CHANDELEUR.

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Ce 2 février, soit quarante jours après Noël, nous fêtons la Chandeleur. Pour les chrétiens, c’est la fête de la présentation de Jésus au temple et de la purification de la Vierge.

« Lorsque furent accomplis les jours de leur purification, selon la loi de Moïse, ils l’emmenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur. » (Luc 2,22)

Comme d’autres fêtes chrétiennes, la Chandeleur a été une fête païenne. Les Romains célébraient le dieu Lupercus, dieu de la fécondité et protecteur des troupeaux. Les habitants se promenaient dans les champs en arborant des flambeaux.

Les Celtes sortaient aussi dans les champs avec des flambeaux pour prier la déesse Birgit, capable de purifier les terres et de favoriser les futures semences.

Selon une autre source, les Celtes auraient offert de petites crêpes, symboles de l’astre solaire, à leurs divinités.

C’est au Ve siècle que la Chandeleur deviendra une fête chrétienne. Sous l’impulsion du pape Gélase, les chandelles remplaceront les flambeaux et les torches afin de rappeler que le Christ est la lumière du monde capable d’éclairer les nations.

A la fin de la cérémonie, les croyants rapportaient les cierges allumés chez eux. Si la mèche s’éteignait, elle devenait un mauvais présage. Un dicton affirmait : « Celui qui la rapporte chez lui allumée, pour sûr ne mourra pas dans l’année. » 

Progressivement, la fête deviendra la « fête des chandelles » puis la Chandeleur.

Pourquoi des crêpes ? Le pape Gélase aurait offert des galettes dorées aux pèlerins qui se rendaient à Rome. Et, toujours selon certaines sources, pour s’assurer bonheur et prospérité, les paysans tenaient de la main gauche une pièce d’or tout en faisant sauter la crêpe de la main droite, sans la faire tomber ou se retourner.

Nous voilà donc ramenés à une tradition qui a un long passé. Est-elle toujours respectée ? Je ne sais pas mais je puis affirmer qu’elle était encore au début du siècle dernier.

C’est une tradition bien sympathique. Pourquoi s’en priver ?

Bonne Chandeleur à tous !

 

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JEAN-CLAUDE CARRIERE.

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Jean-Claude Carrière, normalien et historien,  est né en 1931. Ecrivain, scénariste, metteur en scène,  sa carrière est impressionnante.

Son premier roman « Lézard » paraît en 1952.

Scénariste, il a travaillé avec les plus grands cinéastes : Louis Malle « Viva Maria » « Le voleur » ; Luis Bunel « Belle de jour » « Cet obscur objet du désir » » « Le charme discret de la bourgeoisie » Leur collaboration a duré dix-neuf ans.

Je citerai aussi parmi ses nombreux films, les plus connus : « Le Tambour » et « Un papillon sur l’épaule »

Jean-Claude Carrière a adapté des œuvres littéraires : « Cyrano de Bergerac » « Le roi des aulnes » « Le Hussard sur les toits » « L’insoutenable légèreté de l’être »

Il a écrit aussi pour le théâtre et une douzaine de films pour la télévision.

En 2000, il écrit son autobiographie « Le Vin bourru » et en 2003 « Les années d’utopie »

Cette année, il a publié chez Odile Jacob un livre de réflexions « La Paix » dans lequel l’histoire occupe une grande place.

LA CONTROVERSE DE VALLADOLID.

Ce récit, écrit pour la télévision puis adapté pour le théâtre, est un débat qui a eu lieu réellement en 1550 dans un couvent espagnol à Valladolid soixante ans après la découverte du Nouveau Monde et les expéditions de conquêtes qui ont suivi.

Dès le début des conquêtes, on s’intéressait en Espagne et dans les territoires conquis au sort réservé aux Indiens. Sont-ils égaux aux Espagnols ou inférieurs ? Doivent-ils être traités en esclaves ou en hommes libres ? La question ne sera jamais tranchée mais elle fera l’objet d’un débat à l’initiative du pape PaulIII et sous l’arbitrage de son légat Salvatore Roncieri.

