JEAN-CLAUDE CARRIERE.

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Jean-Claude Carrière, normalien et historien,  est né en 1931. Ecrivain, scénariste, metteur en scène,  sa carrière est impressionnante.

Son premier roman « Lézard » paraît en 1952.

Scénariste, il a travaillé avec les plus grands cinéastes : Louis Malle « Viva Maria » « Le voleur » ; Luis Bunel « Belle de jour » « Cet obscur objet du désir » » « Le charme discret de la bourgeoisie » Leur collaboration a duré dix-neuf ans.

Je citerai aussi parmi ses nombreux films, les plus connus : « Le Tambour » et « Un papillon sur l’épaule »

Jean-Claude Carrière a adapté des œuvres littéraires : « Cyrano de Bergerac » « Le roi des aulnes » « Le Hussard sur les toits » « L’insoutenable légèreté de l’être »

Il a écrit aussi pour le théâtre et une douzaine de films pour la télévision.

En 2000, il écrit son autobiographie « Le Vin bourru » et en 2003 « Les années d’utopie »

Cette année, il a publié chez Odile Jacob un livre de réflexions « La Paix » dans lequel l’histoire occupe une grande place.

LA CONTROVERSE DE VALLADOLID.

Ce récit, écrit pour la télévision puis adapté pour le théâtre, est un débat qui a eu lieu réellement en 1550 dans un couvent espagnol à Valladolid soixante ans après la découverte du Nouveau Monde et les expéditions de conquêtes qui ont suivi.

Dès le début des conquêtes, on s’intéressait en Espagne et dans les territoires conquis au sort réservé aux Indiens. Sont-ils égaux aux Espagnols ou inférieurs ? Doivent-ils être traités en esclaves ou en hommes libres ? La question ne sera jamais tranchée mais elle fera l’objet d’un débat à l’initiative du pape PaulIII et sous l’arbitrage de son légat Salvatore Roncieri.

Le débat opposera deux hommes, le dominicain Bartholomé de Las Casas et le philosophe Sépulvéda. Las Casas défend les Indiens et s’indigne de ce que les Espagnols les aient massacrés par millions. Sépulvéda les considère comme des sauvages qui doivent être dominés. Ils sont seulement d’accord sur un point : le nécessaire salut de l’âme.

Le récit est écrit en 1992 par Jean-Claude Carrière puis adapté pour la télévision la même année. Jean Carmet incarne le légat du pape, Jean-Pierre Marielle Las Casas et Jean-Louis Trintignant Sépulvéda. Le film est récompensé par un « Sept d’or » et le prix « Italia ».

Personnellement, je l’ai beaucoup apprécié et en ai gardé un excellent souvenir. C’était passionnant.

Pour le théâtre, Jean-Claude Carrière a dramatisé la dispute en en faisant un procès dont les spectateurs attendent le verdict.

C’est vraiment du grand art que de chercher les arguments des deux contradicteurs et de rendre le texte vivant et attrayant.

EXTRAITS.

Le légat du pape introduit le débat.

« Aujourd’hui, le Saint Père m’a envoyé jusqu’à vous pour décider une fois pour toutes, avec votre aide, si ces indigènes sont des êtres humains achevés et véritables, des créatures de Dieu et nos frères dans la descendance d’Adam. Ou si, au contraire, comme on l’a soutenu, ils sont des êtres d’une catégorie distincte ou même les sujets de l’empire du diable. A la fin de notre débat, la décision que je prendrai sera ipso facto confirmée par Rome. »

La Casas : « Depuis la découverte et la conquête des Indes, les Espagnols n’ont pas cessé d’asservir, de torturer et de massacrer les Indiens. Ce que j’ai à dire est si affreux que je ne sais par où commencer. Il y aurait de quoi remplir un énorme livre. (…) Oui, tout ce que j’ai vu, je l’ai vu faire au nom du Christ. J’ai vu des Espagnols prendre la graisse d’Indiens pour panser leurs propres blessures. Vivants ! »

Sépulvéda : « D’abord, les Indiens méritent leur sort parce que leurs péchés et leur idolâtrie sont une offense constante à Dieu. Et il en est ainsi de tous les idolâtres. Les guerres que nous menons contre eux sont justes. (…) …trois cents Espagnols soumettent un empire fort de vingt millions d’habitants, et on n’y verrait pas la main de Dieu ? (…) L’histoire des hommes est menée par Dieu. Personne n’en doute.(…) Ces Indiens sont des sauvages féroces. Non seulement il est juste, mais il est nécessaire de soumettre leurs corps à l’esclavage et leurs esprits à la vraie religion. »

Je n’irai pas plus loin. Un rappel important : nous sommes en 1550. Actuellement, personne n’ignore les horreurs commises au nom de Dieu. L’histoire est sanglante. Mais nous savons aussi que l’Eglise a évolué, les croyances ont changé. Personne ne justifierait ce qui s’est parfois passé lors des colonisations.

Ce qui nous choque maintenant, c’est de voir les djihadistes justifier leurs actes par la volonté de Dieu. Ces « fous de Dieu » pervertissent leur religion et nous ne pouvons, bien entendu, ni le comprendre, ni l’admettre.

« Plus jamais cela » disions-nous après la seconde guerre mondiale. Nous avons réussi en Europe à vivre en paix. Mais hélas ! les attentats nous ont placés dans une autre réalité. On peut s’amuser à discuter si, oui ou non, nous sommes en guerre. Je laisse ces querelles de langage aux spécialistes. L’horreur est là, bien là.