ELIE WIESEL.

Elie Wiesel est né à Sighet, en Roumanie, le 30 septembre1928. A quinze ans, il a été déporté avec toute sa famille à Auschwitz-Birkenau, puis à Buchenwald. Il y perdra ses parents et sa soeur. Libéré par les Américains, il passe une dizaine d’années en France durant lesquelles il fait des études de philosophie à la Sorbonne. Il relate son expérience de la shoah dans sa première oeuvre « La Nuit ». En 1963, il devient citoyen américain et enseigne à l’université de Boston. Il a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1986. Avec son épouse Marion, il a fondé « La Fondation Elie Wiesel pour l’Humanité ».

Son oeuvre est très nombreuse : romans, essais, commentaires de la Bible. (voir billet du 7 novembre 2008 et du 11 novembre 2010.)

COEUR OUVERT.

L’auteur raconte son opération d’urgence, à coeur ouvert, à New York. Il a quatre-vingt-deux ans. Le livre pourrait être banal, simple récit d’une intervention bien maîtrisée actuellement par les chirurgiens. Mais Elie Wiesel revoit toute sa vie et se pose des questions sur ce qu’il en a fait et sur Dieu.

La shoah, d’abord. Il a voulu en parler pour que rien ne soit oublié. Il se pose une question essentielle : « Ai-je accompli mon devoir de rescapé ? Ai-je tout transmis ? Trop peut-être ? »

Son combat contre la haine, qu’il a voulu inlassable et dont il doit bien avouer qu’il a été une défaite. « Une fois les camps libérés, je m’en souviens, nous étions convaincus qu’après Auschwitz, il n’y aurait plus de guerre, plus de racisme, plus d’antisémitisme. Nous nous sommes trompés. D’où un sentiment proche du désespoir. (…) Comment comprendre les atrocités au Rwanda, au Cambodge, en Bosnie…? »

Sa réflexion l’amènera à se poser des questions sur la nature humaine. « Est-ce hier – ou autrefois – que nous avons appris combien l’être humain peut atteindre la perfection dans la cruauté plus que dans la générosité ? » Pourtant, son credo est de croire en l’homme, en l’amitié, en l’amour, en la possibilité qu’a chacun de s’opposer à la haine, de choisir la compréhension plutôt que le mépris.

Dieu. La question qui l’a taraudé toute sa vie est « pourquoi ? » »Pour moi, c’est un fait indéniable : il est impossible d’accepter Auschwitz avec Dieu, ni sans Dieu. Mais, alors, son silence, comment le comprendre ? »

Elie Wiesel ne répond pas à la question, comme on le fait souvent, en évoquant le libre arbitre que Dieu a laissé aux hommes. Il justifie sa foi par le refus « d’être le dernier d’une chaîne remontant très loin dans ma mémoire et dans celle de mon peuple. » Il ajoute que les vraies questions, celles qui concernent le Créateur et sa Création ne peuvent obtenir de réponse. « Seules les questions sont éternelles, les réponses ne le sont jamais. » Cet aveu : « J’avoue m’être élevé contre le Seigneur, mais je ne l’ai jamais renié. »

La mort, enfin. Quand il apprend qu’il doit être opéré, il a peur de mourir. Sentiment bien humain. Il l’accepte pourtant difficilement : « Ai-je peur de mourir ? Dans le passé, en y songeant, je pensais que la mort ne m’effrayait pas. » Bien sûr, il se raccroche à tout ce qu’il désirait encore faire, à ses étudiants qui lui ont apporté beaucoup de choses, à sa femme, son fils, ses petits-enfants à qui il avait encore tant de choses à raconter.

Il ne se sent pas prêt à mourir tout en ajoutant : « Est-on jamais prêt ? » Il rappelle que la religion juive plutôt que de conseiller de passer sa vie à se préparer à mourir comme le font certaines philosophies « sanctifie la vie et non la mort. »

L’ultime question sera : « ai-je changé ? » J’attendais cette réponse : non, je demeure le même. Et il ajoute : « Je sais combien chaque moment est un recommencement, chaque poignée de main une promesse et un signe de paix intérieure. »

J’ai beaucoup aimé le livre. Elie Wiesel dit, comme toujours, les choses simplement et avec un réel accent de vérité sans tomber dans l’émotion facile que le sujet du livre aurait pu faire naître.

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