VOUS AVEZ DIT VIE PRIVEE ? II

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J’ai envie de revenir sur mon billet d’hier parce que ce matin un article intéressant est publié dans La Libre.

Deux points de vue opposés : celui de Roland Lemey, vice président de l’Absym et celui de Marc Bonnant, avocat à Genève, Conférencier international, notamment sur le rôle de l’intellectuel.

Roland Lemye maintient ses propos et précise qu’il souhaite que l’interdiction de fumer dans sa maison ou sa voiture soit l’objet d’une loi.

Au contraire, Marc Bonnant n’y est pas du tout favorable. Je le cite :

« Quel que soit le dessein hygiéniste poursuivi, il me paraît insupportable de faire intervenir l’autorité dans l’organisation intime de nos vie. Tout cela est contraire au principe de liberté-responsabilité. Il faut se fier à la responsabilité des parents. Et qui va veiller à cette interdiction ? Combien de policiers belges s’occuperont des volutes de fumée s’échappant dessous les portes plutôt que des djihadistes ? » Il ajoutera qu’il ne veut pas que l’Etat lui dise comment il doit vivre.

Les sujets dits « de société » ont toujours été l’objet de polémiques. Je citerai la dépénalisation de l’avortement, la loi sur l’euthanasie, le mariage pour tous.

Personne n’a oublié les injures subies par Simone Veil lorsqu’elle a présenté au parlement son projet pour la dépénalisation de l’avortement. La loi a été votée en France le 29 novembre 2014, en Belgique en 2990. (Billet du 26/11/1014).

La loi relative à l’euthanasie a été votée en Belgique le 28 mai 2002 après un long combat mené notamment par l’ADMD. (Association pour le droit de mourir dans la dignité). Aujourd’hui encore, elle est parfois remise en question. Récemment, l’archevêque de Malines affirmait que les hôpitaux catholiques avaient le droit de refuser de pratiquer l’avortement ou l’euthanasie.

Le mariage pour tous n’a pas échappé à la règle. Tout le monde a constaté la violence des  manifestations qui ont eu lieu en France contre la loi Taubira qui a été votée en 2013.

Je ne conteste absolument pas que certains sujets sensibles puissent heurter. L’important, pour moi, est que le choix de chacun soit totalement préservé. Personne n’est obligé de recourir à l’avortement ou à l’euthanasie.

Important aussi de fixer des règles strictes. L’euthanasie par exemple est l’objet de toute une procédure et la loi limite fortement son application.

Nous vivons heureusement dans une démocratie. Je pense que dans certains pays la charia est d’application qu’on soit ou non d’accord, croyant ou pas.

Paradoxalement à ce que j’appelle une tentation du monde actuel d’instaurer des obligations, de recourir à l’interdiction ou aux sanctions, se développe un phénomène qui permet l’intrusion dans la vie privée non pas de l’Etat mais des médias.

Je ne connais rien au dossier de Karin Gérard mais je dois bien constater que les publications qui ont été faites dans un journal nuisent à sa réputation. Tout va très vite : elle ment, elle n’était pas où elle le dit etc. Elle est obligée de porter plainte et de se faire aider par des avocats. Heureusement, elle en a le droit.

Son cas n’est certainement pas isolé. La justice fait son travail mais même quand on sort blanchi d’une accusation, le mal est fait. Deux lignes de rectification dans la presse où « l’affaire » a été traitée dans des pages entières !

Cela a toujours été et sera toujours difficile de concilier le bien commun et le respect de la vie privée.

« Charbonnier est maître chez soi » dit le proverbe. Est-ce toujours vrai ? Je ne puis m’empêcher de penser à tout ce qui m’est imposé… C’est comme cela !

 

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EUTHANASIE.

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Monseigneur Jozef De Kesel est entré officiellement en fonction comme archevêque de Malines-Bruxelles le 12 décembre à 15 heures en remplacement de Monseigneur Léonard, pensionné. Le nouvel archevêque avait occupé le siège épiscopal de Bruges depuis le 25 juin 2010.

Dans une conférence de presse, relayée par Flandre Info.be il déclarait :

« Etre croyant n’est plus un réflexe spontané, alors que l’Eglise était omniprésente jusqu’aux années 50 et avait une forte influence et position, la séparation entre l’Eglise et l’Etat est très importante. (…) Le grand défi est de réfléchir à la place de la religion dans la société laïque et pluraliste. (…) J’espère que l’Eglise n’évoluera pas vers un groupe fermé, car alors elle deviendra une secte. »

Ces propos avaient été interprétés comme un désir de renouveau mais dans le respect des opinions de tous.

