LES MOTS DES FEMMES.

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MONA OZOUF est l’auteur du livre « Les mots des femmes » suivi d’un essai  « Essai sur la singularité française. »

Mona Sohier est née en 1931 à Plourivo (Côtes-du-Nord). En 1955, elle a épousé Jacques Ozouf, historien ami de François Furet.

Agrégée de philosophie, elle s’est dirigée vers l’histoire et est devenue spécialiste de la Révolution française. Elle y a consacré de nombreux livres.

LES MOTS DES FEMMES.

Mona Azouf fait le portrait d’une dizaine de femmes en s’appuyant sur leurs écrits, livres et surtout correspondance. Elle s’intéresse à ce qu’elles disent du combat féministe et de leur féminité. Elle veut ainsi se distinguer de ses prédécesseurs comme Michelet ou Sainte-Beuve par exemple.

Elle illustre ainsi la condition féminine entre le XVIIIe et XXe siècle. Marie de Deffand, Isabelle Charrière, Manon Roland pour le XVIIIe, Germaine de Staël et Claire de Rémusat, au tournant du XIXe, George Sand et Hubertine Auclert, Colette qui ouvre le XXe siècle, enfin Simone Weil et Simone de Beauvoir.

Chaque chapitre est précédé d’une courte biographie. Elle qualifie aussi les femmes choisies par un adjectif qui, en somme, les résume. Madame du Deffand – Marie ou la féminité ; Madame de Charrière : Isabelle ou le mouvement ; Madame Roland – Manon ou la vaillance ; Madame de Staël – Germaine ou l’inquiétude ; Madame de Rémusat – Claire ou la fidélité ; George Sand – Aurore ou la générosité ; Hubertine Auclert – Hubertine ou l’obstination ; Colette – Gabrielle ou la gourmandise ; Simone Weil – Simone ou l’ascétisme ; Simone de Beauvoir – Simone ou l’avidité.

Certaines sont plus connues que d’autres mais les portraits sont toujours passionnants. Difficile parfois de suivre son raisonnement car elle fait appel aux personnages de ses héroïnes et même si elles citent leur livre, tout le monde n’a pas sa culture. Moi, je n’ai pas lu tous les livres qu’elle cite ou n’en ai plus qu’un vague souvenir.

L’auteur raconte aussi des rencontres, des jugements portés sur leurs contemporains, des anecdotes. C’est tout un monde que nous parcourons en lisant ses portraits.

J’ai l’intention d’en présenter plusieurs dans les semaines qui suivent. Une anecdote pourtant sur Simone de Beauvoir, bien à l’aise, on le sait, dans un monde dominé par les hommes.

« Le livre qui a fait sa réputation, l’énorme Deuxième Sexe est donc une œuvre de hasard. Elle admirait L’Age d’homme, le livre où Michel Leiris avait eu le courage de s’exposer, tel un torero, à la corne du jugement d’autrui, souhaitait prendre elle aussi le risque de l’autobiographie. Sartre qui s’entretient du projet avec elle, a l’intuition qu’une question préalable se pose et s’impose : qu’a signifié pour elle le fait d’être une femme ? Rien du tout, « ça n’a pour ainsi dire pas compté ». Comme il insiste, l’élève consciencieuse s’enferme pour deux ans à la Bibliothèque nationale. Elle y vole de surprise en surprise – la première, la plus forte, est de découvrir que toute femme qui entame son autoportrait doit commencer par ce truisme : « Je suis une femme », alors qu’un homme peut paisiblement passer outre. A mesure qu’elle progresse dans ses lectures se modifie aussi, car elle ne fait rien à moitié, sa vision du monde. De tout cela, elle émerge avec ce monument, à travers lequel le monde entier va la juger, et qui confirme, paradoxalement le « rien » dont elle était étourdiment partie. Etre femme, ce n’est rien, en effet, ni essence, ni destin. Mais pour la grande majorité des femmes, ce rien est tout, et voilà de quoi justifier huit cents pages. »

Un livre écrit par hasard comme celui de Benoîte Groult « Ainsi soit-elle » qui a apporté des révélations sur la situation des femmes comme l’excision et a été un véritable choc. Benoîte Groult reconnaissait récemment dans une interview qu’elle était devenue féministe très tard.

Je n’ai pas aimé « Le Deuxième Sexe » Je lui ai préféré « La femme mystifiée » de Betty Friedan, moins intellectuel, plus près de la réalité vécue par les femmes.

Dans son « Essai sur la singularité française » Mona Ozouf parle de ce qui oppose ces deux féministes : « Toute attachée qu’elle soit à la vision universaliste d’un féminisme de l’équité, Friedan est préoccupée par les aspects concrets de l’existence – la vie quotidienne des femmes est, il est vrai, plus difficile en Amérique qu’en France, le système d’assistance sociale beaucoup moins efficace. Toute séduite qu’elle soit par la différence, Beauvoir ignore les femmes réelles et tient un langage qui paraît à l’autre complètement désincarné. Dialogue de sourdes. »

Dans son essai, Mona Ozouf parle de la spécificité française au niveau du féminisme. D’après elle, la révolution française a donné tellement de droits aux femmes que même la revendication du vote n’était pas importante. (France : 1944). Elle insiste aussi sur le travail fait par l’école laïque  qui mettait les garçons à l’égalité avec les filles. La France a été longtemps le seul pays à accepter des institutrices mariées.

