MADELEINE BOURDOUXHE.

 

Madeleine Bourdouxhe est née à Liège en 1906. Elle a fait des études de philosophie à Bruxelles. Résistante lors de la Seconde Guerre mondiale, elle refusa de publier ses nouvelles chez les éditeurs parisiens contrôlés par les Allemands. Secrétaire perpétuelle d la Libre Académie de Belgique à partir de 1964, elle est décédée en 1996.

Actes Sud a publié deux autres de ses livres « A la recherche de Marie »(2009) et « Les jours de la femme Louise ». « La femme de Gilles » a été traduit dans le monde entier et adapté au cinéma par Frédéric Fontey. Paru chez Gallimard en 1937, il a été publié par Actes sud en 2004.

LA FEMME DE GILLES.

Madeleine Bourdouxhe met en scène un couple marié, Elisa et Gilles, leurs deux petites jumelles et un bébé qui naît au cours du récit. Ceux-ci forment une famille très unie. Elisa est très amoureuse de son mari  et ne vit pratiquement que pour lui. Elle est bien, comme l’indique le titre du livre, « La femme de Gilles ».

Tout bascule lorsque Gilles trompe sa femme avec Victorine, la plus jeune soeur d’Elisa. Celle-ci est une jeune fille très attirante, volage, peu impliquée dans ses actes. Elisa dira d’elle : « Sans doute n’a-t-elle pas de coeur et c’est ainsi que la vie ne la marque pas. »

Elisa est d’abord soupçonneuse mais finit par admettre que son mari la trompe. Elle ne dit rien, espérant sauver son mariage en se taisant. Mais elle souffre. Ne sachant à qui se confier, elle va se confesser et loin d’avoir la compréhension qu’elle attendait, elle a droit à un discours que je juge ahurissant, même pour l’époque : « En face des épreuves que Dieu nous envoie, gardez-vous de toute révolte contre le Seigneur. (…) Pour votre pénitence, vous direz une dizaine de chapelets » Elle, qui a gardé intact l’amour pour son mari, qui a continué à accueillir sa soeur comme avant, sans lui faire de reproche, qui s’est gardée de mettre sa mère au courant, se sent seule, désemparée. « Oui… supporter encore et sans révolte l’indifférence de Gilles, mais avec l’espoir qu’il reviendra vers elle… Et ne se leurre-t-elle pas en ayant foi en son seul amour ? »

Gilles va finir par se confier à Elisa lorsqu’il apprend que Victorine le trompe. « Ce n’est pas une amourette… c’est (…) comme un feu, un grand feu.. (…) ou comme une rage. (…) Le malheur c’est que c’est une drôle de gamine, avec elle on ne sait pas à quoi s’en tenir. (…) Elle est à moi… je veux qu’elle soit à moi… Elle m’appartient nom de Dieu, elle l’a dit au début. »

Quelle cruauté dans cet aveu ! Et Elisa pense plus à la peine de Gilles qu’à la sienne. Elle va devenir sa confidente, ira même jusqu’à lui suggérer ce qu’il devrait faire pour garder Victorine.

L’attitude d’Elisa a de quoi surprendre le lecteur. De femme de Gilles, je pourrais dire, qu’elle devient sa mère. « Regarde… je te mets un morceau de tarte en plus de tes tartines… Et il la remercia d’un sourire. C’était toujours cela de gagné, et pour Elisa c’était déjà beaucoup. »

Gilles va apprendre que Victorine a décidé d’épouser Lucien Maréchal qui tient en ville un commerce de tabac et cigares. Il ne le supporte pas. Il lui fait une scène épouvantable, la bat avec rage, menace de la tuer. Elisa entend et se précipite : « Elle poussa la porte, vit Gilles, forme monstrueuse, arc-boutée, et sous lui le corps de Victorine qui paraissait tout petit. Elle saisit Gilles aux épaules, l’écarta brusquement en arrière. Elle aida Victorine à se relever. »

Elle devra encore subir les reproches de sa mère. « Il l’a bien arrangée, ton mari (…) Je plains les enfants d’avoir un pareil père ! Toi, tu le supportes tant pis pour toi… Mais qu’il ne remette plus les pieds ici. » Ainsi, Victorine n’a rien dit de sa liaison. Et avec cynisme, elle ajoute :« Eh bien ma chère, si tu savais ce qui se passait, tu aurais pu garder ton mari chez toi ! » Elisa s’en va, sans rien dire et, plus surprenant, c’est encore à Gilles qu’elle pense. « Comme elle va devoir l’aider, le soutenir. »

La vie semble reprendre comme avant. Elisa espère quelque temps que son mari guéri sera à nouveau amoureux d’elle. Mais Gilles est brisé et désormais incapable d’amour et d’émotion. Elisa perd pied et réalise qu’après tant d’efforts il n’y a plus d’amour. Elle, la courageuse, se suicide.

