EN IMMERSION A MOLENBEEK.

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Hind Fraihi est une journaliste flamande d’origine marocaine, née en 1976, à Bornem, près d’Anvers. Il y a dix ans, elle avait publié un livre choc En immersion à Molenbeek  qui n’avait pas suscité beaucoup d’intérêt. Il vient d’être réédité.

Voici comme elle présente son livre dans son avant-propos :

« On trouve des extrémistes dans toutes les religions, pas seulement dans l’Islam. Ce livre traite pourtant uniquement des extrémistes musulmans. La raison en est simple : pour une journaliste de confession islamique et d’expression arabe, le monde des fanatiques musulmans est plus accessible qu’à d’autres même si ce n’est pas toujours le cas. (…) J’imagine bien que ce livre peut être perçu comme malveillant : j’insiste sur le fait que les extrémistes ne représentent qu’une fraction réduite de la communauté musulmane. Par bonheur, les modérés y sont majoritaires. »

Nous sommes en 2005. Hind Fraihi décide de faire une enquête sur Molenbeek pour son journal Het Nieuwsblad. Son documentaire paraîtra également dans le journal Het Volk.

La journaliste d’investigation s’installe pour deux mois dans un kot, rue Ribaucourt, qu’elle partage avec une jeune marocaine qu’elle surnomme Amira. Celle-ci a épousé un Belge rencontré au Maroc, l’a suivi à Bruxelles puis a divorcé.

Hind Fraihi va prétendre être une étudiante en sociologie préparant une thèse de fin d’études.

Elle va rencontrer le cheik syrien Ayachi Bassan qui a accepté l’entretien mais refuse de lui serrer la main puisqu’elle est une femme !

Au cours de l’entretien, il ne cachera pas son mépris pour l’Europe où l’adultère est impuni et l’homosexualité permise, des Etats-Unis qui font la guerre en Irak. Il parlera des jeunes qu’il encadre et notamment des camps scouts qu’il organise dans les Ardennes pour leur inculquer les vraies valeurs de l’Islam… Il ira plus loin : « C’est d’abord en paroles que l’on mène le djihad (…) Les terroristes potentiels se recrutent parmi les jeunes en perdition (…) Ce sont des bombes errantes qui peuvent à tout moment exploser. »

La journaliste sort glacée de l’entretien. Elle est surtout choquée parce que ce qu’elle a entendu ne correspond pas à l’islam qu’elle pratique « Pense bien, vis bien, agis bien : tel est le message de l’Islam. Dans cette expérience de l’Islam, l’Occident n’est clairement pas perçu comme un adversaire, mais comme un enrichissement. »

Elle va s’étendre longuement sur le salafisme. « A mes yeux, les djihadistes-salafistes ne sont pas des terroristes musulmans mais des terroristes politiques. Ils sacralisent leurs desseins par le biais de l’islam. (…)Ils rêvent d’un califat Molenbeek, d’un califat Schaerbeek, d’un califat Anderlecht. »

Hind Fraihi va poursuivre ses investigations. Ainsi remarque-t-elle les nombreuses antennes paraboliques qui permettent de suivre les émissions arabes. « Les téléspectateurs sont gavés des guerres en Irak, en Palestine, en Afghanistan, des images à sensation que les satellites déversent sur le monde. Des images de corps ensanglantés, déchiquetés dans un cratère calciné quelque part du côté de Bagdad… »

Elle s’intéresse aux dizaines de mosquées camouflées en lieu de résidence dans le quartier de la maison communale et à toutes les bibliothèques où livres antisémites et pro-jihad sont disponibles. Tous ces livres se trouvent aussi dans les centres culturels.

Elle va à la rencontre de jeunes rassemblés le soir. Ils ne cachent pas qu’ils travaillent dans des circuits parallèles qui leur procurent bien plus d’argent qu’ils n’en auraient en travaillant dans la légalité.

Un jeune de dix-sept ans rencontré à la station de métro Ribaucourt lui raconte : « Parfois des hommes âgés viennent ici, ils ont de longues barbes et des habits traditionnels. Ils nous demandent si on veut suivre un stage d’entraînement en Afghanistan. J’ai des amis qui ont accepté, mais pas moi. Cela ne m’intéresse pas, le djihad. »

Dans une mosquée, elle rencontre deux jeunes filles en burqa. Elle les accoste mais elles refusent de lui parler. Surprise pour la journaliste, comment un mari peut-il interdire à sa femme de parler ? Elle va rencontrer beaucoup d’autres femmes en burqa…

La journaliste devra raccourcir son séjour à Molenbeek que ses amis jugent dangereux. Elle y retounera en train mais cette fois accompagnée de son frère.

