TOUTES CES GRANDES QUESTIONS.

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Douglas Kennedy est un romancier américain né le 1er janvier 1966 à New York. Parfaitement francophone, grand voyageur, il vit entre Londres, Paris, Berlin et Wiscasset dans l’état du Maine où il a acheté une maison.

Il a été marié de 1985 à 2009, à Grace Carley, conseillère politique au ministère de la culture au Royaume-Uni. Ils ont deux enfants.

« Cul de sac » « L’homme qui voulait vivre sa vie « « Les Désarrois de Ned Allen » « La poursuite du bonheur » « Au pays de Dieu » « Mirages »

Billets : 20/08/2008 – 22/02/2010 – 21/06/2012 – 13/03/2013 – 17/08/2015

TOUTES CES GRANDES QUESTIONS.

Douglas Kennedy nous signale que son éditeur américain a refusé le livre prétextant qu’étant un romancier à succès ses lecteurs n’apprécieraient pas ce changement de genre !

Le livre est une réflexion sur la vie, le bonheur, la mort. Il retrace surtout son long parcours pour arriver à trouver le sens de la vie qu’est pour lui, l’équilibre. Le livre se termine par les mots que lui disait son professeur de patins : « Ne sois pas si raide. Pense à ton équilibre. Arrange-toi pour glisser. »

L’auteur part de ce qui lui arrive dans la vie ou dans celle de ses amis pour en tirer des réflexions. Il le présente comme « une promenade à travers les questions cruciales que pose la condition humaine. »

Au moment où commence le livre, il s’est réfugié en Suisse pour réfléchir. Sa vie conjugale se détériore, il se tracasse pour son fils Max âgé de sept ans diagnostiqué autiste trois ans avant. Il a quarante-cinq ans.

La première question qu’il se pose est : « Voulons-nous vraiment être heureux ? » Question cruciale qu’il développera tout au long du livre. Très vite, il se demandera si nous ne sommes pas les artisans de la difficulté que nous rencontrons à être heureux. « Sommes-nous les victimes ou les artisans de notre infortune ? »

Sa réponse peut paraître surprenante, elle est pourtant, pour moi, d’une criante vérité.

« Vivre c’est se confronter à un incontournable truisme : la trajectoire de chacun d’entre nous est un récit qui se développe d’une manière que nous n’aurions jamais envisagée. Et si, comme c’est bien souvent le cas, les dénouements successifs de chaque phase de l’histoire nous laissent insatisfaits, ou prisonniers d’une réalité à laquelle il est difficile d’échapper, une vérité dérangeante apparaît : nous sommes les principaux artisans des impasses dans lesquelles nous aboutissons. »

L’auteur ira plus loin en affirmant que nous sommes souvent tentés de réécrire notre histoire pour la rendre plus supportable. Et pourtant « Le tragique fait intrinsèquement partie de l’existence. »

L’auteur s’interrogera aussi sur l’existence de Dieu. Sans répondre mais en rappelant cette visite faite dans une église évangéliste qu’il a racontée dans son livre « Au Pays de Dieu » Un reportage hallucinant !

Car Douglas Kennedy parle de ses livres et nous apprenons par exemple que « L’homme qui voulait être heureux » est inspiré par l’histoire de son père.

Un père qu’il a détesté : « Il m’avait toujours intimidé lorsque j’étais enfant et cela restait vrai. » « Malheureusement pour les autres et pour lui, mon père avait toujours besoin d’avoir raison. » J’ajouterai même quand il était cruel.

Sa mère, une vraie boule de nerfs, lui répétait constamment « Je ne t’aime pas » Parole tragique pour un enfant qu’elle répétera même à son fils devenu adulte. « Le plus dur quand on a un père ou une mère insupportable, c’est que l’on a tendance à se sentir responsable de ce mécontentement permanent. »

Après une violente dispute avec ses parents, Douglas restera plusieurs années sans les voir. C’est pourtant eux qui lui inspireront cette réflexion : « Pourquoi le pardon est-il (hélas) l’unique solution ? »

Son père veut qu’il lui achète une maison puisqu’il est devenu un romancier célèbre. Sa colère contre ses parents est toujours là mais il va s’interroger : « Neuf années avaient passé sans que je revoie mes parents. Ils étaient âgés, bientôt il serait trop tard. Peut-être devrais-je surmonter la peine et la colère ?

