SCIENCE ET BOUDDHISME.

Dans son livre « Le Cosmos et le Lotus » Trinh Xuan Thuan tente d’expliquer pourquoi selon lui, le bouddhisme peut être en accord avec la science moderne.

Il part d’un constat : « La science n’a rien à dire sur la manière de conduire notre vie. »  Tout le monde sera d’accord avec cette affirmation. Il ajoute que la science ne suffit pas à nous rendre heureux même si elle a allégé notre quotidien. Elle n’est pas non plus propre à développer les qualités humaines indispensables au bonheur car « elle est incapable d’engendrer la sagesse ». Etudiant, il a pu constater que de grands scientifiques qu’il admirait étaient parfois de médiocres individus dans la vie courante. « Les scientifiques ne sont ni meilleurs, ni pires que la moyenne des hommes. »

Il est vrai que l’histoire abonde en exemple de grands esprits dont le comportement n’est pas glorieux. On connaît la manière dont Newton s’est comporté envers Leibniz l’accusant de lui avoir volé l’invention du calcul infinitésimal. Que dire des physiciens allemands Philipp Léonard et Johannes Stark, tous deux Prix Nobel de physique qui ont soutenu le nazisme et sa politique antisémite allant jusqu’à proclamer la supériorité de la science allemande sur la science juive ? Il en profite pour rendre hommage à Einstein qui a eu un sens aigu de la morale et de l’éthique, militant après Hiroshima et Nagasaki, pour l’interdiction des armements nucléaires.

L’auteur rappelle que le bouddhisme est la tradition spirituelle de son enfance. Il se souvient des grandes fêtes bouddhiques  qu’il célèbrait avec sa mère. Sa rencontre avec Mathieu Ricard va lui permettre d’approfondir sa connaissance du bouddhisme. Scientifique comme lui, ils ont eu de longues conversations qui déboucheront sur l’admirable livre « L’infini dans la paume de la main » publié chez Fayard  en 2000. Il acquerra la conviction que » la science et le bouddhisme représentent l’un comme l’autre une quête de la vérité, dont les critères sont l’authenticité, la rigueur et la logique, leurs manières d’envisager le réel ne devaient pas déboucher sur une opposition irréductible, mais au contraire sur une harmonieuse complémentarité. »

Le premier principe bouddhique que l’auteur met en évidence est le concept d’interdépendance. Toute chose ou tout être ne peut exister de façon autonome ni en être sa propre cause. Le monde est comme un vaste flux d’événements reliés les uns aux autres et participant tous les uns des autres. Le bouddhisme ne nie pas les lois physiques ou mathématiques mais affirme qu’il y a une différence entre la façon dont le monde nous apparaît et sa nature ultime.

Pour illustrer ce principe d’interdépendance l’auteur donne l’exemple d’une pomme. Nous en connaissons, par nos sens, la forme, la couleur, la taille mais si nous élargissons notre réflexion, nous devrons penser au pommier, à la lumière du soleil, à la pluie, la terre et nous serons incapables d’isoler une identité autonome de la pomme. La désignation « pomme » apparaîtra bien comme une construction de l’esprit. Ainsi le bouddhisme affirme que l’existence de la pomme n’est pas autonome mais interdépendante.

Poursuivant son raisonnement, l’auteur se retournera vers la science disant : « La physique moderne a non seulement démontré l’interdépendance du monde des particules et de l’univers, mais elle a aussi mis en évidence l’intime connexion de l’homme avec le cosmos. (…) Nous sommes tous faits de poussières d’étoiles. Frères des bêtes sauvages et cousins des fleurs des champs, nous portons tous en nous l’histoire cosmique. Le simple fait de respirer nous relie à tous les êtres qui ont vécu sur le globe. »(…) Quand un organisme vivant meurt et se décompose, ses atomes sont libérés dans l’environnement, puis intégrés dans d’autres organismes. »

Autre interconnexion découverte par la science, nous sommes tous liés les uns aux autres génétiquement, nous descendons de l’Homo habilis. Nous savons maintenant que, par exemple, nous partageons 99,5 % de nos gènes avec les chimpanzés. Nous nous rappelons combien les découvertes de Darwin avaient fait scandale à son époque.

Autre principe du bouddhisme, la vacuité c’est-à-dire l’absence d’existence propre. « Ce concept de changement perpétuel et omniprésent rejoint ce que dit la cosmologie moderne : tout bouge, tout change, tout évolue, tout est impermanent, du plus petit atome à l’univers entier en passant par les galaxies, les étoiles et les hommes. »

L’auteur, comme Einstein avant lui, s’émerveille du réglage minutieux de l’univers, un équilibre extrêmement délicat « d’une précision comparable à celle dont devrait faire preuve un archer pour planter une flèche dans une cible carrée d’un centimètre de côté qui serait placée aux confins de l’univers. »

Il existe une question à propos de laquelle le bouddhisme peut entrer en conflit avec la cosmologie moderne, les origines de l’univers. Mais il souligne que la science elle-même n’a pas de réelle réponse, des hypothèses existent que je pourrais résumer ainsi –  ceux qui croient en une multitude d’univers –  ceux pour qui notre univers est unique. La science n’a pas les moyens de trancher entre ces deux hypothèses.

L’auteur lui fait le pari d’un univers unique qui ne serait pas le fruit du hasard. Il justifie sa position par la beauté, l’harmonie du monde, la merveilleuse organisation du cosmos. A mesure que la physique a progressé, les cosmologues ont pu constater qu’il existe une profonde unité dans l’univers et que les phénomènes qu’on croyait distincts ont pu être unifiés.

L’auteur va plus loin en affirmant que la vie et la conscience n’ont pas émergé par hasard. « Parce que l’observateur et le phénomène observé sont interdépendants, il était inévitable qu’un être conscient émerge dans l’univers pour l’observer et lui donner un sens. » Pour lui l’existence de l’être humain est inscrite dans les propriétés de chaque atome, étoile ou galaxie et dans chaque loi physique qui régit l’univers.

L’auteur soulève un autre problème : la créativité scientifique doit-elle être contrôlée ? Il ne le pense pas : « Si, à cause des dangers potentiels de certaines recherches scientifiques, nous interdisons de chercher, nous risquons de passer à côté d’innombrables bienfaits qu’elles sont susceptibles de nous apporter. »

Il rappelle ce qu’il a toujours affirmé, la vulgarisation scientifique est nécessaire pour alerter le public sur des applications potentiellement dangereuses. Un autre de son crédo est que le scientifique a le devoir de ne pas oublier son humanité. Il rejoint ainsi son adhésion au bouddhisme : « Pour un bouddhiste, le bien et le mal n’existent pas en soi. Il n’y a de bien et de mal qu’en termes de bonheur et de souffrance causés à soi-même ou à autrui. Si je réussis à faire naître en moi une attitude altruiste telle que je sois viscéralement concerné par le bien des autres, cet altruisme devient le plus sûr guide de mon jugement. »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s