FRANCIS VEBER.

 

QUE CA RESTE ENTRE NOUS.

J’avoue que je ne connaissais pas Francis Veber quand j’ai reçu ce livre.  Il est pourtant un dramaturge, dialoguiste, scénariste célèbre. « Le jouet », Le Dîner de cons », « Le Placard », « L’Emmerdeur », » Le téléphone rose », « Le grand blond avec une chaussure noire », « Le Magnifique ». Il est aussi le scénariste de « La cage aux folles » d’Edouard Molinaro.

D’emblée, moi, qui d’habitude, n’aime pas ce genre de livres, j’ai été séduite par le ton, l’humour, les portraits parfois féroces des nombreuses célébrités, réalisateurs ou acteurs. Il faut y ajouter des anecdotes de cinéma ou de théâtre, ses réflexions sur la difficulté d’un scénariste toujours en quête d’inspiration.

SA FAMILLE.

Francis Veber est né à Neuilly, en 1937, d’un père juif et d’une mère arménienne. « Ma mère était une jolie femme. Elle avait des yeux superbes et un peu trop de nez, mais elle disait elle-même que les Arméniennes avaient les yeux qui lançaient des éclairs et le nez qui servait de paratonnerre ». Elle écrit des romans à l’eau de rose pour faire vivre sa famille. Quant à son père : « Nous sommes quasi arrivés ensemble dans sa vie, les Allemands et moi. C’était trop pour lui. Les Allemands ne s’en sont pas rendus compte, moi si. Emprisonné dans sa chambre, il avait des réactions violentes de taulard et l’enfant que j’étais en souffrait. Il m’a fallu longtemps pour cesser de le détester et commencer à le plaindre. » Francis Veber est l’héritier d’une longue lignée d’écrivains dont l’un des plus célèbres est son grand-oncle Tristan Bernard.

LES DEBUTS.

Il fait des études médiocres : « En fait, si j’apprenais tout par coeur, ce n’était pas seulement par peur des professeurs, mais parce que je n’aimais pas apprendre. Mémoriser, c’est juste un exercice. Ca ressemble à mâcher du chewing-gum, les mâchoires travaillent, mais on n’avale rien. »  Bac en poche, il commence la médecine, son père voulait absolument lui éviter une carrière littéraire. Quatre années, qui ne le mènent à rien, il est dégoûté par la chirurgie : « En un coup de bistouri, la jeune fille a cessé d’être une statue pour devenir une pièce de boucherie. » Il bifurque à la Faculté des sciences où il restera deux ans avant d’arrêter ses études. Le service militaire fera de lui un reporter. Il rencontre Philippe Labro et Jacques Séguéla. Il entrera ensuite comme stagiaire à RTL, trois années pendant lesquelles Armand Jammot, le rédacteur en chef, n’arrêtait pas de répéter : »J’attends qu’il soit près de la porte pour le virer. » Il écrira pourtant un spectacle avec Jacques Martin « Petit patabon » qui sera un bide mais pour lui, une entrée dans le monde du spectacle. Philippe Labro lui présentera Gilbert Goldschmidt, un producteur de feuilletons télévisés. Echec de la série projetée puis pour d’autres feuilletons mais rencontre avec Edouard Molinaro et Alain Poiré, rencontres décisives pour sa carrière.

LE THEATRE – LE CINEMA.

Il avait envie d’écrire, il se décide pour le théâtre. Il travaillera six mois à « L’enlèvement » dont il dira lui-même que c’était une mauvaise pièce. « Je ne connaissais rien au théâtre et je me suis vite trouvé confronté au problème le plus torturant de la dramaturgie : la construction. » Echec jusqu’au miracle, une bonne critique de Jean-Jacques Gautier. Puis, ce sera « L’Emmerdeur », la création de son personnage, devenu culte, François Pignon, qui sera interprété par sept comédiens différents.

SON DESTIN.

Je trouve intéressant de reproduire ce qu’il dit de son destin, en parlant de son personnage : « Comme lui, j’ai été précipité dans une aventure qui m’a toujours dépassé. Si je n’avais pas été chassé de Radio Luxembourg, je serais devenu d’abord un vieux journaliste, puis un journaliste à la retraite. Je doute que j’aurais eu le courage d’écrire une première pièce en ayant un travail à plein temps. Je suis arrivé dans le showbiz comme Pignon dans la banque des « Fugitifs ». J’étais aussi maladroit que lui et comme lui, j’ai été entraîné dans des situations imprévues. Dans mon cas, ce fut le théâtre, le scénario, la mise en scène, l’Amérique, autant d’épisodes que j’ai traversés sans avoir jamais l’impression de tenir le volant de ma vie dans mes mains. »

SES PORTRAITS.

Ils sont innombrables : Lino Ventura « un homme exceptionnel mais incroyablement chiant »;  Jacques Brel : « Brel a eu beaucoup de mal à entrer dans « L’Emmerdeur ». N’étant pas du tout un acteur de comédie, il avançait à tâtons dans le rôle, malgré le soutien de Ventura et de Molinaro »; Philippe Labro : « un ami »; Jacques Séguéla : « un sourire de lézard dans une peau qui s’écaillait »; Jean Poiret : « un des hommes les plus drôles que j’aie rencontré »; Alain Poiré : « exceptionnellement intelligent »; Luc Besson ; « un homme très attachant qui avait l’air d’un gros nounours »; Claude Berri : « Petit, trop vite chauve, au bord du bégaiement, il n’avait rien pour plaire et c’était un séducteur »; Philippe de Broca : « mon plus mauvais souvenir de scénariste » Et tant d’autres : Pierre Richard, Gérard Depardieu, Dany Boon… Impossible de les citer tous.

REFLEXIONS.

 » les producteurs n’aiment pas les auteurs, qu’ils considèrent comme des traits d’union caractériels entre leurs profits et eux-même. »

« Ce n’est pas simple d’adapter sa propre pièce. Je l’ai fait pour L’Emmerdeur et Le Dîner de cons et, chaque fois, j’ai eu l’impression de m’emparer d’un corps vivant, l’oeuvre théâtrale, et de le dessécher pour le mettre dans cette boîte de conserve qu’est le cinéma. »

« On sait à quel point le théâtre est une loterie. »

Le livre de Francis Veber m’a fait entrer dans un monde que je ne connaissais pas. Un monde de showbiz, de rivalités, de jalousies mais aussi d’amitié. J’ai compris combien le métier de scénariste ou d’acteur pouvait être éprouvant.

Le lecteur appréciera la galerie de photos qui se trouve au milieu de l’ouvrage : affiches de films, photos d’acteurs et de sa famille. Plusieurs pages émouvantes du livre sont consacrés à sa femme Françoise, ses enfants, ses grands-parents, ses oncles qui ont joué un rôle important dans sa vie.

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