AH ! LES DEBATS !

Boxe !

Nous sommes en pleine campagne électorale, période où les débats se multiplient. Les médias se mobilisent et cette année sollicitent particulièrement notre participation. « Faites le test électoral » revient avec insistance sur toutes les chaînes, radio et TV, dans les journaux, sur les sites internet.

« Vous verrez de qui vous êtes proches ». Ils n’osent tout de même pas dire « Vous verrez pour qui vous devez voter » Fort heureusement, car de l’avis de beaucoup, les résultats sont surprenants. Questions neutres apparemment mais la pondération des questions ne l’est pas.

Je reviens aux débats. Qu’en dit l’illustre philosophe, André Comte-Sponville, dans son « Dictionnaire philosophique » ?  

« C’est une discussion publique, donc aussi un spectacle. C’est ce qui rend le débat nécessaire, spécialement dans une démocratie, et presque toujours décevant. Le souci de plaire ou de convaincre tend à l’emporter sur les exigences de la raison. Et l’amour du succès, sur l’amour de la vérité. Toute démocratie, on le sait depuis les Grecs, pousse à la sophistique. Cela ne condamne pas la démocratie, ni n’excuse les sophismes. »

Un spectacle ? Bien sûr, les politiques sont là pour se montrer. Gesticulations, hochements de tête, rires sarcastiques, coupures de la parole, cacophonie quand ils parlent en même temps. Je pourrais ajouter que nous pourrions souvent nous croire sur un ring de boxe.

Je relève les paroles les plus entendues : « Je ne peux pas vous laisser dire cela » Variante : « Je ne vous permets pas… «  ou, à l’animateur, : « J’ai le droit de répondre » Plus fort « Ce que vous dites est faux. »

Les politiques sont là pour plaire ou pour convaincre. Malheureusement, ils doivent répondre en quelques mots à une question difficile, voire cruciale, et, trop souvent, sont plus préoccupés de confondre leurs adversaires qu’à nous convaincre de la vérité de leurs propos.

La vérité, venons-en. Elle devrait être le souci principal, ce n’est guère le cas. Ce qui fait dire au philosophe que le souci de plaire l’emporte sur la raison.

Les sophismes ? J’en rappelle la définition : « Raisonnement valide en apparence mais dont un élément est fautif. »

Dois-je rappeler les batailles de chiffres ? Les papiers brandis comme des trophées ? Les non-dits ? Les phrases tellement vagues qu’elles sont différemment interprétées le lendemain dans les journaux !

J’ajouterai la reprise, souvent insidieuse, des propos parfois très anciens tenus par leurs adversaires. «  Ah ! en x vous avez déclaré… » Une véritable jubilation !

Je le reconnais aisément l’exercice est difficile.

L’exercice de la politique l’est aussi.

Je remercierai donc ceux qui l’exercent en leur souhaitant bonne chance pour le 25 mai.

 

ANDRE COMTE-SPONVILLE.

André Comte-Sponville.

André Comte-Sponville, philosophe très connu et très médiatisé, est né le 12 mars 1952, à Paris.

Il vient de rééditer son « Dictionnaire philosophique ».

(Billets 13 août 2009 – 20 octobre 2010 – 15 mai 2013 – 23 septembre 2013)

L’ESPRIT DE L’ATHEISME.

Le livre est sous-titré « Introduction à une spiritualité sans Dieu. »

Le titre étonne, pourquoi rapprocher l’athéisme de la spiritualité ? Autrement dit, l’athée a-t-il besoin de spiritualité ? Pour l’auteur, la réponse est oui et il va s’efforcer de le démontrer.

La première partie du livre, très longue, est un questionnement : peut-on se passer de religion ? Dieu existe-t-il ?

D’emblée l’auteur rappelle qu’il a été élevé dans le christianisme et qu’il doit à cette religion une part essentielle de ce qu’il est. « … Il m’arrive de me définir comme athée fidèle : athée puisque je ne crois en aucun Dieu ni en aucune puissance surnaturelle ; mais fidèle, parce que je me reconnais dans une certaine histoire, une certaine tradition, une certaine communauté, et spécialement dans ces valeurs judéo-chrétiennes (ou gréco-judéo-chrétiennes) qui sont les nôtres. »

J’ai envie de dire que c’est le cas de beaucoup d’athées qui ont cessé de croire en Dieu mais n’ont pas renié les valeurs évangéliques qui sont, pour moi, bien proches des valeurs universelles des droits de l’homme.

Je trouve important de le dire car, malheureusement, même si c’est de moins en moins le cas, les croyants ont tendance à croire que seule la religion permet d’être « un honnête homme » ce qui, bien sûr, est faux. J’aime bien la phrase de Pierre Bayle, philosophe français du 17e siècle : « Un athée peut être vertueux, aussi sûrement qu’un croyant peut ne pas l’être. »

Cette première partie est presque un éloge de la religion avec tout de même un rappel de ce qu’elle est parfois : « La barbarie des fanatiques a une autre allure. Ils ne manquent pas de foi, bien au contraire ! Ils sont pleins de certitudes, d’enthousiasme, de dogmatisme : ils prennent leur foi pour un savoir. Ils sont prêts, pour elle, à mourir et à tuer. »

Dieu existe-t-il ? L’auteur va exposer très longuement les six arguments qui l’ont amené à ne pas croire en Dieu. Le lecteur y trouvera des classiques comme le problème du mal, ce qu’est vraiment Dieu : créateur, tout-puissant ou indifférent ? Un Dieu inventé par les hommes ? L’homme créé à son image ?