Mona Ozouf le dit clairement, elle n’aime pas le féminisme anglo-saxon même si elle trouve sommaire l’opposition  faite par certains entre le féminisme à la française, qui serait celui de l’égalité, et l’anglo-saxon, qui serait celui de la différence.

J’aurai l’occasion d’y revenir en parlant de certaines des femmes qu’elle a choisi de présenter dans son livre. Mais, il est clair qu’il a existé et existe encore plusieurs conceptions du féminisme.

Je ne résiste pas à citer l’allusion qu’elle fait aux « Lettres persanes » de Montesquieu.

« Ils débarquent en France sans avoir imaginé une seconde que l’esclavage des femmes puisse n’être pas fondé en nature. Ils reçoivent leur premier choc du spectacle que leur offre la vie parisienne : ici, une manière d’égalité entre les sexes, et la liberté. Pas de voiles, ni de grilles, ni d’eunuques. Des maris ruinés, déshonorés, bernés par leurs femmes. »

J’ai beaucoup aimé le livre de Mona Ozouf. Je n’ai pas très bien compris sa conception du féminisme. Elle cite tellement de monde (Montesquieu, Rousseau, Hume, Tocqueville) qu’il en devient difficile de comprendre en quoi elle adhère. Je sais que son livre a été mal accueilli dans certains milieux féministes.

Comme je le crois, il y a féminisme et féminisme. Les revendications des femmes européennes ne sont pas celles qui vivent dans d’autres pays du monde et se battent pour des droits précieux dont nous ne nous rendons plus compte de la chance que nous avons de les avoir. Et pourtant, la véritable égalité homme/femme n’est pas encore acquise, même chez nous.

 

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8 commentaires sur “LES MOTS DES FEMMES.

  1. Le Deuxième sexe a fait fonction de révélateur et a eu une influence importante sur plusieurs générations de lectrices et d’intellectuelles. Cette oeuvre va apparaître au fur et à mesure comme l’ouvrage fondateur du nouveau féminisme, comptant beaucoup dans l’histoire du mouvement des femmes. En 1953 aux Etats-Unis, une fois traduit, il y deviendra un classique très travaillé dans les universités et contribuera à la construction du concept de « gender », le genre, le sexe socialement construit. Le cinquantenaire récemment fêté montre la persistance de l’influence du Deuxième sexe.

  2. En outre, on sait que Sartre préférait de loin la compagnie des femmes à celle des hommes. Vous dites qu’il n’était pas un chantre du féminisme ; moi, je dirais qu’il n’était pas un chantre de la camaraderie virile.

  3. Je n’ai pas parlé de Sartre dans ce sens ! J’ai parlé de Simone de Beauvoir découvrant « la femme » en écrivant « Le deuxième sexe. »

  4. Or les particularités morphologiques et sexuelles de la femme ne sauraient justifier une quelconque infériorité par rapport à l’homme. Analysant les raisons millénaires qui accordent la suprématie « non au sexe qui engendre, mais à celui qui tue », Simone de Beauvoir incite les femmes à ne pas se laisser enfermer dans leurs « fonctions de femelles », à vivre comme des sujets conscients. A devenir des femmes libres.

  5. Le long lamento du mâle contemporain effaré par les célibattantes castratrices, une plainte que Natacha Polony prend, elle, tout à fait au sérieux. Journaliste à «Marianne» et enseignante de 30 ans, elle publie aujourd’hui «L’homme est l’avenir de la femme» (Lattès). «Le Deuxième Sexe»? «L’analyse la plus fine qui ait jamais été livrée d’un type humain aujourd’hui disparu: la femme telle qu’elle était jusqu’à la fin du XXe siècle.» Changement de décor complet en effet à ses yeux, la reproduction est désormais maîtrisée, et elle l’est par le biais des femmes. Ainsi, si «l’inégalité» persiste bien, c’est désormais selon elle… au détriment des hommes. Les garçons à iPod de 20 ans ont totalement intégré l’idéologie de la prétendue supériorité doucereuse des femmes, d’après elle, et le régurgitent sous forme d’un profond malaise. Le féminisme a perdu la boule, énonce-t-elle, il s’égare aujourd’hui dans la traque du sexisme, quand il ferait mieux de s’obséder de la répartition du pouvoir politique et professionnel qui, lui, laisse toujours à désirer. Et Natacha Polony de s’amuser de «ces éditos ringards de “Elle” combattant pour le droit à l’avortement comme si nous en étions restés à l’époque de Beauvoir».

  6. Merci pour votre commentaire. Je n’ai pas lu le livre de Natacha Polony. Je ne dirais pas que le féminisme a perdu la boule, il y a toujours eu plusieurs formes de féminisme. Ce n’est pas neuf de dire que la génération masculine actuelle souffre d’un « malaise ». Encore une fois, c’est un peu une généralisation. Je m’étonne des éditos ringards de « elle ». Mais, la véritable égalité professionnelle n’existe pas. Des entreprises engagent des femmes à des postes de responsabilité mais à un moindre salaire !

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