Le récit est conduit tout en nuances, en émotions et fines observations, la langue est limpide, le personnage d’Elisa inoubliable.

Ce livre m’a replongé dans ma jeunesse. Gilles est ouvrier, Elisa ne travaille pas mais le couple n’a pas de difficulté financière. La seule distraction est de prendre le train pour passer un jour à la campagne ou le cinéma. Elisa est complètement accaparée par les tâches ménagères. Elle entretient minutieusement une pièce où entrent seulement les visiteurs « la pièce de devant ». Les  enfants sont baignés dans une bassine d’eau. Gilles déjeune d’oeufs et de lard, ce qu’on appelait dans ma jeunesse « une fricassée ». Elisa accouche à la maison, un accouchement appelé « délivrance » et reste au lit plusieurs jours. Elle allaite le bébé un mouchoir étendu sur son sein parce que les petites sont là. Et puis, dernier souvenir, vous allez rire, la tarte. Non pas servie comme un dessert mais mangée n’importe quand, et qui, pour petits et grands, sert de « réconfort »

J’ai aimé, à travers le livre, retrouver le temps de ma jeunesse. Même si je n’ai pas vécu tout cela personnellement, j’en ai été témoin.

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ANDREÏ MAKINE.

Andreï Makine est né en Sibérie le 10 septembre 1957. Il a passé son enfance et adolescence dans un orphelinat sibérien. Brillant élève en philosophie et en français, il a rédigé une thèse de doctorat sur la littérature française contemporaine. Il s’est installé à Paris à l’âge de trente ans.Son premier roman « La fille d’un héros de l’Union soviétique » a été publié en 1990. (voir billet de septembre 2009). Il a reçu le prix Goncourt pour « Le testament français ». En 2001 paraissait « La Musique d’une vie ». (voir billet de mars 2010).

LE LIVRE DES BREVES AMOURS ETERNELLES.

Le tout premier chapitre du livre est très intéressant et inaugure ce que sera le livre. Le narrateur raccompagne son ami, Dmitri Ress, jusqu’à son domicile. Ress a passé quinze ans derrière les barbelés. Il ne critiquait pas les tares spécifiques du régime en place, dans la Russie d’alors mais « la servilité avec laquelle tout homme en tout temps renie l’intelligence pour rejoindre le troupeau. »

Au moment de la rencontre, Ress est âgé de quarante-quatre ans mais en paraît septante. Souffrant d’un cancer, il n’a plus que quelques mois à vivre mais il n’a rien renié de ses convictions. Le narrateur repense à ce que disait un de ces familiers : « Il aimait… comme on ne peut être aimé… qu’ailleurs que sur cette terre. »

Tous les deux regardent le défilé du premier mai et surtout les tribunes. Comme le narrateur lui fait remarquer que le peuple se fiche de ces tribunes, il réagit avec violence : « Non ! Le peuple ne s’en fiche pas. Il en a besoin. » « Peu lui importe de savoir qui remplit les tribunes, l’essentiel est qu’elles soient remplies. C’est ça qui donne son sens à la vie de notre fourmilière humaine. » Ress va ajouter, parlant d’un défilé imaginaire : « Dans le défilé, il y aura de nouveau ces trois catégories : des placides très majoritaires, des ricaneurs et quelques rebelles marginaux. »

L’essentiel, il le dira un peu plus tard : « Mais il y a … Il y a aussi ceux qui ont la sagesse de s’arrêter dans une ruelle comme celle-ci et de regarder la neige tomber, de voir un lampe qui est allumée dans une fenêtre, de humer la senteur du bois qui brûle. Cette sagesse, seule une infime minorité parmi nous sait la vivre. Moi, je l’ai trouvée trop tard, je commence à peine à la connaître ».

C’est la première fois qu’Andreï Makine parle de l’orphelinat. Il croit en la propagande officielle du régime, le communisme sensé apporter le bonheur à tous, être un monde fraternel. Il est fier de défiler avec ses camarades. Il est bien trop jeune pour comprendre ce que signifie vraiment ces défilés à la gloire du parti. Il ressent un « état d’euphorie et même d’extase », il est heureux. Nous sommes en 1960.

