AMIN MAALOUF.

Amin Maalouf

Amin Maalouf est né le 25 février 1949 à Beyrouth, au Liban. Il fait ses études primaires dans une école française de Pères Jésuites. Ses premières lectures se font en arabe. Il étudie les sciences sociales à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Il y rencontre Andrée, éducatrice spécialisée, qu’il épouse en 1971.

La guerre civile éclate au Liban en 1975. Amin Maalouf se réfugie en France. Il commence une carrière de journaliste dans un mensuel d’économie, puis devient rédacteur en chef de « Jeune Afrique »

En 1983, paraît son livre « Les croisades vues par les Arabes » puis en 1986, « Léon L’Africain » grand succès de librairie. Il décide alors de se consacrer entièrement à la littérature.

Romans : « Samarcande » « Les Jardins de Lumière » « Le rocher de Tanios » « Les échelles du Levant » « Le Périple de Baldassare ».

Essais : « Les identités meurtrières » « Le dérèglement du monde » 

Il a été élu à l’Académie Française en 2011.

(Billets : 16/09/2008 – 24/02/2012 – 02/07/2012 – 14/02/2014)

LES DESORIENTES.

Adam, 47 ans, marié à Solange, a quitté le pays lors de la guerre du Liban. Il est historien et enseigne l’histoire en France. Il écrit un livre sur Attila qui n’arrive pas à finir.

Un coup de téléphone de Tania, l’épouse de Mourad, ami d’enfance avec qui il est brouillé depuis des années, lui apprend que son mari voudrait le revoir. Il se rend au Liban mais arrive trop tard, son ami est mort.

Il décide de rester au Liban et de revoir ses amis connus à l’Université. Le groupe avait décidé de s’appeler «Le club des Byzantins ».Ils rêvaient de refaire le monde. Certains sont restés comme Tania et Mourad, d’autres sont partis comme Adam, Naïm, Albert.

Adam veut les réunir pour une soirée amicale. Il renoue avec eux par correspondance. Pour ne rien oublier, il décide de transcrire ses mails dans un cahier, y notant aussi ses réflexions, ses souvenirs. Il s’interroge sur ce que racontent ses amis et le fait comme l’historien qu’il est.

Ses amis ont abandonné leurs rêves de jeunesse pour le business ou la politique.

Mourad, resté au pays, est devenu ministre, ce qui a provoqué la brouille avec Adam.

Tania reproche à Adam d’avoir quitté le pays un an après le début des conflits, départ qu’elle a vécu comme une trahison. Leur relation est difficile. Adam n’a pu se résoudre à aller aux funérailles de Mourad ce qui a exaspéré Tania.

Tous ses amis étaient de confession différente ce qui à l’époque était une richesse. Les temps ont changé. La religion est devenu une appartenance, une identité ce qui désole Adam.

Naïm, le juif, a émigré au Brésil. Comme beaucoup d’autres juifs, il est parti avec toute sa famille. Même la veille de son départ, lors de la réunion avec ses amis, il n’a rien dit de son projet.

Albert a émigré aux Etats-Unis où il travaille pour le Pentagone. Sa fonction officielle l’empêche de revenir au Liban mais il trouvera un subterfuge pour rejoindre ses amis.

Bilal est mort à la guerre. Son frère Nidal est devenu un musulman extrémiste radical.

Ramzi, architecte, a quitté une entreprise florissante de construction pour devenir moine. Adam cherchera à savoir pourquoi il a fait ce choix.

Amin Maalouf par le biais des réflexions d’Adam sur ce que sont devenus ses amis, revient sur l’identité, l’appartenance à une communauté religieuse on non, en contradiction avec l’art de vivre ensemble avec d’autres communautés que la sienne, qui était en vigueur dans sa jeunesse.

Amin Maalouf aborde aussi d’autres sujets comme le conflit israélo-arabe ou le radicalisme islamique. Pour Adam, le conflit israélo-arabe est une tragédie qui empêche le monde arabe de s’améliorer, qui empêche l’occident et l’Islam de se réconcilier, qui tire l’humanité contemporaine vers l’arrière, vers les crispations identitaires, vers le fanatisme religieux, ce qu’on appelle aujourd’hui « l’affrontement des civilisations ».

Adam porte aussi un regard sur l’islamisme radical notamment par le biais de son dialogue avec Nidal. Il développe l’idée selon laquelle si le communisme et l’anti-communisme ont été les deux fléaux du XXème siècle, l’islamisme et l’anti-islamisme sont ceux de ce début du XXIème siècle.

