GUY RACHET : THEODORA.

Théodora mosaîque de Ravenne

Lors d’un voyage, j’avais éprouvé une grande émotion en découvrant une mosaïque dans l’église Saint-Vital à Ravenne, représentant Théodora, impératrice d’Orient. J’ai eu envie de relire le livre que Guy Rachet lui avait consacré peut-être pour me replonger dans un tout autre monde, celui de Byzance au début du VI siècle. Si l’auteur n’est pas historien, c’est un archéologue reconnu qui a toujours eu un vif intérêt pour l’Egypte, la Grèce et le Moyen-Orient. Il a écrit plus d’une cinquantaine de livres dont « Théodora – Impératrice d’Orient ». Son livre est une biographie romancée mais basée sur des documents notamment les écrits de Procope qui est d’ailleurs un des personnages du livre.

« Par ce bel été de l’an 512 de L’Incarnation, Constantinople brillait de tout l’éclat de sa splendeur encore nouvelle. Les tuiles roses et brunes des mille coupoles de ses églises et de ses thermes prenaient dans le soleil des teintes mordorées, s’harmonisaient avec les verts des jardins et des places, contrastaient avec la blancheur scintillante des marbres des monuments publics. »

Byzance, comme ses habitants préfèrent l’appeler, est une ville animée, où se succèdent des fêtes, des mimes, des courses de char, des spectacles, des banquets. L’empereur est Anastase qui règnera jusqu’en 518. La langue de la liturgie et de la population est le grec.

La ville est agitée par les conflits religieux. Bien que depuis l’empereur Constantin, la religion chrétienne soit la religion officielle de l’empire, la population ne l’est, comme le dira un personnage, que parce qu’il était de bon ton de l’être. Les chrétiens sont divisés sur la nature du Christ. Comme l’empereur lui-même, certains pratiquent la religion monophysisme c’est-à-dire affirment que le Christ n’a qu’une seule nature et qu’elle est divine. Celle doctrine a été condamnée par le concile de Chalcédoine en 451 pour qui le Christ est à la fois vrai Dieu et vrai homme, en une seule personne. De plus, beaucoup continuent à adorer les anciens dieux en secret.

De plus, superstitions et mythologie grecque sont très présentes, les jeunes gens professent leur amour des dieux et des déesses grecques. Les prêtres chrétiens abjurent les jeunes gens de renoncer à la débauche et à l’adoration des anciens dieux. Ceux-ci ne sont pas impressionnés et rappellent, avec malice, que Constantin n’a été baptisé que sur son lit de mort.

Théodora croit être née d’un père gardien d’ours à l’hippodrome et d’une mère actrice et courtisane de renom. Sa mère lui révèlera plus tard que son père est un prêtre chrétien monophysiste. Elle lui expliquera le secret de sa naissance qui sera la première révélation qu’elle aura d’un destin hors du commun. « L’heure de ta naissance, je ne l’ai pas oubliée : il était onze heures du matin selon le compte des Romains, et le soleil était près du zénith. Mais ce jour-là, il y eut un étrange phénomène. Peu après ta naissance, le ciel s’est couvert et on y a vu un éclair qui, au lieu de descendre, a semblé s’élever du sol vers la nue : il paraît que c’est un phénomène qui se produit parfois, mais c’est aussi un signe céleste et j’ai voulu l’attribuer à ta venue au monde car j’avais prié Aphrodite pour que tu aies un beau destin. »

Si Théodora a demandé à sa mère l’heure de sa naissance c’est parce qu’elle désire que Jean de Stobi établisse son horoscope. Il va lui confirmer qu’elle acquerra une grande renommée. « Tu as en toi toutes les qualités pour réaliser une brillante réussite, mais il ne manquera pas , sur la route de cette gloire, ni embûches, ni moments de misère. Cependant ne sois jamais désespérée car tu es assurée du succès final. »

Quand l’auteur commence son récit, Théodora a treize ans. Ce qui est très rare à l’époque, elle a appris à lire et à écrire. Elle sert de servante à sa soeur dans les mimes. et est déjà remarquée pour sa beauté. « Quand je vous aurai dit qu’elle a de longs cheveux bouclés, noirs et brillants comme une nuit étoilée, de grands yeux pétillants d’esprit et de malice, un visage à l’ovale parfait et un teint d’une éclatante pâleur vous n’aurez aucune idée du charme qui rayonne de ce visage, de la voluptueuse langueur de ses expressions, de la grâce de son corps menu. »

De son charme, elle va en user, Théodora. Elle deviendra la mime la plus célèbre, sous le nom de Panarète, collectionnant les amants pour leurs cadeaux, surtout des bijoux comme c’est l’usage pour les courtisanes.

Voici comment Guy Rachet décrit un des mimes de Théodora : « Avant de se lancer dans sa danse, elle s’était dépouillée de sa robe et de ses chaussures, ne conservant que ses bijoux pour parer sa brillante nudité. Avec un art incomparable, elle savait modeler ses mouvements sur la musique sans qu’ils perdissent leur pouvoir évocateur, et en simulant l’extase amoureuse de Léda, lorsque le cygne divin l’ensemence pour engendrer les oeufs d’or d’où naquirent Castor et Pollux, Hélène et Clytemnestre, elle mêlait tant de grâces à la lubricité de ses gestes que, transfigurés par l’art, au lieu d’en paraître choquants ou luxurieux, ils en devenaient plaisants tout en exaltant le désir. »

Adulée, Théodora va devenir riche, acheter une maison, être invitée aux plus prestigieux banquets et même s’initier à la lutte. Hommes et femmes sont mélangés. Ils luttent nus, le corps enduit d’huile.

Théodora va rencontrer Justinien, qui n’est qu’un fonctionnaire mais aspire, en secret, à devenir empereur. Amoureux de Théodora, il ne deviendra pas son amant et lui souhaitera d’acquérir la vraie sagesse.

Le destin de Théodora va basculer. Hécébole va lui affirmer qu’il l’épousera si elle accepte de le suivre en Cyrénaïque et qu’elle connaîtra la gloire. Au grand étonnement de ses amis, elle accepte, vend tous ses biens et s’embarque avec lui.

Elle est tombée dans un piège tendu par Xénaïas à qui elle est livrée comme esclave. Il se venge de l’humiliation qu’elle lui avait infligée quand elle l’avait affronté lors d’une vente d’esclaves au cours de laquelle elle avait renchéri contre lui.

Elle finira par s’échapper et rencontrera un ermite Isidore chez qui elle vivra deux ans et apprendra la sagesse. Elle mettra au monde une petite fille, fruit de ses relations avec Xénaïas. Quand elle sera prête, elle rejoindra Byzance où elle vivra modestement en filant la laine qu’elle revendait à un tisserand.

Elle va rencontrer son ami Paul qui s’étonnera de son changement de vie. « Je pense avoir acquis une certaine sagesse. » Paul lui apprendra la mort d’Anastase et que son neveu Justin a été élu empereur. Théodora lui demandera de ne pas divulguer son retour.

Le roman se termine comme un conte de fées. Justinien s’est assuré qu’elle était devenue chaste et vivait pauvrement. La loi qui interdisait d’épouser une courtisane a changé. Il lui propose le mariage et Théodora deviendra impératrice de l’Empire byzantin.

Comme elle est agréable cette plongée dans Byzance qui, pendant quelques heures, m’a fait oublier le monde réel dans lequel je vis et qui, trop souvent, me désespère.  L’auteur a romancé la vie de Théodora ? Peu importe ! Historiquement, c’est bien une ancienne courtisane qui est devenue impératrice.

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