Le débat opposera deux hommes, le dominicain Bartholomé de Las Casas et le philosophe Sépulvéda. Las Casas défend les Indiens et s’indigne de ce que les Espagnols les aient massacrés par millions. Sépulvéda les considère comme des sauvages qui doivent être dominés. Ils sont seulement d’accord sur un point : le nécessaire salut de l’âme.

Le récit est écrit en 1992 par Jean-Claude Carrière puis adapté pour la télévision la même année. Jean Carmet incarne le légat du pape, Jean-Pierre Marielle Las Casas et Jean-Louis Trintignant Sépulvéda. Le film est récompensé par un « Sept d’or » et le prix « Italia ».

Personnellement, je l’ai beaucoup apprécié et en ai gardé un excellent souvenir. C’était passionnant.

Pour le théâtre, Jean-Claude Carrière a dramatisé la dispute en en faisant un procès dont les spectateurs attendent le verdict.

C’est vraiment du grand art que de chercher les arguments des deux contradicteurs et de rendre le texte vivant et attrayant.

EXTRAITS.

Le légat du pape introduit le débat.

« Aujourd’hui, le Saint Père m’a envoyé jusqu’à vous pour décider une fois pour toutes, avec votre aide, si ces indigènes sont des êtres humains achevés et véritables, des créatures de Dieu et nos frères dans la descendance d’Adam. Ou si, au contraire, comme on l’a soutenu, ils sont des êtres d’une catégorie distincte ou même les sujets de l’empire du diable. A la fin de notre débat, la décision que je prendrai sera ipso facto confirmée par Rome. »

La Casas : « Depuis la découverte et la conquête des Indes, les Espagnols n’ont pas cessé d’asservir, de torturer et de massacrer les Indiens. Ce que j’ai à dire est si affreux que je ne sais par où commencer. Il y aurait de quoi remplir un énorme livre. (…) Oui, tout ce que j’ai vu, je l’ai vu faire au nom du Christ. J’ai vu des Espagnols prendre la graisse d’Indiens pour panser leurs propres blessures. Vivants ! »

Sépulvéda : « D’abord, les Indiens méritent leur sort parce que leurs péchés et leur idolâtrie sont une offense constante à Dieu. Et il en est ainsi de tous les idolâtres. Les guerres que nous menons contre eux sont justes. (…) …trois cents Espagnols soumettent un empire fort de vingt millions d’habitants, et on n’y verrait pas la main de Dieu ? (…) L’histoire des hommes est menée par Dieu. Personne n’en doute.(…) Ces Indiens sont des sauvages féroces. Non seulement il est juste, mais il est nécessaire de soumettre leurs corps à l’esclavage et leurs esprits à la vraie religion. »

Je n’irai pas plus loin. Un rappel important : nous sommes en 1550. Actuellement, personne n’ignore les horreurs commises au nom de Dieu. L’histoire est sanglante. Mais nous savons aussi que l’Eglise a évolué, les croyances ont changé. Personne ne justifierait ce qui s’est parfois passé lors des colonisations.

Ce qui nous choque maintenant, c’est de voir les djihadistes justifier leurs actes par la volonté de Dieu. Ces « fous de Dieu » pervertissent leur religion et nous ne pouvons, bien entendu, ni le comprendre, ni l’admettre.

« Plus jamais cela » disions-nous après la seconde guerre mondiale. Nous avons réussi en Europe à vivre en paix. Mais hélas ! les attentats nous ont placés dans une autre réalité. On peut s’amuser à discuter si, oui ou non, nous sommes en guerre. Je laisse ces querelles de langage aux spécialistes. L’horreur est là, bien là.

 

MALEK CHEBEL.

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Malek Chebel est décédé ce samedi 12 novembre, à l’âge de 63 ans, des suites d’un cancer. Il sera enterré en Algérie peut-être après une cérémonie en région parisienne.

Anthropologue et psychanalyste il était défenseur d’un « islam des lumières et de la modernité »

Il était arrivé à Paris en 1980 pour préparer un doctorat en psychopathologie et psychanalyse après une licence en psychologie clinique à Constantine. (Algérie).

