LAURENT GOUNELLE.

Laurent Gounelle

Ecrivain, Laurent Gounelle, né le dix août 1966, est un spécialiste des Sciences humaines, formé en France et aux Etats-Unis. Ses livres expriment sa passion pour la philosophie, le psychologie et le développement personnel.

Romans : « L’homme qui voulait être heureux » « Dieu voyage toujours incognito » « Le philosophe qui n’était pas sage »
(
Billets : 17/09/2012 – 18/04/2013 – 16/12/2014)

LE JOUR OU J’AI APPRIS A VIVRE.

Jonathan, la trentaine, habite à San Francisco. Il est séparé d’Angela depuis trois mois. Ils ont eu une fille, Chloé, qui vient chez lui un week-end sur deux. Il travaille dans une compagnie d’assurance avec comme associés Angela et Michael.

Son objectif est de gagner le plus d’argent possible. Il n’hésite pas à vendre des contrats à des clients déjà assurés pour le même risque. Très admiratif de Michael, son ambition est de faire mieux que lui.

Un jour, une bohémienne lui prend la main et lui annonce qu’il va bientôt mourir. Il est bouleversé. Il essaie de ne pas croire la prévision mais rien n’y fait.

« Lui qui ne s’était jusque-là jamais préoccupé de la durée de son existence se surprenait maintenant à envisager la fin, et cette idée était… inacceptable, insupportable. »

« Quant à son ambition secrète, se dépasser en devenant meilleur commercial que Michael, elle n’avait plus guère de sens désormais. (…)Signer toujours plus de contrats… A quoi cela servait-il, en fin de compte ? »

En plein désarroi, il décide de quitter temporairement son travail et d’aller voir sa tante Margie qu’il aime beaucoup.

« De jour en jour, son euphorie allait croissant. La rancœur et la déprime qui l’avaient un temps habité disparaissaient totalement. Progressivement, la marche l’emplissait d’un sentiment de gratitude tout à fait nouveau pour lui. Gratitude envers la beauté du monde, envers la vie qui lui offrait enfin une joie et une quiétude jusque-là insoupçonnée. »

Peu à peu, Margie va lui inculquer sa philosophie qui est bien celle de l’auteur. Ainsi, l’assouvissement de nos désirs est une course sans fin qui ne nous rend pas heureux.

« Les bouddhistes ont très bien compris ce phénomène. Ils considèrent que nos désirs sont l’une des causes de nos souffrances. C’est pour cela qu’ils invitent à se libérer de ses désirs. »

Ou encore, il faut se connaître, écouter ce qui vient du plus profond de nous-mêmes : « Quand on ne se connaît pas, on laisse nos illusions diriger notre vie. »

Combien de combats inutiles ne livrons-nous pas ? La sagesse est dans cette prière que Margie croit inspirée par Marc Aurèle : « Donnez-moi le courage de changer ce qui peut l’être, d’accepter sereinement les choses que je ne peux changer, et la sagesse de distinguer l’une de l’autre. »

La dernière révélation de Margie déduite d’une expérience scientifique qu’elle fait vivre à Jonathan est que tous les hommes sont reliés. Ainsi, en luttant contre les autres, nous luttons contre nous.

C’est un Jonathan transformé qui quittera sa tante. Il avait retrouvé le goût de vivre et voyait la vie autrement : « Le monde est la résultante de nos actes individuels. Se changer soi-même est la seule voie vers un monde meilleur. Un monde où il fait bon vivre. »

Jonathan va apprendre la bonté. Il renoncera à arnaquer ses clients comme il le faisait. Il ira plus loin, en faisant de petites choses pour les autres comme d’offrir des fleurs à une inconnue descendant du train ou tondre la pelouse de son voisin. Et même se préoccuper de l’avenir de la planète en devenant végétarien et en mangeant bio.

Comme le lecteur le constatera, l’auteur a profité de son roman pour partager sa vision de la vie comme le dit très bien le titre du livre : « Le jour où j’ai appris à vivre. »

L’originalité consiste, d’après moi, à écrire un roman non un essai c’est-à-dire à nous convaincre par petites touches non par de grands discours. C’est aussi ce qu’il avait fait dans  « L’homme qui voulait être heureux »

En parallèle à Jonathan, il crée un autre personnage Ryan qui espionne ses voisins à l’aide d’une caméra et d’un magnétoscope. Il poste tout sur son blog et en tire une joie mauvaise. Jonathan sera d’ailleurs une de ses victimes.