Une touche de romantisme dans le livre, l’amour de Séminaris qui accueille Adam dans son hôtel et qu’il appelle « sa châtelaine ». Comme pour Amin Maalouf, rien n’est simple, Adam se torturera sur sa relation charnelle avec Séminaris alors qu’il est toujours très attaché à sa femme. Mais comment résister au charme de Séminaris ?

Le livre se termine de manière tragique mais je ne dévoilerai pas la fin.

« Les désorientés » sont les exilés partagés entre deux cultures, deux visions du monde. Adam est arabe mais enseigne en France et dans les conversations avec ses amis, il mélange les deux langues, l’arabe et le français.

Tous les personnages du livre sont imaginaires mais créés à partir des souvenirs de l’auteur. Il n’a pas voulu citer le Liban comme son pays natal. Le nom n’apparaît jamais mais le lecteur ne s’y trompera pas.

Le livre est très riche comme tous ceux d’Amin Maalouf. L’écriture est simple, presque familière. Le procédé choisi par l’auteur – les lettres, les entrevues retranscrites par Adam dans son livre des souvenirs – en fait une lecture très agréable.

Le livre est surtout pour Amin Maalouf l’occasion de reprendre les idées défendues dans ses autres livres notamment dans le très célèbre essai « Les identités meurtrières » Le lecteur ne s’en plaindra pas.

 

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LIBRES PROPOS DE BLOGUEUSE.

 

Certains jours, je me dis en lisant ou en écoutant les journaux, vais-je réagir ? Ne vaudrait-il pas mieux décider que, pour vivre en paix, il faut fermer ses yeux, ses oreilles et qu’après tout, que je réagisse ou non a peu d’importance. C’est la solution la plus sage mais elle comporte une certaine lâcheté qui ne correspond pas à mon caractère.

Grosse polémique autour des propos d’Olivier Maingain : « Ces déclarations (celles de Bart De Wever et de Geert Bourgeois) reviennent à dire clairement qu’on va nommer des bourgmestres qui n’ont pas la confiance des électeurs, mais c’est énorme ! (…) Ce sont des pratiques  – j’ose l’expression qui est très forte – dignes de l’occupation allemande. C’est comme sous l’occupation lorsqu’on désignait des bourgmestres parce qu’ils étaient des alliés de l’occupant. »

Les réactions ont évidemment été très vives. Les propos sont provocateurs, dangereux pour les futures négociations communautaires donc difficiles à approuver. Mais, la comparaison avec les nazis, très désagréable, d’autres l’ont faite sans susciter de telles réactions. Au procès de Malika El Aroud et consorts, l’avocate d’un des accusés demande l’acquittement de son client, parce qu’il n’est pas terroriste, mais combattant, mieux, résistant comme les résistants sous l’occupation allemande ! Fort, non ? Autre exemple, Mahinur Ozdemir, députée voilée CDH, dans le Pan en parlant du PP : « Lors de leur premier congrès, ils fustigeaient le cdh d’avoir le pauvre privilège d’avoir fait rentrer une femme voilée au Parlement. Ils ne se rendent pas compte qu’on n’est plus à la période nazie. »

Claude Eerdekens traite Ecolo « de parti stalinien à l’organisation militaire et despotique » Propos condamnés par Elio Di Rupo mais la réponse d’Ecolo traitant Claude Eerdekens de « bouffon » n’est pas très digne.

Je n’ai repris que des exemples récents, je pourrais en prendre un autre, une phrase  fréquemment entendue :« L’euthanasie c’est l’eugénisme pratiqué par les nazis ».

Apparemment, la comparaison avec les nazis a encore de beaux jours devant elle.

Restons dans la justice. Bouchaïb Moqadem doit payer les frais du procès de Geneviève Lhermitte. Normal, dirais-je, conforme à la loi, mais son avocate, Me Motte De Raedt, va demander au ministre des Finances, qu’il ne soit pas obligé de payer, une question de morale ! Sans revenir sur le procès (j’en ai parlé en son temps) où le rôle joué par Bouchaïb Moqadem a été drôlement minimisé, les déclarations de son avocate sont, pour moi, inacceptables, mais bien dans l’air du temps.

