TOUTES CES GRANDES QUESTIONS.

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Douglas Kennedy est un romancier américain né le 1er janvier 1966 à New York. Parfaitement francophone, grand voyageur, il vit entre Londres, Paris, Berlin et Wiscasset dans l’état du Maine où il a acheté une maison.

Il a été marié de 1985 à 2009, à Grace Carley, conseillère politique au ministère de la culture au Royaume-Uni. Ils ont deux enfants.

« Cul de sac » « L’homme qui voulait vivre sa vie « « Les Désarrois de Ned Allen » « La poursuite du bonheur » « Au pays de Dieu » « Mirages »

Billets : 20/08/2008 – 22/02/2010 – 21/06/2012 – 13/03/2013 – 17/08/2015

TOUTES CES GRANDES QUESTIONS.

Douglas Kennedy nous signale que son éditeur américain a refusé le livre prétextant qu’étant un romancier à succès ses lecteurs n’apprécieraient pas ce changement de genre !

Le livre est une réflexion sur la vie, le bonheur, la mort. Il retrace surtout son long parcours pour arriver à trouver le sens de la vie qu’est pour lui, l’équilibre. Le livre se termine par les mots que lui disait son professeur de patins : « Ne sois pas si raide. Pense à ton équilibre. Arrange-toi pour glisser. »

L’auteur part de ce qui lui arrive dans la vie ou dans celle de ses amis pour en tirer des réflexions. Il le présente comme « une promenade à travers les questions cruciales que pose la condition humaine. »

Au moment où commence le livre, il s’est réfugié en Suisse pour réfléchir. Sa vie conjugale se détériore, il se tracasse pour son fils Max âgé de sept ans diagnostiqué autiste trois ans avant. Il a quarante-cinq ans.

La première question qu’il se pose est : « Voulons-nous vraiment être heureux ? » Question cruciale qu’il développera tout au long du livre. Très vite, il se demandera si nous ne sommes pas les artisans de la difficulté que nous rencontrons à être heureux. « Sommes-nous les victimes ou les artisans de notre infortune ? »

Sa réponse peut paraître surprenante, elle est pourtant, pour moi, d’une criante vérité.

« Vivre c’est se confronter à un incontournable truisme : la trajectoire de chacun d’entre nous est un récit qui se développe d’une manière que nous n’aurions jamais envisagée. Et si, comme c’est bien souvent le cas, les dénouements successifs de chaque phase de l’histoire nous laissent insatisfaits, ou prisonniers d’une réalité à laquelle il est difficile d’échapper, une vérité dérangeante apparaît : nous sommes les principaux artisans des impasses dans lesquelles nous aboutissons. »

L’auteur ira plus loin en affirmant que nous sommes souvent tentés de réécrire notre histoire pour la rendre plus supportable. Et pourtant « Le tragique fait intrinsèquement partie de l’existence. »

L’auteur s’interrogera aussi sur l’existence de Dieu. Sans répondre mais en rappelant cette visite faite dans une église évangéliste qu’il a racontée dans son livre « Au Pays de Dieu » Un reportage hallucinant !

Car Douglas Kennedy parle de ses livres et nous apprenons par exemple que « L’homme qui voulait être heureux » est inspiré par l’histoire de son père.

Un père qu’il a détesté : « Il m’avait toujours intimidé lorsque j’étais enfant et cela restait vrai. » « Malheureusement pour les autres et pour lui, mon père avait toujours besoin d’avoir raison. » J’ajouterai même quand il était cruel.

