JOURNEE INTERNATIONALE DES DROITS DES FEMMES.

Cette journée a été officialisée par la Nations-Unies en 1977. Elle est encore fêtée mondialement chaque année.

Je ne reviendrai pas sur le long chemin parcouru par les femmes,  j’en ai parlé l’an dernier dans mon blog : https://molinia.wordpress.com/2016/03/

Je voudrais simplement rendre hommage à ces féministes qui ont tant fait pour nous.

Simone de Beauvoir (1908/1986) et son « Deuxième Sexe »

Betty Friedan (1921/2006) américaine dont j’ai fort apprécié « La femme mystifiée » et « Pour en finir avec le tabou de la vieillesse » ou encore « La révolte du troisième âge »

Suzanne Lilar née à Gand en 1901 et décédée à Bruxelles en 1992. Elle s’oppose à Simone de Beauvoir dans « Le Malentendu du Deuxième siècle » Elle est la mère de la romancière Françoise Mallet-Joris.

Evelyne Sullerot née en 1924 est une sociologue  qui s’est fort intéressée aux femmes. Elle était très critique de la presse féminine qui, d’après elle, culpabilisait les femmes. « Demain les femmes » « Histoire et sociologie de travail féminin »

Geneviève Gennari née en 1920 et décédée en 2001 a écrit une histoire très intéressante du féminisme « Le dossier de la femme » et un roman que j’ai beaucoup aimé « Journal d’une bourgeoise »

Christiane Collange née en 1903, romancière et journaliste a écrit de nombreux romans. Une anecdote : quand elle est entrée à Madame Express Françoise Giroud lui aurait dit « Surtout ne faites pas de journalisme féminin »

Françoise Giroud née en 1916 et décédée en 2003, fondatrice de l’Express avec Jean-Jacques Servan-Screiber a eu une énorme influence. Elle est une des rares à être restée dans l’histoire. Le titre de son livre « La Nouvelle vague » s’imposera pour qualifier les nouveaux cinéastes.

Gisèle Halimi est née en Algérie en 1922. Avocate très connue, elle a écrit « Ne vous résignez jamais »

Benoîte Groult née en 1920 est une romancière qui s’est fait connaître par son essai « Ainsi soi-elle » et « Touche étoile » livre dans lequel elle défend l’euthanasie.

Elisabeth Badinter née en 1944 est très connue. Romancière, journaliste, elle s’exprime souvent dans la presse. « L’amour en plus » « Le conflit »

J’ai abondamment parlé de ces féministes dans mon blog. Citer tous les billets serait fastidieux.

Je vous souhaite à tous une excellente journée des droits de la femme.

Je vous invite à avoir une pensée pour toutes ces femmes qui, chez nous ou dans le monde, subissent des violences et des viols.

N’oublions pas non plus, nous qui avons la chance de vivre dans un pays en paix, celles dont le pays est en guerre, celles qui souffrent de la faim.

Je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager une citation faite aux Etats-Généraux de 1929 qui avait fait grand bruit.

« Lorsqu’une jeune fille majeure entre à la Mairie avant d’avoir prononcé le « oui » sacramentel, elle jouit encore de ses droits civils. Aussitôt qu’elle a prononcé le « oui, Monsieur le Maire, » tous les droits qu’elle avait lui sont retirés. Mariée, la femme ne peut plus signer un contrat, elle ne peutni acheter, ni vendre sans la signature de son mari, elle ne peut pas plaider en justice au point de vue civil ni comme demanderesse, ni comme défenderesse, sans l’autorisation maritale. Elle est placée au même rang que les idiots, les fous, à qui l’on donne un conseil spécial. »

Ouf ! nous avons fait du chemin !

BELGIQUE : 21 JUILLET.

Famille royale2

 

Toute la Belgique est en fête ce 21 juillet. C’est la fête nationale. Cette journée commémore le serment prêté par le premier roi des Belges, Léopold de Saxe-Cobourg, le 18 juillet 1831. Ce serment marquait la création d’une Belgique indépendante, sous le régime d’une monarchie constitutionnelle et parlementaire.

Il faudra attendre le 27 mai 1890, sous le règne de Léopold II, pour que le 21 juillet devienne la date officielle de la fête nationale belge.

A noter que le roi est le roi des Belges non de la Belgique parce que choisi par les Belges après la révolution de 1830. Aussi, lors de sa prestation de serment, le roi jure fidélité à la Constitution et aux lois du peuple belge.