Hind Fraihi va aussi aller dans des associations culturelles. Son jugement est sévère : « Quand on ne trouve pas de travail, on sert l’excuse de la discrimination. Je ne veux pas dire que la discrimination n’existe pas. Mais la discrimination et le racisme sont trop hâtivement invoqués comme excuses. Et par-dessus le marché, les jeunes fainéants sont encouragés par une kyrielle d’organisations multiculturelles et de mécanisme d’intégration. Au lieu de mettre les jeunes face à leurs devoirs, on les chouchoute un peu plus, bien gentiment. »

Elle terminera son livre en se posant beaucoup de questions. Pourquoi ? Que faire ? « Comment pouvons-nous veiller à ce que les jeunes musulmans ne se radicalisent pas davantage ? Je n’ai pas de réponse. Mais je sais une chose : nous devons mener le débat sur l’extrémisme musulman sous toutes ses coutures. Ce serait déjà un bon début. »

Elle est très amère sur la réaction de Philippe Moureaux qui l’accuse de s’être laissé embobiner par les propos de certains jeunes. Elle rejette l’accusation et rappelle que le PS est connu pour sa politique laxiste envers les fondamentalistes musulmans. (Philippe Moureaux dira-t-elle plus tard aurait voulu empêcher la parution de son livre, trop accablant pour lui.)

« Alors que je mets la dernière main à ce livre, je passe en voiture par Molenbeek, à hauteur du canal de Bruxelles à Charleroi. De grandes bannières multicolores égaient les berges, tandis que des lofts rénovés font de la rive un bel endroit pour vivre. Oui, cela aussi c’est Molenbeek. Des lofts et des taudis. »

 

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JOURNEE INTERNATIONALE DES DROITS DES FEMMES.

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L’émancipation des femmes en occident a été une longue route. En 1791, Olympe de Gouges réclame l’égalité politique entre hommes et femmes dans sa « Déclaration des droits des femmes et de la citoyenne. »

Quel chemin parcouru depuis lors ! Reprendre toutes les dates serait fastidieux. Je citerai simplement quelques droits accordé aux femmes au cours des décennies.

Le plus important semble être la suppression de l’incapacité politique de la femme mariée avec comme conséquence le droit de vote acquis tardivement et à des dates différentes selon les pays.

Les femmes ne doivent plus obéissance à leurs maris depuis la suppression de l’incapacité juridique des femmes. (En France : 1938). L’autorité parentale remplace la puissance paternelle.

Les femmes mariées peuvent travailler sans l’autorisation de leur mari et, il n’y a pas si longtemps, pouvoir ouvrir un compte en banque ! Pourtant dès 1920, en France, les femmes mariées pouvaient adhérer à un syndicat sans l’autorisation de leur époux.

Dès le 19eme siècle, elles ont accès à l’enseignement. La Sorbonne s’ouvrira aux femmes en 1880. Il faudra quand même longtemps pour que l’enseignement aux jeunes filles soit similaire à celui des garçons. En France, la mixité ne deviendra obligatoire dans tous les établissements publics qu’en 1978.

Le vingtième siècle verra le vote d’une série de loi : reconnaissance du principe « à travail égal, salaire égal », la dépénalisation de l’avortement, le divorce par consentement mutuel, le congé de maternité, le principe de parité qui permet une loi sur l’égal accès aux fonctions politiques.

La réalité ne correspond pas toujours aux lois votées. « A travail égal, salaire égal » n’est certes pas acquis sauf dans la fonction publique. Je pointerai aussi le travail partiel qui touche surtout les femmes. Désiré parfois mais souvent imposé. On le sait aussi, peu de femmes ont accès aux plus hautes fonctions. Même si les femmes ont théoriquement accès à toutes les fonctions comme les hommes, les inégalités persistent.

Faut-il préciser que la situation des femmes est bien différente dans le monde. Ainsi, par exemple les filles n’ont pas toujours accès à l’enseignement.

Que dire de la charia qui établit des discriminations insupportables ! Port obligatoire de la burqa, mariage forcé, polygamie, la femme reste bien sous la tutelle de son mari. Il est d’ailleurs assez effrayant d’entendre un jeune qui a fait ses études en occident trouver normal de refuser de serrer la main d’une femme !

Les violences faites aux femmes sont bel et bien une réalité dans le monde et même chez nous. Viols, violences conjugales, mariages précoces ou forcés, mutilations génitales.

