MAREK HALTER.

Marek Halter

Fils d’un imprimeur et d’une poétesse yiddish, né en 1936, Marek Halter s’échappe, avec ses parents, du ghetto de Varsovie, à l’âge de cinq ans. A leur arrivée en Ukraine, une patrouille de l’armée rouge les dirige vers Moscou, puis ils sont envoyés en Ouzbékistan. La famille s’installe à Paris en 1950. En 1951, il se rend en Israël et travaille dans un kibboutz. Revenu à Paris, il s’inscrit à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts. Sa première exposition a lieu à Buenos Aires en 1955.

En 1976, il publie son premier livre  « Le fou et les rois ». Il en écrira beaucoup d’autres : « Jérusalem » « Les Mémoires d’Abraham » «La Bible au féminin » « Je me suis réveillé en colère ».

FAITES-LE.

Le titre du livre vient d’une réplique de Steven Spielberg. Il l’avait rencontré en Pologne, en 1993, alors qu’il écrivait un documentaire sur les Justes. Spielberg, qui tournait La liste de Schindler, lui avait prêté les trains du film. Comme il lui disait qu’il faudrait parler plus souvent du bien que du mal, il lui avait répondu « Do it ! »

Son livre, bien qu’il s’en défende est une autobiographie. Il y raconte ses combats, ses réussites, ses échecs, ses colères, ses rencontres mais sans aucune chronologie. Ce qu’il souhaite : proposer un nouveau comportement dans le monde.

Son credo est l’importance de la parole : « La violence commence là où s’arrête la parole. 

Son combat principal sera la paix israélo-arabe. Après la guerre des six jours, il va, avec Sartre notamment, réclamer dès le cessez-le-feu, l’établissement de deux Etats, juif et palestinien, vivant côte à côte.

En 1969, il va rencontrer Yasser Arafat en Jordanie. Il avertit Golda Meir, Premier Ministre d’Israël. Son projet la met en colère et son allusion à Moïse qui est allé trouvé le Pharaon ne la convainc pas. Mais le lendemain, elle lui téléphone et lui dit « Va ».

Mais Arafat ne veut pas la paix, il espère bien avoir raison d’Israël avec l’appui du monde arabe. « A bientôt » lui ai-je dit. – Il me répondit : L’année prochaine à Tel-Aviv !- Sur le pas de la porte, je me retournai de tout mon corps et lui lançai : Si c’est vrai, monsieur le président , un jour avant je vous aurai tué ! »

Il reverra Arafat plusieurs fois en Jordanie, à Beyrouth puis à Tunis pour préparer les négociations d’Oslo, les seules, d’après lui, qui faillirent aboutir, puis à Gaza.

Il n’est plus très sûr que ces négociations aient servi à quelque chose même s’il trouve important la poignée de main historique entre Arafat et Rabin sur le perron de la Maison Blanche.

Au moment où il écrit son livre, il ne sait pas encore que les négociations viennent de reprendre. Qui peut encore croire qu’elles aboutiront ?

Le combat pour la paix au Proche-Orient est certainement celui qui lui tient le plus à cœur mais aussi le plus difficile.

C’est avec émotion qu’il raconte comment amenant des vivres, du matériel scolaire et des jouets aux enfants palestiniens, il leur avait remis des dessins sur la paix faits par les enfants de la ville israélienne de Sdérot, eux qui restent des heures dans des abris par crainte des roquettes tirées depuis la bande de Gaza. Shalom, salam.

Sa colère contre les terroristes est toujours aussi violente : « Je hais ceux qui au nom de leur foi ou de leur croyance, se donnent le droit d’ôter la vie. » Il cite Chateaubriand qui écrivait déjà dans les Mémoires d’Outre-Tombe : « Jamais le meurtre ne sera à mes yeux un objet d’admiration et un argument de liberté. Je ne connais rien de plus servile, de plus méprisable, de plus lâche, de plus borné qu’un terroriste. »

Il est impossible de rappeler tous ses combats. Il a encouragé la création de SOS Racisme et de Ni putes, ni soumises. Il est cofondateur de l’Action Internationale pour la paix.

Il a rencontré de nombreuses personnalités : Poutine, Marguerite Duras, Jean-Paul II, François Mitterrand, Nicolas Sarkozy, François Hollande et bien d’autres. Son livre fourmille d’anecdotes. Ainsi, sa rencontre avec Jean-Paul II à qui il conseille de mettre un message dans le Mur des Lamentations, à Jérusalem. Cette image a fait le tour du monde…

En 1979, Jacques Attali l’a entraîné dans une bataille qu’il considérait comme essentielle : celle contre la faim. L’ONG est devenue une des plus importantes du monde. (En parle-t-on ?)

Que je trouve justifiée sa colère contre ceux, qui bien nourris, arrachent le maïs transgénique et le piétinent avec rage devant les caméras de télévision ! On sait pourtant que ce maïs qui n’a pas besoin de beaucoup d’eau pourrait sauver des vies dans le monde. Pourquoi cet acharnement contre la recherche ?

C’est la première fois que j’entends un scientifique, Jean-Marie Lehn, Prix Nobel de chimie, parler aussi clairement. « Les OGM sont déjà partout autour de nous. Les pommes que nous mangeons sont le fruit de mélanges centenaires organisés par l’homme. Il y a longtemps que les vaches à lait ne sont plus des vaches sauvages. Les OGM ont commencé au néolithique, dès que l’homme s’est mis à labourer la terre et à modifier la nature. Et maintenant que l’on sait contrôler ces modifications, on aurait la frousse! »

Tout cela m’amène peut-être loin du « Faites-le » Je l’ai dit, Marek Halter parle surtout de ce qu’il a réussi à faire. Son raisonnement est très simple : je n’étais rien, j’ai pu faire cela, pourquoi pas vous ?

« Si vous avez un projet, si vous y croyez, faites-le. Si vous ne le faites pas, cela ne tient qu’à vous. Car les hommes sont ainsi qu’une fois engagé, vous trouverez toujours quelqu’un pour vous accompagner. »

Oui, la parole peut arrêter la violence, elle peut aussi faire mal, être impuissante et même appeler à la violence.

Nous regrettons certains silences et les échecs trop fréquents de la diplomatie.

Aujourd’hui, ce vendredi sera encore un jour de colère en Egypte. Un jour ensanglanté.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s