MEMOIRES D’UNE GEISHA.

livre

Yuki Inoué nous raconte la vie d’une geisha, Kinu, née en 1892. Nous sommes très loin de l’idée que nous nous faisons de la geisha. En occident, nous la considérons comme une artiste, danseuse, musicienne, experte dans l’art de servir le thé. Même l’encyclopédie Wikipédia nous demande de ne pas la confondre avec une prostituée. Et pourtant !

A l’âge de huit ans, Kuni est vendue par ses parents à une « mère » c’est-à-dire une tenancière de « maison de plaisir ». Elle commencera un long et très dur apprentissage pour devenir ce qu’elle considère comme son destin, une parfaite geisha.

Elle va à l’école mais sert de bonne à sa mère adoptive et aux autres geishas. Elle apprend l’art de la danse, à jouer du tambourin, à se coiffer, se maquiller, s’habiller, suivant des codes traditionnels très contraignants.

Elle ne connaît rien à la sexualité quand elle est « initiée » par un homme plus âgé, choisi par sa mère. Commence alors une vie où elle va de maison en maison pour danser, jouer du tambourin et avoir des relations sexuelles.

Tout est supplice. Peu nourrie, privée de sommeil, maltraitée par les professeurs, humiliée, rien ne lui est épargné. Et pourtant, elle n’a qu’un seul rêve, devenir une geisha renommée.

Elle va chercher à travailler le plus possible car elle est obligée de rembourser ce que ses parents ont reçu quand ils l’ont vendue. De plus, les cours de danse ou de musique, les kimonos, tous les frais s’ajoutent à sa dette qu’elle mettra des années à rembourser.

Elle finira par acheter une maison pour sa mère, s’endettant encore plus, puis s’enfuira. Après la mort de sa mère, elle retournera dans le quartier de sa jeunesse et deviendra elle-même patronne d’une maison de plaisir. Mais les temps ont changé, les anciennes règles ont été abolies, les nouvelles geishas ne vivront plus ce qu’elle a vécu.

Les extraits vous donneront une idée du livre car je n’ai nullement l’intention de retracer l’apprentissage de Kinu. Habillage, coiffure, maquillage sont longuement décrits dans l’article de Wikipédia, très illustré.

Je n’ai pas vu les films ou lu d’autres livres traitant du même sujet. Mais je puis cependant dire que le livre de Yuki Inoué, écrit par une japonaise, recueillant des confidences, nous donne une autre idée de ce qu’était vraiment la vie d’une geisha. C’est l’envers du décor.

Le livre est bouleversant. Les dialogues entre l’auteur et Kinu sont des témoignages de difficultés assumées, de courage, de dignité. Touchants aussi les aveux d’autres geishas cherchant parfois désespérément un protecteur qui leur assurera une vie meilleure par les cadeaux ou l’argent bien utile pour apurer leurs dettes. Et que dire de cette aspiration considérée comme un bien suprême, devenir une concubine !

EXTRAITS.

« Quand sa femme, Mine, à qui son mari imposait toujours le silence avait appris qu’il allait vendre leur fille dans une maison de geishas, elle s’était mise en travers de la porte pour l’empêcher de sortir. – M’enfin… ça sera pas une prostituée ! Ca sera une geisha. Ferme-la. »

« Je me répétais jour après jour : J’ai hâte de porter un furisode, le magnifique kimono à longues manches des apprenties geishas. Je veux marcher avec légèreté et élégance. Parfois, au coin d’une rue, après avoir vérifié que personne ne me regardait, j’avançais en relevant discrètement un pan de mon kimono, comme font les grandes soeurs qui laissent voir leur vêtement de dessous coloré. J’étais fière de me prendre pour une geisha. »

« Et puis, les leçons de tambour… Avant de taper l’instrument, je trempais mes doigts dans une cuvette en fer blanc remplie d’eau à ras-bords. (…) Je n’étais qu’une enfant et je ne comprenais pas pourquoi on me faisait faire telle ou telle chose… Je me contentais d’obéir aveuglément. Nous étions dressées à ne pas discuter les ordres, ni à nous révolter. Nous n’en avions d’ailleurs pas la force. »

