CREDO POLITIQUE.

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ERIC de BEUKELAERE, né en 1963, est curé-doyen au centre de Liège. Il a été de 2002 à 2010, porte-parole de la Conférence épiscopale de Belgique. Historien,  il s’est toujours intéressé à la politique.

CREDO POLITIQUE.

Les thèmes abordés sont sérieux : civilisation, démocratie, spiritualité, justice, écologie, médias. L’auteur nous livre sa réflexion sur le monde d’aujourd’hui, sur ce qu’il apprécie ou regrette Il fait aussi des propositions, donne des conseil aussi bien aux hommes, croyants ou athées, qu’aux politiques ou aux journalistes. Sans pédanterie, avec le sourire et beaucoup d’humour.

Côté chrétien : des citations de Benoît XVI, admirables d’ailleurs, quelques références à l’évangile ou à la doctrine de l’Eglise mais sans appuyer. Ce n’est pas un livre polémique et si l’auteur titre son livre « credo » il a bien fait d’ajouter « politique ».

Pour l’auteur, l’avènement de la démocratie moderne date du 28 mai 1940 quand Winston Churchill a décidé de déclarer la guerre à l’Allemagne. Sans cela, Hitler aurait peut-être gagné la guerre. Et adieu la démocratie !

Ainsi le livre commence par un rappel historique et c’est, à mon avis, la partie intéressante du livre que le retour à l’histoire pour expliquer ses positions. Mais, il dit en s’adressant aux politiques, il faut connaître l’histoire pour nourrir sa réflexion, évidemment pas pour la copier.

Les exemples abondent dans ce qui a changé. La conception du bonheur par exemple, est bien différente de celles de nos grands-parents, la société de consommation a fait de notre monde un tout autre monde. Pas de condamnation mais pas non plus l’affirmation qu’elle n’est pas acceptible à tous !

L’auteur est plus sévère sur mai 68 et la liberté sexuelle qui, d’après lui, a engendré des bouleversements de la famille où les enfants et les adultes sont souvent perdants. Je trouve son analyse un peu courte. Les divorces ne sont pas seulement imputables à mai 68 et, pour moi, la liberté de la femme est une valeur essentielle.

Le credo de l’auteur est la justice. Ce serait trop long à expliquer et hélas ! impossible à résumer.

Le plus important est un appel à la spiritualité. L’auteur cite Malraux sans le déformer comme c’est souvent le cas. Sans dogmatisme mais avec une insistance sur le droit de chacun de pouvoir s’exprimer. Ainsi, s’il admet que la foi relève d’une conviction personnelle, il revendique le droit pour les chrétiens d’affirmer leurs opinions, même de peser sur les décisions politiques tout en affirmant qu’une fois la loi votée, elle doit être respectée. Ce qui est primordial pour lui est d’agir selon sa conscience. Un exemple : l’euthanasie, il la rejette au nom de sa foi chrétienne et trouve que les médecins ont le droit de refuser de la pratiquer. Nuance importante, l’obligation d’orienter leurs patients vers un autre collègue D’accord, mais c’est théorique car une fois hospitalisé, c’est bien difficile d’aller ailleurs…

Je dirai quand même que je suis bien d’accord sur la primauté de la conscience mais je redoute les dérives. Le jihadiste qui se fait sauter obéit à sa conscience : est-ce bien ? Je pourrais donner d’autres exemples tout bêtement pratiques où la primauté de la conscience rendrait toute vie communautaire impossible… Et, il le souligne bien, les hommes ne sont pas tous des « justes » D’accord, mais je ne crois pas au péché originel. L’homme est ce qu’il est attiré par le bien ou le mal. C’est une évidence.

Comme j’ai un peu peur d’avoir d’avoir eu une lecture du livre trop personnelle, je vais lui laisser la parole.

EXTRAITS.