L’auteur va poursuivre sa réflexion : « Si je continuais à éprouver de la colère envers mes parents, je ne retirerais rien d’autre que cela : encore de la colère, toujours plus toxique et destructrice. »

Une évidence va s’imposer à lui : le pardon. « me libérer de la fureur que m’avaient inspirée mes parents, c’était retrouver mon intégrité, mettre fin aux émotions négatives qui me minaient, et la condition de cette libération était le pardon. » « Tu as cinquante-cinq ans et il t’a fallu tout ce temps pour comprendre l’un des principes les plus évidents de l’existence : c’est d’abord dans son propre intérêt que l’on pardonne. »

Le dernier chapitre du livre est consacré à son fils Max, autiste. Des pages émouvantes.

Avant de clôturer ce billet,  j’ajouterai que le livre est aussi un essai littéraire. L’auteur parle abondamment de ses lectures : Montaigne, Flaubert, Valéry, Kundera pour ne citer que ceux-là.

J’ai beaucoup aimé le livre. Douglas Kennedy s’y livre comme il ne l’a jamais fait. Ce n’est pas une biographie, ni un livre de recettes, c’est une philosophie de vie que l’auteur nous invite à partager.

 

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LAURENT GOUNELLE.

Laurent Gounelle

Laurent Gounelle est né le 10 août 1966. Il voulait devenir psychiatre mais sous la pression de sa famlle, il a fait des études de Sciences économiques. Il a travaillé en entreprise puis est devenu consultant s’intéressant surtout à l’amélioration des relations entre les gens et l’épanouissement au travail. Il a fait des formations en Europe, en Asie et aux Etats-Unis.

Son premier livre « L’homme qui voulait être heureux » publié en 2008 a été un best-seller international. (billet du 4 octobre 2012)

LES DIEUX VOYAGENT TOUJOURS INCOGNITO.

Le titre du livre est inspiré par la célèbre citation d’Einstein : « Le hasard, c’est Dieu qui voyage incognito. »

Alan Greenmoor vit mal.  « Mon existence était une succession d’échecs qui avait commencé avant même ma naissance. Mon père – si l’on peut désigner ainsi le vulgaire géniteur qu’il fut – ne m’avait pas jugé digne de le connaître : il avait quitté ma mère dès qu’elle lui avait annoncé sa grossesse. »

Sa mère l’avait élevé seule et quand elle avait appris qu’aux Etats-Unis les études étaient payantes et fort coûteuses, elle l’avait forcé à faire du sport, seule chance d’obtenir une inscription gratuite dans une université. Sa mère mourut quelques années après qu’il ait obtenu son diplôme. Sur un coup de tête, il était parti à Paris et avait été engagé dans un cabinet de recrutement : Dunker Consulting.

Alan ne se sent pas en accord avec l’esprit de l’entreprise. De plus,  son amie Audrey, étudiante aux Beaux Arts, vient de le quitter, sans explication, laissant un simple mot sur la table « Adieu. » Elle a aussi laissé un article d’un psychiatre, Igor Dubrovnik qui explique comment se suicider. Il décide de passer à l’acte en suivant les instructions de l’article. Il va se jeter du haut d’un restaurant « Jules Verne ». Un homme d’une soixantaine d’années apparaît qui l’empêche de le faire.

Yves Dubreuil, qui vient de lui sauver la vie, passe un pacte avec lui. « Voilà, tu restes en vie, et moi je m’occupe de toi, de te remettre dans le droit chemin, de faire de toi un homme capable de mener sa vie, de résoudre ses problèmes et même d’être heureux. En échange, tu t’engages à faire tout ce que je te dirai. Tu t’engages… sur la vie. »

Alan accepte. Il est embarqué dans ce que je pourrais appeler « un parcours initiatique. » Yves Dubreuil va lui imposer des tâches à accomplir censées le transformer. Il devra apprendre à dire « non », à imposer ses opinions, à vaincre le tract, en un mot, à devenir un homme libre qui a confiance en lui.