Pour moi, l’argument le plus probant est que l’existence de Dieu est impossible à prouver. Croire est une question de foi.

Dans son long raisonnement, l’auteur rappelle une notion souvent méconnue, la différence entre un athée et un agnostique : « L’agnostique et l’athée ont en effet en commun – c’est pourquoi on les confond souvent – de ne pas croire en Dieu. Mais l’athée va plus loin : il croit que Dieu n’existe pas. L’agnostique, lui, ne croit rien : ni que Dieu existe, ni qu’il n’existe pas. C’est comme un athéisme par défaut. Il ne nie pas l’existence de Dieu (comme fait l’athée) ; il laisse la question en suspens. »

La seconde partie du livre est censée répondre à la question : quelle spiritualité pour les athées ?

Je l’ai trouvée confuse, très peu rationnelle. « Qu’est-ce que la spiritualité ? C’est notre rapport fini à l’infini ou à l’immensité, notre expérience temporelle de l’éternité, notre accès relatif à l’absolu. » Ou encore : « C’est en quoi l’expérience de la nature, dans son immensité, est une expérience spirituelle – parce qu’elle aide l’esprit à se libérer, au moins en partie, de la petite prison du moi. »

L’auteur va raconter « son expérience mystique ». Elle est difficile à relater sans la trahir.  Lors d’une promenade en forêt, la nuit, il va se sentir en communion avec l’univers et ressentir une grande paix, un vrai bonheur.

De cette expérience, l’auteur tire une conclusion qui est loin de me convaincre : « Loin d’être paradoxale, l’idée d’un « mysticisme athée » ou d’un « athéisme mystique, devient alors une espèce d’évidence qui s’impose à la pensée. »

Le lecteur de ce billet pourrait croire que je n’ai pas aimé le livre. Certainement pas. Je l’avais lu lors de sa parution en 2006, je n’en avais gardé aucun souvenir, j’ai donc eu envie de le relire.

Le style est alerte, bourré de questions posées par ses amis auxquelles il essaie de répondre. Beaucoup de citations. J’en reprends quelques-unes.

« Nous sommes disposés par nature à croire facilement ce que nous espérons, et difficilement au contraire ce dont nous avons peur. » (Spinoza)

« Si Dieu nous a faits à son image, nous le lui avons bien rendu. » (Voltaire)

« Dites-moi d’abord ce que vous entendez par Dieu, je vous répondrai ensuite. » (Einstein)

L’auteur parle aussi du pari de Pascal :

« C’est surtout d’un point de vue philosophique que le pari de Pascal me paraît inacceptable. La pensée n’est pas un jeu de hasard. »

Je me demande si André Comte-Sponville écrirait le même livre maintenant. Je sais qu’il est très proche du bouddhisme mais ce n’est pas inconciliable le bouddhisme n’étant pas une religion.

 

ANDRE COMTE-SPONVILLE.

André Comte-Sponville

André Comte-Sponville vient de publier une nouvelle édition de son « Dictionnaire philosophique » publié en 2001. L’édition a été revue et enrichie de nouveaux mots. Je citerai : adulescent, décroissance ou obscène.

J’ai choisi de copier ce qu’il dit du blasphème. Ce concept a suscité bien des polémiques et, ce qui est plus grave, a servi pour lancer des menaces de mort. Intéressant ce qu’en dit l’auteur, qui est un philosophe très apprécié.

BLASPHEME.

« Blasphémer, c’est insulter Dieu (du grec blasphëmia, « injure, calomnie ») ou lui manquer de respect. Acte vain, si Dieu n’existe pas, mais culotté, s’il existe. Les croyants devraient au moins admirer l’audace du blasphémateur, et laisser à Dieu le soin, s’il le veut, de le punir. Les fanatiques préfèrent s’en charger eux-mêmes, ou demandent à l’Etat de le faire. C’est ainsi que le chevalier de la Barre fut torturé et décapité, à l’âge de 19 ans, pour avoir refusé d’ôter son chapeau devant une procession catholique. L’Eglise y voyait un blasphème, donc un crime.

Dans un Etat laïque, le blasphème cesse d’être héroïque pour n’être plus, chez les athées et sauf exception, qu’une provocation inutile. Ce n’est pas une raison pour l’interdire, ni pour le pratiquer. Le blasphème fait partie des péchés, pas des délits ; des droits de l’homme, pas des bonnes manières. »

Note : Le chevalier de la Barre est né le 12 septembre 1745. Il est le dernier condamné à mort sur des accusations d’irrespect du religieux en France.

Mes billets sur l’auteur : 13 août 2009 – 20 octobre 2010 – 15 mai 2013.

 

RUMEURS.

D’actualité…

RUMEUR. Un bruit anonyme, mais chargé de sens. C’est donc que quelqu’un parle. Qui ? Personne, tout le monde : le sujet de la rumeur est le on, qui est moins un sujet qu’une foule impersonnelle et insaisissable. La rumeur fait comme un discours sans sujet, dont personne n’a à répondre. C’est ce qui la rend particulièrement propice aux fausses nouvelles, aux sottises, aux calomnies. Seul celui qui la lance, s’il y en a un, en est vraiment responsable. Seuls ceux qui se taisent ou la combattent en sont vraiment innocents. L’idéal serait de n’y prêter aucune attention. La moindre des choses, de ne pas en rajouter. Ce ne sont que des on-dit, qu’on ne peut toujours ignorer mais qu’il faudrait s’interdire de propager.

André Comte-Sponville. Dictionnaire philosophique.

Hélas ! certains en vivent…