Dans une interview reprise par La Libre le lundi 28, il fait cette déclaration surprenante qui apparaît comme une bombe. Il a en effet déclaré que les hôpitaux catholiques avaient le droit de refuser de pratiquer l’avortement ou l’euthanasie.

La loi sur la dépénalisation de l’euthanasie a été votée en 2012 à l’initiative de Philippe Mahoux. Un vote difficile. C’était l’aboutissement d’un long combat mené notamment par l’ADMD. (Association pour le droit de mourir dans la dignité – association pluraliste.) (Billets du 17 mars 2008 – 19 juin 2013 – 27 novembre 2013).

L’ADMD n’a pas cessé de relayer le danger existant de voir la loi remise en question ou même de ne pas être respectée.

Cette crainte m’apparaît bien fondée puisque quelques jours après sa prise de fonction le nouvel archevêque tend à relancer la polémique.

Je précise que tout médecin a le droit de ne pas pratiquer l’euthanasie si c’est contraire à ses convictions. J’ai toujours trouvé que c’était normal.

Le nouvel archevêque va plus loin puisqu’il confère ce même droit à tous les hôpitaux catholiques qui sont pourtant des institutions publiques. Ce serait dans la loi mais ignoré par la population.

C’est un réel problème. Si vous devez être hospitalisé d’urgence vous n’avez pas toujours le droit de choisir votre hôpital. Il faut donc déjà pouvoir faire appel à une ambulance privée et ne pas avoir le réflexe de faire le 112 !

Je pense que beaucoup comme moi fréquentent un hôpital privé parce près de chez moi ou parce que j’y suis envoyée par mon généraliste pour des examens. Gravement malade j’aurais certainement été dans ce même hôpital.

Je vais donc remercier chaleureusement l’archevêque qui m’a appris ce que j’ignorais : je ne pourrai pas demander l’euthanasie dans l’hôpital que je fréquente depuis de nombreuses années.

Je vais donc devoir changer d’hôpital car il est exclu que je mette encore les pieds dans un hôpital catholique.

Je suis très amère de devoir constater ce non respect de la liberté que je croyais acquise de choisir une mort digne.

Je n’ai jamais oublié les souffrances atroces vécues par un ami après une opération d’une tumeur au cerveau. Trois mois. Ne pouvant plus parler, les yeux embués d’une tristesse infinie.

« Il n’est rien de plus lourd que la compassion. Même notre propre douleur n’est pas aussi lourde que la douleur coressentie avec un autre, pour un autre, à la place d’un autre, multipliée par l’imagination, prolongée dans des centaines d’échos. »
Milan Kundera. L’insoutenable légèreté de l’être.

 

NOELLE CHATELET.

Noelle

Noëlle Châtelet (Noëlle Jospin) est née le 16 octobre 1944 à Meudon. Sociologue, elle a enseigné à l’université, devenue assistante, maître-assistante, puis maîtresse de conférence à l’université de Paris-Sud puis Paris-Descartes.

Elle a épousé le philosophe François Châtelet, professeur de philosophie à l’université Paris8. Ils ont eu un fils.

Sa mère était cofondatrice de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité. (ADMD).

Elle a écrit des essais « Le corps à corps culinaire » « Entretien avec le marquis de Sade » et des romans « La courte échelle » « La Dame en bleu » « La Femme Coquelicot » « La Tête en bas ».

LA DERNIERE LECON.

« Ce sera donc le 17 octobre » C’est par cette phrase que sa mère lui annonce son suicide. L’auteur n’est pas prête du tout à accepter la mort de sa mère dont elle est très proche. Pendant trois mois, sa mère va l’aider à accepter sa décision. Ce sera « La dernière leçon »

Sa mère est âgée de 92 ans quand elle décide de mettre fin à sa vie. Elle a vécu les dégradations de la vieillesse. « Tout devenait trop loin, trop lourd, trop haut, trop bas, inaccessible en un mot, ou au prix de tant d’efforts que ta tête, encore vive et fière ne voulait plus. »

Sa mère a dû se résoudre à se séparer de sa voiture ce qu’elle a vécu comme une réclusion, une perte de liberté.

