YASMINA KHADRA.

J’ai déjà consacré plusieurs billets à Yasmina Khadra, né en Algérie. Depuis 2001, il vit à Aix-en-Provence.
« Ce que le jour doit à la nuit » -5 novembre 2009.
« Les hirondelles de Kaboul »  – 30 mars 2010.
« L’attentat »  – 15 mars 2011

L’ECRIVAIN.

Mohamed Moulessehoul publie ses livres sous un pseudonyme qui sont les prénoms de son épouse. Dans « L’écrivain » il révèle sa véritable identité et raconte son enfance algérienne.

En 1964, alors qu’il est âgé de six ans, son père l’emmène à l’école des cadets d’El Mechouar. Il veut que son fils devienne officier comme lui. L’auteur décrit la brutalité de la vie à l’école des cadets. Son nom est remplacé par un matricule, il est tondu, a les pieds gelés, est réveillé au son du clairon. Les gradés sont souvent sadiques, la discipline très stricte. De plus, l’école accueille des orphelins qui ont connu les guerres coloniales et font des cauchemars.

« Je m’ennuyais, la tête sempiternellement tournée vers la fenêtre, à contempler le même arbre, le même pan du ciel, la même partie de la cour déserte et grise. Un oiseau en cage, voilà ce que j’étais. Un oiseau interdit, aux ailes rognées, quasiment empaillé, figé sur son perchoir, avec le sentiment d’être aussi minuscule qu’un grain de millet, aussi vulnérable qu’une cible en carton. »

Il trouve un peu de réconfort dans l’amitié avec ses compagnons et l’imaginaire. Il a décidé de devenir écrivain et écrit des poésies plutôt que ce que ses professeurs lui demandent. Même quand son père lui rend visite, il est obligé de se comporter en cadet. « Cadet Moulessehoul Mohamed, à vos ordres, monsieur l’officier. Je restai au garde-à-vous. (…) Mon père garda sa main à son niveau, me dévisagea sommairement, ne remarqua pas ma pâleur, ne s’attarda sur rien… »

Même lors de ses permissions, il ne retrouve pas de réconfort auprès de sa mère. « Je ne me fais pas de souci pour toi, mon grand. Mon âme est tranquille de ce côté. Je ne sais pas comment cela se passe là-bas où tu es, mais c’est pour ton bien. »

Son père, qu’il adorait, va se marier trois fois et ira jusqu’à répudier sa mère. Celle-ci qui n’a même pas trente ans, se retrouve avec ses sept enfants dans un garage désaffecté, au coeur du quartier le plus misérable et le plus malfamé d’Oran.

L’enfant puisera sa force dans la lecture et l’écriture. Elles le sauveront  du désespoir et de la haine qu’il éprouve pour son père.

Lorsqu’il quitte El Mechouar pour Koléa, une autre école militaire qui le conduira jusqu’au baccalauréat, sa vocation d’écrivain se précise. Grâce à certains professeurs, il découvre la littérature, écrit dans une revue et monte une pièce de théâtre dont il est l’auteur.

Il dira plus tard à un journaliste : « L’armée ne m’a jamais empêché d’écrire, elle m’a constamment ignoré. Tout ce qu’elle voulait, et c’est son droit, c’était un officier compétent, discipliné, et je crois l’avoir été de mon côté. Je n’ai rien exigé, rien revendiqué, parce que je savais que la place d’un écrivain quelque part dans un coin de ma solitude, avec l’espoir sans cesse grandissant de retrouver cette lumière qui me permettrait de retrouver la voie qui était foncièrement la mienne : la littérature. »

Il révélera son identité en 2001 après avoir quitté l’armée et s’être exilé en France.

Cependant, il aime l’Algérie. « En Algérie, l’été est un bonheur à lui tout seul ».

Et cette description de la ville de Blida. « C’était une très belle ville, coquette et parfumée, épanouie au coeur des vergers et des champs étincelants. On l’appelait « la ville des roses »; elle était plus qu’une corbeille en fleurs. Elle paraissait se dorer au soleil, semblable à une sultane languissante dont la robe verdoyante recouvrait de féerie les plaines de la Mitidja. »

Le livre est jalonné de réflexions philosophiques. Je retiendrai celle-ci : « Le principe fondamental qui jalonnera ma vie : croire en quelque chose d’abord et surtout ne jamais y renoncer. »

Je dirai qu’il a réussi à suivre ce principe, il est devenu un grand écrivain.

 

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