Sa mère, une vraie boule de nerfs, lui répétait constamment « Je ne t’aime pas » Parole tragique pour un enfant qu’elle répétera même à son fils devenu adulte. « Le plus dur quand on a un père ou une mère insupportable, c’est que l’on a tendance à se sentir responsable de ce mécontentement permanent. »

Après une violente dispute avec ses parents, Douglas restera plusieurs années sans les voir. C’est pourtant eux qui lui inspireront cette réflexion : « Pourquoi le pardon est-il (hélas) l’unique solution ? »

Son père veut qu’il lui achète une maison puisqu’il est devenu un romancier célèbre. Sa colère contre ses parents est toujours là mais il va s’interroger : « Neuf années avaient passé sans que je revoie mes parents. Ils étaient âgés, bientôt il serait trop tard. Peut-être devrais-je surmonter la peine et la colère ?

L’auteur va poursuivre sa réflexion : « Si je continuais à éprouver de la colère envers mes parents, je ne retirerais rien d’autre que cela : encore de la colère, toujours plus toxique et destructrice. »

Une évidence va s’imposer à lui : le pardon. « me libérer de la fureur que m’avaient inspirée mes parents, c’était retrouver mon intégrité, mettre fin aux émotions négatives qui me minaient, et la condition de cette libération était le pardon. » « Tu as cinquante-cinq ans et il t’a fallu tout ce temps pour comprendre l’un des principes les plus évidents de l’existence : c’est d’abord dans son propre intérêt que l’on pardonne. »

Le dernier chapitre du livre est consacré à son fils Max, autiste. Des pages émouvantes.

Avant de clôturer ce billet,  j’ajouterai que le livre est aussi un essai littéraire. L’auteur parle abondamment de ses lectures : Montaigne, Flaubert, Valéry, Kundera pour ne citer que ceux-là.

J’ai beaucoup aimé le livre. Douglas Kennedy s’y livre comme il ne l’a jamais fait. Ce n’est pas une biographie, ni un livre de recettes, c’est une philosophie de vie que l’auteur nous invite à partager.

 

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REFLEXIONS.

Calendrier aztèque

Calendrier aztèque.

Quelques jours après les élections, le PS s’empressait d’entamer des négociations pour former un gouvernement, en Wallonie et à Bruxelles.

En Wallonie, coalition PS/CDH, le MR, qui a progressé est donc rejeté dans l’opposition. Tout le monde sait que les cinq années qui viennent seront importantes puisque certaines compétences du Fédéral viendront en Wallonie et à Bruxelles.

Il semblait donc logique d’associer le MR qui a voté la réforme de l’Etat et est bien représenté en Wallonie. Cette logique n’a pas été respectée. Pire, le PS a choisi d’associer le CDH, qui n’a pas progressé, au contraire.

Ce qui me semble bizarre c’est que le PS a toujours pris le MR comme alibi quand, au Fédéral, il fallait prendre des mesures budgétaires impopulaires. On connaît la formule « Nous sommes en coalition, nous devons faire des concessions. »

Or, la situation financière de la Wallonie s’annonce difficile. Paul Magnette s’est fendu d’un discours annonçant la rigueur pour les deux années à venir. Voilà donc un gouvernement de gauche – certains disent de centre-gauche à cause de la présence du CDH – qui s’engage à assumer sans son alibi habituel, les années de rigueur !

Tout le monde sait que le CDH est plus que proche du PS, ce ne sera donc pas un allié encombrant.

Même scénario à Bruxelles. Laurette Onkelinx rejette aussi le MR dans l’opposition mais fait appel au FDF. Dois-je rappeler que le FDF s’est séparé du MR parce qu’il n’a pas voulu voter la réforme de l’Etat ? Le MR a donc souffert de cette séparation due à sa loyauté. Pour la petite histoire, Olivier Maingain a répété qu’il voulait se venger du MR, le voir au tapis et il a même refusé de voir Charles Michel informateur sous un faux prétexte de santé. La vengeance est tenace !

Le FDF va donc contribuer à mettre en œuvre une réforme qu’il n’a pas votée. Pire, Olivier Maingain, après quelques jours, a redit qu’il n’abandonnait rien de son programme même si, apparemment le point le plus important pour lui, l’élargissement de Bruxelles ne fait pas partie de l’accord. Ce sera pour plus tard… Dois-je rappeler le refinancement de Bruxelles  acquis par la réforme ?