Ryan est donc l’opposé de Jonathan mais en même temps l’auteur donne ainsi une certaine véracité au livre, c’est bien par le biais d’un roman que Laurent Gounelle nous livre sa conception de la vie.

On peut ou pas être d’accord avec l’auteur mais ce qui est certain c’est que son livre tranche radicalement sur beaucoup d’essais qui traitent du même sujet mais dont le pompeux du discours nous en éloigne très rapidement.

Je terminerai par la citation que Laurent Gounelle met en exergue de son livre :

« Celui qui est le maître de lui-même est plus puissant que le maître du monde » (Bouddha)

 

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MATHIEU RICARD.

 Mathieu Ricard est né en 1946. Il a été ordonné moine en 1978. Il est le fils de Jean-François Revel, philosophe, journaliste, écrivain, membre de l’Académie français. Ils ont écrit ensemble un livre « Le moine et le philosophe » dans lequel Jean-François Revel lui pose les bonnes questions sur le bouddhisme.

Mathieu Ricard vit et travaille dans les régions himalayennes depuis 40 ans. Il a publié plusieurs livres. Tous ses droits d’auteur sont reversés à des projets humanitaires au Tibet, au Népal et en Inde.

Depuis 1989, il est l’interprète officiel de Sa Sainteté le Dalaï- Lama.

Il photographie les maïtres spirituels, la vie dans les monastères, l’art et les paysages du Tibet, du Bhoutan et du Népal.

Auteur à succès, il a assuré la continuité du dialogue entre l’Orient et l’Occident.

Il se dit : « L’homme le plus heureux du monde grâce à l’entraînement de son esprit avec des maîtres bouddhistes tibétains authentiques ».

Il est certainement un de ceux qui ont le plus contribué à l’introduction et l’extension du bouddhisme chez nous.

(Pour ceux que cela intéresse voir la suite  : le bonheur – Mathieu Ricard2 – Mathieu Ricard3 – sur you tube.)

SCIENCE ET BOUDDHISME.

Dans son livre « Le Cosmos et le Lotus » Trinh Xuan Thuan tente d’expliquer pourquoi selon lui, le bouddhisme peut être en accord avec la science moderne.

Il part d’un constat : « La science n’a rien à dire sur la manière de conduire notre vie. »  Tout le monde sera d’accord avec cette affirmation. Il ajoute que la science ne suffit pas à nous rendre heureux même si elle a allégé notre quotidien. Elle n’est pas non plus propre à développer les qualités humaines indispensables au bonheur car « elle est incapable d’engendrer la sagesse ». Etudiant, il a pu constater que de grands scientifiques qu’il admirait étaient parfois de médiocres individus dans la vie courante. « Les scientifiques ne sont ni meilleurs, ni pires que la moyenne des hommes. »

Il est vrai que l’histoire abonde en exemple de grands esprits dont le comportement n’est pas glorieux. On connaît la manière dont Newton s’est comporté envers Leibniz l’accusant de lui avoir volé l’invention du calcul infinitésimal. Que dire des physiciens allemands Philipp Léonard et Johannes Stark, tous deux Prix Nobel de physique qui ont soutenu le nazisme et sa politique antisémite allant jusqu’à proclamer la supériorité de la science allemande sur la science juive ? Il en profite pour rendre hommage à Einstein qui a eu un sens aigu de la morale et de l’éthique, militant après Hiroshima et Nagasaki, pour l’interdiction des armements nucléaires.

