons de soleil qui traversent les feuillages se posent et jouent de maintes façons en ces lieux ».

Ce livre est inépuisable. L’auteur nous parle des tribus, notamment des Masais et des Somalis. Elle connaît leur culture, leur système de valeur. « Un guerrier masai est un spectacle magnifique. Ces jeunes hommes possèdent pleinement cette forme particulière d’intelligence que nous appellerions le chic (…) Les armes et les bijoux sont une part intégrante de celui qui les porte… »

L’auteur nous décrit les spectacles inoubliables, pour ceux qui y ont assisté, que sont les danses. « Les grandes fêtes que nous organisions à la ferme étaient des Ngomas – les danses des indigènes. (…) Nous avions jusqu’à quinze cent personnes. Ces Ngomas en plein jour étaient des spectacles assourdissants. Les flûtes et les tambours étaient parfois étouffés par le vacarme de l’assistance. (…) Les danseurs sautent coup sur coup, très haut, avec leurs têtes lourdement ornées rejetées en arrière… »

Dans la dernière partie du livre, l’auteur nous raconte comment elle a dû se résoudre à vendre la ferme et à retourner au Danemark. « Je dis adieu à chacun de mes serviteurs et, quand je sortis, ils laissèrent la porte grande ouverte (…) comme s’ils disaient que je reviendrais. »

Aucun auteur, à ma connaissance, n’a parlé de l’Afrique de manière aussi touchante. Comme j’ai séjourné au Congo, le livre m’a rappelé bien des souvenirs même si l’époque n’est pas la même. L’Afrique ne s’oublie pas. Pourtant, c’est le coeur serré que je vis ce qui se passe actuellement. Un pays qui pourrait être riche et où une grande partie de la population a faim.

Je pense souvent au titre du livre de Jean d’Ormesson : « C’est une chose étrange à la fin que le monde. »

PHILIPPE GRIMBERT.

 

Philippe Grimbert, né à Paris en 1948, est psychanalyste et romancier. Son roman « Un secret » a été porté à l’écran par Claude Miller en 2007. (voir billet du 24 janvier 2010)

UN GARCON SINGULIER.

« Recherche jeune homme motivé pour s’occuper d’un adolescent singulier en séjour avec sa mère à Horville (Calvados).

Cette annonce, Louis la découvre à l’université. Elle attire parce qu’il s’agit d’Horville, l’endroit où, adolescent, il passait ses vacances. Après avoir renoncé aux Lettres pour se diriger vers le Droit, il s’apprête à abandonner une discipline qui ne lui plaît pas. Conscient qu’il devait trouver un boulot, il a consulté les annonces. Celle-ci l’a attiré aussi parce que ses parents l’appellent « le grand taciturne » et trouvent qu’il est un garçon singulier, mal dans sa peau comme le garçon de l’annonce.

Il prend contact avec le père qui lui explique que Iannis vit avec sa mère. Elle cherche quelqu’un pour s’occuper de son fils parce qu’elle veut se consacrer à son roman.

Louis s’embarque pour Horville, sans vraiment savoir qui est ce Iannis. Il est reçu par sa mère, Hélène, qui lui fait grosse impression. « Elle n’était pas belle mais son visage m’impressionna. Son nez un peu fort, le pli d’amertume de sa bouche et ses yeux si noirs, où l’iris ne se distinguait pas de la pupille, donnaient à ses traits un caractère brutal, accentué par le désordre de ses cheveux » »Malgré une quarantaine largement dépassée, elle avait conservé une silhouette adolescente, qu’elle enveloppait dans un grand pull d’homme aux manches roulées jusqu’aux coudes. »

 Hélène ne veut pas parler d’Iannis pour ne pas l’influencer, elle se borne à dire qu’il ne parle pas, ne sait ni lire, ni écrire et que ses réactions sont imprévisibles.

 Louis insiste cependant pour le voir le soir même. « Dans le lit une forme se devinait, entortillée dans les couvertures. Iannis dormait en position foetale, deux doigts en foncés dans la bouche et je ne distinguais de lui qu’un profil délicat découpé sur l’oreiller. Une pointe du col de son pyjama masquait sa joue et seul un pli très marqué entre ses sourcils indiquait une tension que le sommeil même ne pouvait apaiser. Je fus saisi par la beauté de ce visage auréolé d’une masse de cheveux blonds, par la longueur de ses cils et la ligne de son nez, quand je m’attendais à un faciès déformé par les troubles psychiques. »

Louis va donc s’occuper de Iannis, faire de longues promenades le long de la mer et même s’il est persuadé que Iannis ne le comprend pas, il lui raconte ses vacances à Horville, lui parle de son ami Antoine.

Une amitié très forte va lier Iannis et Louis. Il s’apercevra que Iannis sait écrire mais le cache. Iannis lui fera cadeau d’une salière, retrouvé dans le sable et qui était un trésor pour Antoine et Louis. Iannis le conduira même à l’hôtel qu’il habitait et à un endroit interdit et dangereux mais dont  Antoine et Louis avaient fait leur jardin secret : le Saut du Loup.

Hélène interroge Louis sur la relation privilégiée qu’il a avec Iannis. Louis lui répondra : et « Je lui assurai que mes journées avec son fils m’apportaient beaucoup qu’il faisait preuve de capacités insoupçonnées. » Il ajoutera :  » que son fils était branché sur nos pensées les plus secrètes, que telle une éponge, il absorbait nos émotions et nos angoisses ». Il  précisera même que ce qui l’attirait le plus en Iannis était « sa clairvoyance ».

Philippe Grimbert a choisi d’entrecouper les récits de ses journées avec Iannis de ses souvenirs personnels, surtout de son amitié avec Antoine que Iannis lui rappelle.

En parallèle l’auteur raconte comment Hélène veut avoir une relation sexuelle avec Louis. Il se refuse, pour ne pas trahir Iannis, très amoureux de sa mère. Pour se justifier, il s’invente une fiançée ce qui fait rire Hélène mais ne l’empêche pas de forcer Louis, jusqu’à jouir sur lui.

Du mois passé à Horteville, Louis sortira transformé. Sans déflorer la fin du roman, je peux citer un passage qui clôture le livre : « Où est passé Louis, celui qui traînait son existence, d’année en année, à la poursuite d’un futur qu’il n’avait pas choisi ? »

Un très beau roman. Autobiographique, par ses souvenirs de vacances et  par son travail de psychanalyste auprès des enfants autistes ou psychotiques. « Merci aux enfants douloureux qui m’ont inspiré le personnage de Iannis. »

J’ajouterai que son travail lui a permis d’écrire un roman émouvant, un roman d’amour.