Un petit mot sur la Fédération Wallonie-Bruxelles. Je ne vais pas entrer dans la polémique, trop de ministres etc. mais tout de même la nomination de deux présidents au lieu d’un, rompt ce que le PS a toujours défendu, maintenir les liens forts avec Bruxelles. Il fallait bien caser Rudy Demotte et récompenser Paul Magnette !

Tout de même une anomalie, Paul Magnette et Maxime Prévot resteront bourgmestres ce qui ne s’est jamais vu. Je pourrais rappeler la fameuse déclaration sur les cumuls. Mais tant qu’on y est, pourquoi ne pas profiter des avantages qu’on s’est adjugés.

Elio Di Rupo, Premier ministre en affaires courantes redevient Président en titre du PS. Une anomalie permise, paraît-il, par les statuts du PS. J’avais d’ailleurs trouvé bizarre qu’Elio participe à toutes les négociations avec Paul Magnette, président faisant fonction. Aussi du jamais vu. Le Roi reçoit les présidents de parti, donc une seule personne par formation politique, mais pour le PS, la règle ne s’applique pas ! On a donc vu Elio Di Rupo reçu par le Roi, le matin, comme Premier ministre en affaires courantes et le même après midi, comme représentant du PS !

J’en viens à la formation du gouvernement fédéral. Même si le PS le nie, il est évident pour tous les observateurs que la formation des gouvernements régionaux avant le fédéral, handicape fortement la formation de celui-ci. Même dans un pays fédéral – j’aimerais dire devenu confédéral – mot prononcé d’ailleurs par un éminent socialiste.

Ce n’est pas anormal, j’ai toujours trouvé que les subtilités sémantiques : régional, fédéral, confédéral,  servaient d’alibi, pour nier la réalité. Le PS a toujours rêvé d’une Wallonie complètement rouge comme jadis ce qu’on appelait l’Etat CVP.

Charles Michel et Chris Peeters vont donc essayer de former le gouvernement fédéral avec la N-VA. La N-VA, cri d’horreur ! Qu’elle soit le premier parti de Flandre, ait fortement progressé aux dernières élections, soit liée au CD&V, soit reconnu comme parti démocratique, ait abandonné ses revendications nationalistes, n’y changent rien. « Ils disent que, mais vous verrez… » J’ai pourtant toujours entendu que coalition  voulait dire compromis, mais l’envisager pour la N-VA, non !

Je souligne que le roi Philippe au contraire d’Albert II, a choisi Bart De Wever comme informateur et lui a laissé du temps. Ce n’était que justice.

Nous voilà donc dans les négociations pour un gouvernement fédéral, où sera la N-VA et les Wallons représentés seulement par le MR. Les refrains vont bon train, les Wallons déjà minoritaires au niveau démographique le seront au gouvernement. Et oui, à qui la faute ?

C’est fort de café de la part du PS de vouloir quand même être au fédéral en ayant rejeté le MR comme ils l’ont fait et, je suppose, la N-VA, premier parti flamand.

Victoire historique pour la Flandre, peut-être, mais encore une fois, à qui la faute ?

Pas de majorité des 2/3, une nième réforme de l’Etat, ne pourra pas se faire.

Le programme de gouvernement n’est pas encore connu puisque les négociations commencent mais Charles Michel a répété qu’on ne toucherait pas à l’index, on verra. Je ne peux rien dire de plus sinon que le MR a pris une décision courageuse, difficile mais devenue inévitable.

Je ne sais pas d’où vient cette appellation de « kamikaze » très injurieuse, toujours employée associée parfois à « suédoise ». Depuis quand donne-t-on des « surnoms » aux coalitions ? Avec un peu d’imagination, j’en trouverais bien pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais je n’entre pas dans ce jeu odieux.