L’auteur rappelle que le bouddhisme est la tradition spirituelle de son enfance. Il se souvient des grandes fêtes bouddhiques  qu’il célèbrait avec sa mère. Sa rencontre avec Mathieu Ricard va lui permettre d’approfondir sa connaissance du bouddhisme. Scientifique comme lui, ils ont eu de longues conversations qui déboucheront sur l’admirable livre « L’infini dans la paume de la main » publié chez Fayard  en 2000. Il acquerra la conviction que » la science et le bouddhisme représentent l’un comme l’autre une quête de la vérité, dont les critères sont l’authenticité, la rigueur et la logique, leurs manières d’envisager le réel ne devaient pas déboucher sur une opposition irréductible, mais au contraire sur une harmonieuse complémentarité. »

Le premier principe bouddhique que l’auteur met en évidence est le concept d’interdépendance. Toute chose ou tout être ne peut exister de façon autonome ni en être sa propre cause. Le monde est comme un vaste flux d’événements reliés les uns aux autres et participant tous les uns des autres. Le bouddhisme ne nie pas les lois physiques ou mathématiques mais affirme qu’il y a une différence entre la façon dont le monde nous apparaît et sa nature ultime.

Pour illustrer ce principe d’interdépendance l’auteur donne l’exemple d’une pomme. Nous en connaissons, par nos sens, la forme, la couleur, la taille mais si nous élargissons notre réflexion, nous devrons penser au pommier, à la lumière du soleil, à la pluie, la terre et nous serons incapables d’isoler une identité autonome de la pomme. La désignation « pomme » apparaîtra bien comme une construction de l’esprit. Ainsi le bouddhisme affirme que l’existence de la pomme n’est pas autonome mais interdépendante.

Poursuivant son raisonnement, l’auteur se retournera vers la science disant : « La physique moderne a non seulement démontré l’interdépendance du monde des particules et de l’univers, mais elle a aussi mis en évidence l’intime connexion de l’homme avec le cosmos. (…) Nous sommes tous faits de poussières d’étoiles. Frères des bêtes sauvages et cousins des fleurs des champs, nous portons tous en nous l’histoire cosmique. Le simple fait de respirer nous relie à tous les êtres qui ont vécu sur le globe. »(…) Quand un organisme vivant meurt et se décompose, ses atomes sont libérés dans l’environnement, puis intégrés dans d’autres organismes. »

Autre interconnexion découverte par la science, nous sommes tous liés les uns aux autres génétiquement, nous descendons de l’Homo habilis. Nous savons maintenant que, par exemple, nous partageons 99,5 % de nos gènes avec les chimpanzés. Nous nous rappelons combien les découvertes de Darwin avaient fait scandale à son époque.

Autre principe du bouddhisme, la vacuité c’est-à-dire l’absence d’existence propre. « Ce concept de changement perpétuel et omniprésent rejoint ce que dit la cosmologie moderne : tout bouge, tout change, tout évolue, tout est impermanent, du plus petit atome à l’univers entier en passant par les galaxies, les étoiles et les hommes. »

L’auteur, comme Einstein avant lui, s’émerveille du réglage minutieux de l’univers, un équilibre extrêmement délicat « d’une précision comparable à celle dont devrait faire preuve un archer pour planter une flèche dans une cible carrée d’un centimètre de côté qui serait placée aux confins de l’univers. »

Il existe une question à propos de laquelle le bouddhisme peut entrer en conflit avec la cosmologie moderne, les origines de l’univers. Mais il souligne que la science elle-même n’a pas de réelle réponse, des hypothèses existent que je pourrais résumer ainsi –  ceux qui croient en une multitude d’univers –  ceux pour qui notre univers est unique. La science n’a pas les moyens de trancher entre ces deux hypothèses.

L’auteur lui fait le pari d’un univers unique qui ne serait pas le fruit du hasard. Il justifie sa position par la beauté, l’harmonie du monde, la merveilleuse organisation du cosmos. A mesure que la physique a progressé, les cosmologues ont pu constater qu’il existe une profonde unité dans l’univers et que les phénomènes qu’on croyait distincts ont pu être unifiés.

L’auteur va plus loin en affirmant que la vie et la conscience n’ont pas émergé par hasard. « Parce que l’observateur et le phénomène observé sont interdépendants, il était inévitable qu’un être conscient émerge dans l’univers pour l’observer et lui donner un sens. » Pour lui l’existence de l’être humain est inscrite dans les propriétés de chaque atome, étoile ou galaxie et dans chaque loi physique qui régit l’univers.