Il lui faudra pourtant du temps avant de prononcer une phrase haïssable pour elle, interdite : « Je suis fatiguée ».

Elle ne veut plus aller plus loin. A l’interrogation de sa fille : « Pourquoi maintenant ? » Elle répondra « Après, ce sera trop tard. » Elle craignait de ne plus avoir la force d’accomplir ce geste fatal.

Noëlle Chatelet nous fait vivre ces trois mois qui sont un témoignage d’amour, accompagner sa fille sur le pire chemin, qu’est l’acceptation de la mort de celle qu’on aime.

« Je ne veux pas que vous ayez du chagrin ! » Ainsi souhaitais-tu, pour toi et pour tes enfants, ce départ volontaire comme une dernière preuve d’amour. »

Noëlle Chatelet nous fait part aussi de l’incompréhension qu’elle va rencontrer après la mort de sa mère. « Mais pourquoi donc votre mère a-t-elle mis fin à ses jours ? Elle était malade ? – Non. Elle était fatiguée. » « Fatiguée. Était-ce une raison pour mourir ? »

L’auteur, elle, a compris le vœu de sa mère. Mourir dans la dignité même si elle est consciente de la peine infligée à ses enfants.

Elle dira : « C’est ainsi que j’ai vécu la mort de ma mère. Une douleur extrême, presque intolérable au moment même où je savais qu’elle accomplissait son geste. Suivi d’une paix absolue que j’ai éprouvée dès le lendemain et qui ne m’a pas quittée depuis. »

C’est un très beau témoignage. L’auteur nous fait partager ses sentiments. La colère qu’elle éprouve quand sa mère lui annonce sa décision. « Pourquoi me fait-elle cela ? » puis peu à peu, la compréhension et l’acceptation.

Je rappelle qu’en France la loi ne permet pas l’euthanasie. Sa mère n’a donc d’autre choix que le suicide pour mettre fin à sa vie. Un suicide qu’elle accomplit seule, sans la présence de ceux qu’elle aime au contraire de l’euthanasie qui permet de mourir entourée des siens.

Le livre a été adapté au cinéma par Pascale Pouzadoux avec Sandrine Bonnaire et Marthe Villalonga. Il a été récompensé par le prix Renaudot des lycéens.

 

EUTHANASIE.

Ce mercredi, les commissions réunies de la Justice et des Affaires sociales du Sénat devraient approuver l’extension aux mineurs de la loi de 2012 sur l’euthanasie. Elle serait votée par ce qu’on appelle une majorité de rechange. Aux partis de la majorité MR, PS, SP.A et Open VLD se joindraient les écologistes et la N-VA. Le CDH et le CD&V devraient voter contre.

L’éventuel vote en commission ne clôt pas le débat puisque le texte doit être voté par le parlement.

Le débat a été très difficile. La question est très délicate. Fallait-il imposer un âge ? Un enfant est-il capable de discernement ? L’accord des parents était-il nécessaire ?

Un argument du CDH est que l’extension de la loi n’est pas dans l’accord du gouvernement. Objection bien spécieuse car le Sénat y travaille depuis longtemps. Si le débat a lieu c’est tout de même, me semble-t-il, pour arriver à un accord.

Deuxième objection : il n’y a pas d’urgence ce que rejettent ceux qui sont confrontés aux souffrances des enfants.

Troisième objection : les médecins pratiquent déjà l’euthanasie des enfants, en conscience, avec l’accord des parents. C’est reconnu par tous mais c’est bien dans l’illégalité qu’ils le font, est-ce mieux ?

Il semblerait que la question de l’âge ait été abandonnée et c’est bien. Un enfant n’est pas l’autre à tous points de vue et fixer un âge aurait vraiment été ridicule.

L’accord des parents me semble indispensable. Je vois mal un médecin pratiquer l’euthanasie d’un enfant face à une opposition des parents. Il est vrai qu’une partie d’une décision difficile va reposer sur les parents. Et dans ce cas aussi, il y aura des divergences d’un parent à l’autre. C’est très difficile d’accepter l’euthanasie d’un enfant. Mais, c’est aussi très difficile de ne pas pouvoir répondre favorablement à un enfant qui demande à pouvoir partir.

