AMIN MAALOUF.

 

Amin Maalouf est né à Beyrouth en 1949. Il vit à Paris depuis 1946. Après des études de d’économie et de sociologie, il entre dans le journalisme. Grand reporter pendant douze ans, il a effectué des missions dans plus de soixante pays puis s’est consacré uniquement à l’écriture. Léon l’Africain, Samarcande, Le rocher de Tanios, Le Périple de Baldassare, Les Echelles du Levant, Les Jardins de Lumière.

En 1998, il publie Les Identités meurtrières dans lequel il s’interroge sur ce qu’est l’identité. Ce livre a souvent été repris comme un essai de référence. (voir billet du 10 septembre 2008)

LE DEREGLEMENT DU MONDE.

J’ai acheté le livre paru en livre de poche chez Grasset en 2009 ayant beaucoup apprécié Les Identités Meurtrières. Le livre m’a plu, je l’ai lu d’une traite comme un roman et pourtant au moment d’en parler, j’ai été absolument perplexe ne me sentant pas toujours en accord avec l’auteur.

L’essai est sous-titré : « Quand nos civilisations s’épuisent ». De quoi sursauter ! Et Amin Maalouf, dès le début, annonce la couleur : « Nous sommes entrés dans le nouveau siècle sans boussole. Dès les tous premiers mois, des événements inquiétants se produisent, qui donnent à penser que le monde connaît un dérèglement majeur , et dans plusieurs domaines à la fois – dérèglement intellectuel, dérèglement financier, dérèglement climatique, dérèglement géopolitique, dérèglement éthique. »

L’objectif de l’auteur est de prouver ce qu’il affirme dans son avant-propos. Il le fait en trois grands chapitres : Les victoires trompeuses – Les légimitées égarées – Les certitudes imaginaires. Et l’épilogue, au titre surprenant : Une trop longue Préhistoire.

Pour l’auteur, le début du dérèglement est la chute du mur de Berlin où, d’après lui, l’Europe n’a pas su profiter de cet événement. Il ne mentionne pas la réussite de la réunification de l’Allemagne, le bonheur des peuples d’être débarrassés de la tutelle soviétique et même pour certains de pouvoir rejoindre la Communauté européenne ou le rêve d’y parvenir.

Je ne comprends donc pas pourquoi il prend la chute du mur de Berlin comme le début du dérèglement de la planète. Il affirme pourtant qu’un vent d’espoir avait soufflé sur le monde et que la fin de la confrontation entre l’Occident et l’Union soviétique avait levé la menace d’un cataclysme nucléaire. Je ne crois pas, comme il l’affirme, qu’on ait cru en ce moment que la démocratie allait couvrir toute la planète.

Il est très critique sur la Communauté européenne et certaines sont certainement fondées, la construction de l’Europe est difficile, la difficulté d’unir des nations jalouses de leur souveraineté est réelle mais est-ce, comme il le dit, parce que l’Europe a perdu ses repères ?

Je touche là une des critiques que je fais à l’auteur, il affirme mais éprouve des difficultés à prouver ce qu’il dit. Pourtant le livre n’est pas sans intérêt. Les pages historiques sont, à mon avis, les meilleures du livre. Ainsi consacre-t-il une longue étude sur l’échec de la construction de l’unité arabe.

J’ai retrouvé aussi l’auteur des Identités Meurtrières dans plusieurs affirmations. Un exemple : « La Légitimité, c’est ce qui permet aux peuples et aux individus d’accepter sans contrainte excessive, l’autorité d’une institution, personnifiée par des hommes et considérée comme porteuse de valeurs partagées »

Je le rejoins aussi quand il dit  « Ce n’est pas en prônant un retour illusoire aux comportements d’autrefois que l’on pourra faire face aux défis de l’ère nouvelle. » Pour lui, sortir du dérèglement qui affecte le monde ne pourra se faire qu’en adoptant une échelle de valeurs basée sur la primauté de la culture. Il explicite en disant : « Nous sommes de plus en plus nombreux à vivre plus longtemps, et mieux; forcément guettés par l’ennui, la peur du vide, forcément tentés d’y échapper par une frénésie consommatrice. Si nous ne souhaitons pas épuiser très vite les ressources de la planète, il nous faudra privilégier autant que possible d’autres formes de satisfaction, d’autres sources de plaisir, notamment l’acquisition du savoir et le développement d’une vie intérieure épanouissante ». Un bel idéal mais qui m’apparaît, dans l’état actuel du monde, rongé par la pauvreté, fort utopique.

Autre affirmation très forte, présentée comme un reproche aux puissances européennes : ne pas avoir voulu imposer leurs valeurs au reste du monde : « De ce fait, c’est une faute impardonnable que de transiger sur les principes fondamentaux sous l’éternel prétexte que les autres ne seraient pas prêts à les adopter. Il n’y a pas des droits de l’homme pour l’Europe, et d’autres droits de l’homme pour l’Afrique, l’Asie, ou pour le monde musulman. Aucun peuple sur terre n’est fait pour l’esclavage, pour la tyrannie, pour l’arbitraire, pour l’ignorance, pour l’obscurantisme, ni pour l’asservissement des femmes. Chaque fois que l’on néglige cette vérité de base, on trahit l’humanité, et on se trahit soi-même ». Hélas ! l’actualité actuelle montre que ce n’est pas si simple. Il suffit de voir la difficulté qu’à la communauté internationale pour répondre aux demandes des opposants syriens, pour ne citer qu’eux.

Il revient, comme il l’avait fait dans les « Identités Meurtrières » sur l’humiliation des Arabes qui n’ont d’autre choix que de se réfugier dans la religion pour y retrouver de la dignité. Mais il appelle l’Europe à combattre le communautarisme : « En notre époque guettée par une dérive communautariste d’ampleur planétaire, « enchaîner » les femmes et les hommes à leur communauté religieuse aggrave les problèmes au lieu de les résoudre. C’est pourtant ce que font de nombreux pays d’Europe lorsqu’ils encouragent les immigrés à s’organiser sur une base religieuse, et qu’ils favorisent l’émergence d’interlocuteurs communautaires. »

Je l’ai dit, au début, j’ai aimé le livre mais j’ai regretté que les raisonnements ne soient pas plus rigoureux. J’espère cependant ne pas avoir trahi l’auteur même si un résumé est par définition une amputation d’un livre. Que le lecteur lise ce post comme des réflexions obligatoirement subjectives, j’ai retenu ce qui m’a touchée.

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