MICHELE MORGAN.

Michèle Morgan, née Simone Roussel, est née le 29 février à Neuilly-sur-Seine. Elle est décédée mardi à l’âge de 96 ans.

Elle a tourné dans soixante films des années 1930 aux années 1980, avec les plus grands réalisateurs : Marcel Carné, Marc Allégret, René Clément, Claude Chabrol, Claude Lelouch et beaucoup d’autres.

Elle a reçu un César d’honneur en 1992 et un Lion d’or en 1996.

Elle est la première actrice française à recevoir au premier Festival de Cannes en 1946, le prix d’interprétation féminine pour son rôle de Gertrude dans le film « La Symphonie Pastorale ».

Quelques dates :

29 février 1920 : Naissance à Neuilly-sur-Seine

1937: Joue dans Gribouille, de Marc Allégret

1938 : Le Quai des brumes, de Marcel Carné

1942 : Joan of Paris, de Robert Stevenson

1943 : Two Tickets to London, d’Edwin Marin

1944 : Passage to Marseille, de Michael Curtiz

1948 : La Symphonie pastorale de Jean Delaunoy

1955 : Les Grandes Manœuvres, de René Clair

1967 : Benjamin ou les mémoires d’un puceau, de Michel Deville

1975 : Le Chat et la Souris, de Claude Lelouch

1977 : Publie ses Mémoires Avec ces yeux-là (Robert Laffont)

En 1959, elle devient la compagne de Gérard Oury, rencontré sur le tournage du film « Le miroir à deux faces » d’André Cayatte l’année précédente. Ils resteront ensemble jusqu’au décès d’Oury en 2006.

Elle a annoncé la fin de sa carrière en 2001.

Elle est, à mon avis,  malheureusement connue surtout pour la réplique de Jean Gabin « T’as d’beaux yeux, tu sais » dans « Le quai des brumes. »

Cette réplique la suivra toute sa vie !

Photo : Quai des brumes avec Jean Gabin.

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GERMAINE DE STAEL.

Madame de Staël.

Madame de Staël, née et décédée à Paris, (22 avril 1766 – 14 juillet 1817), est une romancière et essayiste française d’origine genevoise. Fille de Jacques Necker et Simone Curchod, elle a été élevée dans un milieu intellectuel, fréquentant le salon littéraire de sa mère.

Après son mariage avec le baron de Staël, ambassadeur de Suède, elle a ouvert son propre salon qui deviendra de plus en plus un salon politique.

Elle s’intéresse à la Révolution française mais après la chute de la monarchie, elle doit se réfugier en Suisse. Revenue à Paris, en 1975, elle s’est convertie à la République. Elle vivra très mal le despotisme de Napoléon. Bannie, elle se réfugie à Coppet, dans le château de Necker, en Suisse, où elle reçoit toute l’Europe cultivée. Elle voyage en Allemagne, en Italie, en Russie. C’est à cette époque qu’elle écrit ses romans  « Delphine » et « Corinne ».

Elle revient à Paris dès le retour des Bourbons où elle compose les « Considérations sur les principaux événements de la Révolution française. » Un livre qui fait encore autorité.

Dans mon souvenir,  Madame de Staël était une intellectuelle brillante et célèbre, recevant dans son salon, l’élite de l’époque.

Les deux premières lignes du chapitre que lui consacre Mona Ozouf ont été une surprise : « Deux fantômes hantent les pensées de madame de Staël : le silence, la solitude ; tous deux grimaçants et étendant leur ombre sur la chance d’être heureux. » Elle la décrit comme hantée par l’idée terrifiante de la mort et même de la vieillesse, où il faut « descendre sans appui. »

Aussi, pour elle, l’amour est, pour les femmes, l’indispensable car elles ont besoin de protection. Mais le versant noir, est la crainte de le perdre. Ainsi, dira-t-elle, les hommes, à tout âge peuvent commencer une nouvelle carrière ; les femmes, perdent leur pouvoir de séduction avec l’âge : « A la moitié de leur vie, il ne leur reste plus que des jours insipides, pâlissant d’année en année. »

Madame de Staël a entretenu une liaison avec Benjamin Constant, un amour passionnel qui la poussera pourtant a refusé le mariage qu’il lui proposait.

Quel constat pessimiste pour les femmes que la recherche de la gloire ! « Les femmes qui veulent songer à la gloire trouve devant elles la société masculine tout entière armée contre des rivales. »

Elle parlera des difficultés rencontrées par une femme auteur : les hommes sont intolérants devant une femme supérieure, rassurés quand ils trouvent chez leurs compagnes, un esprit médiocre ; les jolies femmes ne sont pas fâchées de faire la démonstration qu’elles peuvent vaincre la supériorité de l’intelligence, les mères de famille affirment que ce sont elles qui remplissent la véritable destination de leur sexe.