« La société semble en panne de valeurs qui puissent servir de boussole dans la tempête. »

« Quand un éclésiastique est convié sur un plateau c’est plutôt à titre d’ajout…folklorique. »

« Je pense qu’il s’agit de faire de cet élan spirituel un enjeu public – une « culture d’état » à inscrire en-tête de nos constitutions et à enseigner dans nos programmes scolaires avec autant de sérieux que le calcul ou la grammaire. »

« Je suis opposé à une législation sur le blasphème. »

« N’est-il pas curieux de constater qu’à l’époque de la communication, le premier cancer ce nos sociétés soit la solitude ? »

« Le bien commun est cette notion morale qui rappelle que l’économie est faite pour l’homme et non pas l’homme pour l’économie. »

« Avec d’autres traditions religieuses ou humanistes, la vision chrétienne de l’homme énonce que celui-ci n’est ni ange, ni bête. Il est une créature capax Dei, c’est-à-dire capable d’avoir des actions dignes de Dieu, mais en même temps abîmée par une blessure archaïque – que la tradition chrétienne nomme le péché originel. »

J’ai aimé le livre, je ne regrette pas ma lecture même si je n’adhère pas à tout ce que dit l’auteur. J’aurais souhaité plus de souffle, des convictions mieux affirmées, plus convaincantes. Un véritable appel à la spiritualité. L’auteur a, me semble-t-il, préféré la tolérance, voire la tiédeur qui n’était pas celle du Christ.

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ELIO : SAUVEUR OU FOSSOYEUR ?

 

Elio Di Rupo, après son rapport au Roi, a donné sa deuxième conférence de presse. Les commentaires divergent. Je ne suis pas politologue mais, comme citoyenne, je tiens à mon petit commentaire.

Quand j’ai ouvert la télévision, à six heures trente, sur la Une, Elio Di Rupo s’exprimait en flamand, avec une traduction simultanée. Contrairement à ce qui se fait d’habitude, on entendait les deux discours, néerlandais et traduction alors que généralement quand il y a traduction, on n’entend que celle-ci. J’ai donc trouvé cela très désagréable. De plus, il paraît que s’exprimer en néerlandais était voulu, une manière de faire du charme aux Flamands. Bien, mais à contrario, très déplaisant pour une francophone. Une manière de confirmer que contenter les Flamands est vraiment la priorité des priorités !

Je n’ai pas le texte du discours et mon décodeur, pourtant flamand, était en panne. Impossible d’enregistrer. De mémoire, avant d’aborder le fond, je dirai que cette manière de se présenter comme le sauveur de la Belgique, d’insister sur le « devoir » qu’il s’impose, le bien que la réforme représente pour le pays qui sera enfin ! débarrassé des problèmes constitutionnels, m’ont agacée. Pourquoi ? Je ne crois pas que la réforme permettra de vivre en paix, ni, même réussie, qu’elle sera la dernière. Or, je trouve que le prix à payer est énorme pour les Francophones.

Il a repris la comparaison d’une réforme copernicienne, le centre de gravité de la Belgique se déplaçant du Fédéral vers les régions, commenté longuement les compétences quittant le Fédéral et insistant sur le fait « historique » des milliards que cela représente. Bravo ! Pourtant, avant les élections, les partis politiques parlaient de la dette abyssale, de la difficulté de retrouver l’équilibre financier exigé par l’Europe alors que les caisses du Fédéral étaient vides. Je ne vois pas comment en versant autant d’argent aux entités fédérées (lesquelles d’ailleurs ?) le Fédéral ira mieux. Si les régions pourront créer des emplois de fonctionnaires, le Fédéral gardera les siens.

Une autre affirmation m’a paru utopique ou mensongère : « personne ne peut être appauvri ». Donc pas d’appauvrissement des ménages wallons si les AF sont supérieures en Flandre, si l’impôt des sociétés permet une concurrence déloyale, si les soins de santé sont remboursés différemment, si et si…. Ceci affirmé au moment où la Région wallonne taxe le gaz plus fort qu’en Flandre…

Mais, pour moi, le plus incroyable est l’annonce faite de l’intention de revoir la loi de financement. Il me semblait pourtant que c’était le « non » francophone qui avait provoqué le blocage ! Et surtout, qu’après les concessions faites par les Francophones, beaucoup trop de mon point de vue, c’était une nouvelle revendication de la N-VA. Une de plus : Bart De Wever voit que cela marche, alors pourquoi ne pas en profiter ?

Je ne comprends pas qu’Elio Di Rupo demandant aux partis de prendre leurs responsabilités, certains l’interprètent comme un message envoyé à la N-VA. Dans le sens « cela suffit » alors que le préformateur annonce qu’il accepte de discuter de leur nouvelle, xième demande ? 