J’en suis là dans mes réflexions. Ces dernières semaines ont été pénibles. Le crash de l’avion pourrait peut-être ramener nos politiciens à un peu de bon sens. Le mal est fait, mais n’y ajoutons pas les injures, il y des choses très graves dans le monde. Relativisons.

INTEGRATION : SONDAGE RTBF/LA LIBRE.

école

Ce matin, les médias faisaient connaître le sondage réalisé par la RTBF/LA LIBRE sur l’opinion des Belges sur l’intégration.

Petit résumé : 1 Belge sur cinq estime que les populations d’origine étrangère sont bien intégrées, 4 sur 10 qu’elles ne le sont pas. La moitié des Belges trouve que la Belgique fait ce qu’il faut pour l’intégration, un tiers pense qu’elle ne fait peut-être pas assez.

Près de 8 Belges sur 10 estiment que l’on assiste actuellement à une montée d’un certain radicalisme religieux et 77 % de la population s’en inquiète.

Je ne vais pas me lancer dans l’étude de ce sondage qui ne m’étonne pas. Je me contenterai de donner des cas concrets, vécus, pas nécessairement par moi, mais par mon entourage qui donnent un éclairage sur la perception de l’intégration.

Dans certaines écoles, les jeunes vivent très mal que les musulmans ou musulmanes parlent arabe, même pendant les cours, leur reprochent leur tenue, vont parfois même jusqu’à affirmer qu’à la mosquée on leur a appris qu’ils/elles ne devaient aucune respect aux non-musulmans, même à leurs profs !

Beaucoup d’adolescents voudraient échapper aux cours de gymnastique ou à la piscine. Voir les musulmans déposer un certificat médical que leurs parents leur ont refusé, engendrent, chez leurs compagons,  un sentiment d’injustice.

Cela va parfois très loin. Je me souviens d’une circulaire ministérielle qui interdisait aux profs de faire des contrôles pendant le Ramada

Qu’une de leur fille épouse un musulman, dont elle se dit très amoureuse, est souvent bien accepté par les parents. Hélas ! très vite, leur fille se convertit à l’islam,  se voile, ne s’habille plus comme elle le souhaiterait et est, parfois, interdite de sorties… Le plus grave est la rupture qu’elle fait avec sa famille imposée même aux parents les plus tolérants.

Dans les entreprises, une DRH qui a engagé une musulmane pour ses compétences vit mal qu’après la période d’essai, elle se transforme. Port du voile, exigence d’un local pour la prière ! Et toujours le repli sur ses collègues musulmanes et le rejet « des autres ».

La montée de la crainte du radicalisme religieux ? Comment ne pas être influencé par les attentats commis au nom de l’islam ? Par les images de haine diffusées par les médias ? Par l’inquiétude suscitée par ces jeunes partis combattre en Syrie et dont on affirme qu’ils reviendront peut-être prêts à combattre comme ils l’ont fait là-bas ?

Le politiquement correct veut que l’on assiste constamment sur le fait qu’il s’agit d’une très petite minorité. Bien. Mais les responsables parlent de loups-solitaires, bien difficile à cerner ou à surveiller, leur consigne étant de se conduire « comme tout le monde ». Les scènes sont toujours les mêmes : « c’était un bon garçon – mon voisin – je n’aurais jamais pensé qu’il puisse faire cela… » Comment la méfiance, la peur ne s’installerait-elle pas ?

Je sais qu’on me dira qu’il ne faut pas généraliser, que la plupart des musulmans sont des gens très bien, qu’ils sont les premières victimes du comportement de ces extrémistes, que l’islam condamne les attentats ou les actes violents…

Bien d’accord, mais ce discours se heurte au vécu porteur de peur ou de ressentiment.

Le nier, ne pas le prendre en compte, est une erreur qui pourrait avoir de graves conséquences.

C’est mon sentiment.