Même si les femmes n’ont pas toutes la même destinée, madame de Staël en est persuadée : « Il y a bien une nature féminine qui comporte des qualités spécifiques : la mobilité, la délicatesse, l’attention aux détails, le discernement que donnent la sympathie et la pitié ; et des insuffisances spécifiques : la timidité devant la calomnie, la difficulté d’exister sans appui, l’insurmontable faiblesse. » C’est ce que Mona Ozouf a découvert en étudiant la correspondance et les romans de son héroïne. Dans son roman, « Delphine », madame de Staël fait dire à un de ses personnages : « La nature a voulu que les dons des femmes fussent destinés au bonheur des autres et de peu d’usage pour elles-mêmes. »

Ses voyages conforteront madame de Staël dans ses opinions. En Angleterre, le pays interdit absolument aux femmes la gloire et même le délice de briller en société. Elle reconnaît que les hommes rendent aux femmes en respect et en fidélité ce que leur situation sociale a de subalterne. L’Angleterre est le pays des bons ménages mais aussi de l’ennui !

Les Italiens sont spirituels, gais, prêts à tomber amoureux et célèbrent le génie d’un être exceptionnel quel que soit son sexe. Le secret du bonheur italien est d’être imperméable à la vanité et à l’opinion. Les femmes peuvent avec une tranquille assurance confesser leur ignorance ou montrer leur instruction. Elles peuvent être professeurs, médecins ou avocats.

Les Allemandes trouvent chez les hommes plus de sentimentalité et de sérieux qu’en Italie, elles sont moins reléguées qu’en Angleterre, mais, défaut suprême aux yeux de madame de Staël, les hommes ont peu de séduction ! Dans une lettre à Necker, madame de Staël avoue ne rien connaître  « d’aussi lourd, de plus enfumé au moral et au physique que tous les hommes allemands. »

Madame de Staël aime la frivolité française, le brillant, la galanterie, mais elle en connaît le prix : « L’oubli et l’indifférence sont des défauts français. ( …) Là où s’affirme la liberté, la sécurité dépérit. »

J’ai trouvé assez curieux ce portrait que fait madame de Staël des femmes, en se basant sur le pays où elles habitent. Nous dirions maintenant : « Quels clichés ! » Mais, n’avons-nous pas les nôtres ?

Je préfère un autre aspect de la personnalité de madame de Staël : sa foi au changement des mœurs et des habitudes par la diffusion des Lumières. Elle se dit certaine que les femmes n’en seront pas exclues.

Si ses propos sur les femmes m’ont étonnée, elle, si brillante, je suis heureuse d’apprendre que malgré tout, elle avait foi en l’éducation, croyait à une évolution qui ferait que le mariage n’apparaîtrait plus comme le seul destin féminin.

Elle ne s’est pas trompée. Dommage pour elle, qu’elle ait vécu au dix-huitième siècle. Dommage qu’elle ait accordé autant d’importance à l’amour au point d’être malheureuse parce qu’une lettre n’arrive pas…

Mona Ozouf s’est surtout attaché à la conception de ce que nous appelons le féminisme dans le portrait qu’elle fait de Germaine. C’est le sujet de son livre.

Mais, si elle n’a pas été reconnue de son vivant comme elle le méritait, elle est entrée dans l’histoire comme celle qui a fait connaître le romantisme allemand en France. Son influence sur la conception de la littérature est indéniable.

C’est bien la femme de lettres qui reçoit les honneurs de la nation en 1850, lorsque son éloge est fait à l’Académie française. Cette consécration, qu’elle est la seconde femme à recevoir après madame de Sévigné, montre bien que, malgré les hésitations et les réticences, madame de Staël est reconnue comme une des grandes figures littéraires de son siècle.

 

HOMMAGE.

Michel Polac, journaliste, écrivain, producteur de ratiotélévision, vient de décéder à l’âge de 82 ans. Selon sa famille, il est mort d’épuisement après plusieurs maladies.

Né dans une famille de la bourgeoisie parisienne, il fait très jeune ses débuts à la radio, puis à la télévision,  en étant animateur et producteur à la RTF devenue ORTF. Il crée Le Masque et la Plume en 1955. Il animera l’émission jusqu’en 1970. Il présente aussi plusieurs émissions littéraires, et est choniqueur au journal Arts puis à L’Express.