Perdu dans un labyrinthe, (les restes des tribunes) après un défilé, avec son école, il va apercevoir une femme assise sur un bout de gradin, un livre sur les genoux. « J’arrêtais ma descente, me figeait, conscient que ce qui se passait n’appartenait pas au monde dans lequel je vivais. C’était la toute première fois que le sens de la féminité m’apparaissait avec autant d’évidence. »

Cette première rencontre prélude à beaucoup d’autres sera une prise de conscience. « L’amour, murmura en moi une voix incrédule. Tout était prévu dans la société idéale : le travail enthousiaste des masses, les progrès fabuleux de la science et de la technique, la conquête spatiale menant l’homme ves des galaxies inconnues, l’abondance matérielle et la consommation raisonnable liée au changement radical des mentalités. Tout, absolument tout ! Sauf…

Le narrateur va raconter huit histoires d’amour. On voit ainsi défiler la jeune femme qui pleure dans un parc et dont la douleur marque à jamais le narrateur enfant, l’ancienne secrétaire de Lénine qui vit pauvre et se cache, sa petite fille Maïa qui lui apprendra la vraie histoire de sa grand-mère, Veka qui habite près d’une usine avec sa mère Elsa, une autre jeune fille qui l’entraînera dans une pommeraie…

C’est donc par des amours brèves mais dont le souvenir restera toujours vivant que le narrateur va cheminer vers une autre vision de la vie.

« Il me fallut aussi beaucoup d’années pour savoir discerner, derrière une brève hisoire de tendresse adolescente, le bonheur lumineux que mon amie et sa mère Elsa m’avaient si discrètement transmis. (…) Avec l’âge je comprendrais de mieux en mieux que la paix qu’elles réussissaient à faire régner dans un endroit aussi désolé, oui, cette sérénité indifférente à la laideur et à la grossièreté du monde, était une forme de résistance, peut-être plus efficace que les chuchotements contestataires que j’allais entendre dans les milieux intellectuels de Leningrad ou de Moscou. »

Un livre dédié aux femmes et à l’amour.

 

JEAN-CHRISTOPHE RUFIN.

 

Jean-Christophe Rufin est né à Bourges le 28 juin 1952. Médecin, il est l’un des pionniers de Médecins sans frontière. Il a dirigé des missions en Afrique de l’Est et en Amérique latine.

Diplômé de Sciences Po, il s’expatrie au Brésil en 1989 comme attaché culturel et de coopération auprès de l’ambassade de France. En 2007, il est nommé ambassadeur de France au Sénégal. Il démissionne le 30 juin 2010.

Dans son premier essai « Le Piège humanitaire », paru en 1986, il examine le rôle des ONG dans les conflits. Il dénonce notamment le paradoxe des mouvements « sans frontières » qui, en aidant les populations, font le jeu des dictateurs.

Son roman « L’Abyssin » paru en 1997 est couronné Prix Goncourt du premier roman. « Rouge Brésil » publié en 2001 reçoit le Prix Goncourt. Suivront notamment « Globalia » » La Salamandre » « Katiba »

Il a été élu à l’Académie française le 19 juin 2008 au fauteuil d’Henri Troyat.

LA SALAMANDRE.

Catherine, quarante-six ans, d’origine modeste, a exercé différents métiers. Son ambition : devenir indépendante. A vingt et un ans, elle gagne suffisamment pour pouvoir louer une chambre. Elle épouse Roger, qui travaille dans la même entreprise qu’elle, mais ils se séparent après un an.

Catherine est embauchée comme secrétaire dans un journal et gravit lentement les échelons. En dix ans elle devient cadre. Elle ne vit plus que pour son travail. « Sa vie s’organisa autour du travail avec la haine des dimanches, le secours de la télévision, l’affection d’un chat et l’usage fréquent de somnifères. »

La direction la pousse à prendre des vacances. Elle décide d’accepter l’invitation de son amie Aude de se rendre au Brésil. Aude est mariée à un professeur, Richard. Celui-ci lui raconte une anecdote qui révèle ce qu’il pense du Brésil. Ayant été opéré des yeux, le taxi qui l’emmène chez lui est braqué. Il est roué de coups jusqu’à ce qu’il donne son argent, son téléphone et sa carte de crédit. « C’est le Brésil, conclut Richard avec un sourire un peu pensif, un peu méprisant aussi. Des chirurgiens formés aux dernières techniques et des types dans la rue qui tueraient un aveugle pour dix dollards. »

Aude emmène Catherine à la plage : « Le sable formait de petites dunes plantées de cocotiers qui isolaient du bruit de l’avenue. Des cabanes de bois et de palmes, construites tous les cent mètres environ servaient d’entrepôts pour les noix de coco fraîches et de débit de boissons. » Une cabane est tenue par une vieille femme, Conceiçao, qui emploie des gamins abandonnés pour vendre des sodas et des bières.

Aude étant partie, Catherine vient seule à la plage. « Tout à coup, un grand garçon sorti de nulle part s’assit à côté d’elle et lui sourit. »

Cette rencontre est le début d’une histoire d’amour. Catherine tombe amoureuse de Gil, un métis, qui devient rapidement son amant. Gil l’emmène partout et Catherine le comble de cadeaux.Elle a découvert l’amour, un amour qui la transforme. Elle, qui était tellement attachée à son indépendance, ne vit plus que pour Gil.« Catherine se méprisait d’avoir tenu jadis tous ces propos sur l’indépendance quand pour elle aujourd’hui la liberté véritable c’était au contraire de dépendre de la satisfaction de Gil. »

Ses amis la mettent en garde sur Gil, probablement un trafiquant, mais elle les quitte pour vivre avec lui. Elle ne vit plus que pour le rendre heureux. Elle rentre à Paris, démissionne, vend son appartement, tout ce qu’elle a pour revenir vers lui et lui donner une somme énorme pour acheter un bar.