Ce qui m’étonne le plus, c’est que tous les partis n’acceptent pas de laisser la liberté de conscience à leurs membres comme c’est le cas pour toutes les questions éthiques. Mais ce n’est qu’un vote en commission du Sénat, la position pourrait changer lors du vote au parlement.

La commission a rejeté une demande d’extension de la loi aux adultes souffrant de démence. Peut-être pour ne pas susciter le rejet entier du projet. Peut-être aussi que l’on peut considérer que la loi de 2002 y répond. Mais on se souvient de la polémique, parfois injurieuse, à propos d’Hugo Claus.

Autre demande non examinée, le délai de validité de cinq ans pour la déclaration anticipée. Délai court or la loi prévoit que l’on peut annuler sa décision.

Comme en 2002, l’euthanasie a été comparée aux Soins Palliatifs. J’ai été étonnée que les défenseurs des Soins Palliatifs admettent qu’ils avaient recours à la sédation.Tout le monde le savait mais ils le niaient.

C’est la sédation qui me pose problème. Elle est pratiquée sans l’accord de la famille, décidée parfois par un médecin. Quelle différence avec l’euthanasie très encadrée et qui permet à la famille d’être présente et d’entourer le malade de son affection !

Je pensais aussi que le malade était libre de choisir librement l’association des Soins Palliatifs. Ce n’est pas toujours le cas. Certains médecins imposent l’association avec laquelle ils ont des liens directs.

Le problème de la liberté du médecin de pratiquer ou non l’euthanasie me semble une bonne chose. Malheureusement, même si la loi prévoit l’obligation du médecin de conseiller un autre, ce n’est pas respecté. De même pour les hôpitaux. Il faut bien choisir, me dit-on. Ce n’est pas toujours possible.

Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais, ceux qui étaient opposés à la loi de 2002, affirmaient qu’elle permettrait aux enfants de se débarrasser de leurs parents. Argument odieux. Bizarrement, ils retournent l’argument en faisant remarquer que plus d’euthanasies sont pratiquées en Flandre qu’en Wallonie. Il faudrait peut-être se demander pourquoi plutôt que d’en faire un argument d’inutilité d’une extension de la loi de 2002.

Les questions éthiques sont toujours délicates. Cela est peut-être superflu mais je rappellerai quand même que chacun est libre de choisir son destin. Ce n’est pas vrai dans d’autres domaines…

Je profite de ce blog pour rendre hommage à l’ADMD qui lutte depuis des années pour permettre à ceux qui le désirent de mourir dans la dignité.

http://www.admd.be/

 

EUTHANASIE.

La loi sur la dépénalisation de l’euthanasie a été votée en 2012. A l’initiative de Philippe Mahoux (PS) le sénat discute de l’élargissement de la loi aux mineurs et aux personnes atteintes de démence évolutive.

Le vote de la loi en 2012 n’avait pas été facile. C’était l’aboutissement d’un long combat mené notamment par l’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité – association pluraliste.)

http://www.admd.be/Who_is_who.html

L’association propose à ses membres la déclaration anticipée d’euthanasie, valable cinq ans. Elle publie une revue, fait des réunions d’information et de formation. Comme elle le dit souvent, elle n’est pas opposée aux soins palliatifs mais regrette que souvent les associations de soins palliatifs soient une véritable machine de guerre contre l’euthanasie.

Rédiger une déclaration anticipée d’euthanasie n’est pas facile. Personne n’aime penser à la mort. Trouver une personne de confiance qui accepte de cautionner votre déclaration, pas simple non plus.

Je regrette que la déclaration ne soit valable que cinq ans. C’est un véritable frein.

Les associations de Soins palliatifs font du bon travail. Nous vivons à une époque où la souffrance est prise en compte. Ce que je leur reproche, c’est la négation qu’elles font de la pratique de la sédation. Pourtant, je l’ai constatée plusieurs fois.

Quelle différence avec l’euthanasie ? Enorme. Le patient n’est pas informé, ses proches non plus, il meurt seul et la famille ne sera avertie que plusieurs heures après le décès. C’est trop souvent le médecin seul qui prendra la décision, sans rien dire, essayant de faire croire que le décès est tout à fait naturel. Pour moi, c’est un vrai scandale.