De nombreuses festivités sont organisées.

La veille, un bal a eu lieu place du Jeu de balle dans le quartier des Marolles, à Bruxelles. Le Te Deum s’est déroulé comme d’habitude dans la Cathédrale Saint-Michel et Gudule et le traditionnel défilé militaire et civil, place des Palais, en présence du Roi, de la Reine, de leurs enfants et du prince Laurent.

Tout le monde a déploré l’absence des princesses Astrid et Claire et du prince Lorenz. Le roi Albert II et la reine Paola n’y assistent plus depuis l’abdication du roi.

Traditionnel aussi, en fin de journée, le feu d’artifice toujours très apprécié.

Je vous souhaite à tous une bonne fête nationale.

 

1er MAI.

muguet (1)

Le 1er mai est la fête du travail mais aussi celle du muguet, porte-bonheur.

Pour les Celtes, la fête du 1er mai marquait le passage de la saison sombre à la saison claire, la reprise de la chasse et de la guerre.

Le muguet, appelé aussi lys des vallées, plante originaire du Japon, est présent en Europe depuis le Moyen Age. En 1561, Charles IX ayant reçu un brin de muguet en guise de porte-bonheur décida d’en offrir chaque année aux dames de sa cour. La tradition est restée.

Le 1er mai, fête du travail, tire son origine dans l’histoire du monde ouvrier. A Chicago, le samedi 1er mai 1886, un mouvement revendicatif pour la journée de huit heures est lancé. Le jour n’a pas été choisi au hasard car c’est celui où les entreprises américaines réalisent les calculs de leur année comptable.

Trois ans plus tard, le congrès de la IIe Internationale réuni à Paris pour le centenaire de la Révolution française, décide de faire du 1er mai une « journée internationale des travailleurs » avec pour objectif d’imposer la journée de huit heures. Ce n’est que trente ans plus tard que le Sénat ratifiera la loi instaurant la journée de huit heures.

C’est le régime de Vichy qui rendra officiellement férié le premier mai. Le Maréchal Pétain espérait obtenir le soutien des travailleurs. En 1947, le gouvernement français confirmera que le 1er mai demeurait un jour férié et payé.

Aujourd’hui, la Fête du Travail est commémorée par un jour chômé dans la plupart des pays d’Europe à l’exception notamment de la Suisse et des Pays-Bas.

Je vous souhaite un bon premier mai, fête du bonheur ou du travail, ou les deux.

Le muguet n’est pas en fleurs dans les jardins mais il fait beau.

Soyez heureux.

 

LA CAUSE DES LIVRES.

Mona Ozouf

Mona Ozouf (Mona Sohier) est née en 1931. Agrégée de philosophie, elle s’est dirigée vers l’histoire et est devenue spécialiste de la Révolution française.

« Les mots des Femmes » a été publié, chez Fayard, en 1995. Elle y trace le portrait de femmes célèbres. (Billet du 27/06/2013).

J’ai repris le portrait de Germaine de Staël (17/07/2013), Simone Weil (19/10/2013, Simone de Beauvoir (7/11/2013), George Sand (19/12/2013).

LA CAUSE DES LIVRES.

Dans ce livre, Mona Ozouf a réuni des articles donnés pendant quarante ans au Nouvel Observateur. Elle les a classés par thèmes notamment une partie littéraire, des correspondances, des portraits de femmes.

Dans la partie littéraire, elle s’est intéressée à Montaigne, Bossuet, Saint-Simon, Madame de la Fayette, Montesquieu, Voltaire, Chateaubriand, Balzac, Lamartine, Mérimée, Sainte-Beuve, Hugo, Michelet, Zola, Sartre et d’autres.

Les titres des articles sont toujours spirituels comme « La tournée du petit duc » « Voltaire, hors de lui tous les matins » » « Le médecin des Pierres » « Le mentir-vrai » « Les bonnes notes de monsieur Zola »

Chateaubriand.