Elle ne voit plus le Brésil de la même manière. Elle côtoie la pauvreté, s’installe avec lui dans un quartier pauvre. De touriste, elle est passée de l’autre çôté, celui des truands. Mais sa relation avec Gil change. Alors qu’il avait toujours gardé une distance respectueuse, il se met à la maltraiter, à l’injurier, il est « son maître ». « Une part d’elle-même se révoltait mais faiblement tandis qu’une autre se troublait à éprouver le plaisir que lui causaient ces humiliations ».

Gil va l’abandonner. Le roman se terminera dans une horreur absolue.

Christophe Rufin affirme que l’histoire est vraie mais qu’il a mis longtemps à pouvoir l’écrire. Le titre est inspiré d’une croyance traditionnelle qui attribue à la salamandre la capacité de vivre dans le feu.

L’auteur insiste sur la haine qui animent parfois les Brésiliens pauvres, devant la richesse des touristes. Ainsi, un ami de Gil, dira à Catherine « Sais-tu comment cela s’appelle quand un pauvre prend l’argent d’un riche ? La justice, tout simplement. »

Que penser de l’amour qu’éprouve Catherine pour Gil ? Un amour qui lui fait tout accepter, la plonge dans ce que nous qualifierions de déchéance. Au contraire, Catherine parle « d’amour pur, celui que l’on offre et qui n’attend rien. »

J’ai beaucoup aimé le roman mais il est difficile d’accepter que Catherine aille aussi loin dans ce qu’elle accepte et y trouve un bonheur qu’elle n’avait jamais connu.

PHILIPPE GRIMBERT.

 

Philippe Grimbert, né à Paris en 1948, est psychanalyste et romancier. Son roman « Un secret » a été porté à l’écran par Claude Miller en 2007. (voir billet du 24 janvier 2010)

UN GARCON SINGULIER.

« Recherche jeune homme motivé pour s’occuper d’un adolescent singulier en séjour avec sa mère à Horville (Calvados).

Cette annonce, Louis la découvre à l’université. Elle attire parce qu’il s’agit d’Horville, l’endroit où, adolescent, il passait ses vacances. Après avoir renoncé aux Lettres pour se diriger vers le Droit, il s’apprête à abandonner une discipline qui ne lui plaît pas. Conscient qu’il devait trouver un boulot, il a consulté les annonces. Celle-ci l’a attiré aussi parce que ses parents l’appellent « le grand taciturne » et trouvent qu’il est un garçon singulier, mal dans sa peau comme le garçon de l’annonce.

Il prend contact avec le père qui lui explique que Iannis vit avec sa mère. Elle cherche quelqu’un pour s’occuper de son fils parce qu’elle veut se consacrer à son roman.

Louis s’embarque pour Horville, sans vraiment savoir qui est ce Iannis. Il est reçu par sa mère, Hélène, qui lui fait grosse impression. « Elle n’était pas belle mais son visage m’impressionna. Son nez un peu fort, le pli d’amertume de sa bouche et ses yeux si noirs, où l’iris ne se distinguait pas de la pupille, donnaient à ses traits un caractère brutal, accentué par le désordre de ses cheveux » »Malgré une quarantaine largement dépassée, elle avait conservé une silhouette adolescente, qu’elle enveloppait dans un grand pull d’homme aux manches roulées jusqu’aux coudes. »

 Hélène ne veut pas parler d’Iannis pour ne pas l’influencer, elle se borne à dire qu’il ne parle pas, ne sait ni lire, ni écrire et que ses réactions sont imprévisibles.

 Louis insiste cependant pour le voir le soir même. « Dans le lit une forme se devinait, entortillée dans les couvertures. Iannis dormait en position foetale, deux doigts en foncés dans la bouche et je ne distinguais de lui qu’un profil délicat découpé sur l’oreiller. Une pointe du col de son pyjama masquait sa joue et seul un pli très marqué entre ses sourcils indiquait une tension que le sommeil même ne pouvait apaiser. Je fus saisi par la beauté de ce visage auréolé d’une masse de cheveux blonds, par la longueur de ses cils et la ligne de son nez, quand je m’attendais à un faciès déformé par les troubles psychiques. »

Louis va donc s’occuper de Iannis, faire de longues promenades le long de la mer et même s’il est persuadé que Iannis ne le comprend pas, il lui raconte ses vacances à Horville, lui parle de son ami Antoine.