J’ai aussi été fort étonnée de voir que le patient n’avait pas le choix de son association de soins palliatifs. Il faut l’accord du médecin. Certains s’opposent au choix qui est fait et ce n’est pas acceptable.

Il y a, je crois, unanimité contre l’acharnement thérapeutique. Mais, pratiquement, c’est bien difficile de définir à quel moment il faut arrêter les traitements. Même avec le progrès de l’imagerie médicale, le diagnostic sera toujours très difficile.

Ceci dit, la loi dépénalisant l’euthanasie n’est pas parfaite. Un très grave problème est la liberté de conscience du médecin. Je la trouve indispensable mais elle pose problème. La loi prévoit que ce médecin vous envoie chez un autre qui accepte de pratiquer l’euthanasie. Pratiquement, cela ne se fait pas. Et si vous vous trouvez dans un hôpital qui est contre l’euthanasie, vous ne pourrez rien faire. Je ne vois vraiment pas comment si on est hospitalisé dans un état grave, on peut, après le refus du médecin de vous euthanasier, aller dans un autre hôpital. Il faut, me dit-on, bien choisir son hôpital. C’est encore une fois bien théorique. Vous irez, c’est logique, dans l’hôpital où exerce votre médecin ou vous serez conduit d’office par l’ambulance dans l’hôpital le plus proche.

La loi existe. Pouvoir choisir de mettre fin à sa vie, de mourir entouré des siens est, pour moi, très important. Je regrette qu’elle ne soit pas toujours respectée.

La proposition d’extension de la loi examinée au sénat ne sera pas facile pas plus que ne l’a été la loi de 2002.

Les sujets éthiques sont toujours difficiles à traiter. Mais nous vivons dans un pays où la discussion est possible et c’est déjà bien.

Dois-je quand même rappeler que personne n’est obligé d’être d’accord avec la dépénalisation de l’euthanasie ? Mais, peut-on moralement refuser aux autres ce qu’on ne souhaite pas pour soi ?

 

CREDO POLITIQUE.

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ERIC de BEUKELAERE, né en 1963, est curé-doyen au centre de Liège. Il a été de 2002 à 2010, porte-parole de la Conférence épiscopale de Belgique. Historien,  il s’est toujours intéressé à la politique.

CREDO POLITIQUE.

Les thèmes abordés sont sérieux : civilisation, démocratie, spiritualité, justice, écologie, médias. L’auteur nous livre sa réflexion sur le monde d’aujourd’hui, sur ce qu’il apprécie ou regrette Il fait aussi des propositions, donne des conseil aussi bien aux hommes, croyants ou athées, qu’aux politiques ou aux journalistes. Sans pédanterie, avec le sourire et beaucoup d’humour.

Côté chrétien : des citations de Benoît XVI, admirables d’ailleurs, quelques références à l’évangile ou à la doctrine de l’Eglise mais sans appuyer. Ce n’est pas un livre polémique et si l’auteur titre son livre « credo » il a bien fait d’ajouter « politique ».

Pour l’auteur, l’avènement de la démocratie moderne date du 28 mai 1940 quand Winston Churchill a décidé de déclarer la guerre à l’Allemagne. Sans cela, Hitler aurait peut-être gagné la guerre. Et adieu la démocratie !

Ainsi le livre commence par un rappel historique et c’est, à mon avis, la partie intéressante du livre que le retour à l’histoire pour expliquer ses positions. Mais, il dit en s’adressant aux politiques, il faut connaître l’histoire pour nourrir sa réflexion, évidemment pas pour la copier.

Les exemples abondent dans ce qui a changé. La conception du bonheur par exemple, est bien différente de celles de nos grands-parents, la société de consommation a fait de notre monde un tout autre monde. Pas de condamnation mais pas non plus l’affirmation qu’elle n’est pas acceptible à tous !

L’auteur est plus sévère sur mai 68 et la liberté sexuelle qui, d’après lui, a engendré des bouleversements de la famille où les enfants et les adultes sont souvent perdants. Je trouve son analyse un peu courte. Les divorces ne sont pas seulement imputables à mai 68 et, pour moi, la liberté de la femme est une valeur essentielle.

Le credo de l’auteur est la justice. Ce serait trop long à expliquer et hélas ! impossible à résumer.

