COMMENT DEVENIR ECRIVAIN.

Haruki Murakami

C’est un évènement. Cette année, Haruki Murakami vient d’autoriser la publication de ses deux premiers romans, écrits en 1973 : « Ecoute le chant du vent » et « Flipper ».

Fait inhabituel, il a écrit une préface autobiographique pour ses deux romans qu’il appelle « Ecrits sur une table de cuisine »

Jeune marié, comme il ne voulait pas être salarié, il a décidé d’ouvrir un petit bar où l’on passerait des disques de jazz et où on proposerait une cuisine simple. Un rêve ! Pour le concrétiser, sa femme et lui font des petits boulots pendant trois ans avant de pouvoir ouvrir le bar. Un travail très dur pendant dix ans. Il fallait rembourser les dettes…

Il lisait pourtant beaucoup. « La lecture et la musique étaient mes plus grands plaisirs, même si j’étais par ailleurs débordé et épuisé. »

En assistant à un match, lui vient cette idée saugrenue d’écrire un roman. Il achète du papier et un stylo et rentre dans ce petit appartement. Tard dans la nuit, après la fermeture du bar, il s’installe à la table de la cuisine pour écrire. Le hic, c’est qu’il ne sait absolument pas comment écrire un roman surtout en japonais.

Il a alors une idée bizarre, abandonner le papier, sortir sa vieille machine à écrire avec un clavier anglais et donc, pas le choix, écrire en anglais. Il connaissait mal la langue mais il va arriver à écrire un texte très dépouillé, en utilisant un vocabulaire restreint.

Content du résultat, il décide de traduire ou plutôt d’adapter son texte en japonais, dans un style qui deviendra le sien.

Près d’une année après avoir décidé d’écrire un roman, il va apprendre que son manuscrit « Ecoute le chant du vent » a été retenu par la revue littéraire Gunzo dans la sélection pour le prix des nouveaux auteurs. Il venait de fêter son trentième anniversaire. Il recevra le prix Gunzo.

Convaincu qu’il pourrait devenir un écrivain, il écrit son deuxième roman « Flipper ».

« La Course au mouton sauvage » marquera le début de sa carrière d’écrivain. 

J’ai trouvé amusant qu’il raconte ses débuts dans une préface de romans. Il est devenu un auteur à succès, a reçu une douzaine de prix et de distinctions, est traduit dans cinquante langues et est un des auteurs japonais les plus lus au monde.

En 2006, on considérait qu’il pourrait avoir le Nobel de littérature.

Haruki Murakami est aussi traducteur de livres anglais en japonais.

On retrouve les souvenirs de son bar « Peter Cat » dans un essai « Portrait en jazz »

Je lui ai consacré deux billets : 17/10/2011 – 10/10/2014.

 

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HARUKI MURAKAMI.

Murakami_Haruki_(2009)

Haruki Murakami est né le 12 janvier 1949 à Kyoto (Japon). Il a écrit de nombreux romans et des nouvelles souvent récompensés. Depuis 2006, il est pressenti pour le Prix Nobel de littérature. Il est un des auteurs japonais le plus lu dans le monde.

Murakami est aussi traducteur de l’anglais en japonais d’une vingtaine de romans.

Fils d’un enseignant de littérature japonaise en collège, Murakami passe son enfance avec ses livres : « J’étais un enfant unique, solitaire, inquiet. Je passais mes journées, enfermé avec mes livres et mes chats. »

Œuvre : « La Course au mouton sauvage » « La Ballade de l’impossible » « Chroniques de l’oiseau à ressort » « Kafka sur le rivage » « Après le tremblement de terre »

(Billet du 17 octobre 2011)

L’INCOLORE TSUKURU TAZAKI ET SES ANNEES DE PELERINAGE.

Le livre débute par l’obsession que Tsukuru Tasaki a de la mort. Il est en deuxième année d’université.  Pendant plusieurs mois, il vit comme un somnambule ou « comme un mort qui n’a pas encore compris qu’il était mort. » Apparemment, il vit normalement, prend une douche chaque matin, fait sa lessive mais n’attache aucune importance à la nourriture. Il va perdre six kilos.

Pourquoi cette obsession ? L’auteur nous dit qu’un événement l’avait sans doute déclenchée. Un événement qui remonte à ses années de lycée.

Cinq adolescents s’étaient liés d’amitié en participant à un travail à vocation sociale. Le groupe s’était soudé. Tous appartenaient à la couche supérieure de la classe moyenne et vivaient dans la banlieue résidentielle de Nagoya.