C’est en 1981 qu’il devient connu du grand public avec Droit de réponse première émission polémiques de débats à la télévision. L’émission est souvent houleuse et certains invités n’hésitent pas à quitter le plateu.

Je garde un très bon souvenir de Droit de réponse.

ANNIE ERNAUX.

 

Annie Ernaux est née à Lillebonne le 1er septembre 1940. Elle a été institutrice, professeur de littérature et, depuis 1974, écrivain. (voir billet du 10 août 2009).

UNE FEMME.

« Ma mère est morte le lundi 7 avril à la maison de retraite de l’hôpital de Pontoise, où je l’avais placée il y a deux ans. L’infirmier a dit au téléphone : « Votre mère s’est éteinte ce matin, après son petit déjeuner. » Il était environ dix heures. »

Dans la semaine qui a suivi, il m’arrivait de pleurer n’importe où. En me réveillant, je savais que ma mère était morte. Je sortais de rêves lourds dont je ne me rappelais rien, sauf qu’elle y était, morte. Je ne faisais rien en dehors des tâches nécessaires pour vivre, les courses, les repas, le linge dans la machine à laver. Souvent j’oubliais dans quel ordre il fallait les faire, je m’arrêtais après avoir épluché les légumes, n’enchaînant sur le geste  suivant, de les laver, qu’après un effort de réflexion. Lire était impossible. »

Annie Ernaux va cependant décider d’écrire un livre sur sa mère, un livre d’hommage. Sa mère était une ouvrière, aspirant à une autre vie. Elle sera heureuse quand elle sera patronne d’un café-alimentation. Elle est hantée par sa condition sociale et rêve d’une autre vie pour sa fille. Elle a vécu la guerre. Elle la racontera comme un roman, la grande aventure de sa vie

« La femme de ces années-là était belle, teinte en rousse. Elle avait une grande voix large, criait souvent sur un ton terrible. Elle riait aussi beaucoup, d’un rire de gorge qui découvrait ses dents et ses gencives. Elle chantait en repassant, Le temps des cerises, Riquita jolie fleur de java… »

 L’auteur va puiser dans ses souvenirs. Elle se rappelle qu’enfant sa mère lui faisait des cadeaux, à la moindre occasion. Son obsession : « Je ne voudrais pas qu’on dise que tu es moins  bien que les autres. »

 Commerçante, elle appartenait à ses clients, qui les « faisaient vivre ». Toujours souriante dans son magasin, son sourire s’effaçait le soir, quand elle était épuisée par son travail. Et pourtant, elle poursuivait son désir d’apprendre à travers sa fille, la faisait parler de son école, de ce qu’on enseignait, des professeurs.

 Adolescente, l’auteur s’est détachée de sa mère, leurs disputes portent autour de l’interdiction de sortir, sur les vêtements… « Nous savions toutes les deux à quoi nous en tenir : elle, sur mon désir de plaire aux garçons, moi, sur sa hantise « qu’il m’arrive un malheur », c’est-à-dire coucher avec n’importe qui et tomber enceinte. »

Plus tard, sa mère va accepter de la laisser partir, au lycée de Rouen, plus tard à Londres, prête à tous les sacrifices pour qu’elle ait une vie meilleure que la sienne.

Quand Annie Ernaux épouse quelqu’un d’un milieu supérieur au sien, elle a cette réflexion étrange : « Tâche de bien tenir ton ménage, il ne faudrait pas qu’il te renvoie. »

Quand l’auteur recueille sa mère chez elle, celle-ci se comporte comme si elle était une employée, se charge de toutes les tâches ménagères mais elle est heureuse.

Quand Annie et son mari déménagent en région parisienne et habitent un pavillon dans un lotissement neuf, où écoles et commerces sont à deux kilomètres, sa mère ne le supporte pas. « Dépendre de moi et de ma voiture pour le moindre de ses besoins, une paire de bas, la messe ou le coiffeur, lui pesait. Elle devenait irritable… »

Sa mère habitera un moment un studio mais elle sera rattrapée par la maladie d’Alzeimer. L’auteur décrit la lente progression de la maladie et comment elle a dû se résigner à placer sa mère dans un home où elle mourra.

Un tout petit livre d’une centaine de pages publié chez Folio. Un livre d’amour. Un livre émouvant qui nous apprend beaucoup sur la génération de sa mère mais aussi sur l’auteur.

Ceci n’est pas une biographie, ni un roman naturellement, peut-être quelque chose entre la littérature, la sociologie et l’histoire. Il fallait que ma mère, née dans un milieu dominé, dont elle a voulu sortir, devienne histoire, pour que je me sente moins seule et factice dans le monde dominant des mots et des idée où, selon son désir, je suis passée. »