J’ai beaucoup apprécié l’article consacré à François-René de Chateaubriand, un auteur dont j’ai aimé les « Mémoires d’outre-tombe. »

« Il est l’enfant solitaire dans la tourelle féodale de Combourg, le garnement de Saint-Malo élevé par le vent et les vagues, le cadet de Bretagne enrôlé dans l’armée des Princes, le voyageur du Nouveau Monde, l’exilé qui crie misère à Londres, l’auteur adulé du « Génie du Christianisme » que le moindre village accueille prosterné, le ministre des Affaires étrangères, le fougueux journaliste d’opposition, le pèlerin de Prague auprès d’un roi fantôme »

Un portrait tracé en quelques ligne que Mona Ozouf complètera admirablement : « Royaliste ? Certes, mais « contre son instinct ». Républicain ? Parfois aussi, mais contre sa mémoire et son cœur. Croyant ? Assurément, mais celui qui disait donner toute l’immortalité pour « une nuit heureuse » écrivait à Lamennais qu’il « voulait » croire, ce qui jette au moins un doute sur la spontanéité de sa foi. ».

L’auteur rappellera que, né en 1768, sa vie avait été fendue en deux par une Révolution qui l’avait frappé dans ce qu’il avait de plus cher : une mère emprisonnée, un frère et une belle-sœur guillotinés, une France dévastée qu’il retrouvera après huit ans d’exil.

Dans la partie correspondance, intitulée joliment « Une liasse de lettres » le lecteur retrouvera notamment Rousseau, Malherbes, Marie-Antoinette, Balzac, Flaubert, George Sand, Virginia Woolf.

Quelques titres d’articles : « Un traité du bonheur » « Balzac, poste restante » « Flaubert enchaîné » « Les tourments de Virginia ».

Dans les portraits de femme, le lecteur retrouvera Charlotte Corday « Il (Murat) demandait cent têtes, puis mille, puis cent mille pour sauver la patrie. Et pour le même but, elle réclamait la tête de l’aboyeur. »

Deux articles sur Karl Marx, sa femme Jenny et ses trois filles, Jenny, Laura et Eleanor.

« Jenny l’altière qui est poursuivie par le boulanger, l’épicier, le crémier, le vendeur de thé, cernée par les huissiers. »

« Il faut aussi pendant que le grand homme médite au British Museum, mener à bien sept grossesses, voir mourir quatre enfants. Il faut affronter ce qui est une abomination : Marx, pendant un voyage de Jenny, a fait un fils à la servante. Engels, ami inconditionnel, endossera stoïquement la paternité, on élèvera le garçon loin de Londres, respectabilité socialiste oblige, et on le cachera à ses sœurs. Mais pas à Jenny ».

Jenny sera toujours fière de voir son mari reconnu, publié, cité.

Ses filles, Marx les a accueillies froidement. On peut comprendre puisqu’ il a perdu deux fils, le seul ayant survécu est celui que Marx a fait à la servante.

Les filles aiment leur père et comme leur mère, relisent, recopient, corrigent « Le Capital ». Aliénation au grand homme ? se demande Mona Ozouf. « Était-ce, en définitive, une chance de naître fille de Marx ? Oui, répond Michelle Perrot, c’était une chance, car ce n’est pas rien d’avoir tout enfant, grâce à un tel père  senti trembler le monde. »

« La fiancée de la Révolution » c’est Flora Tristan qui en Angleterre voit « la concentration industrielle, le machinisme, le paupérisme, avec leurs fruits cruels : violence, délinquance, prostitution. (…)Avant les gauchistes, elle soupçonne les élections de tourner en dérision. Avant les féministes, elle suggère aux femmes de lancer leur corset par-dessus les moulins. On lui doit cette superbe et décisive définition de la femme : « la prolétaire du prolétaire ».

Mona Ozouf, qui avait si bien décrit « La singularité française » dans « Les mots des femmes » trace son premier tableau de la France et les Français en s’intéressant à Vercingétorix : « Le génie du Gaulois, bien qu’il soit un vaincu ou, au contraire, parce qu’il l’est, est d’être toujours un vainqueur moral. Quand le Vercingétorix de la bande dessinée jette ses armes, ce n’est pas aux pieds mais sur les orteils de César, et celui-ci lâche un « Ouap » de douleur. Bref, l’honneur est sauf, la bataille est perdue mais pas la guerre… »

Une fois de plus, Mona Ozouf ne m’a pas déçue. Son livre n’est pas une encyclopédie mais une vision personnelle de l’histoire.

Certes les 643 pages ne peuvent se lire d’un trait. Il faut s’y promener, s’arrêter quand l’intérêt est là et surtout jouir de la culture, de l’humour et du style de l’auteur.

 

LIBERTE POUR L’HISTOIRE.