Rien sur Bruxelles. Et de nouveau, même ce matin, à la RTBF, le constitutionnaliste, Hendrik Vuye, professeur universitaire à Namur, conseiller de la NV-A  (comment est-ce possible ?) réaffirmait que Bruxelles était une ville spécifique et admettait implicitement la tutelle des deux régions. Cela valait la peine de bloquer la scission de BHV pendant des années pour que lors d’une réforme où l’on renforce les régions, Bruxelles ne puisse toujours pas être une région comme les autres.

Il y aurait encore beaucoup à dire, politologues et journalistes s’en chargeront.

Ce que je regrette le plus est que si le moment était vraiment venu de faire une grande réforme de l’Etat, cela se fasse sous la pression de la N-VA, selon ses diktats et que ce ne soit pas  l’occasion de redessiner une autre Belgique, plus équitable, au lieu de poser les jalons souhaités par Bart De Wever pour lui permettre, à plus ou loin long terme, de casser le pays.

Un mot encore, sur mon incompréhension totale de ce que fait Elio Di Rupo. Il renie ses promesses électorales, par exemple « jamais de scission de la sécurité sociale », victoire socialiste depuis 150 ans !

La démocratie, c’est bien sûr, le respect du voeu exprimé par les électeurs. Ce que je constate c’est que, cette réforme, seuls les partis flamands l’avaient mise au programme de leur campagne électorale. 70 % des Belges sont trompés.

Et que dire de la discrétion poussée jusqu’à l’absurde ? Un silence antidémocratique. Que penser de l’éviction absolue des autres partis ? Inédit, dit-on, oh oui ! mais une manière de rejeter des électeurs qui pourraient espérer, au moins, être tenus au courant.

C’est le « top » pour la Flandre. Même la RTBF a trouvé malin de faire la promotion de la côte tout l’été. Pas de carte touristique tronquée, non, de la pub, c’est tout.

ONKELINX LANCE LA CAMPAGNE ELECTORALE.

 

Alors que le gouvernement doit encore terminer ses travaux, alors qu’il reste à définir les articles de la constitution qui doivent être révisés, Laurette Onkelinx, ce matin, sur la RTBF, rompt déjà le front des francophones et lance SA campagne électorale.

Tenez-vous bien ! Oui, Alexander De Croo a fait chuter le gouvernement mais c’est Olivier Maingain qui a empêché un accord. Rien que cela. Et elle va plus loin en affirmant que le prochain gouvernement fédéral doit être l’Olivier et que le MR n’est pas un bon partenaire pour avancer sereinement dans les négociations communautaires. (sic).

Voilà des mois, que les politiciens nous font croire que les Francophones sont unis, que les droits des Francophones sont une priorité pour tous et cette déclaration dans La Libre du 28 avril était claire : « Ainsi les présidents des partis francophones étaient-ils sur les ondes, ce mardi aux aurores, pour claironner que la faute de cette crise politique incombait à l’Open VLD et à son « irresponsable » chef de file Alexander De Croo. »  « Ce n’est pas nous qui sommes à l’origine de cette crise, nous sommes en colère, nous étions proches d’un accord sur BHV, ce sont les ultimatums du VLD qui nous ont pourri la vie. »

Tous les démocrates se réjouissaient d’avoir pu empêcher la scission de BHV, majorité contre minorité, en actionnant la sonnette d’alarme. Tout le monde semblait soulagé que la journée d’hier n’ait pas une journée anti-démocratique comme on le craignait. Tout le monde se félicitait de l’attitude courageuse de Patrick Dewaele, qui avait remis de la dignité dans le parlement. Tout le monde ! Mais c’était trop beau !

En un quart d’heure, Laurette Onkelinx nous a replongés dans un climat détestable. Minimiser le rôle joué par Alexander De Croo, qui est incontestablement à l’origine de la chute du gouvernement, c’est franchement être de la plus mauvaise foi.

Je ne partage pas les vues d’Olivier Maingain sur l’élargissement de Bruxelles ou la nomination des bourgmestres mais tous les partis francophones ont dit la même chose que lui. Tous. Et d’un claquement de doigt, Laurette Onkelinx renie ce quelle a toujours dit, comme les autres.

