DOMINIQUE FABRE.

 

Dominique Fabre est né à Paris en 1960. Il passe son enfance dans une famille d’accueil puis en internat. Autodidacte, après deux années de khâgne, il obtient une maîtrise de philosophie à l’université de Nanterre. Tout en vivant de petits boulots, il envoie des manuscrits à plusieurs maisons d’édition. A vingt-trois ans, il s’installe quelque temps à la Nouvelle-Orléans. Revenu  en France, il travaille dans le tourisme et sur des chantiers d’appartement. Il y rencontrera sa femme avec qui il aura deux enfants. Devenu correcteur de presse, il rencontre, auprès des habitués d’une cafétaria, un chômeur qui deviendra le personnage de son premier roman « Moi aussi un jour, j’irai loin. » paru en 1995 et qui vient d’être réédité aux Editions de l’Olivier.

Ses ouvrages suivants « Fantômes » (2001), « Mon quartier » (2002), « La serveuse était nouvelle » (2005), « J’attends l’extinction des feux », (2008), « J’aimerais revoir Callighan » (2010) sont marqués par son enfance : l’absence du père, la famille d’accueil, la banlieue.

MOI AUSSI UN JOUR, J’IRAI LOIN.

Pierre Lômeur est au chômage depuis trois ans. Il vit seul dans un appartement au rez-de-chaussée. « Quoi qu’il en soit, à mon réveil, le jour est déjà bien entamé, depuis quelques mois j’en suis venu à dépasser les dix heures du matin. 10 heures10, 10 heures 20, à chaque fois je regarde ma montre ».

Comment occuper son temps lorsqu’on est chômeur et qu’on a rarement l’occasion de trouver du boulot ? Il erre dans les rues, mal à l’aise : « Car il me vient à l’esprit des choses étranges, depuis que je suis dans la mouise, c’est ma claustrophobie, j’ai peur qu’on me découvre d’un seul coup d’oeil , parfois, il suffit d’un regard quand je marche dans la rue pour que je perde contenance, je rougis jusqu’à la racine de mes cheveux, qui sont ternes et que je perds. Mais qu’est-ce qui lui est arrivé ? J’ai l’impression qu’ils se disent. Regardez-moi ce type, il est foutu, rien à faire. »

Mais Pierre va faire des rencontres. Thérésa, une polonaise, qui travaille dans une cafétaria, avec qui il a une liaison mais qui le quittera brusquement pour retourner en Pologne, voir son père malade. Il mange dans ce bistrot tenu par un marocain, tous les dimanches, d’une escalope milanaise accompagnée de spaghettis ou de poulet-frites. « Par souci d’économie, je ne mange du pain qu’à midi, comme je suis à charge de la société, je me prive, je ne veux pas en abuser. »

Cette réflexion reflète bien ce qui est Pierre. Discipliné, il se rase tous les matins, entretient son appartement, essaie de résister à la détresse, au sentiment qu’il pourrait devenir fou. « Depuis que je n’ai plus de travail, c’est comme si je n’avais plus besoin de parler. Il faut que je me méfie, à force, c’est inquiétant. »

Cherchant du travail, il rencontre un entrepreneur, Roger Lambert, qui va l’engager pour quelques semaines mais lui marque un profond mépris. « Qu’est-ce qui distinguait Lambert et moi ? M’était-il supérieur ? Parfois, je me demande. Qu’est-ce qui fait qu’un homme vaut plus qu’un autre ? Je marche dans la rue, nous marchons dans les rues. Quoi que nous soyons, nous n’aurons jamais fini de nous croiser jusqu’à la mort. »

Une autre rencontre va amener à Pierre  à se poser des questions sur lui-même. Après avoir longtemps hésité, il entre dans un bus de la Croix-Rouge où Bernard aide les nouveaux arrivants. Il va mentir, prétendre qu’il vient de Rouen, qu’il est serrurier et vit à l’hôtel. « Je devais être fou. Il n’y avait pas d’autre explication. Pourquoi j’aurais fait ça sinon ? Ce soir-là je connus la honte. »

Pierre fera d’autres rencontres mais ce qui va changer sa vie, c’est un infarctus. Il se retrouve à l’hôpital et réfléchit à sa vie. Son compagnon de chambre a besoin de somnifères pour dormir. Il lui donne les siens.  » Je ne voulais pas dormir. Je préférais rester allongé dans la nuit¸à tout me souvenir, tout Lômeur en entier »

Sorti de l’hôpital, il apprend que c’est un ami qui lui a sauvé la vie. Et pour la première fois, il se dit : « Moi aussi, un jour, j’irai loin. » L’espoir, enfin !

Raconter la vie d’un chômeur, sans mièvrerie, sans fausse sentimentalité, n’est pas une tâche facile. Dominique Fabre y parvient. Si son personnage se pose beaucoup de questions, il se réjouit aussi des brefs instants de bonheur comme sa rencontre avec Thérésa ou Annie, son émerveillement devant les arbres : « Vrai, le printemps vient toujours pareil : un jour on lève la tête, les platanes et les marroniers ont des feuilles. Et ça, c’est extraordinaire : les arbres sont verts, verts à tel point qu’on se demande comment ils font. »

Un très beau livre, attachant, bien écrit, d’une grande sensibilité.  

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