Liberté pour l'histoire

L’association « Liberté pour l’histoire » est née, en 2005, sous la présidence de René Rémond, d’un appel signé par un millier d’historiens. Elle est présidée actuellement par Pierre Nora, historien, membre de l’Académie française. Françoise Chandernagor en est la vice-présidente.

Pourquoi avoir créé cette association ? Les historiens étaient émus par des interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l’appréciation des événements du passé et par des procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs. Ils entendaient rappeler que l’histoire n’est ni une religion ni une morale.

L’association s’est donné comme mission de faire reconnaître la dimension scientifique de la recherche et de l’enseignement historiques et de défendre la liberté d’expression des historiens contre les interventions politiques et les pressions idéologiques de toute nature et de toute origine.

Ce combat a pris en 2007 une dimension européenne, avec un projet de décision-cadre adoptée par le Parlement européen en première lecture. Elle instaure pour tous les génocides, crimes de guerre à caractère raciste et crimes contre l’humanité, un délit de banalisation et même de complicité de banalisation  passibles de peine d’emprisonnement, quelles que soient l’époque des crimes en cause et l’autorité qui les a considérés comme établis.

A première vue, le citoyen ne peut qu’approuver. Pierre Nora et Françoise Chandernagor vont démontrer qu’elle va empêcher la liberté d’expression des historiens et rendre impossible parfois jusqu’à l’absurde la discussion de certains faits d’histoire.

Ainsi, par exemple, la colonisation a toujours été un débat entre les historiens. Qu’est-ce qui était juste ? Qu’est-ce qui ne l’était pas ? Or, ce sujet est enseigné dans les écoles et imposer une manière de juger positive ou non appelle la réflexion.

La loi Gayssot, destinée en 1990 à lutter contre le négationnisme, avait créé, à propos des crimes contre l’humanité tels que définis au procès de Nuremberg, un délit de « contestation ». Cette loi, approuvée par Pierre Nora et Françoise Chandernagor, n’était pas dirigée contre les historiens mais, au contraire, contre les militants du mensonge historique.

Mais, en 1992 une réforme du code pénal introduit deux catégories de crimes, « le génocide » et « le crime contre l’humanité » autres que le crime nazi défini en 1945. Cette réforme a rendu possible les lois mémorielles ultérieures : celle de 2001 reconnaissant le « génocide » de 1915 et, la même année, la loi Taubira qualifiant de crime contre l’humanité la traite et l’esclavage perpétrés à partir du XVe siècle par les nations occidentales.

Il faut remarquer que la loi va beaucoup plus loin que la loi Gayssot puisqu’elle remonte dans le temps, XVe siècle et ne vise que les nations occidentales. Il est évident que l’esclavage et la traite des êtres humains n’a pas été l’apanage des seules nations occidentales.

Remonter dans le temps ? Jusqu’où ? La Saint-Barthélemy ? Les croisades ? Ainsi en 2006, les festivités prévues pour le bicentenaire d’Austerlitz avaient été annulées, sur injonction du président de la République parce qu’on avait découvert le rétablissement de l’esclavage en Haïti par Napoléon.

Bien entendu, il ne s’agit pas pour les historiens de se barricader dans une approche scientifique du passé, insensibles à la souffrance humaine et aux plaies toujours ouvertes. Pour Pierre Nora, les historiens de par leur rôle social et leurs responsabilités civiques, se trouvent être en première ligne dans une affaire qui engage l’indépendance d’esprit et les libertés démocratiques.

Il ajoute : « La notion de crime contre l’humanité est un progrès de la conscience universelle et une saine réaction devant des crimes imprescriptibles. Mais elle ne saurait s’appliquer rétroactivement ni sur le plan intellectuel, ni sur le plan moral, ni, à fortiori, sur le plan juridique. »

L’historien dans sa recherche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces et établit les faits. L’histoire tient compte de la mémoire, elle ne s’y réduit pas.

Dans une pétition, en 2005, signée notamment par d’illustres historiens comme Elisabeth Badinter, Françoise Chandernagor, Jacques Julliard, Pierre Nora, Mona Ozouf, René Rémond, Michel Winock, se trouve la déclaration suivante :

« L’histoire n’est pas un objet juridique. Dans un Etat libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l’Etat, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire. »

Les historiens ne peuvent donc admettre que l’Etat  leur dise, sous peine de sanctions, ce qu’ils doivent chercher et ce qu’ils doivent trouver.