Son œuvre est nombreuse : « Manifeste pour un islam des lumières » « L’islam pour les nuls » « Le Coran pour les nuls » « L’islam et la raison » « L’Erotisme arabe « »

Il avait été, en 2008, décoré chevalier de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy, président de la République.

Je l’ai souvent vu à la télévision. Il s’exprimait toujours avec sobriété mais en ardent défenseur de l’islam souvent décrié après les attentats.

J’avais pour lui du respect et de l’admiration. Je lui ai consacré un billet dans mon blog le 5 avril 2012 et le 9 mai 2013.

L’annonce de son décès a été un choc. J’ignorais qu’il était malade.

Ses livres sont toujours là. C’est le privilège d’un écrivain de rester vivant grâce à son œuvre.

 

MICHEL ONFRAY : PENSER L’ISLAM.

Michel Onfray

Michel Onfray est né le 1er janvier 1959 à Argenteau. Philosophe, essayiste il défend une vision du monde hédoniste, épicurienne et athée. Il est influencé principalement par Nietzche et Epicure.

Né d’un père ouvrier agricole et d’une mère femme de ménage, il est abandonné bébé puis placé à l’Assistance publique. De dix à quatorze ans, il fait ses études dans un pensionnat catholique tenu par des prêtres salésiens. Il le décrira comme un lieu de souffrance notamment dans « La Puissance d’exister » et n’oubliera jamais.

De 1983 à 2002, il enseigne la philosophie au lycée technique privé catholique de Sainte-Ursule de Caen. Il critique l’enseignement de la philosophie tel qu’il est dispensé par L’Education nationale, qu’il juge limité à une transmission d’une histoire de la philosophie officielle plutôt que l’apprentissage à philosopher. Il démissionne et fonde l’université populaire de Caen.

So œuvre est très nombreuse. « Théorie du corps amoureux » « Traité d’athéologie » « La puissance d’exister » « Manifeste hédoniste » « L’ordre libertaire ».

PENSER L’ISLAM.

Son livre est divisé en plusieurs parties :
– Penser en post-République
– Introduction
– Entretien.
– Conclusion.

Dans la première partie, il affirme qu’une grande partie de la presse politiquement correcte a le désir d’avoir sa peau. Pourtant, dit-il, je ne suis d’aucune coterie, je suis décidé à rester fidèle à une France maltraitée.

« Ces campagnes de calomnies contre moi ont été sans nom : j’étais coupable de ce que je disais, coupable du ton sur lequel je l’avais dit, en fait, coupable d’être, purement et simplement, et de faire mon métier de philosophe dans une société où le mot d’ordre « socialiste » n’est plus réfléchissons, c’est interdit par Valls, mais obéissez, c’est ordonné par le même. »

Dans l’introduction, il rappelle qu’en 2013, quelques mois après l’intervention de la France au Mali, il avait envoyé un texte au Monde, texte refusé et qu’il reproduit : « Les guerres coloniales contemporaines. »

Il y affirmait que ceux que nous attaquons riposteront à nos attaques. C’était avant le drame du 7 janvier 2015, jour de l’attaque de Charlie Hebdo aux cris de « Allah-hou Akbar » « On a vengé le prophète ».

Michel Onfray s’indigne d’entendre que cet attentat n’a rien à voir avec l’Islam. Pour le philosophe, c’est une négation du réel. Le 9 janvier, c’est la prise d’otages de l’hypermarché casher.

A la demande d’Eric Fottorino, directeur de Un il écrit un texte à paraître dans le numéro du 21 janvier titré « Pourquoi tant de haine ? » Il reproduit aussi son texte intitulé « Le Balai de l’Apprenti Sorcier ».

