MADELEINE BOURDOUXHE.

 

Madeleine Bourdouxhe est née à Liège en 1906. Elle a fait des études de philosophie à Bruxelles. Résistante lors de la Seconde Guerre mondiale, elle refusa de publier ses nouvelles chez les éditeurs parisiens contrôlés par les Allemands. Secrétaire perpétuelle d la Libre Académie de Belgique à partir de 1964, elle est décédée en 1996.

Actes Sud a publié deux autres de ses livres « A la recherche de Marie »(2009) et « Les jours de la femme Louise ». « La femme de Gilles » a été traduit dans le monde entier et adapté au cinéma par Frédéric Fontey. Paru chez Gallimard en 1937, il a été publié par Actes sud en 2004.

LA FEMME DE GILLES.

Madeleine Bourdouxhe met en scène un couple marié, Elisa et Gilles, leurs deux petites jumelles et un bébé qui naît au cours du récit. Ceux-ci forment une famille très unie. Elisa est très amoureuse de son mari  et ne vit pratiquement que pour lui. Elle est bien, comme l’indique le titre du livre, « La femme de Gilles ».

Tout bascule lorsque Gilles trompe sa femme avec Victorine, la plus jeune soeur d’Elisa. Celle-ci est une jeune fille très attirante, volage, peu impliquée dans ses actes. Elisa dira d’elle : « Sans doute n’a-t-elle pas de coeur et c’est ainsi que la vie ne la marque pas. »

Elisa est d’abord soupçonneuse mais finit par admettre que son mari la trompe. Elle ne dit rien, espérant sauver son mariage en se taisant. Mais elle souffre. Ne sachant à qui se confier, elle va se confesser et loin d’avoir la compréhension qu’elle attendait, elle a droit à un discours que je juge ahurissant, même pour l’époque : « En face des épreuves que Dieu nous envoie, gardez-vous de toute révolte contre le Seigneur. (…) Pour votre pénitence, vous direz une dizaine de chapelets » Elle, qui a gardé intact l’amour pour son mari, qui a continué à accueillir sa soeur comme avant, sans lui faire de reproche, qui s’est gardée de mettre sa mère au courant, se sent seule, désemparée. « Oui… supporter encore et sans révolte l’indifférence de Gilles, mais avec l’espoir qu’il reviendra vers elle… Et ne se leurre-t-elle pas en ayant foi en son seul amour ? »

Gilles va finir par se confier à Elisa lorsqu’il apprend que Victorine le trompe. « Ce n’est pas une amourette… c’est (…) comme un feu, un grand feu.. (…) ou comme une rage. (…) Le malheur c’est que c’est une drôle de gamine, avec elle on ne sait pas à quoi s’en tenir. (…) Elle est à moi… je veux qu’elle soit à moi… Elle m’appartient nom de Dieu, elle l’a dit au début. »

Quelle cruauté dans cet aveu ! Et Elisa pense plus à la peine de Gilles qu’à la sienne. Elle va devenir sa confidente, ira même jusqu’à lui suggérer ce qu’il devrait faire pour garder Victorine.

L’attitude d’Elisa a de quoi surprendre le lecteur. De femme de Gilles, je pourrais dire, qu’elle devient sa mère. « Regarde… je te mets un morceau de tarte en plus de tes tartines… Et il la remercia d’un sourire. C’était toujours cela de gagné, et pour Elisa c’était déjà beaucoup. »

Gilles va apprendre que Victorine a décidé d’épouser Lucien Maréchal qui tient en ville un commerce de tabac et cigares. Il ne le supporte pas. Il lui fait une scène épouvantable, la bat avec rage, menace de la tuer. Elisa entend et se précipite : « Elle poussa la porte, vit Gilles, forme monstrueuse, arc-boutée, et sous lui le corps de Victorine qui paraissait tout petit. Elle saisit Gilles aux épaules, l’écarta brusquement en arrière. Elle aida Victorine à se relever. »

Elle devra encore subir les reproches de sa mère. « Il l’a bien arrangée, ton mari (…) Je plains les enfants d’avoir un pareil père ! Toi, tu le supportes tant pis pour toi… Mais qu’il ne remette plus les pieds ici. » Ainsi, Victorine n’a rien dit de sa liaison. Et avec cynisme, elle ajoute :« Eh bien ma chère, si tu savais ce qui se passait, tu aurais pu garder ton mari chez toi ! » Elisa s’en va, sans rien dire et, plus surprenant, c’est encore à Gilles qu’elle pense. « Comme elle va devoir l’aider, le soutenir. »

La vie semble reprendre comme avant. Elisa espère quelque temps que son mari guéri sera à nouveau amoureux d’elle. Mais Gilles est brisé et désormais incapable d’amour et d’émotion. Elisa perd pied et réalise qu’après tant d’efforts il n’y a plus d’amour. Elle, la courageuse, se suicide.

Le récit est conduit tout en nuances, en émotions et fines observations, la langue est limpide, le personnage d’Elisa inoubliable.

Ce livre m’a replongé dans ma jeunesse. Gilles est ouvrier, Elisa ne travaille pas mais le couple n’a pas de difficulté financière. La seule distraction est de prendre le train pour passer un jour à la campagne ou le cinéma. Elisa est complètement accaparée par les tâches ménagères. Elle entretient minutieusement une pièce où entrent seulement les visiteurs « la pièce de devant ». Les  enfants sont baignés dans une bassine d’eau. Gilles déjeune d’oeufs et de lard, ce qu’on appelait dans ma jeunesse « une fricassée ». Elisa accouche à la maison, un accouchement appelé « délivrance » et reste au lit plusieurs jours. Elle allaite le bébé un mouchoir étendu sur son sein parce que les petites sont là. Et puis, dernier souvenir, vous allez rire, la tarte. Non pas servie comme un dessert mais mangée n’importe quand, et qui, pour petits et grands, sert de « réconfort »

J’ai aimé, à travers le livre, retrouver le temps de ma jeunesse. Même si je n’ai pas vécu tout cela personnellement, j’en ai été témoin.

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