JEAN-PIERRE LUMINET.

Né en 1951, Jean-Pierre Luminet est astrophysicien et directeur de recherche au CNRS. Récompensé par de nombreux prix pour ses travaux scientifiques, il est membre de plusieurs académies et a publié plus de cent cinquante articles pour des revues spécialisées, des dictionnaires et des encyclopédies. Il a toujours essayé d’établir des ponts entre les sciences et les lettres, d’où des ouvrages de vulgarisation scientifique et des romans traitant des grandes découvertes. Il a également publié des recueils de poésie.

La communauté astronomique a rendu hommage à son oeuvre scientifique en donnant le nom de « Luminet » à la petite planète n° 5523 découverte en 1991.

« La perruque de Nexton »(voir billet du 24 mai 2010)

L’OEIL DE GALILEE.

Le roman commence à Prague en 1601 par l’enterrement de Tycho Brahé, astronome danois. L’auteur va retracer la vie de Johannes Kepler. Il parlera longuement de ses découvertes mais aussi du climat scientifique de l’époque, de ses rapports avec Galilée, qu’il n’a jamais rencontré. Le roman est bourré d’anecdotes qui nous apportent beaucoup d’informations sur qui était Képler. Il nous deviendra vraiment familier.

Le livre est aussi une vaste fresque historique, difficile à suivre et que je ne puis retracer dans ce billet. Les personnages sont nombreux et, même si Jean-Pierre Luminet en trace une courte biographie à la fin du livre, ils nous sont pour la plupart inconnus.

Le narrateur est un diplomate anglais sir John Askew qui arrive à Prague le lendemain de la mort de Tycho. Il espérait profiter de ses observations pour un projet de fondation d’une compagnie de Virginie et surtout profiter de son génie de la mécanique pour concevoir avec lui les meilleurs instruments de navigation.

Kepler, après la mort de Tycho, dont il s’est approprié les travaux, est nommé mathematicus impérial de l’empereur Rodolphe II, empereur du Saint Empire germanique.

Il est d’abord connu pour ses horoscopes très demandés et son étude sur l’orbite de Mars qui lui prendra des années. Mais il restera dans l’histoire pour avoir vérifié et prouvé l’hypothèse héliocentrique (la terre tourne autour du soleil) de Nicolas Copernic et avoir découvert que les planètes ne tournent pas en cercle parfait autour du soleil mais en suivant des ellipses.

Kepler vient d’une famille modeste ce qu’il considère comme une injustice : « L’injustice commise par la nature, qui avait fait de lui un fils de rien, pauvre et souffreteux. » Il cherchera toute sa vie à se faire aimer au contraire de Galilée qui aimait se faire haïr. Il se moquait souvent de son physique mais, le comble pour un astronaute, il était myope comme une taupe.

Quand il est en possession de la lunette astronomique perfectionnée par Galilée, il organise une séance d’observation demandant aux participants d’écrire ce qu’ils ont vu, sans se parler pour ne pas s’influencer. Voilà ce que dit sir Askew : « Passés les premiers instants d’émotion, je pus distinguer trois petits points brillants situés près de la planète, et disposés selon une ligne exactement droite : les lunes de Jupiter, forcément ! Bien qu’égales aux autres étoiles en grandeur, elles étaient plus resplendissantes. Me mordant les lèvres pousser un cri d’admiration devant tant de beauté, je tentai de graver cette vision dans ma mémoire. » Les découvertes de Galilée étaient confirmées.

« Maintenant que j’ai vu tout cela, me voici en paix. »Dans les jours qui suivirent , Kepler répéta souvent cette phrase. Et il ne mentait pas. Sa puissante imagination, son regard tourné vers l’intérieur, son esprit visionnaire, sa lucidité coupante comme un rasoir avaient su voir ce que ses pauvres yeux n’avaient pas pu contempler, bien mieux que tous ceux qui avaient eu le privilège de regarder derrière le télescope avant lui ou avec lui, bien mieux même que Galilée. »

Il est important de souligner que Kepler, protestant, avait la liberté d’exprimer ce que Galilée, catholique et Copernic avant lui, n’avaient pas pu faire même sous la forme d’hypothèse. Il pourra ainsi publier les trois relations mathématiques qui régissent les mouvements des planètes sur leur orbite. (lois de Kepler). Elles seront exploitées plus tard par Isaac Newton pour élaborer la théorie de la gravitation universelle. Kepler sera bien le seul homme au monde qui aura, par la preuve mathématique, put faire de la théorie héliocentrique une réalité indubitable.