Une amitié très forte va lier Iannis et Louis. Il s’apercevra que Iannis sait écrire mais le cache. Iannis lui fera cadeau d’une salière, retrouvé dans le sable et qui était un trésor pour Antoine et Louis. Iannis le conduira même à l’hôtel qu’il habitait et à un endroit interdit et dangereux mais dont  Antoine et Louis avaient fait leur jardin secret : le Saut du Loup.

Hélène interroge Louis sur la relation privilégiée qu’il a avec Iannis. Louis lui répondra : et « Je lui assurai que mes journées avec son fils m’apportaient beaucoup qu’il faisait preuve de capacités insoupçonnées. » Il ajoutera :  » que son fils était branché sur nos pensées les plus secrètes, que telle une éponge, il absorbait nos émotions et nos angoisses ». Il  précisera même que ce qui l’attirait le plus en Iannis était « sa clairvoyance ».

Philippe Grimbert a choisi d’entrecouper les récits de ses journées avec Iannis de ses souvenirs personnels, surtout de son amitié avec Antoine que Iannis lui rappelle.

En parallèle l’auteur raconte comment Hélène veut avoir une relation sexuelle avec Louis. Il se refuse, pour ne pas trahir Iannis, très amoureux de sa mère. Pour se justifier, il s’invente une fiançée ce qui fait rire Hélène mais ne l’empêche pas de forcer Louis, jusqu’à jouir sur lui.

Du mois passé à Horteville, Louis sortira transformé. Sans déflorer la fin du roman, je peux citer un passage qui clôture le livre : « Où est passé Louis, celui qui traînait son existence, d’année en année, à la poursuite d’un futur qu’il n’avait pas choisi ? »

Un très beau roman. Autobiographique, par ses souvenirs de vacances et  par son travail de psychanalyste auprès des enfants autistes ou psychotiques. « Merci aux enfants douloureux qui m’ont inspiré le personnage de Iannis. »

J’ajouterai que son travail lui a permis d’écrire un roman émouvant, un roman d’amour.

YASMINA KHADRA.

 

Yasmina Khadra est le pseudonyme de Mohammed Moulessehout. Il n’a révélé son identité masculine qu’en 2001 lors de la parution de son roman autobiographique « L’Ecrivain ». Yasmina Khadra sont les prénoms de son épouse. Il est né en 1955 dans le Sahara algérien. Son oeuvre abondante a été traduite dans quarante pays. Il a obtenu de nombreux prix. (voir billets du 5 octobre 2009 et du 30 mars 2010.)

L’ATTENTAT.

Amine Jaafari est un arabe, naturalisé israélien. Chirurgien, il est chef de service dans un hôpital près de Tel-Aviv. Il est très amoureux de sa femme, Sihem, qu’il a épousée il y a quinze ans. Ils vivent heureux dans une très belle demeure à Tel-Aviv, dans un des quartiers les plus huppés.

Alors qu’il est de service, un attentat se produit dans un restaurant de Tel-Aviv où une quinzaine d’enfants fêtent leur anniversaire : un kamikaze s’est fait exploser. Les blessés affluent et il y a au moins onze morts.« Ce n’est pas la première fois qu’un attentat secoue Tel-Aviv, et les secours sont menés au fur et à mesure avec une efficacité grandissante. Mais un attentat reste un attentat. A l’usure, on peut le gérer techniquement, pas humainement. L’émoi et l’effroi ne font pas bon ménage avec le sang-froid. Lorsque l’horreur frappe, c’est toujours le coeur qu’elle vise en premier. »

Après avoir opéré toute la journée, Amine rentre chez lui. Sa femme est partie depuis trois jours rendre visite à sa famille, près de Nazareth. Le téléphone le réveille à trois heures vingt du matin. Son ami policier, Naveed lui demande de revenir à l’hôpital. Il va lui apprendre l’impensable : c’est sa femme qui s’est fait exploser et il doit identifier le corps. « J’ai vu des corps mutilés dans ma vie, j’en ai raccomodé des dizaines; certains étaient tellement abîmés qu’il était impossible de les identifier , mais les membres déchiquetés qui me font face, là sur la table, dépassent l’entendement. C’est l’horreur dans sa laideur absolue… Seule la tête de Sihem, étrangement épargnée par les dégâts qui ont ravagé les restes de son corps, émerge du lot, les yeux clos, la bouche entrouverte, les traits apaisés, comme délivrés de leur angoisse… On dirait qu’elle dort tranquillement, qu’elle va soudain ouvrir les yeux et me sourire. »

Même après avoir vu le corps de sa femme, Amine ne peut pas admettre qu’elle soit le kamikaze. La police israélienne l’interroge et il ne cesse de répéter : « Ce n’est pas elle, ce ne peut pas être elle. » Pour lui, elle est allée manger dans le restaurant et c’est à tort que la police l’accuse d’être le kamikaze. Il pense que l’explosif devait être dissimulé près d’elle mais la police est formelle : des témoins l’ont identifiée. Les policiers fouillent sa maison, ne trouvent rien, il est relâché.