Le plus important est un appel à la spiritualité. L’auteur cite Malraux sans le déformer comme c’est souvent le cas. Sans dogmatisme mais avec une insistance sur le droit de chacun de pouvoir s’exprimer. Ainsi, s’il admet que la foi relève d’une conviction personnelle, il revendique le droit pour les chrétiens d’affirmer leurs opinions, même de peser sur les décisions politiques tout en affirmant qu’une fois la loi votée, elle doit être respectée. Ce qui est primordial pour lui est d’agir selon sa conscience. Un exemple : l’euthanasie, il la rejette au nom de sa foi chrétienne et trouve que les médecins ont le droit de refuser de la pratiquer. Nuance importante, l’obligation d’orienter leurs patients vers un autre collègue D’accord, mais c’est théorique car une fois hospitalisé, c’est bien difficile d’aller ailleurs…

Je dirai quand même que je suis bien d’accord sur la primauté de la conscience mais je redoute les dérives. Le jihadiste qui se fait sauter obéit à sa conscience : est-ce bien ? Je pourrais donner d’autres exemples tout bêtement pratiques où la primauté de la conscience rendrait toute vie communautaire impossible… Et, il le souligne bien, les hommes ne sont pas tous des « justes » D’accord, mais je ne crois pas au péché originel. L’homme est ce qu’il est attiré par le bien ou le mal. C’est une évidence.

Comme j’ai un peu peur d’avoir d’avoir eu une lecture du livre trop personnelle, je vais lui laisser la parole.

EXTRAITS.

« La société semble en panne de valeurs qui puissent servir de boussole dans la tempête. »

« Quand un éclésiastique est convié sur un plateau c’est plutôt à titre d’ajout…folklorique. »

« Je pense qu’il s’agit de faire de cet élan spirituel un enjeu public – une « culture d’état » à inscrire en-tête de nos constitutions et à enseigner dans nos programmes scolaires avec autant de sérieux que le calcul ou la grammaire. »

« Je suis opposé à une législation sur le blasphème. »

« N’est-il pas curieux de constater qu’à l’époque de la communication, le premier cancer ce nos sociétés soit la solitude ? »

« Le bien commun est cette notion morale qui rappelle que l’économie est faite pour l’homme et non pas l’homme pour l’économie. »

« Avec d’autres traditions religieuses ou humanistes, la vision chrétienne de l’homme énonce que celui-ci n’est ni ange, ni bête. Il est une créature capax Dei, c’est-à-dire capable d’avoir des actions dignes de Dieu, mais en même temps abîmée par une blessure archaïque – que la tradition chrétienne nomme le péché originel. »

J’ai aimé le livre, je ne regrette pas ma lecture même si je n’adhère pas à tout ce que dit l’auteur. J’aurais souhaité plus de souffle, des convictions mieux affirmées, plus convaincantes. Un véritable appel à la spiritualité. L’auteur a, me semble-t-il, préféré la tolérance, voire la tiédeur qui n’était pas celle du Christ.

TOUR D’HORIZON.

Difficile en ce moment de parler politique, du moins en Belgique. La campagne pour la présidence française a accaparé les médias. Par contre, peu d’informations nous parviennent sur le travail de notre gouvernement. Ironiquement, je pourrais dire qu’avant qu’il n’existe, c’était un sujet largement commenté. X jours sans… Je me suis pourtant décidée à faire un petit tour d’horizon.

MEDICAMENTS.

Laurette Onkelinx a provoqué l’indignation des médecins et des pharmaciens et, je pourrais ajouter des citoyens, en dévoilant son plan destiné à lutter contre le déficit de la sécu. Les pharmaciens ne pourront plus délivrer l’antibiotique prescrit par le médecin et devront le remplacer par le médicament le moins cher. C’est évidemment une atteinte grave au travail des généralistes. Je me demande si la Ministre sait que tous les antibiotiques ne se valent pas. Un médecin sait quel antibiotique convient pour telle pathologie. Il connaît aussi son patient et c’est en se basant sur cette connaissance qu’il rédige son ordonnance. Il me semblait que le dossier médical, qui avait fait l’objet d’une large publicité, reposait sur ce principe : la connaissance du passé médical d’un patient est essentielle.