Malek Chebel aspire à un « Islam des lumières » mais il est bien seul. Un attentat suscite toujours l’indignation, est condamné, mais après ?

BERNARD PIVOT.

 LES MOTS DE MA VIE.

J’avoue avoir hésité avant d’acheter le livre. Ecrire ses mémoires en forme de dictionnaire me semblait original mais étrange. De plus, je connaissais l’amour de Bernard Pivot pour les mots inconnus et je craignais de lire une énumération de mots bizarres comme ceux qu’il avait plaisir à placer dans ses dictées.

J’ai donc surmonté mon appréhension et j’ai lu le livre. J’ai été, le mot est faible, enthousiasmée. Quel régal ! Je croyais d’abord le feuilleter, picorer mais j’ai décidé, je ne le regrette pas, de le lire de la première à la dernière page comme je le fais d’habitude.

Bernard Pivot donne une double explication à son choix. Il a lu le Dictionnaire Larousse » avant de lire les livres. « J’ai vagabondé dans le vocabulaire avant de me promener dans la littérature ». La seconde est que la mémoire n’est jamais chronologique. « Elle est vagabonde, capricieuse. Elle ne livre que ce qu’elle veut, quand elle le veut ».

Son livre nous apprend peu de choses sur sa vie. Il dissimule les événements sous un paragraphe consacré à un mot qui, à priori, n’a rien à voir avec son vécu. Ainsi « Je suis devenu un homme quand j’ai commencé d’admirer ». Il confie qu’adolescent, il n’avait rien qui ressemble à de l’ambition. C’est une modestie qu’il conservera toute sa vie. Au sommet de son succès, il refusera la direction d’une chaîne de télévision pour « incompétence ». Il est journaliste. Il ajoutera que son impatience cadre mal avec une fonction de direction. Il n’hésitera jamais à refuser de participer à des débats dont le sujet lui était étranger.

Le lecteur trouvera pourtant des détails intimes. A quatorze ans, le baiser énigmatique d’une femme dont il admirait la beauté, le rappel ému d’un amour d’adolescent. Il confesse son  amour des femmes alors qu’il se demande s’il n’a pas été un macho, pris entièrement par ses lectures. «  « La lecture isole, sépare. Le lecteur fuit, il est toujours ailleurs. » Il a  peu de temps à consacrer à sa famille. Cela ne l’empêchera pas de faire l’éloge de sa femme : « Son équilibre fortifiait le mien. Son énergie alimentait la mienne. (…) De nombreuses années se sont succédé, et je suis devenu peu à peu un lecteur plus pressé qu’un mari empressé. » Pourtant, il confiera dans un autre chapitre, le poignant d’une séparation. « Je restais, mais je devrais maintenant cohabiter avec une squatteuse : la mauvaise conscience. »

A-t-il été un bon père ? Pas dans le sens où on l’entend aujourd’hui : « Ca m’arrangeait bien de penser que j’étais plus utile à ma famille dans la culture que dans la puériculture. » Mais il a bien légué à ses filles le goût de se cultiver, de s’instruire, d’aimer la vie.

Il nous fait d’autres confidences par exemple sur sa manière de lire. « Je ne sais lire qu’assis sur une chaise, dans un fauteuil ou un canapé. (…) Le corps bien calé, sur du dur, de préférence devant un bureau ou une table pour prendre des notes, voilà ma meilleure position pour lire. »

Plus connu peut-être son amour des chats, du football, de la gastronomie, les demi-lunes… S’il ne parle pas du vin c’est parce qu’il lui a consacré un autre dictionnaire. Il fait un grand éloge de l’amitié et avec humour dit : « Pourquoi analogue à l’expression « faire l’amour », n’existe-t-il pas l’expression « faire l’amitié » ?