L’anniversaire de la loi sur la dépénalisation de l’avortement a aussi fait l’objet d’attaques, pas très glorieuses. Accusation de meurtres, organisation d’une manifestation où l’on retrouve à côté de Monseigneur Léonard des représentants d’extrême droite : prêtres intégristes, étudiants nationalistes flamands, sympathisants FN. Le fameux respect de la nature continue à faire des dégâts. Avec humour, je ferais remarquer, que si l’homme avait toujours respecté la nature, il n’y aurait ni cultures, ni industries ! Je crois en la bonne foi de ceux qui sont contre la légalisation de l’avortement, je respecte la position de l’Eglise, mais je rappelle que la contraception a longtemps été interdite, qu’elle est toujours condamnée par l’Eglise et que ceux qui se souviennent des conditions dans lesquelles l’avortement a souvent été pratiqué, ne peuvent pas comprendre que la loi soit remise en question.. L’avortement est toujours un drame, un échec, mais les convictions religieuses quelles qu’elles soient ne doivent pas être imposées à tous.

Justement, à propos du religieux, je suis absolument indignée que l’enseignante de Mons ait été en justice pour pouvoir porter son voile et qu’après le vote de la ville, son avocat envisage un recours devant le conseil d’Etat. Elle ne fait pas de prosélytisme, à qui peut-on faire croire cela ? « Porter le voile, c’est rendre l’Islam visible » combien de fois l’ai-je entendu ? Je pense aussi à tous les enseignants insultés, violentés parfois par leurs élèves et à qui on interdit de porter plainte pour ne pas entacher la réputation de l’école !

Les médias ont profité de l’anniversaire de la loi sur l’IVG pour « se pencher » sur la monarchie. Là, je dois dire, que je ne comprends vraiment pas que l’on puisse imaginer que la Belgique, qui a déjà tellement de difficultés à tenir debout, à former des gouvernements puisse devenir une république, autrement dit devoir choisir un président tous les quatre, cinq ans ou plus souvent.  J’ai bien ri en entendant José Dubié dire qu’il était républicain et belgicain ! Que le roi ne sanctionne plus les lois pour ne pas être un jour obligé de reproduire la mascarade connue sous Baudouin, mérite certainement réflexion mais imaginer un roi potiche, nier  que son rôle en tant de crise soit capital, là, vraiment, c’est s’engager sur un terrain dangereux.

Je m’en voudrais de ne pas revenir sur le « débat sur l’identité wallonne«  cher à Rudy Demotte. Après une petite marche en arrière, il continue à penser qu’il faut changer la constitution pour que la région wallonne devienne la Wallonie et affirme qu’est « wallon » celui qui habite la Wallonie. Donc, logiquement, pas les Bruxellois ni ceux qui habitent la périphérie bruxelloise.

J’ai bien lu Amin Malouf sur les identités, je sais donc que j’en ai plusieurs. Voilà qu’issue d’une famille wallonne depuis des siècles, Rudy Demotte m’enlève mon identité wallonne. Comme Olivier Maingain voulait, il n’y a pas longtemps, me transformer en bruxelloise. Heureusement, d’après ma carte d’identité, je suis toujours Belge ! J’espère pour longtemps encore. Puis, après tout, je suis aussi professeur, mère de famille et même « blogueuse » !

GUY VERHOFSTADT REPOND.

 

Guy Verhofstad, dans Le Soir du 24 février répond aux critiques de son article paru dans Le Monde du 11 février sur le débat autour de l’identité nationale en France.

Que les réactions aient été contrastées lui paraît normal. Approbations par les lecteurs du journal, réactions très vives des autorités françaises. Une petite pique envoyée à Bernard Kouchner : « Une réaction épidermique pas tout à fait sincère, je crois, de la part de l’ancien fondateur de « Médecins sans frontières », qui en d’autres temps aurait marqué moins de compréhension pour la thèse gouvernementale. » C’est vrai, Bernard Kouchner, ministre du président Nicolas Sarkozy, n’est plus, et je peux le comprendre, celui que nous avons connu avant ses fonctions ministérielles.

Il exprime son étonnement que sa tribune ait été considérée comme « une attaque dénigrante envers la République française. » Il redit qu’il y a exprimé de l’affection pour la France. C’est vrai. Par contre, je ne sais pas s’il peut affirmer que le débat sur « l’identité nationale » avait été organisé pour récupérer les voix du Front National en vue des élections régionales. Les socialistes français le disent, c’est de bonne guerre, mais tous les politologues ne sont pas d’accord. Luc Ferry et Jacques Julliard, par exemple, trouvent utile un débat sur l’identité nationale mais déplorent la manière dont il a été organisé.

