PHILIPPE GRIMBERT : UN SECRET.

 

PHILIPPE GRIMBERT est né à Paris, en 1948. Psychanalyste lacanien, il travaille dans deux instituts médico-éducatifs, à Asnières et à Colombes, auprès d’adolescents autistes ou psychotiques. Passionné de musique, de danse et d’informatique, il a publié deux essais :  « Psychanalyse de la chanson » et « Pas de fumée sans Freud ». Il est aussi l’auteur de trois romans : « La fille de l’être  » La Petite Robe de Paul » « Un secret », roman autobiographique. Claude Miller s’est inspiré du roman pour réaliser en 2007, le film « Un secret ».

 UN  SECRET.

Fils unique, Philippe s’invente un frère. Il souffre d’être un enfant chétif, a l’impression de décevoir ses parents, tous deux sportifs. Louise va lui apprendre l’histoire de sa famille. Maxime, son père, a épousé sa mère, Tania, après l’arrestation par les Allemands de sa femme, Hannah. C’est volontairement qu’Hannah a donné ses vrais papiers lorsqu’elle devait rejoindre la zone libre où se trouvaient déjà Maxime et Tania. Elle a été arrêtée avec son fils, Simon. Maxime, qui était déjà amoureux de Tania, l’épousera après la guerre. Philippe apprend donc l’existence de son frère et le secret de ses parents. Pour les épargner, il ne dit rien et attend le moment favorable. Il annoncera à ses parents qu’il sait tout et qu’Hannah et Simon ont été gazés en arrivant à Auchwitz. Pour épargner son père, il lui cache la décision d’Hannah, de se laisser volontairement embarquer par les Allemands, avec son fils, parce qu’elle avait appris que Tania avait rejoint Maxime en zone libre et qu’elle savait Maxime amoureux d’elle.

L’intérêt du livre réside dans la personnalité du narrateur, Philippe. Il s’invente un frère, ce qui est banal. Combien d’enfants ont un frère, une soeur, un ami ou une amie imaginaires très souvent pour faire des confidences, raconter leur journée, partager leurs peines ou leurs joies. Philippe, lui, va faire de son frère imaginaire, un autre qui vivra à sa place. Il l’imagine comme son contraire : « Glorieux, fier, rebelle, sportif »  un frère qui a l’admiration de ses parents ce que lui, enfant chétif,  est persuadé qu’il n’a pas. Son frère imaginaire l’aide à surmonter ses peurs mais très vite il lui abandonne une partie de sa vie : « Chaque début d’année je me fixais le même objectif : attirer l’attention de mes maîtres, devenir leur préféré, monter sur l’une des trois marches du podium. De cette seule compétition je pouvais prétendre être le vainqueur. Là était mon domaine, à mon frère j’avais abandonné le reste du monde : lui seul pouvait le conquérir. » »Je ne me mêlais jamais aux jeux des autres enfants qui déjà suivaient les traces de leurs parents, je laissais mon frère les rejoindre et leur disputer le ballon, triompher sur les pistes et les courts libérés par les adultes. »

La relation avec son frère imaginaire, va évoluer. Il en devient jaloux : « Frère ennemi, faux frère, frère d’ombre, retourne à ta nuit ! Mes doigts dans ses yeux j’appuyais de toutes mes forces sur son visage pour l’enfoncer dans les sables mouvants de l’oreiller. »

Apprendre la vérité, va le transformer. « J’avais quinze ans, je savais ce qu’on m’avait caché et à mon tour je me taisais par amour. Les révélations de mon amie ne m’avaient pas seulement rendu plus fort, elles avaient aussi transformé mes nuits : je ne luttais plus avec mon frère, maintenant que je connaissais son nom … Depuis que je pouvais les nommer, les fantômes avaient desserré leur étreinte : j’allais devenir un homme. »

Un soir qu’il rentre de la faculté, il trouve sa mère en pleurs : Eco, leur chien est mort. Maxime est effondré. C’est le moment que Philippe choisit pour dire à son père qu’il sait tout. :« J’ai prononcé le nom d’Hannah et celui de Simon. Surmontant ma crainte de le blesser je lui ai livré tout ce que j’avais appris, ne laissant dans l’ombre qui l’acte suicidaire d’Hannah. Je l’ai senti se raidir, serrer ses mains sur ses genoux. J’ai vu blanchir ses jointures mais, décidé à poursuivre, je lui ai donné le numéro du convoi, la date du départ de sa femme et de son fils pour Auschwitz, celle de leur mort. Je lui ai dit qu’ils n’avaient pas connu l’horreur quotidienne du camp. Seule la haine des persécuteurs était responsable de la mort d’Hannah et de Simon. Sa douleur d’aujourd’hui, sa culpabilité de toujours ne devaient pas permettre à cette haine d’exercer encore une fois ses effets. »

Cette confidence va permettre de réconcilier Philippe avec son père : « Au moment où je partais me coucher il m’a arrêté, d’une pression légère de sa main sur mon épaule. Je l’ai serré dans mes bras, ce que de ma vie je n’avais pas encore fait. … je venais de délivrer mon père de son secret. »

L’ouvrage est un livre subtil sur la culpabilité, le mensonge avec, en toile de fond, l’histoire de l’époque : la guerre, l’étoile jaune imposée aux Juifs, la fuite en zone libre, l’holocauste. 

Le livre est sobre, pudique. Apprendre la vérité sur l’histoire de sa famille, vérité que ses parents lui ont cachée, va transformer Philippe et lui permettre de devenir adulte.

L’auteur, psychanalyste, dénonce les ravages que peuvent causer les secrets de famille, chez les adultes, les ados, les enfants. Témoignage mais aussi plaidoyer : cacher un passé, même honteux, est dévastateur.

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