Le lendemain, une lettre arrive qui a été postée à Bethléem. C’est sa femme qui lui écrit : « A quoi sert le bonheur quand il n’est pas partagé, Amine, mon amour ? Mes joies s’éteignaient chaque fois que les tiennes ne suivaient pas. Tu voulais des enfants. Je voulais les mériter. Aucun enfant n’est tout à fait à l’abri s’il n’y a pas de patrie… Ne m’en veux pas. »

Pour Amine, le doute n’est plus permis, mais une question l’obsède : pourquoi ? Comment n’a-t-il rien vu ? Comment sa femme a-t-elle pu devenir « une tueuse d’enfants » ?

Il va se lancer dans une enquête pour essayer de comprendre. Il se rend dans sa famille, en Palestine, mais ils ne savent rien. Sa femme est bien passée, elle cherchait à voir l’iman pour une bénédiction, ils ne savent rien de plus.

Son séjour en Palestine va tourner au cauchemar. Les Palestiniens le prennent pour un espion, son enquête les met en difficulté et ils lui demandent de partir.

Amine, rentré chez lui, va reprendre contact avec son ami Naveed, à qui il repose la question : pourquoi ? Pour Naveed aussi, la mort volontaire de Sihem est incompréhensible : « Comment, bordel ! un être ordinaire, sain de corps et d’esprit, décide-t-il, au détour d’un fantasme ou d’une hallucination, de se croire investi d’une mission divine, de renoncer à ses rêves et à ses ambitions pour s’infliger une mort atroce au beau milieu de ce que la barbarie a de pire ? »

Amine ne renonce pas à essayer de comprendre. Il retourne en Palestine et apprendra que sa femme avait depuis longtemps embrassé la cause des Palestiniens, sa maison était même devenue une  de leur base. « Ta femme avait choisi son camp. Le bonheur que tu lui proposais avait une odeur de décomposition. Il la répugnait… « 

Amine sera même enfermé par les Palestiniens, dans des conditions horribles, pour qu’il comprenne pourquoi sa femme a choisi de se faire exploser dans un restaurant : « J’ose espérer que tu as appris à haïr. Sinon cette expérience ne servira à rien. Je t’ai enfermé la-dedans pour que tu goûtes à la haine, et à l’envie de l’exercer. (…) Quand les rêves sont éconduits, la mort devient l’ultime salut… Sihem l’avait compris, docteur. Tu dois respecter son choix et la laisser reposer en paix. »

Pour Amine, c’est impossible : « Je suis chirurgien. Et Adel me demande d’accepter que la mort devienne une ambition, le voeu le plus cher, une légitimité; il me demande d’assumer le geste de mon épouse, c’est-à-dire exactement ce que ma vocation de médecin m’interdit. »

Amine ne saura rien de plus…

C’est un sujet difficile que traite Yasmina Khadra. Pour moi, ce roman est un livre sur l’incompréhension. J’ai envie de redire : « A chacun sa vérité ». D’un côté, le respect absolu de la vie; de l’autre, la mort justifiée par la guerre.

L’incompréhension se retrouve dans le couple. Amine se sent trahi. Comment sa femme a-t-elle pu lui faire cela ? Pourquoi n’a-t-elle rien dit ? Pourquoi n’a-t-il rien vu ? Ses frères arabes lui répondent : elle ne pouvait rien dire. Elle a mis l’amour pour son peuple au-dessus de l’amour qu’elle lui portait. Elle a choisi.

Malgré l’horreur, le talent de Yasmina Khadra rend le livre captivant. L’auteur a choisi d’épingler les arguments des uns et des autres. La haine est très présente mais l’amour aussi.

JACQUELINE HARPMAN.

 

Jacqueline Harpman est née le 5 juillet 1929 à Bruxelles. Elle a vécu cinq ans à Casablanca. Elle est revenue à Bruxelles en 1945 et a fait des études de médecine et de psychologie à l’ULB. Elle est aussi psychanalyste (Société belge de psychanalyse). Elle a écrit de nombreux romans : « La plage d’Ostende », « Orlanda », « La Dormitions des amants », « Du côté d’Ostende », « Ce que Dominique n’a pas su ». En 1996, elle a reçu le Prix Médicis pour « Orlanda » et en 2003, le Prix triennal du roman de la Communauté Française pour « La Dormition des amants ».

RECIT DE LA DERNIERE ANNEE.

La dernière année, c’est celle de l’héroïne, Delphine Maubert, qui meurt d’un cancer du poumon.