Dans ce texte, très dur, il accuse la France d’avoir bombardé les populations musulmanes d’Afghanistan, d’Irak, de Libye, du Mali « sous prétexte de lutter contre le terrorisme qui, avant les bombardements, ne nous menaçait pas directement. »

La fin du texte est très claire :
« L’indéniable retour du religieux a pris la forme de l’islam en Occident. Ce retour est à penser dans l’esprit de Spinoza : hors passions, sans haine, sans vénération, sans mépris et sans aveuglement, sans condamnation préalable et sans amour à priori, juste pour comprendre. Ces pages ne sont rien d’autre qu’une conversation sur ce sujet. J’ai tâché d’inscrire ma réflexion dans l’esprit des Lumières dont la flamme semble vaciller jour après jour. »

Dans l’entretien, il répond au journaliste algérien Asma Kouar puis il réalise que l’entretien peut faire l’objet d’un livre. « Penser l’islam n’a besoin d’aucune autre légitimation que l’envie de parler librement. »

Il est évidemment impossible de résumer l’entretien dans le cadre de ce billet. Je reprendrai certains propos. Mon choix est bien sûr subjectif.

Il  y a dans le Coran des sourates qui invitent à la guerre, au massacre des infidèles mais aussi celles qui invitent à l’amour et à la miséricorde.

Michel Onfray en cite beaucoup mais fidèle à ce qu’il disait déjà dans son traité d’athéologie il compare la violence du Coran à celle de l’Evangile.

Exemples du Coran : « Exterminez les incrédules jusqu’aux derniers » « Tout juif qui vous tombe sous la main, tuez-le » « Les hommes ont autorité sur les femmes en vertu de la préférence que Dieu leur a accordées sur elles » «Exterminez les incrédules jusqu’aux derniers» «Tuez les polythéistes où vous les trouverez» Mais aussi : «Pas de contrainte en matière de religion» «Celui qui sauve un homme est considéré comme s’il avait sauvé tous les hommes»

Michel Onfray dira donc qu’on peut dire que l’Islam est une religion de paix, de tolérance et d’amour mais certaines sourates rendent possible un islam de guerre, d’intolérance et de haine.

Dans la logique de sa démonstration il reprendra les paroles de Jésus citées par Saint Mathieu : « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur Terre ; je ne suis pas venu apporter la paix mais l’épée »

Comparer la violence de Jésus chassant les marchands du temple à certaines sourates du Coran c’est, je me permets de le dire, être de mauvaise foi. Rien dans l’Evangile n’appelle à tuer, au contraire, le « Tu ne tueras point » est un impératif chrétien.

Je le rejoins cependant quand il dit : « C’est quand l’islam devient politique que le problème se pose : si un pays effectue les prélèvements dans l’islam de paix, il n’aura pas la même histoire que celui qui voudra l’islam de guerre. »

Peut-il y avoir un islam de France ? Il faut prélever dans l’islam ce qui est compatible avec les valeurs de la République, former les imans, surveiller les prêches, financer les lieux de prière.

Il soulève cependant un problème important : l’islam est la parole de Dieu qui nécessairement dit le vrai. En Islam, tout pouvoir vient de Dieu et il ajoutera que cette thèse se trouve également chez saint Paul. C’est vrai mais Saint Paul n’est pas l’Evangile…

L’athéisme peut-il accoucher d’une morale ? Réponse catégorique : « Je souscris à une éthique qui interdit absolument sans aucune restriction, le meurtre, le crime, la peine de mort sous toutes ses formes : de la vengeance personnelle du talion au bombardement par des Etats de villes remplies d’innocents, en passant par la peine de mort, quelle qu’en soit la formule : d’Etat ou terroriste. Voilà pourquoi je ne me reconnais pas dans les textes sacrés, parce qu’ils justifient les massacres, ni dans les autres textes, non sacrés, profanes, quand ils les justifient également. »

Sa conclusion a été écrite après le 13 novembre. Encore une fois, il n’arrive pas à séparer le terrorisme islamique, qu’il condamne bien sûr, aux autres « violences »  comme les bombardements US.