Il est vrai que c’est la porte ouverte à n’importe quelle revendication d’associations se basant sur la loi.

Il est évident qu’il faut faire une différence entre le « révisionnisme «  et le « négationnisme » Le premier n’est autre qu’une démarche scientifique normale, consistant à réviser en permanence les interprétations de l’Histoire à partir de nouveaux documents ou de nouvelles analyses. Le second terme décrit une attitude qui consiste à nier des faits établis sans s’appuyer sur des documents permettant de le faire.

Je terminerai en citant Françoise Chandernagor :

« Rien de plus fragile que la liberté d’expression, rien de plus constamment menacé. Il y a un siècle, d’autres députés bien intentionnés avaient voulu instaurer un « délit d’outrage à la République ». Clemenceau, républicain indiscutable, prit alors la parole et dit : « Mes chers collègues, je viens vous demander qu’on puisse impunément outrager la République. Avec les meilleures intentions du monde vous allez contre le principe de la liberté. Car je défie quelque juriste que ce soit de venir à cette tribune vous dire à quel signe le magistrat pourra reconnaître que la discussion cesse et que l’outrage commence. »

J’ai été fort intéressée par ce petit livre. Nous vivons une époque où « la repentance » a pris des proportions inconnues jusqu’ici. Si en plus, elle devient sujette à des recours devant les tribunaux, adieu la liberté d’expression.

 

MONA OZOUF.

Mona ozouf

Mona Ozouf est née en 1931. Elle a épousé en 1955 l’historien Jacques Ozouf. Philosophe de formation, elle s’intéresse à l’histoire et est devenue spécialiste de la Révolution française.

Elle est directrice de recherche au centre national de la recherche scientifique (CNRS). Elle écrit pour le Nouvel Observateur et participe à la revue Débat.

Ses travaux ont porté aussi sur l’enseignement.

Son œuvre est nombreuse : « L’école de la France : essai sur la Révolution, l’utopie et l’enseignement » « Dictionnaire critique de la Révolution française » « La République des instituteurs ».

Dans « Les mots des femmes : essai sur la singularité française » elle trace le portrait de femmes célèbres comme Germaine de Staël, George Sand, Simone de Beauvoir, Simone Veil dont j’ai parlé dans mon blog. (Billet du 27 juin 2013 et suivants)

JULES FERRY. LA LIBERTE ET LA TRADITION.

Jules Ferry est né le 5 avril 1832 à Saint-Dié, dans les Vosges et est décédé le 17 mars à Paris.

Homme politique, on retient surtout de lui les lois sur l’instruction obligatoire, gratuite et laïque. Il est aussi à la base de l’adoption des lois qui rétablissent le mariage civil, la liberté de la presse, la liberté de réunion, la liberté syndicale. Il est le père de la loi de 1884, toujours en vigueur, qui organise l’élection des maires et du conseil municipal.

Si, pour certains d’entre nous, il est devenu une icône par ses lois sur l’enseignement, il a pourtant été haï par ses contemporains. Détesté au point d’avoir été molesté dans la rue et victime d’une tentative d’assassinat.

Mona Ozouf trace le portrait d’un homme politique attaché à la liberté et aux traditions.

Jules Ferry est né dans une famille de moyenne bourgeoisie. Son père avait vécu la Révolution et avait été maire de la ville sous le Directoire. Jeune homme, venu à Paris faire son droit, Jules Ferry vit une immense désillusion : la révolution de février 1848, qui l’avait enthousiasmé, débouche sur l’élection du prince Louis-Napoléon à l’Elysée, puis sur le coup d’Etat du 2 décembre 1851. Le jeune républicain ne veut pas rallier le second Empire, ce qui lui barre la route de la haute fonction publique. Devenu avocat, il étudie méthodiquement les grands auteurs : Condorcet, Auguste Comte, Tocqueville et voyage.

Jules Ferry constate qu’en France le régime républicain ne parvient pas à s’enraciner. Il veut réconcilier l’idée républicaine avec le sens de la durée, les égards dus au passé et le respect des traditions.

Après la chute de l’empire, les Républicains arrivent au pouvoir. Jules Ferry sera ministre de l’Instruction publique, puis président du Conseil. Il gouvernera de 1879 à 1884.