Les chiffres publiés par l’Unicef ou l’ONU sont glaçants. 720 millions de femmes victimes de mariages précoces, 7 % des femmes seront victimes d’un viol au cours de leur vie (86.000 en France), une femme sur trois a déjà été victime de violences dans le monde et en France, une femme décède tous les jours sous les coups de son conjoint.

Je m’en voudrais de rester en ce jour de la journée de la femme sur ce tableau très noir. Nous ne pouvons absolument pas oublier ce qui a été acquis au cours des siècles et je dirais même ces cinquante dernières années.

Je me rappelle que mariée je ne pouvais enseigner dans l’enseignement catholique, porter un pantalon, ouvrir un compte en banque…

Le monde a changé. Nous trouvons normal de voir des femmes siéger au parlement, diriger une commune ou même être à la tête d’une chaîne de télévision. La parité est cependant loin d’être atteinte.

Célébrons donc cette Journée Internationale des droits des femmes officialisée par les Nations Unies en 1977, même si, pour les femmes tout est loin d’être parfait.

 

ANNA DE NOAILLES.

Anna de Noailles

D’origine gréco-romaine, Anna de Noailles est née à Paris où elle vécut de 1876 jusqu’à son décès en 1933.

Son premier recueil de poésie « Le Cœur innombrable » a été couronné par l’Académie Française.

Elle a écrit neuf recueils de poèmes  dont « L’ombre des jours » « Les Eblouissements » « Les Forces éternelles » « Poème de l’amour », trois romans et une autobiographie « Le livre de ma vie ».

Elle fut la première femme commandeur de la Légion d’honneur et la première à être reçue à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.

Ô lumineux matin. 

Ô lumineux matin, jeunesse des journées,
Matin d’or, bourdonnant et vif comme un frelon,
Qui piques chaudement la nature, étonnée
De te revoir après un temps si long ;

Matin, fête de l’herbe et des bonnes rosées,
Rire du vent agile, oeil du jour curieux,
Qui regardes les fleurs, par le nuit reposées,
Dans les buissons luisants s’ouvrir comme des yeux ;

Heure du bel espoir qui s’ébat dans l’air vierge
Emmêlant les vapeurs, les souffles, les rayons,
Où les coteaux herbeux, d’où l’aube blanche émerge,
Sous les trèfles touffus font chanter leurs grillons ;

Belle heure, où tout mouillé d’avoir bu l’eau vivante,
Le frissonnant soleil que la mer a baigné
Eveille brusquement dans les branches mouvantes
Le piaillement joyeux des oiseaux matiniers,

Instant salubre et clair, ô fraîche renaissance,
Gai divertissement des guêpes sur le thym,
– Tu écartes la mort, les ombres, le silence
L’orage, la fatigue et la peur, cher matin…

 

ILIOS KOTSOU.

Ilios Kotsou

Ilios Kotsou est né en 1974 d’un père grec et d’une mère allemande. Emigré en Belgique, il travaille dans le bio puis devient manager de sportifs et d’étudiants stressés.

Titulaire d’un master en sciences du travail et formé à la thérapie brève, Ilios Kotsou a travaillé pendant plus de quinze ans en tant qu’expert et formateur dans le domaine de la gestion des conflits et du changement, notamment pour  Médecins sans frontières.

Il est cofondateur de l’association « Emergences » qui vise à partager les connaissances scientifiques et à financer des projets humanitaires.

Il a écrit de nombreux ouvrages : « Petit cahier d’exercices d’intelligence émotionnelle » « Psychologie positive : le bonheur dans tous ses états » « Petit cahier d’exercices de pleine conscience » « Se changer, changer le monde » « Eloge de la lucidité »

ELOGE DE LA LUCIDITE.

Le livre sous-titré « Se libérer des illusions qui empêchent d’être heureux » comprend une préface de Christophe André et une postface de Mathieu Ricard.

Deux parties : les chapitres consacrés aux idées communément admises dont l’auteur va démontrer que, contrairement à ce que nous croyons, elles empêchent le bonheur ; une deuxième partie intitulée « Les chemins de la lucidité »

Le livre commence par une citation de Blaise Pascal qui résume bien la pensée de l’auteur : « Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons vivre, et, nous dispensant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. »

L’auteur commente cette affirmation de Blaise Pascal en parlant du « piège de l’idéalisation »
Idéaliser le bonheur nous coupe de la réalité et nous empêche de l’apprécier quand il est à notre portée.