Il dénonce aussi la critique faite parce qu’étant un étranger, « il n’aurait pas le droit d’avoir une opinion sur quelque chose qui ne serait en fin de compte qu’une préoccupation française ». J’avais aussi trouvé cette critique plus qu’étrange quand on voit comment les Français se mêlent de ce qui se passe en Belgique, à tort et à travers, annonçant par exemple, sans aucune retenue, la scission probable de la Belgique…

Guy Verhofstadt va plus loin en affirmant que « l’identité » est une question qui fait polémique dans les Etats membres de l’Union européenne. Il rappelle qu’à la fin du XVIIIème siècle, une discussion avait opposé Herder, philosophe allemand, et Kant. Le premier prônant la glorification de l’identité nationale, opposée à l’esprit des Lumières. C’est la Révolution française qui marquera le triomphe des idées des lumières. « Les valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité ont été exportées, y compris par la force, par la France révolutionnaire à travers toute l’Europe. »

Guy Verhofstadt rappelle la version « identitaire » de l’Allemagne qui amènera Goebbels à affirmer « que le triomphe des Nazis marquait la fin de la Révolution française. » Rappel aussi du désir de l’Alsace-Lorraine, ancienne province germanique, d’être rattachée à la France : « Une nation est une question de solidarité consciente, une véritable décision de vivre ensemble sur la base des mêmes lois et principes. »

Guy Verhofstadt fera un long développement sur l’identité. Il fait référence à Amin Malouf qui affirmait dans son livre « Les Identités meurtrières » que l’identité d’une personne est constituée d’une foule d’éléments : appartenance religieuse, nationalité, groupe ethnique ou linguistique, une famille, une profession, un milieu social. Chacun, disait-il, doit assumer toutes ses identités. Mais, lorsqu’une identité devient prioritaire, elle pèse lourd et peut entraîner des dérives, voire devenir « meurtrières ». Ainsi par exemple, la religion, la langue, l’ethnie, l’appartenance à une communauté.

Guy Verhofstadt le rejoint mais son raisonnement m’a paru moins clair que celui d’Amin Malouf. Ce qu’il cherche à prouver c’est « qu’une société identitaire est une société d’exclusion et de conflit ».

Pour lui, l’avenir de l’Europe ne réside pas dans une quête d’identités nationales, une somme d’identités nationales d’où cette affirmation « l’avenir de l’Europe et de l’Union européenne sera post-national, ou ne sera pas. »

Je ne suis pas totalement convaincue. Cette conviction, il l’avait déjà développée dans son livre « Sortir de la crise. Comment l’Europe peut sauver le monde. » publié l’année dernière.

Je crois que l’Europe devrait certainement être plus forte. Mais n’est-ce pas utopique d’imaginer que les pays très différents qui la composent fassent l’impasse sur leurs intérêts nationaux ?

CE QUE LE JOUR DOIT A LA NUIT.

Ce que le jour doit à la nuit.L’auteur, Yasmina Khadra est le pseudonyme de Mohammed Moulessehoul. Il n’a révélé son identité masculine qu’en 2001, avec la parution de son roman autobiographique « L’Ecrivain ». Yasmina Khadra sont les prénoms de son épouse.

Il est né le 10 janvier 1955 en Algérie. Ses premiers romans ont été écrits alors qu’il était officier dans l’armée algérienne, d’où le choix d’un pseudonyme. Il quitte l’armée en septembre 2000, fait un séjour au Mexique puis en 2001 s’installe à Aix-en-Provence où il réside encore.

Son oeuvre est abondante, plus de vingt romans, traduits dans trente-sept pays. « Les hirondelles de Kaboul » raconte l’histoire de deux couples afghans sous le régime des Talibans. « L’Attentat » est l’histoire d’un médecin arabe, Amine, intégré en Israël, qui recherche la vérité sur sa femme kamikaze. « Les Sirènes de Bagdad » relate le désarroi d’un jeune bédouin irakien poussé à bout par l’accumulation de bavures commises par les troupes américaines. Ce livre, publié en 2005, a obtenu le Prix des Libraires.

CE  QUE  LE  JOUR  DOIT  A  LA  NUIT.