Et quand le journaliste lui demande si Daesh ne hait pas l’occident pour ce qu’il est, il admet qu’il s’agit bien d’une guerre de civilisation. Cette affirmation : « Les cultures se valent-elles toutes ? Oui, disent les tenants du politiquement correct. ( ?) J’ai pour ma part tendance à croire supérieure une civilisation qui permet qu’on la critique à une autre qui interdit qu’on le fasse et punit de mort toute réserve à son endroit. »

Un livre dense. Je n’ai pu en donner qu’un aperçu.

Michel Onfray est un homme de conviction. Ce qu’il pense, il le dit haut et fort ce qui explique sans doute qu’il soit souvent contesté. Il ne cherche pas à plaire, peut être excessif.  Il sait certainement que certaines de ses positions peuvent choquer.

C’est aussi un homme de cœur. Je pense à l’université populaire de Caen ouverte à tous et, insiste-t-il, gratuite.

Il est aussi un philosophe accessible. Pour moi, c’est une qualité qui n’est pas tellement répandue. Etre obscur est pour certains un gage de qualité… Je ne suis pas de ceux-là.

 

EN IMMERSION A MOLENBEEK.

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Hind Fraihi est une journaliste flamande d’origine marocaine, née en 1976, à Bornem, près d’Anvers. Il y a dix ans, elle avait publié un livre choc En immersion à Molenbeek  qui n’avait pas suscité beaucoup d’intérêt. Il vient d’être réédité.

Voici comme elle présente son livre dans son avant-propos :

« On trouve des extrémistes dans toutes les religions, pas seulement dans l’Islam. Ce livre traite pourtant uniquement des extrémistes musulmans. La raison en est simple : pour une journaliste de confession islamique et d’expression arabe, le monde des fanatiques musulmans est plus accessible qu’à d’autres même si ce n’est pas toujours le cas. (…) J’imagine bien que ce livre peut être perçu comme malveillant : j’insiste sur le fait que les extrémistes ne représentent qu’une fraction réduite de la communauté musulmane. Par bonheur, les modérés y sont majoritaires. »

Nous sommes en 2005. Hind Fraihi décide de faire une enquête sur Molenbeek pour son journal Het Nieuwsblad. Son documentaire paraîtra également dans le journal Het Volk.

La journaliste d’investigation s’installe pour deux mois dans un kot, rue Ribaucourt, qu’elle partage avec une jeune marocaine qu’elle surnomme Amira. Celle-ci a épousé un Belge rencontré au Maroc, l’a suivi à Bruxelles puis a divorcé.

Hind Fraihi va prétendre être une étudiante en sociologie préparant une thèse de fin d’études.

Elle va rencontrer le cheik syrien Ayachi Bassan qui a accepté l’entretien mais refuse de lui serrer la main puisqu’elle est une femme !

Au cours de l’entretien, il ne cachera pas son mépris pour l’Europe où l’adultère est impuni et l’homosexualité permise, des Etats-Unis qui font la guerre en Irak. Il parlera des jeunes qu’il encadre et notamment des camps scouts qu’il organise dans les Ardennes pour leur inculquer les vraies valeurs de l’Islam… Il ira plus loin : « C’est d’abord en paroles que l’on mène le djihad (…) Les terroristes potentiels se recrutent parmi les jeunes en perdition (…) Ce sont des bombes errantes qui peuvent à tout moment exploser. »

La journaliste sort glacée de l’entretien. Elle est surtout choquée parce que ce qu’elle a entendu ne correspond pas à l’islam qu’elle pratique « Pense bien, vis bien, agis bien : tel est le message de l’Islam. Dans cette expérience de l’Islam, l’Occident n’est clairement pas perçu comme un adversaire, mais comme un enrichissement. »

Elle va s’étendre longuement sur le salafisme. « A mes yeux, les djihadistes-salafistes ne sont pas des terroristes musulmans mais des terroristes politiques. Ils sacralisent leurs desseins par le biais de l’islam. (…)Ils rêvent d’un califat Molenbeek, d’un califat Schaerbeek, d’un califat Anderlecht. »

Hind Fraihi va poursuivre ses investigations. Ainsi remarque-t-elle les nombreuses antennes paraboliques qui permettent de suivre les émissions arabes. « Les téléspectateurs sont gavés des guerres en Irak, en Palestine, en Afghanistan, des images à sensation que les satellites déversent sur le monde. Des images de corps ensanglantés, déchiquetés dans un cratère calciné quelque part du côté de Bagdad… »

Elle s’intéresse aux dizaines de mosquées camouflées en lieu de résidence dans le quartier de la maison communale et à toutes les bibliothèques où livres antisémites et pro-jihad sont disponibles. Tous ces livres se trouvent aussi dans les centres culturels.