L’auteur développera cette idée en cinq chapitres.

  1. Les dangers de la lutte contre l’inconfort.

« Dans une situation difficile, l’inconfort se manifeste par des sensations et des émotions désagréables comme l’insatisfaction, la frustration, l’anxiété ou la tristesse. Pour éviter cela, nous avons coutume d’adopter comme stratégie la lutte contre nos propres émotions. (…) Nos émotions difficiles deviennent alors le centre de notre existence. Plus nous les combattons, plus elles s’intensifient. »

  1. Le mythe de la pensée positive.

« Les tenants de la pensée positive supposent que nous pouvons prendre l’ascendant sur nos pensées. Pouvoir se débarrasser de pensées inconfortables, négatives et les remplacer par des positives n’est peut-être pas si évident que cela. »

  1. Les mirages de la poursuite de l’estime de soi.

« La poursuite de l’estime de soi peut se révéler un facteur de stress et d’anxiété. Elle est souvent associée à des comportements perfectionnistes : pour avoir de la valeur, nous voulons correspondre à un standard que nous n’attendrons évidemment jamais. »

  1. L’impasse du nombrilisme.

« Le nombrilisme parce qu’il nous fige, clôt notre identité à quelques descriptions limitées de nous-mêmes, nous enferme, nous coupe des apprentissages que nous pourrions vivre et nous prive des expériences qui entreraient en contradiction avec cette conceptualisation. Cela revient à nous accrocher à l’histoire que nous nous racontons sur nous-mêmes, envers et contre tout. Nous nous chosifions, nous collons à ce masque, ce costume que l’on nous a fait endosser au fil des années. »

LES CHEMINS DE LA LUCIDITE.1. La tolérance.

     1. « Tolérer signifie aussi « supporter » ce que l’on désapprouve, ce qui nous fait peur. Tant  que nous sommes en réaction par rapport à nos inconforts intérieurs, ce sont eux qui dirigent notre vie. L’apprentissage de la tolérance nous demande d’avoir le courage de nous exposer à nos émotions et, quand nous les avons identifiées, d’accepter de les ressentir et de passer du temps avec elles. C’est, en d’autres mots, pouvoir entrer en amitié avec elles. »

  1. Le détachement.

« Lorsque nous confondons nos pensées avec la réalité, nous leur attribuons les mêmes caractéristiques et leur permettons de prendre le pouvoir sur nos vies. – Faire la différence entre le monde réel et celui de nos pensées est une première clef pour nous détacher d’elles. – Ne pas croire tout ce que notre tête nous raconte. »

      3.  La douceur envers soi.

« Comment se comporter avec autant de douceur tant envers soi qu’envers les personnes qui nous sont chères ? – La douceur envers soi fait appel à une capacité réflexive de compréhension et de bienveillance lorsque nous sommes confrontés à nos faiblesses, à des difficultés ou à des doutes. »

« Se considérer avec compassion, observer sa jalousie ou sa colère sans jugement nous permet de nous centrer sur le présent plutôt que de rester uniquement obsédé par le passé – Lorsque nous parvenons à nous pardonner à nous-mêmes, nous nous rendons capables de plus facilement pardonner aux autres. »

  1. L’élargissement de soi.

« Un être humain est une partie d’un tout que nous appelons Univers, une partie limitée dans le temps et l’espace. Il s’expérimente lui-même, ses pensées et ses émotions comme quelque chose qui est séparé du reste, une sorte d’illusion d’optique et de conscience. Cette illusion est une sorte de prison pour nous, nous restreignant à nos désirs personnels et à l’affection de quelques personnes proches de nous. Notre tâche doit être de nous libérer nous-mêmes de cette prison en étendant notre cercle de compassion pour embrasser toutes créatures vivantes et la nature entière dans sa beauté. » Albert Einstein.

Me voici au terme de la présentation du livre d’Ilios Kotsou. J’ai choisi des citations car il était très difficile de résumer sa pensée. Mon choix est évidemment subjectif et réducteur.

Ilios Kotsou s’appuie sur beaucoup d’auteurs et il nous narre plusieurs expériences menées par des spécialistes dont le lecteur retrouvera les noms dans une bibliographie à la fin du volume.

Il existe énormément de livres sur le thème : « Comment être heureux ? » L’originalité de l’auteur me semble être l’importance qu’il accorde à la nécessité de nous libérer de nos illusions. Accepter la vie, avec ses désagréments, ses souffrances. Etre lucide. Ce n’est pas facile mais cela pourrait être la clef  d’un véritable bonheur.