BUIZINGEN : ET APRES ?

 

Comme toute la Belgique, j’ai été sous le choc après la catastrophe de Buizingen. Les émissions spéciales se sont succédé, les médias ont livré une abondante information : entretiens avec les navetteurs, les syndicalistes, les cheminots, les responsables des secours, les patrons d’Infrabel et de la SNCB.

Après l’émotion, très vite,  les questions ont été posées sur les causes de l’accident. L’administrateur délégué d’Infrabel a déclaré que, si un système de freinage automatique avait existé, l’accident aurait pu être évité. Déclaration faite dans l’émotion et nuancée dès le lendemain. Et pourtant ! Les cheminots, eux, ont tout de suite affirmé que la sécurité sur le rail n’était pas assurée : formation raccourcie pour les cheminots, conditions de travail déplorables, entretien insuffisant du réseau. Cette déclaration de l’un d’entre-eux : « Il est plus glorieux pour un politique de couper le cordon d’inauguration d’une gare que de s’occuper de l’entretien des rails. » Déclaration faite dans l’émotion mais tout de même.

 L’enquête établira les responsabilités. Elle sera longue, des semaines, des mois ou plus.

Dès à présent, des faits sont absolument avérés. Rien n’a été fait après la catastrophe de Pécrot, sauf l’amélioration des communications. De 2001 à 2005, Infrabel et la SNCB n’ont pas installé le système de freinage automatique. Les dirigeants justifient leur attitude par leur attente du système européen. Or, rien ne les empêchait d’installer leur propre système comme ils l’ont fait après 2005. Résultat 40 % du réseau est équipé et le pire, c’est qu’ils n’envisagent pas d’aller plus vite, même après ce qui vient de se passer.

Autre vérité, les deux sociétés ont préféré investir dans le TGV ou les gares que dans la sécurité, et cela, c’est grave. Maintenant, les administrateurs-délégués accusent l’Europe ce qui est facile mais non justifié. D’où la question qu’on peut légitimement se poser : quelles leçons tireront-ils de la catastrophe ? La Hollande, en 1960, la France, en 1980, ont pris des mesures après des catastrophes ferroviaires, la Belgique restera-t-elle le seul pays ou, une fois l’émotion passée, rien ne change ?

Bien sûr, le risque zéro n’existe pas. Il pourra toujours y avoir des défaillances humaines. Des feux rouges brûlés.

N’empêche, une fois de plus, je me dis que les décisions sont prises par quelques-uns sans que nous soyons informés, ou même informés, sans que nous puissions agir.

J’ai l’année dernière parlé du projet Diabolo. Un investissement très coûteux fait pour le TGV et pour la liaison Anvers/Zaventem qui a causé des dégâts considérables dans certaines communes. Aucun recours. Même quand les communes se sont opposées, rien n’y a fait, elles n’avaient qu’un droit « d’avis » pas plus.

Après l’émotion, c’est l’indignation, la colère mais malheureusement une quasi-certitude : ceux qui détiennent le pouvoir continueront à décider ce qu’ils veulent, à privilégier la rentabilité. Comme toujours. Comme dans tout.

L’avenir m’apparaît bien sombre. Le réseau est déjà surchargé. Le nombre de voyageurs augmente. C’est une nécessité,  bon pour l’environnement, mais une menace pour la sécurité.

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2 commentaires sur “BUIZINGEN : ET APRES ?

  1. « …ceux qui détiennent le pouvoir continueront à décider ce qu’ils veulent, à privilégier la rentabilité. Comme toujours. Comme dans tout. »

    En soi, ce n’est pas le problème.
    Cela le devient lorsque la rentabilité devient l’unique objectif, la rentabilité inconditionnelle, la sur-rentabilité aveuglante.
    Le secteur de l’aviation (civil et fret) a prouvé que sécurité et rentabilité sont conciliables. Le consommateur paie vraiment peu ce type de déplacement en comparaison avec le rail et, au niveau environnement, l’avion n’est pas si catastrophique (en moyenne 2l/100km de kérozène par personne d’après ce que j’ai pu lire).

  2. Merci pour votre commentaire.
    Je suis d’accord avec ce que vous dites mais ce qui apparaissait clairement après Buizingen, c’est qu’on n’avait pas fait les investissements nécessaires malgré l’engagement de la SNCB et d’Infrabel. Je pensais aussi à d’autres domaines comme les hôpitaux, certains services publics, la poste par exemple. Je voulais surtout insister sur le peu de pouvoir que nous avons en tant qu’électeur sur les choix faits par le politique.

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