Elle va à la rencontre de jeunes rassemblés le soir. Ils ne cachent pas qu’ils travaillent dans des circuits parallèles qui leur procurent bien plus d’argent qu’ils n’en auraient en travaillant dans la légalité.

Un jeune de dix-sept ans rencontré à la station de métro Ribaucourt lui raconte : « Parfois des hommes âgés viennent ici, ils ont de longues barbes et des habits traditionnels. Ils nous demandent si on veut suivre un stage d’entraînement en Afghanistan. J’ai des amis qui ont accepté, mais pas moi. Cela ne m’intéresse pas, le djihad. »

Dans une mosquée, elle rencontre deux jeunes filles en burqa. Elle les accoste mais elles refusent de lui parler. Surprise pour la journaliste, comment un mari peut-il interdire à sa femme de parler ? Elle va rencontrer beaucoup d’autres femmes en burqa…

La journaliste devra raccourcir son séjour à Molenbeek que ses amis jugent dangereux. Elle y retounera en train mais cette fois accompagnée de son frère.

Hind Fraihi va aussi aller dans des associations culturelles. Son jugement est sévère : « Quand on ne trouve pas de travail, on sert l’excuse de la discrimination. Je ne veux pas dire que la discrimination n’existe pas. Mais la discrimination et le racisme sont trop hâtivement invoqués comme excuses. Et par-dessus le marché, les jeunes fainéants sont encouragés par une kyrielle d’organisations multiculturelles et de mécanisme d’intégration. Au lieu de mettre les jeunes face à leurs devoirs, on les chouchoute un peu plus, bien gentiment. »

Elle terminera son livre en se posant beaucoup de questions. Pourquoi ? Que faire ? « Comment pouvons-nous veiller à ce que les jeunes musulmans ne se radicalisent pas davantage ? Je n’ai pas de réponse. Mais je sais une chose : nous devons mener le débat sur l’extrémisme musulman sous toutes ses coutures. Ce serait déjà un bon début. »

Elle est très amère sur la réaction de Philippe Moureaux qui l’accuse de s’être laissé embobiner par les propos de certains jeunes. Elle rejette l’accusation et rappelle que le PS est connu pour sa politique laxiste envers les fondamentalistes musulmans. (Philippe Moureaux dira-t-elle plus tard aurait voulu empêcher la parution de son livre, trop accablant pour lui.)

« Alors que je mets la dernière main à ce livre, je passe en voiture par Molenbeek, à hauteur du canal de Bruxelles à Charleroi. De grandes bannières multicolores égaient les berges, tandis que des lofts rénovés font de la rive un bel endroit pour vivre. Oui, cela aussi c’est Molenbeek. Des lofts et des taudis. »

 

EUTHANASIE.

hôpital-paris

Monseigneur Jozef De Kesel est entré officiellement en fonction comme archevêque de Malines-Bruxelles le 12 décembre à 15 heures en remplacement de Monseigneur Léonard, pensionné. Le nouvel archevêque avait occupé le siège épiscopal de Bruges depuis le 25 juin 2010.

Dans une conférence de presse, relayée par Flandre Info.be il déclarait :

« Etre croyant n’est plus un réflexe spontané, alors que l’Eglise était omniprésente jusqu’aux années 50 et avait une forte influence et position, la séparation entre l’Eglise et l’Etat est très importante. (…) Le grand défi est de réfléchir à la place de la religion dans la société laïque et pluraliste. (…) J’espère que l’Eglise n’évoluera pas vers un groupe fermé, car alors elle deviendra une secte. »

Ces propos avaient été interprétés comme un désir de renouveau mais dans le respect des opinions de tous.