Je ne parlerai pas des problèmes qu’ont soulevés les pharmaciens sur la technicité de la réforme. Je m’en tiendrai donc à dire à la Ministre qu’elle instaure une médecine à deux vitesses. Il est clair que ceux qui ont les moyens se passeront du remboursement de la mutuelle pour obtenir la pilule qui leur convient. Et que dire des génériques ? Ils sont déjà largement prescrits mais quand le médecin constate des effets indésirables, il change son ordonnance ce qui est pure logique.

EUTHANASIE. 

L’association pour le droit de mourir dans la dignité vient de fêter ses trente ans d’existence. Elle rappelle les trente années de combat pour le droit légal à une mort digne et pour l’application effective de ce droit. Tous les problèmes ne sont pas résolus. A l’heure actuelle, 85 % des déclarations d’euthanasie sont faites en Flandre contre 15 % en Belgique francophone. A l’inverse, les médecins francophones recourent deux fois plus à la sédation palliative que leurs homologues flamands. C’est clair, les médecins francophones décident davantage à la place de leurs patients.

Le SP.A  veut relancer la discussion sur l’extension de la loi. Le SP.A dit vouloir étendre la possibilité d’euthanasie aux mineurs d’âge, aux personnes souffrant de démence et à celles qui se trouvent dans un état d’inconscience prolongée. Il est clair que cela ne pourrait se faire sans un large débat et l’assurance qu’on ne touche pas aux acquis actuels.

Faut-il rappeler, une fois de plus, que personne n’est obligé de demander l’euthanasie. Pour moi personnellement, je préfère mourir entourée des miens plutôt que de subir une sédation sans que ma famille soit au courant et après parfois des mois de traitements douloureux. Je ne parviens toujours pas, plus d’un an après, à accepter l’acharnement subi par un ami très cher qui s’est quand même terminé par une sédation non annoncée. Il est mort seul.

 EXTREME-DROITE ET DERIVES.

Le score de Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle a secoué la France. Pour ne parler que de ce qui est actuel, un parti néonazi va entrer au parlement grec. Si les résultats se confirment, la formation néonazie de Chrissi Avghi (Aube dorée) pourrait obtenir une vingtaine de sièges au parlement.

Tout le monde se rappelle l’incident survenu dans le train Namur-Bruxelles le 4 mai. Quelqu’un s’est emparé du micro pour annoncer : « Bienvenue dans ce train à destination d’Auschwitz. Tous les Juifs sont priés de descendre à Buchenwald. » La SNCB s’est excusée et a porté plainte, une enquête est ouverte, mais sans généraliser, je crois qu’il faut s’inquiéter d’une possible montée de l’antisémitisme. Je ne sais plus qui a dit récemment : « Les Juifs ont peur ».

Je rappellerai aussi les propos scandaleux tenus par Philippe Moureaux après l’émission de la RTBF. (voir billet du 19 avril) J’ai été indignée par l’invitation d’Olivier Maroy à un débat organisé dans Mise au Point. Il lui a littéralement déroulé le tapis rouge.

LES PAPYS FONT DE LA RESISTANCE.

Le Vif du 4 mai a interrogé des bourgmestres-séniors. Louis Tobback, (PS) bourgmestre de Louvain, depuis 1995, âgé de 75 ans s’accroche. Raymond Langendries, (CDH), 68 ans, ambitionne de rester bourgmestre à Tubize. Herman De Croo, (OPEN VLD), 74 ans, entend bien rester parlementaire. Philippe Moureaux, (PS) 74 ans, brigue un nouveau mandat de bourgmestre par attachement, dit-il, à sa commune. (Interdit de dire qu’il vit dans une luxueuse villa à une dizaine de kms de Bruxelles). Il imite sans doute Laurette Onkelinx, censée habiter Schaerbeek, qui parle de sa villa à Lasne comme d’une maison de campagne. (Hum !). Je ne ferai pas de commentaire, après tout, c’est l’électeur qui choisit.

BREVES.

Le mari d’Onkelinx, juriste, est devenu spécialiste du tourisme de par la volonté de la Région Wallonne…

Laurette Onkelinx, encore elle, a provoqué la colère des jeunes agriculteurs: « Laurette, ton plan santé, c’est des salades. »

En France, le Conseil Constitutionnel a aboli la loi sur le harcèlement sexuel provoquant, à juste titre, la colère des femmes.

Bon, je croyais qu’il ne se passait rien. Serais-je devenue, à mon insu, une blogueuse en mal de copie ? Je préfère croire en une curiosité préférable à l’indifférence.