HARUKI MURAKAMI.

Murakami_Haruki_(2009)

Haruki Murakami est né le 12 janvier 1949 à Kyoto (Japon). Il a écrit de nombreux romans et des nouvelles souvent récompensés. Depuis 2006, il est pressenti pour le Prix Nobel de littérature. Il est un des auteurs japonais le plus lu dans le monde.

Murakami est aussi traducteur de l’anglais en japonais d’une vingtaine de romans.

Fils d’un enseignant de littérature japonaise en collège, Murakami passe son enfance avec ses livres : « J’étais un enfant unique, solitaire, inquiet. Je passais mes journées, enfermé avec mes livres et mes chats. »

Œuvre : « La Course au mouton sauvage » « La Ballade de l’impossible » « Chroniques de l’oiseau à ressort » « Kafka sur le rivage » « Après le tremblement de terre »

(Billet du 17 octobre 2011)

L’INCOLORE TSUKURU TAZAKI ET SES ANNEES DE PELERINAGE.

Le livre débute par l’obsession que Tsukuru Tasaki a de la mort. Il est en deuxième année d’université.  Pendant plusieurs mois, il vit comme un somnambule ou « comme un mort qui n’a pas encore compris qu’il était mort. » Apparemment, il vit normalement, prend une douche chaque matin, fait sa lessive mais n’attache aucune importance à la nourriture. Il va perdre six kilos.

Pourquoi cette obsession ? L’auteur nous dit qu’un événement l’avait sans doute déclenchée. Un événement qui remonte à ses années de lycée.

Cinq adolescents s’étaient liés d’amitié en participant à un travail à vocation sociale. Le groupe s’était soudé. Tous appartenaient à la couche supérieure de la classe moyenne et vivaient dans la banlieue résidentielle de Nagoya.

« Pourtant le hasard avait voulu que Tsukuru Tasaki se distingue légèrement sur un point : son patronyme ne comportait pas de couleur. Les deux garçons s’appelaient Akamutsu – Pin rouge -, Omi – Mer bleue -, et les deux filles, respectivement Shirane – Racine blanche – et Kurono – Champ noir. Mais le nom « Tazaki » n’avait strictement aucun rapport avec une couleur. D’emblée, Tsukuru avait éprouvé à cet égard une curieuse sensation de mise à l’index. »

Après le lycée, Tsukuru décide d’aller étudier dans une université à Tokyo parce qu’un professeur spécialiste de l’architecture des gares y enseignait. Or, Tsukuru s’intéressait depuis toujours aux gares. Ses autres amis étaient restés à Nagoya mais Tsukuru les revoyait pendant les vacances.

Un drame va survenir qui pèsera très lourd sur toute la vie de Tsukuru. Revenu à Nagoya, comme il le faisait d’habitude, ses amis lui apprennent qu’ils ne veulent plus le voir sans en donner la raison. « Si tu y réfléchissait par toi-même, tu devrais sûrement pouvoir le comprendre. »

C’était la première fois de sa vie qu’il était rejeté aussi brutalement.  Il a subi un choc dont il sera incapable de se remettre. Il ne cherche pas à comprendre et ne revient plus à Nagoya.

C’est ce qu’il confie à Sara alors qu’il a déjà trente ans et travaille pour une société ferroviaire.

Sara l’encourage à rechercher ce qui s’est passé, consciente que cet événement pèse lourdement sur Tsukuru.

Elle se débrouille pour savoir ce que sont devenus ses amis et le persuade de les rencontrer pour savoir ce qui s’est passé.

Tsukuru va rencontrer ses anciens amis, l’un après l’autre, sans prévenir de peur d’être rejeté. Il ira même jusqu’en Finlande pour rencontrer Noire.

Le lecteur va le suivre dans ce long pèlerinage à la recherche de la vérité, pour pouvoir se guérir d’une blessure qui l’empêche d’aller vers les autres.

Bleu lui apprendra que Blanche l’avait accusé de l’avoir violée. Même si les adolescents éprouvaient des difficultés à la croire, elle s’était montrée très persuasive et avait obtenu que ses amis n’aient plus aucun contact avec lui.

