ELIO, BART ET LES AUTRES.

 

J’avoue que dimanche soir, en apprenant qu’Elio Di Rupo allait remettre au Roi sa démission de préformateur, j’étais très contente. Naïvement, j’imaginais qu’un autre préformateur serait désigné et pourrait, presque, repartir d’une feuille blanche. Le lendemain, à mon réveil, la phrase qui tue : le roi a refusé la démission !

J’ai donc assisté au concert de louanges du travail accompli par Elio Di Rupo et attendu avec impatience la conférence de presse. Je suis bien d’accord qu’Elio Di Rupo a fait un énorme travail, avec dit-on, patience et obstination. Mais j’ai sur le coeur les concessions énormes faites par les Francophones.

Dans sa conférence de presse, il s’est une nouvelle fois exprimé d’abord en néerlandais. Cela commence à bien faire. Le discours est le même qu’à la première conférence de presse. Il a accepté de continuer par « devoir » pour « sauver » le pays, éviter le « chaos » dans lequel la Belgique serait plongée s’il échouait. Il a insisté sur « la confiance » indispensable.

La réponse de Bart De Wever ne s’est pas fait attendre. Nous voulons des garanties pour le financement de Bruxelles et la loi de financement. Il ajoute qu’il veut négocier uniquement avec Elio Di Rupo, car un accord est impossible en prenant en compte l’avis de sept partis, même des petits !!! Cela peut paraître surprenant mais m’apparaît logique quand je me rappelle comment Elio Di Rupo a commencé sa mission de préformateur.

1. Il loue le travail de l’informateur. Je rappelle que Bart De Wever s’est contenté de recevoir les présidents de parti, d’écouter, de noter et de se taire.

2. Elio Di Rupo a rencontré longuement Bart De Wever avant d’entamer sa mission. Ils se sont donc mis d’accord pour commencer par la régionalisation, avant de parler de BHV, avant de se préoccuper des problèmes sociaux économiques.

3. Cette stratégie acceptée, il ne restait à Elio qu’à persuader le CDH et les Ecolos que transférer énormément de compétences aux régions était bon pour tous. Treize milliards d’euros !

4. Oubliés les tabous comme la sécurité sociale qui devait intégralement rester au Fédéral, la fiscalité, et tout le reste qui, de facto, fait du Fédéral, ce que voulait Bart De Wever, une coquille vide.

5. Bart De Wever a donc, de l’avis même des politologues et éditorialistes flamands obtenu beaucoup mais surprise ! il revient sur son accord avec Elio, et veut revoir la loi de financement.

6. Colère d’Elio mais il cède. Prudemment ils s’en tiennent à des énoncés de principes, avec comme d’habitude, une interprétation différente au nord et au sud. Même l’ordre, dira Dave Sinardet, est important et différent de chaque côté de la frontière linguistique.

7. Ils abordent le dossier BHV, avec confiance du côté francophone, puisqu’ils ont déjà tellement donné. Et c’est l’échec. Le CDH tient bon. Il s’agit de son avenir.

8. Nouvel essai d’Elio Di Rupo, nouvelles concessions, même les allocations familiales sont scindées à Bruxelles, une absurdité pourtant dénoncée par les spécialistes. A ma grande stupéfaction, les partis sont d’accord, sauf la N-VA et le CD&V.

9. Le préformateur admet son échec et se rend chez le roi.

Ce rapide résumé met bien en lumière ce qu’est la grande réforme de l’état. Une réforme copernicienne, le centre de gravité de la Belgique se déplaçant vers les régions.

Cette façon d’envisager la future Belgique a l’air de rencontrer l’adhésion. Mais, le hic, c’est qu’en ne voulant pas faire de Bruxelles une région à part entière, on se retrouve devant le même blocage, BHV et le refinancement indispensable de Bruxelles.

Je pourrais presque dire, heureusement ! car à long terme, les Wallons et les Bruxellois allaient finir par voir qu’ils avaient été bernés. Les dégâts engendrés par une réforme constitutionnelle ne sont parfois visibles qu’à long terme. Il suffit de relire l’histoire de ces cinquante dernières années.

Je voudrais aussi revenir sur un point important, la discrétion absolue imposée pour réussir. Je pense toujours qu’il fallait éviter les petites phrases prononcées après des réunions dans lesquelles les nerfs des négociateurs sont mis à rude épreuve. Cependant, je continue à dire que pousser jusqu’à l’absurde, c’était une erreur. Il y a quand même eu des fuites, des interprétations, des démentis. Je pense par exemple à la scission des allocations familiales qui avait suscité un tollé, le démenti d’Elio et finalement la certitude que c’est bien cela qui est envisagé.

Et maintenant ? Elio et Bart sont brouillés, paraît-il, mais les journalistes et politologues continuent à affirmer qu’ils sont obligés de s’entendre. Une autre arme a été trouvée, la menace d’un chaos qu’on nous présente comme irréversible parce qu’il n’y a pas de solution B. Vraiment, les Francophones ne peuvent pas présenter un schéma de la Belgique autre que celui voulu par les Flamands, pire par les nationalistes ? Alors, c’est grave.

Elio Di Rupo est régionaliste depuis toujours. Les socialistes sont demandeurs d’un  état wallon, donc ils soutiennent leur patron. Mais les autres ? Comment ont-ils pu accepter tout ce qu’on leur a fait avaler ? Comment peuvent-ils lire tous les jours que les Francophones ont fait beaucoup de concessions, les Flamands, aucune ?

Pour moi, c’est un mystère. J’espère que la volonté d’Elio Di Rupo d’être Premier ministre et d’entrer dans l’histoire comme celui qui a réussi où tout le monde a échoué, ne nous mènera pas trop loin, vers des rivages d’où on ne revient pas.

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