Alan accomplit tout ce qui lui ordonne Dubreuil. L’auteur relate longuement les entretiens entre Alan et Yves. Ce dernier n’explique jamais comment les tâches qui lui imposent, qui paraisent bien farfelues, vont le transformer.  Alan doute bien un peu, se demande s’il n’a pas affaire à un sadique ou un gourou mais s’exécute.

Le lecteur se divertira des différentes tâches imposées à Alan. Un exemple : entrer dans une bijouterie de luxe pour faire semblant d’acheter une montre, en essayer une série puis sortir sans rien acheter.

Laurent Gounelle fait passer ses idées sur le développement personnel par le truchement de ses deux personnages. Le procédé est ingénieux car le lecteur est pris par l’intrigue, se demande comment tout cela va finir et qui est donc ce Dubreuil.

Alan travaille toujours dans le cabinet de recrutement. Le directeur a décidé d’entrer les actions en bourse et désormais tout est centré sur le chiffre d’affaires à réaliser. Il n’hésite pas  à changer encore plus l’esprit de l’entreprise. Il ordonne à son personnel de passer le moins de temps possible avec chaque candidat et publie même de fausses offres d’emploi pour donner l’impression aux marchés que l’entreprise est très performante. Il faut, comme on le dit maintenant, « faire du chiffre ». Alan est révolté mais ne parvient pas à faire changer son patron qui se moque de ses réticences et le traite d’idéaliste.

La dernière tâche imposée par Yves Dubreuil à Alan est de devenir le président de l’entreprise. Un défi insensé qu’Alan va pourtant réaliser. A quel prix ? Il va faire chuter les actions par des procédés fort peu honnêtes pour arriver à diminuer le poids des deux actionnaires principaux et faire venir les petits actionnaires, effarés par la chute de leurs actions, à l’Assemblée Générale où il se présente comme candidat au poste de président.

Cette partie du livre est ennuyeuse,  je dirais même en contradiction avec les théories de l’auteur. Réussir à tout prix mais par des procédés malhonnêtes. Laurent Gounelle justifie l’action d’Alan par un raisonnement spécieux. Les actionnaires ont le choix entre un président qui leur apportera de l’argent rapidement ou un autre qui ne sera pas préoccupé par les bénéfices mais rendra l’entreprise plus humaine. Les actionnaires le choisissent comme président. La ficelle est un peu grosse, personne ne peut imaginer que ce soit possible dans « la vraie vie ».

Alan a donc réalisé le dernier défi imposé par Dubreuil. Il garde l’ancien président comme directeur général.

Le livre ne pouvait pas se terminer comme cela. Alan va apprendre qu’Yves Dubreuil est en réalité le psychiatre Igor Dubrovski qui a manigancé tout cela parce qu’il est en réalité le père d’Alan qu’il avait abandonné avant sa naissance. Il veut réparer l’abandon en aidant son fils à devenir quelqu’un d’heureux.

Apprenant qu’Alan a réussi le dernier défi, qu’il croyait qu’il refuserait,  il se suicide. Alan retrouve Audrey, vend la maison héritée de son père et reprend sa vie avec Audrey presque comme avant.

Le livre est passionnant.  Le lecteur retrouvera « les recettes » déjà décrites dans le livre précédent. Libre à lui d’y adhérer ou de ne pas y croire.

Un petit coup de patte à Jacques Lacan. Igor Dubrobroski est présenté comme faisant de l’ombre au célèbre psychanalyste. Le portrait qu’il fait de lui est peu flatteur : prix exhorbitants, séances de plus en plus courtes.  Jacques Lacan a ses « fans » et ses détracteurs. Psychanalyse contre PNL… (Programmation-Neuro-Linguistique).

Ce roman ne changera peut-être pas votre vie mais vous passerez un bon moment.