L’auteur soulève un autre problème : la créativité scientifique doit-elle être contrôlée ? Il ne le pense pas : « Si, à cause des dangers potentiels de certaines recherches scientifiques, nous interdisons de chercher, nous risquons de passer à côté d’innombrables bienfaits qu’elles sont susceptibles de nous apporter. »

Il rappelle ce qu’il a toujours affirmé, la vulgarisation scientifique est nécessaire pour alerter le public sur des applications potentiellement dangereuses. Un autre de son crédo est que le scientifique a le devoir de ne pas oublier son humanité. Il rejoint ainsi son adhésion au bouddhisme : « Pour un bouddhiste, le bien et le mal n’existent pas en soi. Il n’y a de bien et de mal qu’en termes de bonheur et de souffrance causés à soi-même ou à autrui. Si je réussis à faire naître en moi une attitude altruiste telle que je sois viscéralement concerné par le bien des autres, cet altruisme devient le plus sûr guide de mon jugement. »

TRINH XUAN THUAN.

Trinh Xuan Thuan a publié chez « Albin Michel » un très beau livre : « Le Cosmos et le Lotus » sous-titré « Confessions d’un astrophysicien ». Il y raconte sa vie et en toile de fond, l’histoire de son pays, le Vietnam.

L’auteur est venu au monde dans une famille aisée en 1948, à Hanoi, capitale administrative du Tonkin. La guerre d’indépendance menée par Ho Chi Minh contre les colonialistes français faisait rage. En 1954, ses parents décident de tout abandonner et se réfugient au Sud-Vietnam, à Dalat, station balnéaire. Il entre au lycée français. Toutes ses études se déroulent donc en français et il n’a que quelques bribes de la culture vietnamienne.

Pourtant, il est profondément imprégné de culture confucéenne par son environnement familial. « Le confucianisme est une philosophie de vie, non pas enseignée mais vécue. » Il est profondément marqué par la notion du ren qui peut être traduite par « plénitude d’humanité » ou « amour de l’humain » qui constitue la pierre angulaire de l’enseignement confucéen. « Confucius (551-479 av. JC) est le premier penseur en Chine à placer clairement l’homme au centre de sa réflexion. »

Malgré la guerre du Vietnam, il passe une enfance heureuse. Il lit beaucoup et apprécie spécialement les romans d’Arthur Conan Doyle et d’Agatha Christie. Il fera plus tard un rapprochement entre les romans policiers « reconstitution du crime, découverte du coupable, dicté par une déduction logique et rationnelle » et la découverte scientifique en astronomie.

Ayant obtenu son baccalauréat français, section mathématique, en 1966, il hésite à choisir entre une carrière littéraire ou scientifique. C’est le livre d’Albert Einstein « Comment je vois le monde » qui le décide à devenir physicien. Il aurait voulu faire ses études en France mais comme il ne pouvait obtenir de passeport, il choisit la Suisse romande, Lausanne. Le choc est la découverte du sentiment de sécurité. « Depuis ma naissance, j’avais toujours vécu dans une atmosphère de guerre. Je ne savais pas ce que pouvait signifier vivre dans un pays en paix. »

Après un an, il s’aperçoit que devenir ingénieur physicien ne correspond pas à ses attentes. Il décide alors d’émigrer aux Etats-Unis malgre le handicap constitué pas son anglais sommaire. Il choisit Caltech, en Californie. Les professeurs étaient tous des chercheurs de renommée internationale. Il dira toute son admiration pour Richard Feynman qui avait une intuition hors du commun. Caltech était aussi à la pointe de l’astrologie et possédait le plus grand télescope du monde. C’est ainsi qu’il devient astrophysicien passionné par l’exploration spatiale du système solaire.

Après avoir obtenu son « bachelor » en 1970, il choisit de faire sa thèse de doctorat à Princeton. Il défend sa thèse en 1974, qui porte sur le milieu interstellaire. Les quatre ans passés à Princeton portaient essentiellement sur de la théorie, calculs et modèles mathématiques. Le contact direct avec le ciel lui manquait. Il accepte la proposition de James Gunn, professeur d’astronomie à Caltech de travailler avec lui en cosmologie.