En 1880, la grande majorité des enfants fréquentaient déjà l’école, mais par intermittence, les plus pauvres, par exemple, étaient absents pour les travaux des champs. D’où la nécessité pour Jules Ferry de rendre l’enseignement obligatoire. Une manière d’établir une justice sociale. Cela concerne aussi les jeunes filles,  les programmes scolaires sont identiques pour les matières fondamentales. Il conserve pourtant la couture pour les filles, futures mères.

Jules Ferry sépare l’école publique de la religion catholique. On cesse d’ouvrir la classe par la prière, le catéchisme n’est plus dispensé par l’instituteur, on enlève les crucifix.  Il remplace la religion par l’enseignement de l’histoire de France, l’instruction civique et la morale. Il introduit la géographie qui doit permettre aux jeunes Français une représentation concrète de leur pays.

Plus de censure dans l’histoire de France, elle ne commence pas à la Révolution. Il est soucieux de saisir l’histoire de France dans sa globalité.

Jules Ferry interdira l’enseignement des Jésuites et autres congrégations mais il maintiendra le Concordat et les parents seront toujours libres de choisir une école catholique pour leurs enfants. Dans l’école publique, les instituteurs étaient invités à observer la plus grande prudence dans l’évocation du sentiment religieux. Plus surprenant, il prêche l’entente avec le pape Léon XIII attentif à la question sociale.

Jules Ferry a aussi été le promoteur de l’empire colonial français. Il veut casser l’isolement de la France, en faire un grand pays. C’est l’aspect le plus contesté de son œuvre et Mona Ozouf ne dissimule aucun de ses aspects condamnables. (notion de race supérieure et inférieure, violences de la colonisation.) Il accorde peu d’importance aux questions économiques et sociales des pays colonisés et pense que l’éducation est la solution de tous les problèmes. Jules Ferry sera l’homme qui a créé les écoles algériennes qui seront magnifiquement décrites par Albert Camus dans Le Premier homme.

Jules Ferry souffrira de la comparaison avec Clemenceau plus lucide et plus prophétique. Mona Ozouf met aussi en garde contre l’anachronisme qui consisterait à juger avec les critères d’aujourd’hui une situation et des actions anciennes de près d’un siècle et demi.

Un homme complexe qui sait qu’il doit avancer « à petits pas ».

Une anecdote confiée à un journaliste. A ceux qui lui reprochent de donner la faculté de lire aux jeunes filles,  il répondra : « Peu importe ce qu’elles lisent. La liberté c’est la capacité d’errer entre le bien et le mal au risque de l’erreur. »

Mona Ozouf trace un portrait sans complaisance mais avec humanisme d’un homme politique important. Elle s’interroge sur ses échecs, ses prises de position parfois contestables. Elle a à cœur de le remettre dans son temps ce qui permet sinon d’approuver au moins de comprendre.

Un petit livre lourd d’enseignement. Passionnant.

 

JEAN d’ORMESSON.

Jean d'Ormesson

Jean d’Ormesson est né à Paris le 16 juin 1925. Ecrivain, chroniqueur, journaliste, philosophe, il a été élu à l’Académie française le 18 octobre 1973. Il a fait campagne pour défendre la réception sous la coupole de Marguerite Yourcenar, la première femme admise à l’Académie en 1980. Il a reçu Simone Veil le 18 mars 2010. Il est le doyen de l’Académie depuis la mort de Jacqueline de Romily en 2010.

Son œuvre est très nombreuse. Je citerai les livres que j’ai particulièrement aimés. « Au plaisir de Dieu » « Mon dernier rêve sera pour vous » « Le Rapport Gabriel » « C’était bien » « C’est une chose étrange à la fin que le monde » « Un jour, je m’en irai sans en avoir tout dit »

Il est aussi l’auteur d’une autre histoire de la littérature française.

(Billets : 27/02/2010 – 04/11/2010 – 23/01/2013 – 26/08/2013)

COMME UN CHANT D’ESPERANCE.

L’auteur nous dit avoir voulu écrire un roman sur rien, c’est-à-dire sur l’univers qui a précédé et suivi le Big Bang, il y a 13,7 millions d’années.

Le lecteur s’apercevra très vite que le détour par la cosmologie et l’histoire sert de base à la question essentielle : l’existence de Dieu. Il raconte l’anecdote célèbre chez les Juifs de deux rabbins qui se disent « L’important, c’est Dieu qu’il existe ou non. »

Il pose les questions essentielles. Comment est-on passé d’un monde d’éternité avant le Big Bang à notre monde en expansion incessante et à notre temps ? Quelles sont les parts respectives de hasard et de nécessité ?

