MOLIERE.

Molière

Une vieille polémique a ressurgi ces derniers jours à la télévision : Molière est-il l’auteur de ses pièces? Un documentaire a été diffusé par France3 dans l’émission « L’ombre d’un doute ». Des spécialistes se sont affrontés, s’appuyant notamment sur le livre de Pierre Louys, écrit en 1919. Pour lui, Corneille aurait écrit les pièces de Molière. Ainsi, le grand Corneille, membre de l’Académie française, condamné à écrire des tragédies, ayant besoin d’argent aurait été tout heureux d’écrire les comédies – en tout ou en partie – de Molière. Verdict des travaux faits à l’ordinateur avec un logiciel de comparaison : les vers de Molière sont très proches de ceux de Corneille. Autre argument :  Molière a séjourné six mois à Rouen, Corneille a déménagé à Paris pour être proche du célèbre comédien.

Dans « Secrets d’histoire » l’émission de France2 présentée par Stephan Bern, une allusion est faite à cette polémique. L’accent mis sur la jeunesse de Molière – études classiques, très sérieuses faites chez les Jésuites – semble contredire ceux qui affirment qu’il était incapable d’écrire ses pièces et était, avant tout, un homme d’affaires comme son père dont il avait repris la charge de tapissier du roi.

Quoiqu’il en soit, tous sont d’accord pour affirmer que par son génie de comédien il a révolutionné le théâtre de l’époque. Nul n’ignore l’importance qu’il apportait aux costumes, à la musique, la collaboration de Lully, l’appui de Louis XIV et le succès populaire dépassant tout ce que l’on peut imaginer.

Dans ma jeunesse, j’étais partagée : aimais-je plus Corneille ou Racine ? Cela dépendait sans doute de mon état d’esprit. Je pense quand même que Racine l’emportait. J’aimais moins Molière sauf « Le Misanthrope«  qui reste une de mes pièces préférées.

L’intrigue est simple. Alceste, l’intransigeant, est amoureux de Célimène, une jeune coquette. Son ami Philinte ne comprend pas cet amour. La pièce finit mal puisque Célimène refuse de se retirer dans le désert comme le lui demande Alceste.

Je n’ai pas l’intention d’analyser la pièce, je ne suis plus prof  mais simple blogueuse !

Plusieurs scènes me reviennent en mémoire. Celle dite du sonnet dans laquelle Orante essaie en vain d’obtenir l’approbation d’Alceste qui finit par lui dire : « Franchement, il est bon à mettre au cabinet ». « Ce style figuré, dont on fait vanité / Sort du bon caractère, et de la vérité; / Ce ne sont que jeu de mots, qu’affectation pure, / Et ce n’est point ainsi que parle la nature / Le méchant goût du siècle, en cela me fait peur ».

Une autre scène appelée souvent »la tirade de Célimène » est un régal. Elle répond à Arsinoé, la prude, qui l’accuse d’être une coquette, de manière magistrale.

Je voudrais pouvoir reproduire tous les dialogues entre Alceste et son ami Philinte. Ainsi dans la première scène du premier acte où Alceste reproche à Philinte d’avoir le coeur corrompu : « Allez, vous devriez mourir de honte, / Une telle action ne saurait s’excuser, / Et tout homme d’honneur s’en doit scandaliser, / Je vous vois accabler un homme de caresses / Et témoigner pour lui, les dernières tendresses (…) Et quand je vous demande après quel est cet homme, / A peine pouvez-vous dire comment il se nomme (…) Morbleu, c’est une chose indigne, lâche, infâme, / De s’abaisser ainsi, jusqu’à trahir son âme : / Et si par malheur, j’en avais fait autant, / Je m’en irais de regret, pendre tout à l’instant. »

Et encore, dans la même scène : « (…) Et c’est n’estimer rien, qu’estimer tout le monde / (…) Je veux qu’on me distingue, et pour le trancher net, / L’ami du genre humain n’est point du tout mon fait. »

Philinte répliquera avec ce qu’on pourrait qualifier de sagesse :« Il est bien des endroits, où la pleine franchise / Deviendrait ridicule, et serait peu  permise; / Et parfois n’en déplaise, à votre austère honneur, / Il est bon de cacher ce qu’on a dans le coeur ».

Le dialogue se poursuivra sans qu’Alceste n’en démorde. A Philinte qui lui dit : « Vous voulez un grand mal à la nature humaine! (…) Tous les pauvres mortels, sans nulle exception, / Seront enveloppés dans cette aversion ? / Encor en est-il bien, dans le siiècle où nous sommes… ».

Réponse d’Alceste  : « Non, elle est générale, et je hais tous les hommes : / Les uns, parce qu’ils sont méchants et malfaisants; / Et les autres pour être aux méchants complaisants « .

Tac ! Pauvre Alceste qui est amoureux fou de Célimène. Une conception bien étrange de l’amour puisqu’il l’accable de reproches, allant jusqu’à se plaindre de l’aimer : « On me laisse tout croire, on fait gloire de tout; / Et cependant mon coeur est encore assez lâche / Pour ne pouvoir briser la chaîne qui l’attache, / Et pour ne pas s’armer d’un généreux mépris / Contre l’ingrat objet dont il est trop épris ! »

La réponse de Célimène à Alceste est sans appel : « Non, vous ne m’aimez point comme il faut que l’on aime. » Alceste jaloux, mais fier de l’être, répondra : « Oui, je voudrais qu’aucun ne vous trouve aimable, que vous fussiez réduite en un sort misérable »

La pièce finit mal puisque Célimène n’accepte pas de fuir dans un désert comme Alceste le lui propose : « La solitude effraie une âme de vingt ans /  Je ne me sens point la mienne assez grande, assez forte / Pour me résoudre à prendre un dessein de la sorte. »

Réponse inouïe que celle d’Alceste : « Non, mon coeur à présent, vous déteste,  / Et ce refus, lui seul, fait plus que tout le reste. / Puisque vous n’êtes point en des liens si doux; / Pour trouver tout en moi, comme moi tout en vous / Allez, je vous refuse, et ce sensible outrage, / De vos indignes fers, pour jamais me dégage. »

D’autres vers mériteraient bien d’être repris. Ainsi cette réplique de Philinte à Alceste : « Non, je tombe d’accord de tout ce qui vous plaît, / Tout marche par cabale, et par pur intérêt » Mais sa sagesse le reprend vite : « Si tous les coeurs étaient francs, justes, et dociles, / La plupart des vertus nous seraient inutiles « 

J’aime aussi beaucoup ces vers qui rendent Alceste plus sympathique : « Non, de trop de soucis, je me sens l’âme émue, / Allez-vous-en la voir, et me laissez, enfin / Dans ce petit coin sombre, avec mon noir chagrin. »

En me replongeant dans Molière pour écrire ce billet, je comprends pourquoi cette pièce est restée dans mon souvenir. L’amitié de Philinte pour Alceste, l’amour fou même s’il est ombrageux d’Alceste pour Célimène, la coquetterie de celle-ci, tout me semble terriblement actuel.

 

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