Autres confidences : le chiffre 5 porte-bonheur et le marron qu’il a toujours dans la poche, son regret  de ne pas avoir étudié le latin et le grec, sa préférence pour les émissions en direct. Plus inattendu, il regrette de ne pas être désinvolte, voire rock’ n’ rock

Pas de confidences sur ses parents, sauf l’épicerie familiale à Lyon. Ses débuts ? Un lointain parent par alliance, le voyant souvent lire des quotidiens ou des revues lui suggère de devenir journaliste. Il réussit le concours d’entrée du Centre de formation des journalistes, devient un étudiant brillant et sort deuxième de sa promotion. Par une chance extraordinaire, il entrera au Figaro Littéraire, à France Culture, Europe 1 puis à la télévision pour une émission littéraire. « Ouvrez les guillemets » « Apostrophes » » Bouillon de Culture » « Double-Je » :  un succès qui ne se démentira jamais. Il parle peu de ses émissions car il a publié en 2001 : « Le Métier de lire, d’Apostrophes à Bouillon de Culture, réponses à Pierre Nora. »

Je serais incomplète si je ne mentionnais pas les mots, qu’il  triture, analyse. Cela nous fera plaisir, à nous Belges, qu’il cite « Carabistouille », qui n’existait  en France et qu’il a repris dans « 100 mots à sauver. »

 Son livre est plein d’humour, truffé d’analyses ou de réflexions sur les écrivains, les livres, la foi, la vieillesse et bien d’autres sujets.

De manière irrévencieuse je terminerai par sa réflexion : « Vieillir, c’est chiant » en lui souhaitant de garder longtemps son amour des livres et de la vie.

FRANCOISE GIROUD.

 

Tout au long des années, j’ai admiré Françoise Giroud, sa réussite exceptionnelle, son courage, son obstination, son féminisme. Elle a certainement été une personnalité qui a marqué son époque, une femme influente, une grande journaliste. Elle s’est décrite abondamment dans ses livres. Elle le reconnaît, disant souvent : »J’ai déjà dit » ou encore « J’ai dit ailleurs »… Féroce, elle l’a certainement été, se souciant peu de ce qu’on pouvait dire d’elle. L’indulgence n’est certainement pas ce qui la caractérise mais n’est-ce pas souvent le cas de  ceux qui exercent le pouvoir ?

Dans Leçons particulières, elle parle de sa mère avec émotion : « On sait qu’il n’y a pas de mère laide. Quiconque parle de la sienne vous dira qu’elle était belle. La mienne irradiait aussi le charme, l’esprit, la fantaisie. C’était une personne tout à fait originale. Elle m’emmenait, à douze ans, entendre une conférence de Paul Valéry parce qu’il faut absolument que la petite sache ce qui est beau. » Elle aimait aussi beaucoup sa soeur, qu’elle appelle Douce, qui a été déportée dès 1943; ses deux enfants, Caroline, qui est devenue pédopsychiatre et psychanalyste, son fils Alain qui s’est tué en faisant du ski.

Lea France Gourdji est née le 21 septembre 1916, décédée le 19 janvier 2003. Le jour de sa mort, je me suis dit que la vie lui avait évité ce qu’elle craignait le plus, les ravages de la vieillesse.

A seize ans, elle quitte l’école, diplôme de dactylo en main, elle qui aurait souhaité être médecin. Elle devient scrip-girl de Marc Allégret et de Jean Renoir, assistante-metteur en scène puis scénariste, d’une quinzaine de films.

Pendant la seconde guerre mondiale, elle est agent de liaison dans la Résistance, arrêtée par la Gestapo et incarcérée à Fresnes. Au sortir de la guerre, elle est engagée par Hélène Lazareff comme directrice de rédaction pour la création de Elle, magazine moderne et féministe. Elle quittera le journal pour fonder L’Express avec Jean-Jacques Servan-Screiber dont elle est amoureuse et qui deviendra son amant. « J’avais rencontré J.-J. S.-S. et nous avions décidé de fonder ensemble un nouveau journal. Celui-ci était encore dans les limbes, mais nous savions ce qu’il devait être : un organe de combat destiné à porter au pouvoir Pierre Mendès France. Le beau est qu’il ait vu le jour après des péripéties que l’on aurait pu croire décourageantes, mais nous étions amoureux, et cela donne des ailes. » (Arthur ou le bonheur de vivre).

