JACQUES BREL.

 

Un début d’année est toujours un peu nostalgique. Amis perdus ou oubliés vous reviennent en un cortège de regrets ou de souvenirs heureux. Je veux commencer cette année par l’évocation d’un grand compositeur et chanteur quasi oublié. Jacques Brel. Même s’il a vécu en France, il n’a jamais oublié son pays natal qu’il a si bien chanté. Ce qui se passe aujourd’hui l’affligerait, j’en suis certaine.

Né le 8 avril 1929 à Schaerbeek, dans une famille catholique flamande, il a peu de goût pour l’école sauf pour le cours de français. Il fait partie de « Ceux qui ont la chance / D’apprendre dès leur enfance / Tout ce qui ne leur servira pas ».

Dès l’âge de quinze ans, il écrit des poèmes, crée une troupe de théâtre avec quelques copains. Il travaille de 1947 à 1953 dans la cartonnerie familiale au service commercial. Il compose ses premières mélodies sur le piano familial et sa guitare et, à partir de 1952, des chansons qu’il interprète dans le cadre familial et dans des cabarets bruxellois.

Sa femme Miche, épousée en 1950, le dissuade d’envisager une carrière de chanteur mais il persévère et en 1953 s’installe en France. Il vit seul dans un petit appartement et gagne un peu d’argent en donnant des leçons de guitare. Jacques Canetti, découvreur de talents chez Philips, propriétaire du cabaret « Les Trois Baudets » lui conseille de participer au festival de Knokke-le-Zoute où il se classe avant-dernier !

1955 sera une année importante. La sortie de son premier 33 tours, sa rencontre avec Georges Pasquier qui deviendra son régisseur et son meilleur ami à qui il dédiera la chanson Jojo. Un an plus tard, le pianiste François Raubert devient son accompagnateur et paraît son premier grand succès public « Quand on n’a que l’amour. »

Il ne connaîtra plus que le succès et enchaînera les galas. Il n’hésitera pourtant pas à parcourir la France, à chanter dans de très petites salles ou même dans des meetings syndicalistes ou politiques. Il est tout entier à son public mais refusera de jouer le jeu en se pliant à la tradition des rappels.

C’est en pleine gloire, en 1967, qu’il jouera dans « Les risques du métier » d’André Cayatte et en 1969, dans « Mon oncle Benjamin » d’Edouard Molinaro. Il produira « Franz » en 1971 et jouera au côté de Lino Ventura dans « L’Emmerdeur ».

Je citerai aussi le succès de « L’homme de la Mancha » créé au Théâtre de la Monnaie en 1968.

En 1974, il abandonne le spectacle et part en voilier avec Maddly Bamy rencontrée lors du tournage de « L’Aventure, c’est l’aventure » de Claude Lelouch. Il est déjà malade et après avoir été opéré d’un cancer au poumon il décide de partir pour les Marquises où il devient pilote privé, conduisant les habitants entre Hiva-Ova (Marquises) et Tahiti, un vol d’environ cinq heures.

Malgré la maladie, il revient à Paris en 1977 pour enregistrer son dernier 33 tours. La chanson « Les Marquises » qui clôt l’album se termine par ces mots : « Veux-tu que je te dise / Gémir n’est pas de mise / Aux Marquises ». Il meurt le 9 octobre 1978 à l’hôpital Avicenne de Bobigny.

C’est le Jacques Brel, compositeur et chanteur, que j’ai aimé. Ses prestations sur scène sont inoubliables. Il vivait ses chansons. J’avouerai qu’il m’a souvent fait pleurer tant son émotion était intense.

C’est un vrai poète. Il est impossible de citer toutes ses chansons mais quelle poésie que « On a vu souvent / Rejaillir le feu / D’un ancien volcan / Qu’on croyait trop vieux / (…) Et quand vient le soir / Pour qu’un ciel flamboie / Le rouge et le noir / Ne s’épousent-ils pas » (Ne me quitte pas)

Quelle tendresse dans « Les Vieux » écrite après la mort de ses parents : « Les vieux ne bougent plus (…) Et s’ils sortent encore bras dessus bras dessous tout habillés de raide / C’est pour suivre au soleil l’enterrement d’un plus vieux, l’enterrement d’une laide / Et le temps d’un sanglot / oublier toute une heure la pendule d’argent / Qui ronronne au salon, qui dit oui, qui dit non, / Et puis qui les attend. »

Quel humour féroce dans « Ces gens-là »: « Faut vous dire Monsieur / Que chez ces gens-là / On ne pense pas Monsieur / On ne pense pas on prie » qui continue  sur un ton lyrique » « Et puis et puis / Et puis il y a Frida / Qui est belle comme un soleil /  (…) « Les autres ils disent comme çà / Qu’elle est trop belle pour moi / Que je suis tout juste bon / A égorger les chats »

Que de chefs-d’oeuvre : « Marieke » « Amsterdam » »Mathilde » « Le dernier repas » « Jef » »Jaurès » »Jojo » »La Valse à mille temps » et tant d’autres.

C’est une vraie peinture que celle de « Bruxelles » :  « Place de Brouckère on voyait des vitrines / Avec des hommes des femmes en crinoline / Place de Brouckère on voyait l’omnibus / Avec des femmes des messieurs en gibus »

Sentimental, Jacques Brel, dans « Madeleine » : « Ce soir j’attendais Madeleine / J’ai apporté des lilas / J’en apporte toutes les semaines / Madeleine elle aime bien ça/ « 

Si mon billet est un hommage à Jacques Brel, c’est surtout un souvenir. La musique est inséparable des paroles. Je peux citer des vers, je ne peux pas recréer l’émotion. Je ne veux pas non plus en parler comme un prof, relever la métrique très diversifiée de ses chansons.

J’ai été heureuse d’en parler. Je me suis fait plaisir en ce 3 janvier. C’est tout.

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5 commentaires sur “JACQUES BREL.

  1. J’avais 15 ans quand Jacques Brel est mort. Je le croyais éternel. Je connaissais déjà tout son répertoire. Aujourd’hui encore aucune de ses chansons ne m’a quittée et si la mémoire venait à me manquer, j’ai l’intégralité de son oeuvre et des vidéos de quelques spectacles.
    Le grand Jacques ne peut pas nous quitter. Est-ce à cela qu’on reconnait un artiste?

  2. Incroyable, je mets le lien et elle apparaît ! Je l’avais pourtant mise et j’avais eu le message : visible seulement sur You Tube i

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