Les sciences nous ont appris comment est né le monde mais pas le pourquoi. Pour l’auteur, le monde ne s’explique que par le Dieu créateur. Il n’hésite pas à citer la Torah, paroles qu’il considère comme les plus célèbres de toute l’histoire des hommes.

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre… Il dit : « Que le lumière soit ! Et la lumière fut… Dieu appela la lumière le jour et il appela les ténèbres nuit. Ainsi il y eut un soir et il y eut un matin : ce fut le premier jour. »

Malgré cela, il insiste : « Il n’est pas sûr non plus que le monde où nous vivons ait surgi du néant, que notre tout soit sorti de rien. Le contraire n’est pas sûr non plus. La vérité est que l’avant-notre-monde comme sur l’après-notre-mort nous ne savons rien. Nous pouvons croire. Nous pouvons rêver. Nous pouvons espérer. Nous ne pouvons pas savoir. »

C’est l’historien ou le philosophe qui parle mais l’auteur a choisi délibérément de croire en un Dieu créateur, de croire au mystère.

C’est avec cette conviction qu’il abordera la question du mal. Le mal est venu avec l’apparition de l’homme. C’est le prix de sa liberté.

Nous savons que Jean d’Ormesson a toujours dit combien il aimait la vie, combien il admirait la beauté du monde. Il le redira : « Peut-être par tempérament, parce que j’ai aimé le bonheur, parce que je déteste le désespoir, j’ai choisi le mystère. Disons les choses avec un peu de naïveté, il me semble impossible que l’ordre de l’univers plongé dans le temps, avec ses lois et sa rigueur, soit le fruit du hasard. Du coup, le mal et la souffrance prennent un sens – inconnu de nous, bien entendu, mais malgré tout, un sens. »

Jean d’Ormesson, que j’ai toujours entendu dire, qu’il était agnostique et croyant, ce qui me semblait antinomique, va plus loin. Il s’émerveille de l’Incarnation. Le Dieu des chrétiens est le seul qui s’incarne par amour Il croit en Jésus, fils de Dieu et fils de l’homme.

Il reprend, avec admiration, le commandement du Christ : « Aimez-vous les uns les autres… Toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. »

Une question me vient : la base du christianisme est la croyance en la Résurrection. Jean d’Ormesson n’aborde pas cette question vitale pour les chrétiens qui en font la base de leur croyance ; vitale pour les athées qui ne peuvent y souscrire. Il rejette d’ailleurs l’idée d’un au-delà : « Comment pourrait-il y avoir, après la mort, pour les hommes qui sont des singes bavards et savants, des primates adonnés à la poésie et aux mathématiques, des animaux doués d’une longue mémoire et faiseurs de projets, autre chose que pour les créatures dont ils descendent en droite ligne – c’est-à-dire rien ? »

Pourquoi Jean d’Ormesson éprouve-t-il autant de difficultés à admettre les dogmes du christianisme ? Je n’ai pas la réponse sauf qu’il est très imprégné par les sciences et qu’il est philosophe mais, comme il le dit, il choisit le mystère, qui est pour lui synonyme de foi.

Abandonnant sa démonstration, l’auteur va terminer par ce qui lui est le plus cher, l’énumération de la beauté du monde dans lequel il voit un Dieu éternellement absent mais qui se dissimule dans le monde.

Il dresse de manière assez surprenante une liste d’événements, assez hétéroclite où il mélange des textes, des monuments, des poèmes, de la musique. Etrange…

Par contre ce passage dans lequel il justifie le titre de son essai est très clair : « L’immense avantage de Dieu, qui est si peu vraisemblable, est de donner au monde, invraisemblable lui aussi, une espèce de cohérence et quelque chose qui ressemble à l’espérance. »

Je terminerai en reprenant ce qu’il dit à propos des romans : « Les livres ne survivent pas grâce aux histoires qu’ils racontent. Ils survivent grâce à la façon dont elles sont racontées. La littérature est d’abord un style qui éveille l’imagination du lecteur. »

Jean d’Ormesson me pardonnera de reprendre cette citation. Bien sûr son essai n’est pas un roman. Bien sûr il s’interroge sur des sujets sérieux, le monde, l’existence de Dieu, la foi.

Mais, puis-je dire que son livre est aussi une histoire racontée, l’histoire du monde racontée avec brio ?