« Pourtant le hasard avait voulu que Tsukuru Tasaki se distingue légèrement sur un point : son patronyme ne comportait pas de couleur. Les deux garçons s’appelaient Akamutsu – Pin rouge -, Omi – Mer bleue -, et les deux filles, respectivement Shirane – Racine blanche – et Kurono – Champ noir. Mais le nom « Tazaki » n’avait strictement aucun rapport avec une couleur. D’emblée, Tsukuru avait éprouvé à cet égard une curieuse sensation de mise à l’index. »

Après le lycée, Tsukuru décide d’aller étudier dans une université à Tokyo parce qu’un professeur spécialiste de l’architecture des gares y enseignait. Or, Tsukuru s’intéressait depuis toujours aux gares. Ses autres amis étaient restés à Nagoya mais Tsukuru les revoyait pendant les vacances.

Un drame va survenir qui pèsera très lourd sur toute la vie de Tsukuru. Revenu à Nagoya, comme il le faisait d’habitude, ses amis lui apprennent qu’ils ne veulent plus le voir sans en donner la raison. « Si tu y réfléchissait par toi-même, tu devrais sûrement pouvoir le comprendre. »

C’était la première fois de sa vie qu’il était rejeté aussi brutalement.  Il a subi un choc dont il sera incapable de se remettre. Il ne cherche pas à comprendre et ne revient plus à Nagoya.

C’est ce qu’il confie à Sara alors qu’il a déjà trente ans et travaille pour une société ferroviaire.

Sara l’encourage à rechercher ce qui s’est passé, consciente que cet événement pèse lourdement sur Tsukuru.

Elle se débrouille pour savoir ce que sont devenus ses amis et le persuade de les rencontrer pour savoir ce qui s’est passé.

Tsukuru va rencontrer ses anciens amis, l’un après l’autre, sans prévenir de peur d’être rejeté. Il ira même jusqu’en Finlande pour rencontrer Noire.

Le lecteur va le suivre dans ce long pèlerinage à la recherche de la vérité, pour pouvoir se guérir d’une blessure qui l’empêche d’aller vers les autres.

Bleu lui apprendra que Blanche l’avait accusé de l’avoir violée. Même si les adolescents éprouvaient des difficultés à la croire, elle s’était montrée très persuasive et avait obtenu que ses amis n’aient plus aucun contact avec lui.

Comme Noire lui expliquera, Blanche était très mal psychologiquement et, très proche d’elle,  Noire avait décidé de faire ce qu’elle lui demandait même si elle était persuadée que Tsukuru était incapable de faire ce qu’elle disait.

Blanche ne dira jamais qui était son agresseur. Elle mourra étranglée sans que le lecteur apprenne par qui.

Tsukuru va pouvoir vivre pleinement sa liaison avec Sara. Commencer une autre vie.

La musique est très présente dans le livre notamment « Le mal du pays » de Liszt que jouait Blanche.

« La vie ressemble à une partition compliquée, se dit Tsukuru. Elle est remplie de doubles croches, de triples croches, de tas de signes bizarres et d’inscriptions compliquées. La déchiffrer convenablement est une tâche presque impossible… »

L’histoire aurait pu être banale. Un rejet d’un groupe où règne l’harmonie. Plus que l’abandon, c’est l’harmonie qui régnait dans le groupe que regrette Tsukuru. Il devra apprendre ce qu’est la vie pour pouvoir aimer Sara.

Les noms de couleur des personnages ont une grande importance puisque Tsukuru est « l’incolore »

Cet aveu fait à Sara : « … je n’ai pas ce qu’on appelle un moi. Une personnalité. Pas non plus de couleur éclatante. Je n’ai rien à offrir. C’est le problème qui me hante depuis longtemps. Je me suis toujours senti comme un récipient vide. »

Un beau roman imprégné de mélancolie. L’auteur aurait pu en faire un thriller, la quête de la vérité de Tsukuru présenté comme une enquête. L’auteur a choisi d’en faire un pèlerinage. Tsukuru est en quête de son vrai moi qui lui permettra d’accéder à l’amour.

 

HARUKI MURAKAMI.

Haruki Murakami est né à Kyoto, le 12 janvier 1949. Il reçoit le prix « Gunzo » pour son premier roman paru en 1979. Suivront « Chroniques de l’oiseau à ressort » « Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil » « Les amants du Spoutnik » Kafka sur le rivage »  » Le passager de la nuit.

Il quitte le Japon pour la Grèce, l’Italie, les Etats-Unis où il enseigne la littérature japonaise à l’université de Princeton. Il est aussi traducteur en japonais de plusieurs écrivains anglo-saxons dont Scott Fitzgerald. Il est un auteur culte au Japon et son oeuvre est traduite dans plus de trente pays. La critique s’accorde à voir en lui un futur lauréat du prix Nobel de littérature.