Après ces deux années d’études postdoctorales, il peut enseigner tout en continuant ses recherches. Il choisit Charlottesville, en Virginie. Cettte université a été fondée par Thomas Jefferson, principal auteur de la Déclaration d’indépendance de 1776, défenseur des droits de l’homme et élu à deux reprises  Président des Etats-Unis.

Sa recherche porte essentiellement sur la formation et l’évolution des galaxies qui reste l’un des problèmes majeurs de l’astrophysique contemporaine. En décembre 2004, il eut la grande joie d’identifier la plus jeune galaxie connue de l’univers. Elle s’appelle I Zwicky 18 et son âge est de l’ordre d’un milliard d’années. « Un vrai bébé galaxie »!  Il fait aussi des recherches sur la « masse noire ». Incroyable, mais la matière lumineuse des étoiles et des galaxies ne représente qu’un 0,5 % de l’univers.« Nous vivons dans un univers iceberg dont plus de 95 % nous échappent. »

J’ai dit au début de mon post que dans son livre, il retraçait son parcours et l’histoire de son pays. Il dit aussi son admiration pour les Etats-Unis. Apatride, il a été naturalisé américain le 14 juillet 1981, dans la plus grande émotion.

S’il admire les universités américaines qui favorisent les talents quelle que soit l’origine des futurs chercheurs, il est aussi très critique sur certains aspects. Thomas Jefferson alors qu’il proclamait « Tous les hommes sont créés égaux » n’a jamais eu le courage de s’élever contre l’esclavage. L’auteur s’étonne aussi qu’en 2009, 39 % seulement des Américains croient en la théorie de l’évolution de Charles Darwin. Et les créationnistes se battent pour que la « science de la Création » soit enseignée dans les écoles publiques. Autre sujet d’indignation, la répartition des richesses. 1 % de la population gagne autant que les 50 % les plus pauvres.

Une des grandes préoccupations de Tru Xuan Thuan est la désaffection des jeunes pour les carrières scientifiques. Il a tenu à vulgariser la science : « J’avais l’intime conviction que par la vulgarisation de la science, il me serait permis de répondre à cet idéal du ren, ce concept de l’amour de l’humain si cher à Confucius et ancré si profondément en moi. » Ainsi, cela a été un grand bonheur pour lui que « La Mélodie secrète » soit devenu ne best-seller traduit dans plusieurs langues.

Il commençait son livre par une constatation : « Je suis le produit de trois cultures. Né vietnamien, éduqué à la française, j’ai acquis  toute ma science aux Etats-Unis » Il caresse le projet de s’installer à Paris quand il n’enseignera plus et de se consacrer à plein temps à l’écriture.

Le titre de son livre « Le Cosmos et le Lotus » fait référence au bouddhisme dont il parle longuement dans la dernière partie du livre. J’y reviendrai car c’est un chapitre important qui dépasse le cadre de ce post. De même, je n’ai pu reprendre toutes ses explications scientifiques,  claires et compréhensibles pour des non initiés mais impossibles à résumer. Je renvoie le lecteur au livre.

Je terminerai par cette profession de foi : « De même que je constate une organisation dans l’univers, je me demande s’il en existe une dans les grandes lignes de la destinée d’un homme, sans qu’il perde pour autant son libre arbitre. Plus j’avance sur le chemin de la vie, plus je me dis que certains événements et rencontres ne peuvent être le seul fruit du hasard. (…) Certains épisodes de mon parcours quand je les revois, me paraissent trop extraordinaires pour que je ne m’émerveille pas devant leur agencement. »

L’émerveillement est une constante de ce très beau livre.

 

ANDRE COMTE-SPONVILLE.

André Comte-Sponville.Philosophe français, il est né le 12 mars 1952, à Paris. Ancien élève de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, il a été l’élève et l’ami de Louis Althusser. Maître de conférence à la Sorbonne, il a démissionné en 1998 pour se consacrer exclusivement à l’écriture et à des conférences. Il est membre du Comité consultatif national d’éthique.

Ses premiers livres sont d’un accès difficile : « Traité du désespoir et de la béatitude » (Deux tomes : Le mythe d’Icare et Vivre) Dans »Une éducation philosophique » il se présente comme un matérialiste, concept qu’il étudie longuement et rend hommage à ses maîtres : Montaigne, Spinoza, Claude Lévi-Strauss.