« La mère, une maniaque de la propreté, enseignait scrupuleusement le balayage, l’essuyage, l’astiquage… (…) Kinu astiquait les paliers, l’escalier… essuyait chaque traverse de shôt, les portes ou fenêtres coulissantes à lattis tendus de papier. »

« Le mizu-age de Kinu, littéralement « la montée de l’eau, autrement dit le dépucelage, eut lieu au printemps de ses quinze ans. (…) Je me demandais si c’était terminé, si la séance de mizu-age était finie. Je suis restée allongée, immobile, malgré mon envie folle d’aller aux toilettes et je me retenais désespérément tant j’avais peur de voir du sang couler. »

« Beaucoup de patronnes détestaient voir les geishas « celles qui excellent dans les arts » entreprendre l’étude de la lecture et de l’écriture. Il était en effet habituel d’interdire les journaux jusqu’à la fin du remboursement de la dette (…) Kinu s’entendait dire : « Tu pourrais devenir dérangeante ». Et puis surtout, ne lis pas de livres. Si tu deviens savante, tu ne pourras jamais trouver un protecteur. »

« Kinu faisait très attention à sa toilette. Elle devait disposer d’un très grand nombre de ceintures et de kimonos pour répondre aux multiples invitations à danser jour après jour. Les clients étaient satisfaits mais en contrepartie, « sa dette à l’okiya augmentait. »

« L’après-guerre vit apparaître une nouvelle race de jeunes geishas à Higashi-Kuruva. Dans le quartier réservé où avaient été abolies les anciennes règles, les femmes semblaient contentes de leur sort. Nombre d’entre elles sortaient de l’école supérieure de filles. Beaucoup comme autrefois, devenaient geishas en raison de la pauvreté de leurs parents, mais pour celles-ci, la vie s’était améliorée. Plusieurs cependant entraient dans ce milieu par choix personnel et venaient de familles aisées. »

L’histoire est pleine de femmes sacrifiées dans toutes les civilisations. Maintenant encore nous savons que la maltraitance des femmes est une réalité. Bien sûr, il y a eu d’immenses progrès dans la condition des femmes même si l’égalité homme/femme si souvent revendiquée n’est pas réalisée. Assumer un travail professionnel, l’éducation des enfants, la gestion du ménage est souvent une tâche très lourde. La liberté conquise se paie parfois très cher. Assumer tout après un divorce, même souhaité, n’est pas facile.

Je voudrais être optimiste. Malheureusement, l’actualité ne me le permet pas. Le printemps arabe, la liberté revendiquée par les femmes dans les manifestations, n’apparaît plus comme allant de soi. La menace de la charia comme source de droit est une réalité et une trahison de la lutte des femmes pour la dignité.

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4 commentaires sur “MEMOIRES D’UNE GEISHA.

  1. Geisha… ou l’art de ne pas appeler un chat un chat. J’ai toujours ressenti en lisant la littérature japonaise, un profond malaise que tu éclaires parfaitement dans la présentation que tu fais de ce livre. Quand l’art veut tenter de cacher la misère de l’esclavage et de la prostitution, doit-il séduire?
    Effectivement le rapprochement avec la charia semble tout naturel quand on entend dans la bouche de prédicateurs égyptiens qui enseignent comment battre sa femme sans que cela se voit, le tout pour répondre « au mieux » à un soi-disant dieu. Sexualité mal assumée, machisme restent malheureusement moteurs de nombre de sociétés.

  2. Bonjour et merci pour le partage !
    Ce voile levé sur la réalité du monde sordide des Geishas est essentiel, comme toutes vérités bonnes à dire afin d’éclairer l’humanité sur ce qu’elle voudrait cacher au détriment de la dignité.

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