Comme Noire lui expliquera, Blanche était très mal psychologiquement et, très proche d’elle,  Noire avait décidé de faire ce qu’elle lui demandait même si elle était persuadée que Tsukuru était incapable de faire ce qu’elle disait.

Blanche ne dira jamais qui était son agresseur. Elle mourra étranglée sans que le lecteur apprenne par qui.

Tsukuru va pouvoir vivre pleinement sa liaison avec Sara. Commencer une autre vie.

La musique est très présente dans le livre notamment « Le mal du pays » de Liszt que jouait Blanche.

« La vie ressemble à une partition compliquée, se dit Tsukuru. Elle est remplie de doubles croches, de triples croches, de tas de signes bizarres et d’inscriptions compliquées. La déchiffrer convenablement est une tâche presque impossible… »

L’histoire aurait pu être banale. Un rejet d’un groupe où règne l’harmonie. Plus que l’abandon, c’est l’harmonie qui régnait dans le groupe que regrette Tsukuru. Il devra apprendre ce qu’est la vie pour pouvoir aimer Sara.

Les noms de couleur des personnages ont une grande importance puisque Tsukuru est « l’incolore »

Cet aveu fait à Sara : « … je n’ai pas ce qu’on appelle un moi. Une personnalité. Pas non plus de couleur éclatante. Je n’ai rien à offrir. C’est le problème qui me hante depuis longtemps. Je me suis toujours senti comme un récipient vide. »

Un beau roman imprégné de mélancolie. L’auteur aurait pu en faire un thriller, la quête de la vérité de Tsukuru présenté comme une enquête. L’auteur a choisi d’en faire un pèlerinage. Tsukuru est en quête de son vrai moi qui lui permettra d’accéder à l’amour.

 

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AMELIE NOTHOMB.

Amélie Nothomb

Amélie Nothomb est née au Japon, dans la ville de Kobé, le 13 août 1967. Elle est la fille de Patrick Nothomb, ambassadeur et écrivain belge. Elle passe les cinq premières années de sa vie au Japon, puis, suivant les déplacements de son père, en Chine, New-York et Birmanie.

Elle rentre en Belgique en 1984 et fait des études de philologie romane à l’ULB.

Elle travaillera une année dans une entreprise au Japon, une expérience qu’elle décrit dans « Stupeur et tremblements » couronné par l’Académie française et adapté au cinéma. Pour ce film, Sylvie Testud a reçu le César de la Meilleure actrice.

Elle publie un roman par an mais dit en écrire plusieurs. La publication de ses romans est toujours un événement littéraire. Ils remportent un grand succès.

Quelques titres : « Hygiène de l’Assassin » « Métaphysique des Tubes » « Biographie de la Faim » « Ni d’Eve ni d’Adam » « Tuer le père » « Barbe bleue ».

LA NOSTALGIE HEUREUSE.

Le livre raconte son retour au Japon pour un documentaire de France5. Elle retourne donc où elle a vécu son enfance et vers l’âge de vingt ans. Elle est constamment filmée mais cela ne la dérange pas.

La ville de son enfance a complètement changé. La maison où elle est née n’existe plus. Elle revoit son école, apprend que c’était une école catholique. Elle avait pris les religieuses pour des infirmières ! Les puéricultrices lui montrent des photos d’époque où elle figure.

Avant de partir, elle avait téléphoné au fiancé éconduit de ses vingt ans, Rinri qui se souvient d’elle et accepte de la rencontrer. Elle s’étonne de l’entendre dire qu’il a lu tous ses livres et regarder ses interventions télévisées sur You Tube.

Elle appelle aussi Nishiosan, sa gouvernante à qui elle n’avait plus parlé depuis le tremblement de terre de Kobé, dix-sept ans auparavant. Celle-ci accepte de la rencontrer.

Elle n’avait plus été au Japon depuis décembre 1996. Grâce à la télévision, elle y retourne donc en 2012, soit seize ans plus tard.