L’histoire commence par son anniversaire qu’elle fête avec sa mère, Pauline, sa fille Mathilde, son gendre, Louis et son fils Paul. Elle a cinquante ans. Elle fait un voyage en Italie et au retour souffre d’une mauvaise grippe qui ne guérit pas. Son médecin va diagnostiquer un cancer des poumons, avancé et irrémédiable.

L’auteur qui est aussi la narratrice du roman va suivre Delphine dans cette dernière année. « Qui est cette Delphine Maubert qui vient de tomber sous la plume ? J’allais tranquille vers mon vieil âge, je pensais avoir oublié l’inquiétude des cinquante ans et regarder calmement mes chevaux grisonner, est-ce un dernier remous de regret? »

Lorsque Delphine apprend par son médecin qu’elle n’a plus que six mois à vivre, elle ne manifeste pas d’émotion. Elle pose des questions techniques : va-t-elle souffrir ? Comment meurt-on ? Son médecin s’étonne de sa réaction : « il est plus ému que moi, se dit-elle ». L’auteur se dit « confusément choquée par le peu d’émotion ».

Delphine est surtout préoccupée par l’annonce qu’elle devra faire de sa maladie à sa mère et à ses enfants. Sa mère, qui est selon moi, le personnage le plus intéressant du roman, va être bouleversée, choquée de savoir que sa fille va mourir avant elle.  « Pauline pensa que l’ordre des choses n’allait pas être respecté, où la mère meurt avant la fille. (…) Moi, qui prenais plaisir à vivre longtemps, pensa Mme Ferrand, comme on est berné ! (…) Elle sentit poindre la douleur, comme on devine une tornade qui dévastera tout. » Elle va permettre à Delphine de sortir de son « armure ». D’où ce dialogue émouvant : « Je crois qu’il faut pleurer, dit-elle. – Je ne peux pas. (…) Delphine, tremblante, laissa les bras de sa mère se poser doucement sur ses époules et sentit monter une vague de faiblesse. (…) Delphine, appuyée contre elle, était toujours crispée, parcourue de sanglots secs qui s’achevaient en petits gémissements. – Là… murmurait Pauline, là… doucement… Comme jadis, pour les chagrins de petite fille, l’aidant patiemment à rejoindre sa tristesse et Delphine redit, sans l’entendre, les mots de son enfance: – Oh ! Maman ! Tu ne peux pas savoir… »

Mathile prendra très mal l’annonce de la maladie de sa maman. « Dans la cuisine, Mathilde sentit monter la colère : – Qu’est-ce que je fais là ? Puis retourna au salon : – Je voudrais être seule, dit-elle sans regarder Delphine. Excuse-moi. Je te téléphonerai plus tard. »

Sa colère, elle l’exprimera à son mari : « Je veux taper, tempêter, je veux être en colère, lui crier après, lui dire qu’elle n’a pas le droit, qu’est-ce qui lui permet ? » Une réaction violente qu’elle arrivera à surmonter pour aider sa maman.

C’est le docteur Letellier qui se chargera de prévenir Paul, pour épargner Delphine. « Le dire à votre mère, je veux bien, elle pouvait vous consoler, mais comment voulez­-vous que vos enfants se fassent consoler par vous ? » Le docteur s’éprend de Delphine bien qu’elle dise : « On ne s’appartient pas. On est la proie de ceux dont on est aimé. Ne m’aimez pas, je vous en prie. » Il l’accompagnera, faisant tout pour lui éviter de souffrir, s’étonnant de la transformation qu’opère en lui cet amour inattendu.

Jacqueline Harpman n’a pas voulu écrire un roman morbide. Le lecteur ne trouvera pas de longues descriptions de la maladie ni de la mort. Delphine s’en ira doucement, entourée des siens.

Ce qui est assez étrange, c’est le rôle joué par la narratrice, l’auteur elle-même. Une réflexion sur la vieillesse, sur la vie, sur la mort. Je pourrais dire qu’elle s’approprie son personnage. Ses monologues sont tragiques, comme l’est le regard désabusé qu’elle promène sur sa vie.

J’ai été un peu déroutée par le roman. Il se lit facilement mais les disgressions sont nombreuses. Les réflexions philosophiques sont intéressantes mais ralentissent le rythme du roman. Le parti-pris de nier la réalité de ce qu’est un cancer du poumon – Delphine s’affaiblit mais ne souffre pas – donne au livre un ton un peu superficiel. L’émotion n’est pas absente mais peut-être moins présente que je ne l’aurais souhaité.

EMMANUEL CARRERE.

 

Emmanuel Carrère est un romancier, scénariste et réalisateur français né le 9 décembre 1957 à Paris. Il est le fils de l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse. Il a été critique de cinéma à Télérama. Son premier livre, Werner Herzog, essai sur le cinéaste, a été publié en 1982. Il a écrit de nombreux romans, traduits en une vingtaine de langues : L’amie du Jaguar, Bravoure, La Moustache, Hors d’atteinte, La classe de neige.

