SIX MOIS SANS GOUVERNEMENT.

 

Comment qualifier cette longue période : utile ? inutile ? courageuse ? scandaleuse ?

Sans points d’interrogation, je peux dire : une période de dissimulations, de mensonges, d’allers et retours, de mépris du citoyen, des électeurs, de méfiance, de haine…

Des négociations uniquement constitutionnelles, sans même parler de BHV pourtant à l’origine de la chute du gouvernement, sans aucune prise en compte de la situation économique et des risques de voir la Belgique sombrer comme la Grèce,  du triste spectacle donné à l’étranger, d’une volonté des politiques d’accroître leur pouvoir, sur leur région.

Un hold up sur la Belgique, une Belgique trahie, humiliée.

Des négociations où le fric semble être la dominante principale. Au nord, bien sûr, mais au sud aussi. Plus de compétences, plus de moyens. Et cette affirmation ahurissante des négociateurs : il faut une réforme équilibrée qui n’appauvrira aucune région ! L’impossible.

Comment en est-on arrivé là ? Revenons en arrière. Le marrant d’abord de la campagne électorale : le PS : 150 de sécurité sociale ! Grande victoire socialiste ! Le CDH : l’union fait la force ! Je dis « marrant » car bien vite oublié.

La première surprise vient des déclarations d’Elio Di Rupo. La victoire écrasante de la NVA l’oblige, dit-il, à débuter les négociations à partir de leurs demandes. Un entretien avec Bart De Wever scelle leur accord. Elio Di Rupo sera Premier ministre, Bart De Wever accepte de ne pas parler de la loi de financement et du rejet des libéraux.

Dans sa conférence de presse, avec son lyrisme habituel, Di Rupo affirme : « Vu les résultats des élections en Flandre, nous savons que le centre de gravité de la Belgique se déplacera de l’Etat fédéral vers les entitées fédérées. » Que les socialistes, régionalistes depuis 1960, acceptent volontiers ce programme n’a rien d’étonnant. Le désir d’une wallonie toute rouge, dominée uniquement par eux, ce n’est pas neuf. Exclure les libéraux et faire alliance avec le CDH et Ecolo, non plus. Et la justification est vite trouvée : puisqu’il s’agit de transférer des compétences aux régions, il est logique de négocier avec ceux qui gouvernent les régions ! Question naïve : la réforme sera définitive, l’Olivier aussi ? Plus récent, la Fédération Wallonie-Bruxelles, déjà proclamée par le FDF.

Je ne vais pas revenir dans ce court billet sur tous les événements qui ont jalonné ces six mois. Fin de la mission d’informateur de Di Rupo après la volonté de la NVA de mettre quand même sur la table la réforme de la loi de financement. Rejet rapide de la note de Bart De Wever, appel à des spécialistes, bal d’échanges de notes etc.

Je ne puis quand même pas passer sous silence le scandale du plan B. Une aubaine que de rendre Bart De Wever responsable de la scission de la Belgique, ballon d’essai enterré par les économistes qui vont démontrer l’impossibilité de ce scénario. Retour en arrière, protestations, discours embarrassés et une phrase martelée : nous ne voulons pas la fin de la Belgique. Vraiment ! Et pour appuyer cette déclaration : c’est la première fois que nous devons négocier avec un parti nationaliste. La fin de la Belgique est inscrite dans les statuts de la NVA. Oui, mais Bart De Wever a dit cent fois que pour lui, elle arriverait mais qu’il ne la verrait pas ! L’excuse est un peu facile même si je peux admettre que certains se disent que Bart De Wever pose les jalons d’une future scission. Si les socialistes ne sont pas nationalistes, ils sont régionalistes. Fédéralisme, confédéralisme, même les mots ont perdu leur sens.

Je ne dirai certainement pas que Bart De Wever a rendu les négociations faciles. Non, mais tout de même, PS, CDH et ECOLO savaient clairement ce que la NVA souhaitait. Alors la sempiternelle question : « mais que veut-il vraiment? » est bien bizarre. Les négociateurs savaient, savent ce qu’il veut. Ils sont entrés dans son jeu et ne savent plus comment en sortir.

Il y a autre chose que je n’ai pas compris. Les socialistes affirment que ce que veulent les libéraux, se préoccuper du Fédéral avant de voir quelles compétences transférer aux régions, est nuisible pour la Belgique. A propos du MR, j’aurais voulu que Didier Reynders ne se contente pas de dire qu’étant en dehors des négociations, il n’était au courant de rien En se basant uniquement sur ce qui était dans les journaux, il pouvait expliquer à ses électeurs ce qui était réellement en train de se passer. Pourquoi ce silence ? Dans l’espoir d’être associé, comme le veut Bart De Wever, bien conscient des difficultés qu’il rencontrera quand on abordera, enfin ! , le socioéconomique ? Je ne sais pas.

Pourquoi n’avoir jamais envisagé un autre scénario ? Quatre régions autonomes, Bruxelles aux Bruxellois comme le veut la population, répondre aux souhaits des Germanophones. Difficile, certes, mais la seule piste envisagée ne semble-t-elle pas sans issue ? 

Après six mois, le pessimisme n’a jamais été aussi fort. Oubliées les affirmations maintes fois entendues, « nous sommes proches d’un accord ». Nous en sommes là : la question la plus posée est : « qui osera tirer la prise ? »

Je pense à ce que disait Aristophane : « Il faut être rameur avant de tenir le gouvernail, avoir gardé la proue et observé les vents avant de gouverner soi-même le navire ».

 

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2 commentaires sur “SIX MOIS SANS GOUVERNEMENT.

  1. 6 mois sans gouvernement… Il y a des fois où je me demande si ce ne serait pas une chance!
    Moi, citoyenne française, je suis d’accord pour qu’on vous prête le nôtre pendant 18 mois! Si ça peut vous dépanner, j’en serais ravie!
    Je sais bien que le cynisme ne résoudra aucun problème politique et/ou social qu’il soit belge ou français, mais ça défoule un peu!…
    Amitiés.

  2. Merci Lou. L’agaçant c’est que les conséquences sont graves. Les négociateurs ne tiennent aucun compte de la situation économique du pays. Ils sont bornés et le pire c’est de penser qu’en cas d’accord, ce sera encore pire.
    Amitiés.

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