Elle sera directrice de rédaction de l’Express, de 1953 à 1974. A cette date, elle devient secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé de la Condition féminine. Elle lance cent une mesures en faveur des femme. De 1976 à 1977, elle sera secrétaire d’Etat à la culture.

A sa sortie du gouvernement, l’Express vient d’être vendu à James Goldsmith et elle n’est pas réintégrée. Jean Daniel lui propose l’être éditorialiste au Nouvel Observateur, elle y écrira durant vingt ans.

Parallèlement, elle publie vingt-quatre livres : Si je mens, Leçons particulières, Journal d’une Parisienne, Arthur ou le bonheur de vivre, un roman Mon très cher amour, des biographies Dior, Alma Malher ou l’art d’être aimée, Jenny Marx ou le femme du diable, Lou, histoire d’une femme libre. Dans La Comédie du Pouvoir elle raconte son expérience ministérielle ce qui ne fera pas plaisir à Valéry Giscard d’Estaing…

ON NE PEUT PAS ETRE HEUREUX TOUT LE TEMPS.

C’est un livre de réflexions sur la vie, la religion, les femmes, le monde actuel, la culture, l’Europe. Le livre débute par une réflexion sur la vieillesse : On a un corps fier, dru, on est invulnérable à la fatigue, on irradie une énergie communicative, on reçoit des coups mais on se redresse, on prend des risques, on bouillonne de désirs, de révoltes, d’élan vital. Les années défilent par dizaines sans qu’on les voie passer… Un jour, on se découvre petite chose molle, fragile et fripée, l’oreille dure, le pas incertain, le souffle court, la mémoire à trous, dialoguant avec son chat un dimanche de solitude. Cela s’appelle vieillir… »

Les photos entassées dans une boîte en carton lui donnent l’occasion de parler de ceux qu’elle a rencontrés. Ils ont nombreux ! Steve Jobs, rencontré à Pittsburg, l’inventeur d’Apple,  Marlen Dietrich, Coco Chanel, Hélène Lazareff, André Gide, Paul Valéry, Churchill et bien d’autres.

Il y a « les grands » qui ont écrit dans l’Express :  « De qui n’ai-je pas remis un texte en forme pendant les grandes années de L’Express ? Ni Mauriac, ni Sartre, ni Malraux, ni Camus, bien sûr : ils n’avaient pas besoin de moi. Ni Mitterand, dont la plume a toujours été souveraine. Mais  les autres, tous les autres, dans toutes les spécialités!… »

Je retiendrai le portrait qu’elle trace de François Mauriac : ‘Personne ne m’a fait rire comme François Mauriac. Le génie de la formule, cette disposition très française qu’on appelle « l’esprit » (…) Ce vieux monsieur éblouissant, fin, et courageux – ô combien : il risquait sa vie à écrire ce qu’il écrivait – ce vieux monsieur avait un petit défaut : il ne supportait pas les femmes avant qu’elles aient atteint l’âge canonique, après quoi il les trouvait bien vilaines. »

Celui de Robert Badinter : « Depuis, je l’ai revu cent et une fois, il a été mon avocat, celui de L’Express, nous avons été très proches tout au long de cette bataille contre la peine de mort à laquelle il s’était tout entier dédié. Si quelqu’un a jamais cru à ce qu’il faisait, c’est lui. »

Je terminerai par cet aveu : « Parfois on fait mal, c’est inévitable. Pas tous les jours, pas toutes les semaines. Quelquefois. » Et cette profession de foi qui termine le livre : « C’est l’une des rares certitudes que m’a apportée l’expérience d’une vie : il faut croire, certes, croire en soi. »