Il revient au Japon après le tremblement de terre de Kobé en 1995 et publie un recueil de nouvelles « Après le tremblement de terre ».

APRES LE TREMBLEMENT DE TERRE.

Le recueil comprend six nouvelles dont les personnages n’ont rien à voir les uns avec les autres. Mais tous ont subi la vague de choc qu’a été le tremblement de terre leur révélant la vacuité de leur existence. Tous sont des personnages désemparés. L’auteur ne décrit pas le tremblement de terre mais celui-ci est la toile de fond de toutes les nouvelles.

La première est intitulée « Un ovni a atterri à Kushiro ».

Komura, beau garçon, est vendeur de matériel audio à Tokyo. Après avoir eu de nombreuses aventures féminines, il se marie à vingt-six ans avec une femme que l’auteur qualifie de « quelconque ». « Non seulement elle avait un physique ordinaire, mais sa personnalité était dénuée du moindre charme. Elle parlait peu, avec un air particulièrement bougon. Elle était petite, avec des bras épais, et paraissait on ne peut plus lourdaude. »

Komura trouve la paix auprès d’elle. Mais sa femme, originaire de Yamagata, n’aime pas la vie citadine étriquée qu’elle mène à Tokio. Très souvent, elle part dans sa famille quelques jours et revient de meilleure humeur qu’avant son départ.

Bien qu’elle n’ait aucun parent ou ami dans la région de Kobé, quand arrive le tremblement de terre, elle passe cinq jours entiers devant la télévision, contemplant les paysages dévastés. « Profondément enfoncée dans le canapé, les lèvres serrées, elle ne réagissait pas quand Komura lui parlait, ne secouant même pas la tête pour acquiescer ou répondre non. »

Le cinquième jour, quand il revient du travail, sa femme a disparu laissant une lettre lui disant qu’elle n’avait pas l’intention de revenir, qu’elle ne voulait plus vivre avec lui. « Le problème, avait-elle écrit, c’est que tu ne m’apportes rien. Pour dire les choses plus clairement encore, tu n’as rien à donner. Tu es gentil, tendre, tu es beau, mais vivre avec toi, c’est comme vivre avec une bulle d’air. »

Elle demande le divorce et les formulaires signés, Komura demande une semaine de congé. Un collègue, Sasaki, lui propose d’aller à Kushiro pour remettre un colis à sa soeur. Komura accepte et Sasaki lui remet une sorte de petite urne enveloppée de papier kraft. « Komura prit le paquet dans sa main, le regarda un moment, le secoua légèrement pour voir, mais il ne sentit rien, n’entendit rien bouger à l’intérieur. »

A l’aéroport, il est accueilli par Keilo Sasaki et une amie, Shimao. Il leur remet le paquet et elles le conduisent dans un « love hotel ». En parlant du départ de sa femme, les jeunes filles lui demandent si son départ a quelque chose à voir avec le tremblement de terre et comme il répond qu’il n’en sait rien, elles disent : « Il y a peut-être un lien quelque part (…) un lien qui vous échappe. »  Elles leur racontent comment un de leurs amis a quitté sa femme après avoir vu un ovni, sans donner la moindre explication.

Plus tard, il aura avec Shimao, une étrange conversation. « Une bulle d’air ? Qu’est-ce que cela veut dire ? – Ca veut dire que je suis vide à l’intérieur. Oui, vide, creux, je n’ai pas de contenu. C’est peut-être vrai. Je ne sais pas très bien. Même si on me dit cela, je me demande ce que c’est le « contenu » de quelqu’un. »

Shimao lui donnera la réponse sans vraiment la donner en lui apprenant que dans la boîte qu’il avait apportée, il y avait son contenu. Une réponse surréaliste qui laisse perplexe.

Dans toutes les nouvelles, les personnages se posent des questions existentielles. Mais,  Marukami ne donne jamais de solutions, il propose seulement des pistes dans lesquelles la vie spirituelle est toujours privilégiée. Il insiste sur l’importance du rêve niché en chacun de nous.

Il sera un peu plus explicite dans la seconde nouvelle « Paysage avec fer ». Myaké qui allume des feux sur la plage dira : « Le feu a une forme libre. Aussi ceux qui le regardent se mettent-ils graduellement à y voir tout ce qu’ils veulent. Toi, par exemple, Junko, tu te sens apaisée en le regardant, mais c’est simplement un calme qui est présent au fond de toi qui se reflète dans les flammes. »

Le livre est assez déroutant. Sans doute parce que Murakami nous invite, mais de manière très subtile, à déceler ce que nous portons en nous.