Sa filmographie est impressionnante : La classe de neige, Angel, L’adversaire,(histoire de Jean-Claude Roman), Retour à Kotelnich (documentaire) et La Moustache.

Plusieurs téléfilms à partir de romans : Léon Morin prêtre (Béatrix Beck), Monsieur Ripois (Louis Hémon), Le Blanc à lunettes (Georges Simenon), Pêcheur d’Islande (Pierre Loti).

Il est aussi le scénariste de Fracture d’Alain Tasma, d’après le roman de Thierry Jonquet, « Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte ». Le livre avait suscité une vive polémique. Le téléfilm diffusé récemment sur France2 est moins noir que le livre. Anna Kagan, jeune professeur d’histoire-géographie, débute sa carrière à Certigny, une commune de Saint-Denis. Le film se veut un regard sur la violence et le désespoir de ceux qui savent leur avenir bouché.

D’AUTRES VIES QUE LA MIENNE.

L’auteur, sa femme Hélène et leurs deux enfants passent leurs vacances au Sri Lanka. Ils ont décidé de se séparer. Survient le tsunami. Juliette, la petite fille de leurs amis, Delphine et Jérôme, est emportée par la vague. Philippe, le grand-père de Juliette, demande à Emmanuel Carrère d’écrire un livre sur le drame mais il refuse. Il se décidera plus tard.

Quand survient le tsunami, Emmanuel Carrère, qui loge dans un hôtel bâti sur les hauteurs, donc à l’abri, avoue, avant de connaître l’ampleur du désastre : « J’étais plutôt excité, à mon retour du village, parce qu’au milieu de ces vacances languissantes survenait quelque chose d’extraordinaire… » Avec Hélène, journaliste pour LCI, il aidera Jérôme et Delphine à retrouver le corps de Juliette. Delphine est effondrée mais Jérôme, lui, s’engage à tout faire désormais pour sauver sa femme du désespoir : « Je ne peux plus rien pour ma fille, alors je sauve ma femme. »

Lors du rapatriement, Hélène et l’auteur vont décider de ne plus se quitter. « Je pensais : elle pourrait être morte aujourd’hui. Elle m’est précieuse. (…) Ce qui avait eu lieu durant ces cinq jours et prenait fin là, à ce moment précis, nous a submergés. Une vanne s’ouvrait¸ libérant un flot de chagrin, de soulagement, d’amour, tout cela mêlé. J’ai serré Hélène dans mes bras et dit : je ne veux plus qu’on se quitte, plus jamais. Elle a dit : moi non plus, je ne veux plus qu’on se quitte. »

De retour à Paris, Hélène va apprendre que sa soeur Juliette est atteinte d’un cancer. Elle en avait déjà eu un, adolescente, qui faisait qu’elle marchait avec des béquilles. Elle était juge à Vienne, spécialiste des surendettements, avec un autre juge, Etienne, lui aussi victime d’un cancer, qui l’a laissé unijambiste. Juliette, mère de trois enfants, âgée de trente-cinq ans, meurt du cancer. L’auteur nous raconte son calvaire dans des pages dont la lecture est presque insoutenable.

Après la mort de Juliette, Emmanuel Carrère va rencontrer Etienne qui lui dira « Nous avons été de grands juges ». Cette phrase et un entretien de deux heures avec Etienne,  décidera l’auteur à écrire son livre, sur la vie des autres : Delphine, Jérôme, Juliette et son mari Patrice,   Etienne.

L’auteur nous parlera longuement du problème des conflits opposant les établissements de crédit et leurs débiteurs défaillants. Une plongée dans un monde peu connu, emblématique de l’horreur économique contemporaine.

Son regard sur le monde, sur le couple, sur l’amour, sur le bonheur va changer. Le livre se refermera sur la naissance d’une petite fille, Jeanne.

« Auprès d’elle (Hélène) je sais où je suis. L’idée que je pourrais la perdre m’est insupportable, mais pour la première fois de ma vie, je pense que ce qui pourrait me la ravir, ou me ravir à elle, ce serait un accident, la maladie  quelque chose qui nous tomberait dessus de l’extérieur et pas l’insatisfaction, la lassitude, l’envie de nouveauté. »

Je ne connaissais pas l’auteur. Les scénaristes sont parfois moins connus que les réalisateurs. L’auteur se décrit sans complaisance, ainsi mentionne-t-il son cynisme au début du tsunami, lorsqu’il apprend qu’il y a deux morts. Mais, peu à peu, confronté à la douleur de Delphine et d’Hélène, le courage de Patrice qui « porte sa femme« , celui de Juliette qui s’inquiète pour le futur de ses enfants, « la vie des autres », les conversations avec Etienne, tout l’amènera à une réflexion sur la vacuité de sa vie : écrire des livres, des films… Il découvrira l’injustice et surtout, apprendra ce qu’est l’amour.