Il mènera un autre combat, bien dans l’esprit du temps, pour défendre sa mère Catherine, accusée de sorcellerie. Elle restera quinze mois en prison, malgré ses dénégations.« Je ne suis pas une sorcière, je n’ai jamais jeté un sort à quiconque, ni empoisonné autrui (…) Faites de moi tout ce que vous voudrez, brisez-moi les membres, arrachez toutes mes artères une à une, pelez-moi la peau comme à une pomme…) Défendue par son fils, elle fut sauvée in extrémis du bûcher.

Kepler s’intéressait aussi à la théologie. Il vivra très mal son excommunication par un pasteur rabique. Il avait beaucoup d’humour parfois proche du cynisme. Ainsi, apprenant la naissance de son garçon, il s’exclame : « Comme si je n’avais que ça à faire, moi ! Ce garçon manque vraiment d’éducation pour s’inviter ainsi à l’improviste, alors que j’étais sur le point de découvrir l’orbite de Mars. Une bonne fessée en guise de baptême et il ne recommencera pas de sitôt à déranger son père en plein travail. »

Mais, qu’on ne s’y trompe pas, il était tout autre. Ainsi ce passage : « A le relire aujourd’hui, je crois l’entendre et me surprends à sourire de ses pitreries, la main claquant le front, l’oeil brumeux du myope brillant d’une lueur de malice, un fin sourire soigneusement disissimulé derrière la barbe drue. » Il s’est marié deux fois, a eu de nombreux enfants. Il mourra à Ratisbonne le 15 novembre 1630.

Galilée s’est ‘humilié devant l’Eglise en abjurant ses convictions. Il fut assigné en résidence et mourut en 1642.

Au début de son livre, Jean-Pierre Luminet écrit : « Le livre que vous tenez en main a été écrit pour divertir mais aussi pour instruire. » Pari réussi.

 

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5 commentaires sur “JEAN-PIERRE LUMINET.

  1. Tycho Brahé, Johann Kepler… tout les opposait : l’âge, la naissance, la fortune, le caractère, jusqu’à leur apparence physique. Le premier, un lion, est né au Danemark ; de ses ancêtres vikings, il a gardé le cheveu flamboyant, la gloutonnerie d’un ogre, la violence barbare, prête à éclater à la moindre occasion. L’autre, un renard, est né vingt-cinq ans plus tard, en 1571, dans une misérable auberge en Forêt-Noire ; son visage est grêlé par la vérole, mangeant peu, buvant moins encore et ne riant jamais. L’un avec sa fortune va bâtir le plus grand observatoire de tous les temps sur l’île de Venusia et devient le despote du royaume d’Uranie – il accumule comme un maniaque des milliers d’observations célestes. L’ autre, frémissant d’une sorte de fièvre qui avait pour nom  » révolte « , rusant avec les puissants, courant les universités et les palais, révèle des capacités prodigieuses de penseur et de calculateur… jusqu’â la rencontre entre les deux hommes : un choc violent, passionnel, presque cruel. De ce duel sortit pourtant un grand vainqueur : la vérité sur l’Univers. Après Le Secret de Copernic, et avec ce nouveau volume de la série Les Bâtisseurs du ciel, Jean-Pierre Luminet, astrophysicien, romancier et poète, fait revivre l’affrontement de ces deux génies qui va changer la vision du monde.

  2. Excellent read, I just passed this onto a colleague who was doing a little research on that. And he actually bought me lunch since I found it for him smile Therefore let me rephrase that: Thanks for lunch!

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