ELIETTE ABECASSIS.

Eliette Abécassis est née en 1969 à Strasbourg. Son père, Armand Abécassis, est spécialiste de la pensée juive. Après les classes préparatoires au lycée Henri IV à Paris, elle intègre l’Ecole Normale supérieure de la rue d’Ulm et obtient l’agrégation de philosophie. Elle enseigne pendant trois ans à l’Université de Caen puis se lance dans l’écriture. Mère de deux enfants, elle vit à Paris.

Elle a écrit de nombreux romans : « Mon père » « La répudiée » L’or et la cendre » « Et te voilà permise à tout homme » « Un heureux événement » « Sépharade ». (voir billets)

Elle a aussi écrit le scénario du film israélien d’Amos Gital « Kadosh ». Elle s’inspirera du scénario pour écrire son roman « La répudiée. »

UNE AFFAIRE CONJUGALE.

Agathe et Jérôme Portal sont mariés depuis dix ans. Ils ont deux jumeaux, Sacha et Max, âgés de six ans. Agathe est parolière de chansons, Jérôme, dirigeant d’une start-up.

Agathe découvre que son mari la trompe. Elle décide de divorcer mais Jérôme n’accepte pas. Agathe se lance dans un véritable espionnage de son mari. Fouille du bureau, du GSM, de l’ordinateur. Elle est obsédée par l’idée qu’après le divorce, elle devrait partager ses enfants avec Jérôme s’il obtient la garde alternée, mais elle n’arrive pas à renoncer au divorce. Elle se torture, devient anorexique, n’assume plus son travail professionnel, mais ne renonce pas. Elle en vient même à se lever la nuit pour consulter le GSM de Jérôme !

Jérôme, lui, ne cesse de la culpabiliser, affirme qu’elle est incapable de s’occuper de ses enfants, la traite de folle et affirme qu’il demandera la garde des enfants.

Comme Agathe a, sur le conseil de son avocate, demandé le divorce pour faute, Jérôme va lui aussi se lancer dans l’espionnage de sa femme, embauchant même un détective privé.

C’est donc une guerre sans merci à laquelle se livrent les deux conjoints. Si Agathe se détruit, Jérôme qui ne s’est jamais occupé de ses enfants, va se transformer en bon père, se servant d’eux comme des pions contre sa femme qu’il ne cesse d’humilier.

Je ne sais pourquoi, Agathe décide de se créer un avatar sur Facebook et elle dialogue avec Jérôme qui ne sait pas qui elle est. Elle se crée un tout autre personnage, dynamique et sympathique. J’avoue que ce n’est vraiment pas crédible mais c’est un sourire dans une histoire bien sombre.

Un moment émouvant est celui où Agathe et Jérôme décident d’annoncer leur divorce aux enfants. « Papa et maman vont se séparer. Papa va bientôt déménager dans une autre maison. » L’incompréhension des enfants est totale. Sacha a ce mot terrible : « Je voudrais ne pas exister. (…) J’aurais préféré ne pas savoir. Maintenant, je sais. Et la tristesse est dans mon coeur. Et je ne pourrai plus jamais l’enlever de mon coeur. »

Il n’y a pas que les enfants qui sont touchés. Agathe et Jérôme cherchent des témoignages chez leurs amis nécessaires à un divorce pour faute. Peu acceptent d’écrire ce qu’ils ont vu pendant des années. Sa soeur Laura lui dira : « Agathe, tu détestes tellement ton mari que cela finit par tout emporter, même notre relation. Tu deviens folle. Ressaisis-toi. »

Agathe sera aussi ulcérée quand elle apprendra que, mariée sans contrat, tout doit être partagé même si elle a entretenu son mari pendant des années.

Ils finiront par divorcer par consentement mutuel avec garde alternée des enfants.

Ce roman laisse perplexe. Eliette Abécassis a, me semble-t-il noirci le tableau. Elle a choisi volontairement d’insister sur le poids du divorce plus lourd pour Agathe que pour Jérôme. Dans une interview à Paris Match elle déclare : « La législation a rétabli le droit des hommes même en allant trop loin. Les hommes n’ont plus à se battre pour obtenir la garde de leurs enfants. Même s’ils souffrent, j’observe qu’ils refondent des foyers très rapidement. Alors que les femmes restent seules. »

Ou encore : « Quand on aborde le divorce, on ne sait pas très bien ce qui nous attend… C’est une traversée de l’enfer. »

Et à la remarque du journaliste que ce sont les femmes qui, à 70 % demandent le divorce, elle répond : « Oui, car elles ont plus d’exigences. Les hommes aiment rester dans leur vie, même si ça n’est pas satisfaisant. Ils ont du mal à trouver le courage de partir. Et ils ne détestent pas la double vie. Ils aiment garder leur foyer, avec d’un côté, la figure de la mère tutélaire et, de l’autre, une vie à l’extérieur. Les femmes, elles, ne peuvent pas supporter ces situations, même si après il leur arrive de regretter de s’être engageés dans la voie du divorce. »

Eliette Abécassis dira aussi qu’elle a vécu cette expérience et que cela a été au-delà de tout ce qu’elle pouvait imaginer. Cela explique sans doute pourquoi son roman est aussi noir. Elle fait de Jérôme un personnage très peu sympathique qui s’acharne sur sa femme et ne cesse de s’attribuer le beau rôle.

Agathe, pour moi, n’est pas plus sympathique. Elle va vraiment très loin dans des actes de malveillance. Eliette Abécassis justifie son personnage en disant : « A partir du moment où l’on dit « Je ne t’aime plus » c’est un anéantissement total. On perd la raison. Mais tout cela reste un mystère. Je n’arrête pas de me poser la question. Nous sommes face au mystère de la haine, de l’amour, du mal. »

Comme toujours, le roman se lit facilement. J’ai cependant été agacée par les monologues d’Agathe. Qu’elle se pose des questions est normale mais l’auteur aurait dû, à mon avis, ne pas s’étendre aussi longuement.

Une phrase amusante résume bien le livre : « Il faudrait divorcer avant de se marier. »

Eliette Abécassis, qui insiste sur le fait qu’on ne découvre vraiment son conjoint que dans le divorce, n’oublie-t-elle pas que, si l’amour rend aveugle, la haine ne vous rend pas nécessairement lucide ?

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