Il va ensuite s’efforcer de rendre la philosophie plus accessible. « Impromptus » titre emprunté à Schubert, dont il est grand admirateur, est un recueil de réflexions sur des questions que tout le monde se pose : l’angoisse, l’argent, le goût de vivre, la médecine, le suicide, l’euthanasie. Le livre est assez déprimant car le fil rouge est « Nous sommes mortels ». Les idées développées choqueront certains : de quel droit ne pourrait-on pas se suicider ? l’angoisse est inhérente à la vie : « Nous naissons dans l’angoisse, nous mourons dans l’angoisse. Entre les deux la peur ne nous quitte pas. » Mais il dira aussi : « Si le sage est celui qui n’a plus d’angoisses, le philosophe est peut-être celui qui ne s’angoisse plus d’en avoir. »

Pessimisme aussi dans « Le deuil » : « Il y a deuil chaque fois qu’il y a perte, refus, frustation. Il y a donc deuil toujours. » Le titre du chapitre consacré à la médecine peut apparaître comme une provocation : « Mourir guéri? »

A propos de l’argent : « L’argent mesure tout ce qui a un prix, mais aussi par là, ce qui n’en a pas, je veux dire le prix lui-même que nous mettons aux choses, aux gens, à tout ce qui n’est pas nous. »

L’auteur est moins pessimiste dans ses autres livres. Il perdra assez vite cette étiquette de matérialiste pour celle de « philosophe humaniste » à la recherche de la sagesse « penser mieux pour vivre mieux » Il s’affirme athée mais récuse l’opinion si répandue qu’un athée n’a pas d’éthique. Il le développera dans « Petit traité des grandes vertus » : la liste est longue : politesse, fidélité, prudence, tempérance, courage, justice, générosité, compassion, miséricorde, gratitude, humilité, simplicité, tolérance, pureté, douceur, bonne foi, humour et bien sûr l’amour, vertu qu’il met au-dessus de toutes les autres.

Ces vertus, me direz-vous sont universelles mais le philosophe les analyse finement, sans aucune banalité, avec un objectif : « Essayer de comprendre ce que nous devrions faire, ou être, ou vivre, et mesurer par là, au moins intellectuellement, le chemin qui nous en sépare. »

En collaboration avec Luc Ferry, il a écrit « La Sagesse des Modernes. Dix questions pour notre temps. » Comment vivre ? Quelle sagesse après la religion et au-delà de la morale ? Qu’est-ce qu’une vie bonne ? Les deux philosophes dialoguent, soulignent leurs points d’accord mais aussi leurs différences.

Je citerai aussi « Le capitalisme est-il moral ? » écrit en 2004, « Présentation de la Philosophie. » et un excellent « Dictionnaire philosophique. » dans lequel le lecteur retrouvera tous les concepts de la philosophie, illustrés par de nombreuses citations.

Que dire de l’auteur ? D’abord, ce qu’il dit de lui-même : il n’est pas un intellectuel engagé mais un philosophe citoyen, un athée fidèle; qu’il pratique « le gai désespoir » : « le maximum de bonheur, dans un maximum de lucidité ».

Je le trouve très proche du bouddhisme notamment dans sa conception de voir les choses comme elles sont plutôt que de s’illusionner à leur sujet. Il est d’ailleurs fort attiré par la sagesse orientale et  par les Grecs surtout Epicure et les stoïciens.

Il a été, un moment, très médiatisé mais, je ne sais pourquoi, il n’est plus guère invité à la télévision. Il m’est toujours apparu sympathique, convaincant, jamais arrogant. Oserais-je dire qu’il parle mieux qu’il n’écrit ? Ses livres sont bourrés d’une suite de questions qu’il enchaîne avant d’y répondre, parfois laborieusement.

Il abuse des citations, ce qui en soi ne mérite pas de reproche, mais d’une certaine manière, elles nuisent à l’auteur car quand il cite Spinoza ou Montaigne, ce sont leurs phrases, claires, lumineuses que le lecteur retient.

Il avoue qu’on lui a souvent reproché cet abus de citations. Ne peut-on pas y voir le souci de rendre un hommage à ses maîtres en s’effaçant derrière eux ?