Dans une interview reprise par La Libre le lundi 28, il fait cette déclaration surprenante qui apparaît comme une bombe. Il a en effet déclaré que les hôpitaux catholiques avaient le droit de refuser de pratiquer l’avortement ou l’euthanasie.

La loi sur la dépénalisation de l’euthanasie a été votée en 2012 à l’initiative de Philippe Mahoux. Un vote difficile. C’était l’aboutissement d’un long combat mené notamment par l’ADMD. (Association pour le droit de mourir dans la dignité – association pluraliste.) (Billets du 17 mars 2008 – 19 juin 2013 – 27 novembre 2013).

L’ADMD n’a pas cessé de relayer le danger existant de voir la loi remise en question ou même de ne pas être respectée.

Cette crainte m’apparaît bien fondée puisque quelques jours après sa prise de fonction le nouvel archevêque tend à relancer la polémique.

Je précise que tout médecin a le droit de ne pas pratiquer l’euthanasie si c’est contraire à ses convictions. J’ai toujours trouvé que c’était normal.

Le nouvel archevêque va plus loin puisqu’il confère ce même droit à tous les hôpitaux catholiques qui sont pourtant des institutions publiques. Ce serait dans la loi mais ignoré par la population.

C’est un réel problème. Si vous devez être hospitalisé d’urgence vous n’avez pas toujours le droit de choisir votre hôpital. Il faut donc déjà pouvoir faire appel à une ambulance privée et ne pas avoir le réflexe de faire le 112 !

Je pense que beaucoup comme moi fréquentent un hôpital privé parce près de chez moi ou parce que j’y suis envoyée par mon généraliste pour des examens. Gravement malade j’aurais certainement été dans ce même hôpital.

Je vais donc remercier chaleureusement l’archevêque qui m’a appris ce que j’ignorais : je ne pourrai pas demander l’euthanasie dans l’hôpital que je fréquente depuis de nombreuses années.

Je vais donc devoir changer d’hôpital car il est exclu que je mette encore les pieds dans un hôpital catholique.

Je suis très amère de devoir constater ce non respect de la liberté que je croyais acquise de choisir une mort digne.

Je n’ai jamais oublié les souffrances atroces vécues par un ami après une opération d’une tumeur au cerveau. Trois mois. Ne pouvant plus parler, les yeux embués d’une tristesse infinie.

« Il n’est rien de plus lourd que la compassion. Même notre propre douleur n’est pas aussi lourde que la douleur coressentie avec un autre, pour un autre, à la place d’un autre, multipliée par l’imagination, prolongée dans des centaines d’échos. »
Milan Kundera. L’insoutenable légèreté de l’être.

 

JOYEUX NOEL !

- Inauguration des nouvelles illuminations de la Grand Place  - Inhuldiging van de verlichte Grote Markt  22/11/2013 pict. by Bert Van den Broucke © Photo News
–                                        GRAND-PLACE DE BRUXELLES.

Poète : Jean Aicard (1848-1921)

Recueil : Les Poèmes de Provence (1874).

Si l’on vit loin les uns des autres dans l’année,
Chacun du champ lointain, de la ville éloignée
Arrive, à la Noël, pour revoir les parents,
Les anciens, les petits qu’on retrouve plus grands ;
Pour boire le muscat dont l’odeur donne envie ;
Pour causer tous ensemble et se conter sa vie,
Pour montrer qu’on n’est pas des ingrats oublieux
Capables de laisser tout seuls mourir les vieux.

On s’attable. La flamme étincelante envoie
Aux cristaux, aux regards, ses éclairs et sa joie ;
Le vieux tronc d’olivier qui gela l’autre hiver
Se consume, rêvant au temps qu’il était vert,
Aux baisers du soleil et même à ceux du givre ;
Tel, mourant dans la flamme, il se prend à revivre,
Et l’usage prescrit qu’on veille à son foyer,
Pour que, sans s’être éteint, il meure tout entier.