Le récit se déroule dans l’Algérie coloniale de 1936 à 1962. Le héros du livre, Younes, n’a que sept ans quand son père, son champ incendié, est obligé d’abandonner ses terres pour s’installer dans un quartier pauvre d’Oran, Jeanane Jato. Son père, malgré son courage, ne réussira pas à surmonter la misère. C’est la mort dans l’âme, qu’il acceptera de confier son fils, à son frère Mahi, pharmacien marié à une chrétienne, Germaine, qui ne cessera jamais de l’aimer comme son fils. Younes devient Jonas,  étudie à Oran, où il est confronté au racisme anti-arabe.  

Son oncle Mahi est arrêté parce qu’il est suspecté d’épouser la cause des nationalistes. « Mon oncle fut relâché après une semaine de détention. Il dut attendre la nuit pour rentrer à la maison. En rasant les murs. Les joues affaissées et le regard morne. Quelques jours de geôle avaient suffi à le transformer de fond en comble. Il était méconnaissable. Une barbe naissante accentuait le froissement de ses traits et ajoutait à son air perdu une touche spectrale. A croire qu’on l’avait affamé et empêché de dormir jour et nuit. »

Mahi décide de déménager à Rio Salado, une petite ville où Jonas va grandir, se faire des amis, pour la plupart français, de la même classe sociale que lui, et connaître l’amour. Il prend conscience de l’exploitation des algériens pauvres à travers le personnage de Jelloul, factotum et souffre-douleur de son ami André mais il s’en accommode sans trop de peine. Son oncle, lui, ne sera jamais plus le même. Il réagira seulement pendant la guerre en apprenant la présence des Américains : « Je vais dans ma chambre. Quand ils seront là, dites-leur que je ne veux pas les voir et qu’ils peuvent mettre le feu à la maison. »

Les années passent, Jonas devient pharmacien, amoureux d’Emilie, qu’il repousse par loyauté envers ses amis. Une suite de malentendus sera à l’origine de la dislocation de ses amitiés qu’il croyait indissolubles : « les doigts de la fourche ».

En 1959, un soir, Jelloul, qui fait partie du Front de Libération nationale, débarque chez lui, avec son chef qui a reçu une balle dans la poitrine au cours d’un accrochage avec les gendarmes. Il veut forcer Jonas à l’opérer : « S’il meurt, c’est toi qui l’accompagneras dans l’autre monde, me menaça-t-il calmement. Cet homme compte plus que ma propre vie. » C’est Germaine qui, pour épargner Jonas, l’opérera et l’hébergera jusqu’à ce qu’il soit guéri. Jonas sera forcé de livrer des médicaments au Front de Libération nationale. Malgré les pressions de Jelloul, les injures : « Tu veux que je te dise, Jonas ? Tu me fends le coeur. Il faut être un moins-que-rien pour passer à côté d’un destin majeur », Jonas n’arrivera pas à redevenir Younes.

 Il justifiera son attitude dans une scène d’affrontement avec Jelloul : « Je ne suis pas un lâche, Jelloul. Je ne suis pas sourd, ni aveugle, et je ne suis pas fait de béton. Si tu veux savoir, rien sur cette terre  ne m’emballe, désormais. Pas même le fusil qui autorise celui qui le porte à traiter les gens avec mépris. N’est-ce pas l’humiliation qui t’a contraint à porter les armes ? Pourquoi l’exerces-tu à ton tour, aujourd’hui ? »

 Le roman donne l’impression que Yasmina Kadra a volontairement gommé tout ce qui a fait l’horreur de la guerre d’Algérie. Younes est un personnage contradictoire. Il n’a pas oublié son enfance, ses parents disparus, victimes de la misère. Mais, son intégration dans la bourgeoisie algérienne, l’amour que lui voue sa tante Germaine, les amitiés nouées pendant ses études, semblent peser sur lui plus que ses origines.

 Je n’ai lu aucun autre livre de Yasmina Kadra. Les critiques le présentent comme un grand écrivain, qui prône la tolérance, critique la bêtise humaine et la culture de la violence. Il a d’ailleurs dit ne pas aimer ce que son pays était devenu.

 Yasmina Kadra écrit bien mais j’ai trouvé beaucoup de longueurs dans « Ce que le jour doit à la nuit ». Que l’amour qu’éprouve Younes pour Emilie soit le principal ressort du roman met un peu mal à l’aise car l’époque est tragique et  j’ai éprouvé des difficultés à comprendre que le personnage principal s’intéresse aussi peu à ce qui se passe dans son pays.

 Ce roman publié en 2008 a eu le Prix Roman France Télévision.