SIMONE de BEAUVOIR.

Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir est née à Paris en 1908 dans une famille de moyenne bourgeoisie. Elle est agrégée de philosophie, essayiste et romancière. Elle est décédée en 1986.

Extraits de son œuvre :

Romans : « L’invitée » « Tous les hommes sont mortels » « Les Mandarins » « La femme rompue ».

Essais : « Le Deuxième Sexe » « La Vieillesse »

Récits autobiographiques : « Mémoire d’une jeune fille rangée » « La Force de l’âge » « La force des choses » « Une mort très douce » « Tout compte fait » « La Cérémonie des adieux ».

Simone de Beauvoir est la dernière héroïne du livre « Les mots des femmes » de Mona Ozouf.

Le bonheur est l’obsession de toute sa vie. « Même si l’on n’est pas aimé, même si l’on n’est pas aimable, restent encore la littérature et le simple plaisir de respirer. Avec de bons livres, tout ça qui est bien réel et solide, ne nous manquera jamais. » Elle s’acharnera à être satisfaite et y parviendra presque toujours.

Mona Ozouf s’intéresse à sa jeunesse. D’après elle, Simone a dit détester son enfance, si morose, si rangée qu’elle a failli en étouffer. Si la famille de Simone était conventionnelle, son père l’emmenait au théâtre, était fier de ses succès scolaires et la maison était pleine de livres. Sa mère était bigote mais son père athée. Puis il y avait son amie Zaza éblouissante.

Sur les photographies des « Mémoires » une Simone de deux ans et demi affiche déjà l’air de l’indépendance. « C’est une impatiente, une colérique, avec des flambées brusques de désirs et des suffocations de rage ; une despote qui aime tenir sa petite sœur courbée sous sa volonté. »

Dans le trio d’étudiants qu’elle rencontre en préparant l’agrégation, c’est Sartre qu’elle élit pour sa réputation sulfureuse.

Dans son livre « Tout compte fait » elle fait le bilan de sa vie heureuse grâce à ses dons et à la chance : une santé insolente, des études réussies qui lui garantissaient une indépendance matérielle et l’amour de Sartre.

Et, bien sûr, ses livres dont elle dit que chacun lui coûte deux à trois ans de travail mais que pour elle tout labeur reste un plaisir.

L’amour. Pas seulement celui de Sartre mais aussi des hommes et des femmes. Dans le pacte passé avec Sartre il était clair qu’à côté de l’amour qui les liait, il y aurait forcément « des amours contingentes ».

Qu’est-ce que pour Beauvoir être née femme ? Jusqu’à ses quarante ans, rien, elle vit dans un monde d’hommes et s’y sent bien.

« Le Deuxième Sexe » va changer son regard. « Etre femme, ce n’est rien, en effet, ni essence ni destin. Mais pour la grande majorité des femmes, ce rien est tout »

Ce livre qui va rester son œuvre majeure et aura tant d’influence sur les femmes est né du hasard. Elle admirait « L’Age d’homme » de Michel Leiris et voulait prendre aussi le risque d’une autobiographie. Sartre trouvait qu’une question préalable se posait : qu’a signifié pour elle le fait d’être une femme ? Rien du tout, « ça n’a pour ainsi dire pas compté ». Elle s’enfermera deux ans à la Bibliothèque nationale, ira de surprise en surprise et modifiera sa vision du monde. Elle décrira tout et découvrira que si la biologie peut piéger les femmes, elles peuvent aussi s’en libérer, rejeter cette société qui fait de la femme un être relatif et subalterne. D’où la fameuse phrase : « On ne naît pas femme, on le devient. »

Elle avait tout fait pour ne pas le devenir. Ni meubles, ni maison, ni appartement. Pas de tâches ménagères. Pas de mariage même si Sartre le lui a proposé. Pas d’enfants. Dans « Le Deuxième Sexe » elle rejette le prétendu « instinct maternel » et ne voit dans le désir d’enfants qu’un choix individuel.

Son credo est que c’est la dépendance, l’impossibilité de s’affirmer comme sujet, et non la féminité, qui est responsable du malheur féminin. « En se libérant, la femme aura accès à ces valeurs d’indépendance, de risque, d’intelligence, qui sont déjà privilégiées par les hommes : le monde masculin a l’universel dans son particulier. »

Le paradoxe est que Simone de Beauvoir considérée comme « féministe » s’attirera la méfiance des féministes radicales. Elle concédera qu’elles peuvent être utiles pour « la cause » mais restera fidèle à sa conception : un rapport aisé, détendu avec les hommes.

Lorsqu’elle tombe éperdument amoureuse d’Algren, elle nie « appartenir » à Sartre mais refuse de venir vivre avec lui. « Elle ne peut pas faire autrement. »

Sa découverte de la vieillesse sera douloureuse. La conclusion de « La Force des choses » le dit bien : « Oui, le moment est arrivé de dire jamais plus ! Ce n’est pas moi que me détache de mes anciens bonheurs, ce sont eux qui se refusent à moi. »

La fameuse phrase qui termine le livre  « J’ai été flouée » a été considéré comme un aveu d’un regret d’avoir refusé sa féminité, la maternité, l’émancipation, ce n’est pas ce qu’elle dit dans ce très beau livre. La vie est toujours faite de choix donc de renoncements.

A cette irruption de l’idée de la mort dans sa vie, elle réagit comme elle a toujours fait, en l’affrontant.

Pour Mona Ozouf, le gros livre qu’elle consacre à la vieillesse est un pendant de cheminée au « Deuxième Sexe ». On ne naît pas vieux, on le devient. Mais dans ce devenir-ci, tout est subi.

Dans un entretien, elle dira : « Une femme peut passer à travers la vie en refusant d’admettre qu’elle est fondamentalement, par ses valeurs, son expérience, sa façon d’aborder la vie, différente des hommes. Mais il est très difficile de ne pas se rendre compte qu’on est vieux. Et devenir vieux, c’est devenir mort, c’est devenir rien. »

Une conception bien pessimiste de la vieillesse mais contredite, je crois, par sa vie. D’ailleurs, ne dira-t-elle pas aussi dans « La Vieillesse » : « Il est plus facile de disparaître de ce monde quand on y est une fois vraiment apparu et qu’on y a laissé sa marque. »

Cela, elle a réussi. Elle fait partie de l’Histoire. Qu’on l’approuve ou qu’on ne l’approuve pas, qu’on l’aime ou pas, elle sera toujours une des grandes dames du vingtième siècle.

 

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