Elle va donc, comme promis, voir Nishiosan à qui elle offre un rosier. « Le cœur oppressé, je sonne. La porte s’ouvre, je vois apparaître une vieille dame qui mesure un mètre cinquante. Nous nous regardons d’abord avec terreur. (…) Comme Nishio-san est vieille ! Elle a presque quatre-vingts ans. Elle paraît encore plus. Ses cheveux blancs sont coupés court, elle porte un pantalon et un gros cardigan de laine. L’appartement est plutôt agréable, ce qui me rassure. »

Il faudra un peu de temps pour qu’Amélie arrive à lui dire : « Moi aussi, Nishio-san, je suis votre fille. Je viens d’Europe pour vous voir. »

Elles s’étreignent et pleurent. Amélie se rend compte que son ancienne gouvernante ne sait rien du tremblement de terre de 2011. « Si son cerveau n’a pas enregistré le drame, c’est que sa capacité de souffrance était saturée. »

La seconde rencontre importante sera celle de Rinri. Il a quarante-trois ans, dirige une école de joaillerie qu’il lui fait visiter. Elle le trouve aussi beau qu’en 1989. Il lui propose « un pèlerinage à pied dans Tokyo » Une promenade sur le traces de leur passé commun. « La répétition, le rituel des souvenirs, tout me transforme en personnage de Tchekhov. J’éclate en sanglots. Mon comportement est aussi peu nippon que possible. »

Il lui raconte le séisme de Fukushima et la peur qu’il a éprouvée. Mais il ajoute : « Nous avons la réputation d’être un peuple raisonnable. Sans doute en avons-nous l’apparence. Pourtant, j’ai été sidéré et je le suis encore par les réactions irrationnelles de mes compatriotes. Je suis le premier à me montrer solidaire avec les sinistrés. Mais savez-vous qu’à Tokyo, je connais de nombreuses personnes qui, au nom de ce qu’ils appellent la solidarité, se nourrissent exclusivement de légumes qui ont poussé à Fukushima ? (…) Pour ma part, je trouve cela imbécile et ridicule. »

Pourtant, plus tard, il dira : « Depuis le 11 mars 2011, la vie a changé. Beaucoup de gens ont quitté le Japon et même si je ne le ferai jamais, je peux les comprendre. Nous sommes hantés. Nous avons perdu l’insouciance. Nos existences nous pèsent. »

Ils se quitteront sur ces mots : « Tu m’as appris, il y a plus de vingt ans, un adjectif utile, déclare Rinri avec sérieux et concentration – Ah ? – Indicible. Aujourd’hui est indicible. »

Le voyage est terminé. Elle quitte le Japon sans regret. Dans l’avion, elle est éblouie par le survol des sommets de l’Himalaya. En pleine exaltation, elle se dit : « Jure-toi, Amélie, que tu n’auras plus jamais de chagrin ni même de mélancolie ; qui a frôlé l’Everest n’en a pas le droit. Le maximum que je t’autorise, désormais, c’est la nostalgie heureuse. »

Que puis-je dire du livre ? Il se lit facilement en une heure mais, je l’avoue, il ne m’a pas passionnée.

J’ai été agacée par certaines réflexions sur elle-même dont je ne sais ce que je dois en penser.

Un exemple : « Je ne sais d’où me vient cette conviction que mon retard serait un crime inexpiable. Lorsque d’autres se permettent d’être en retard, cela m’agace et pourtant je ne trouve pas qu’ils méritent la cour martiale. Seul mon retard est passible de mort. »

« Dans le taxi, je me pétrifie. (…) Il faut que j’évite de trembler. Quand le tremblement s’empare de moi, c’est que le nerf est atteint : à ce moment, il n’y a plus rien à faire, je ne peux que trembler, non pas comme une feuille, mais comme une machine sur le point d’exploser. »

Je pense que ce qui me gêne est que l’émotion qu’elle dit ressentir ne passe pas. Elle ne m’a pas émue quand elle parle du chagrin qu’elle éprouve devant les lieux profanés ou quand elle pleure. Seule sa rencontre avec sa gouvernante est émouvante. J’ai été aussi fort intéressée par les propos de Rinri sur son pays.

J’avais beaucoup aimé « Stupeur et tremblements ». J’attendais peut-être trop de ce livre autobiographique, de son retour au Japon dont elle dit toujours qu’il est sa seconde patrie.

Mais, ne dit-elle pas à la fin du livre : « Tant de gens me demandent de raconter. J’essaie de répondre et ce que je dis sonne faux. »

Pour moi aussi, son livre sonne faux et c’est bien dommage.