Les Flamands comparent Olivier Maingain à Bart De Wever, logique de leur part mais incompréhensible pour des Francophones car jusqu’ici le FDF fait bien partie du MR qui, que je sache, n’est pas un parti nationaliste. Il est vrai que certains vont même jusqu’à affirmer que le président du MR n’est pas Didier Reynders mais Olivier Maingain. Commode pour se séparer d’un président encombrant mais une affirmation fausse démentie d’ailleurs à plusieurs reprises par Willy Borsu.

Olivier Maingain défend Bruxelles et la périphérie comme président du FDF, on peut ne pas être d’accord avec lui mais il a le droit, comme tous les présidents de parti, de défendre ce que veulent ses électeurs. Je n’avais pas apprécié que son mouvement vote l’Etat Wallonie-Bruxelles, vite transformé par Didier Reynders en Fédération Wallonie-Bruxelles, dénomination reprise rapidement par Rudy Demotte qui va d’ailleurs beaucoup plus loin

Nous allons assister à une campagne électorale très dure. Pour moi, pour éviter ce qui s’est passé en 2007, avec les accusations portées par les socialistes contre Didier Reynders, je dis tout de suite que cette fois c’est bien Laurette Onkelinx qui commence… Elle sera tête de liste PS à Bruxelles, bonne chance ! Les électeurs n’ont pas oublié ses petites promenades à Schaerbeek où elle allait habiter (sic) pendant qu’elle construisait sa maison à Lasne. Elle est sûre que le gouvernement peut élargir la liste des articles de la constitution à réviser alors que les juristes sont partagés mais son juriste de mari a toujours montré qu’il savait mieux que tout le monde lire la constitution. Il faut se rappeler les joutes oratoires entre lui et Francis Delpérée, qui, pour moi, est tout de même un constitutionaliste un peu plus sérieux.

Alexander De Croo nous avait annoncé qu’il voulait faire de la politique autrement, c’est-à-dire par le chantage et le mensonge. On a vu les résultats, un gouvernement qui tombe avant la présidence de l’Union européenne, une image déplorable donnée de la Belgique à l’étranger et en bout de course, la scission de BHV reportée aux calendes grecques. Joli résultat.

J’étais indignée, je le suis autant de constater qu’il ait fait une émule, Laurette Onkelinx qui réécrit  l’histoire dans un souci électoral. Navrant.

Je ne crois pas qu’en affirmant déjà comment le gouvernement sera composé avant même que les élections aient lieu soit une bonne manière d’inciter les citoyens à remplir leurs devoirs civiques. Mais on a déjà vu cela lors de la difficile composition du gouvernement avant qu’on aille repêcher les socialistes.

Je veux aussi rendre hommage à Yves Leterme. Il prend sur lui l’échec de la scission de BHV, c’est un grand service qu’il rend à son parti. Mais tout de même, c’est le Roi qui a chargé Jean-Luc Dehaene de s’occuper du communautaire en laissant Yves Leterme en dehors et le travail qu’il a fait au gouvernement ces derniers mois était, de l’avis unanime, excellent. Alexander De Croo voulait sa peau, il a réussi.  

Justement, à propos du roi, c’est du bout des lèvres que Laurette Onkelinx, toujours ce matin, accepte à contre coeur qu’on ne touche pas à sa fonction. A méditer.

Un petit mot sur le « droit du sol » qu’on reproche aux Flamands. Il existe depuis la nuit des temps. Les nations se sont formées en annexant des territoires par la force, les alliances, les mariages… A-t-on oublié l’origine de la guerre de cent ans entre la France et l’Angleterre, l’Alsace-Lorraine, les Fourons ? Qu’ils défendent leur langue est dans la logique de l’histoire. Ce qui est regrettable c’est qu’ils en arrivent à poser des actes inacceptables comme le wooncode ou les accords avec les promoteurs immobiliers. Ou qu’ils n’acceptent pas le respect des minorités. Ils sont pourtant minoritaires à Bruxelles ! Nous devons pouvoir continuer à vivre dans un état démocratique. C’est un principe absolu.

J’ai une question naïve : pourquoi Bruxelles ne peut-elle pas être une région à part entière ? Pourquoi n’est-elle pas pour tous la priorité des priorités ?

Pourquoi ?