BERNARD PIVOT.

Bernard Pivot

Bernard Pivot est né à Lyon en 1935. Son père a été prisonnier en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. A dix ans, il est placé dans un pensionnat religieux. Il se passionne pour le sport mais est un élève moyen sauf en Français et en Histoire.

En 1955, il s’inscrit à Paris au Centre de formation des journalistes. Il y rencontrera sa future épouse avec qui il aura deux filles.

Journaliste au Figaro littéraire, puis chef de service du Figaro, il quitte le journal quand Jean d’Ormesson en devient le directeur général. Il crée le magazine Lire

Il va tenir une chronique quotidienne sur Europe 1 pendant trois ans puis rejoindra RTL dans les années 1980.

A partir de 1973, il va produire des émissions littéraires à la télévision, à ORTF puis sur Antenne 2 : « Ouvrez les guillemets » « Apostrophes » « Bouillon de Culture ».

Dans « Double Je » il rencontre des étrangers qui ont choisi d’ajouter la culture et la langue française à leur culture originelle.

En octobre 2004, il est le premier non-écrivain élu à l’académie Goncourt. Il en deviendra le président.

Œuvre : « L’amour en vogue » « Remontrances à la ménagère de moins de 50 ans » « « 100 mots à sauver » « Dictionnaire amoureux du vin » « Les mots de ma vie » « Oui, mais quelle est la question ? »

(Billets du 8 août 2011 – 1 avril 2014)

AU SECOURS ! LES MOTS M’ONT MANGE.

Bernard Pivot décrit un vieil écrivain, reçu à Apostrophes, consacré au Goncourt et qui a toujours l’impression d’être mangé par les mots.

Un livre d’humour, à la gloire de la langue française et qui sera joué sur scène par l’auteur.

L’ami de l’écrivain est avant tout le dictionnaire qui offre bien des surprises. Ainsi, le mot « désinvolte » négatif pour un élève presque synonyme de paresseux, mais léger et charmant pour l’adulte.

Pourquoi, dit l’auteur, mettre un trait d’union entre les ex : ex-mari, ex-femme, ils sont séparés, ils ne doivent plus être rapprochés !

Comme on s’en doute, Bernard Pivot citera ce qu’il appelle les jolis mots, mots de la table, noms de fleurs ou d’oiseaux, des mots qui « respirent la joie de vivre »

Cela n’empêchera pas l’auteur de suggérer des changements de mots : « Le minuscule é au début du mot éléphant est sans commune mesure avec la tête volumineuse du pachyderme, ses vastes oreilles, sa trompe, ses défenses, sa mémoire phénoménale. Avec un h l’héléphant aurait sur le papier une tête conforme à sa nature, plus de poids, plus de volume »

De l’humour vous en trouverez à chaque page. La description des mots qui hantent l’écrivain même la nuit, la phrase géniale écrite la nuit et qui, au matin, se révèle nulle. Les livres, d’ailleurs, ne sont-ils pas d’implacables envahisseurs ? « Car les livres ne se contentent pas d’occuper les bibliothèques où ils sont assignés à résidence. Plus l’écrivain vieillit, plus ils se montrent de féroces colonisateurs. »

Quelques lignes consacrées à la féminisation des noms de métiers. Une présidente, cela va, mais tribune comme féminin de tribun ? La langue française est misogyne…

Que dire de ce pauvre écrivain obligé dans la conversation d’être à la hauteur de sa réputation. Et voilà, il ne peut même pas quand on lui pose la question banale : à quoi penses-tu ? Répondre, comme tout le monde, à rien, sans devoir supporter l’ironie de sa femme : « Un écrivain qui ne pense à rien ! Un intellectuel qui a la tête vide ! Mais c’est inouï ! Cela ne s’est jamais vu ! C’est une première dans l’histoire des lettres françaises ! Tu imagines Proust ne pensant à rien ? Malraux, Camus, Sartre, la tête vide ? C’est impossible ! De deux choses l’une : ou tu m’as menti ou tu es un faux ou un mauvais écrivain… »

La fin est un régal. L’écrivain se demande si, quand il se présentera devant Dieu, (s’il existe) devra-t-il le saluer le premier ou attendre qu’il lui adresse la parole ?

« Seigneur… Euh ! Seigneur… Seigneur… (il faudra que je montre de la surprise, de la sidération même, en tout cas de l’émotion, il faudra que je manifeste un trouble, bien compréhensible, un peu comme quand Patrick Modiano répond à une interview) (…)
Dieu lit Modiano, Dieu aime Modiano. Dieu est intelligent et bon. Mais Dieu a un peu vieilli. C’est pourquoi j’aurai la surprise de l’entendre me dire, oui, à moi :
– Soyez le bienvenu, cher Patrick Modiano. Tous les prix Nobel de littérature ont leur ticket d’entrée au Paradis. Les prix Goncourt, non, je fais le tri. Il y a du bon et du moins bon… Mais les Nobel de littérature !
Et c’est ainsi que, confondu par Dieu avec Modiano, j’entrerai au Paradis… »

Un petit livre que je vous recommande chaleureusement. Lisez-le, vous ne le regretterez pas.

 

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