CONCEPTION ANTIQUE DU BONHEUR.

 

La revue « Le Point » publie régulièrement des numéros hors-série. Une revue a comme thème : « Le bonheur. Les textes fondamentaux ». Les auteurs choisis sont ceux qui parlent du bonheur, non ceux qui le nient. Au total, trente-six textes allant de l’Antiquité à nos jours en passant par les religions du Livre et les sagesses d’Orient.

 Comme dans toute la collection, le lecteur trouve un texte original à droite et sa clé de lecture à gauche. Un lexique et une bibliographie complètent la revue.

Le premier article, écrit par Pascal Bruckner, est titré : « La tyrannie du bonheur ». Le lecteur y retrouvera les idées exprimées dans son livre « L’Euphorie perpétuelle. Essai sur le devoir de bonheur. » (billet d’aôut 2009). Nous constituons probablement les premières sociétés dans l’histoire à rendre les gens malheureux de ne pas être heureux. »

Je me suis intéressée à la première partie : Sagesses antiques. De tous ces textes ressort une certitude, venant d‘Aristote : « Tout le monde aspire au bonheur, mais certains y atteignent, d’autres pas ». Ou encore, Sénèque : « Vivre heureux, c’est ce que tout le monde veut, mais quand il s’agit de dire en quoi cela consiste, personne n’y voit clair. »

Ainsi, contrairement à ce que beaucoup affirment, la recherche du bonheur était déjà très présente dans l’Antiquité. Pour faire simple, je dirais que tous les philosophes  parlent de la crainte commune à tous les hommes : la mort. Autre constante : le bonheur peut se trouver ici-bas. Plus tard, les religions,  mettront plutôt l’accent sur le bonheur après la mort.

La revue reprend des textes de Platon, Diogène, Aristote, Epicure, Cicéron, Sénèque, Epictète, Marc-Aurèle, Cicéron. Mon choix est plus restreint et certainement très subjectif.

Diogène est probablement le plus connu des philosophes, pour ses provocations et sa vie dépouillée. D’après la légende, il dormait dans un tonneau, errait dans les rues avec un bâton, se moquait des intellectuels de son temps. Pour lui, le bonheur se trouvait dans une ascèse quotidienne : « Entraînée à la douleur, la vie quotidienne peut devenir un vrai bonheur; le malheur vient de l’absence de discipline. »

Je ne résiste pas à rappeler une anecdote très connue. Il prenait le soleil au Cranélon ; survint Alexandre qui lui dit, en se tenant devant lui : « Demande-moi ce que tu veux. »  » – Arrête de me faire de l’ombre ! » répliqua Diogène.

Epicure, qui avait fondé son école de philosophie à Athènes, était surnommé « Le philosophe du Jardin ». » Il ne faut pas craindre les dieux, qui n’interviennent pas dans la vie humaine, ni la mort, puisqu’avec elle disparaît toute sensation. » « Le bonheur consiste à éviter la souffrance du corps et le trouble de l’âme en privilégiant les désirs nécessaires, comme boire et manger. » Une austérité qui est loin de l’image que nous en avons, les bons vivants se disant, à tort,  « épicuriens ».

Cicéron, comme les stoïciens, comme Sénèque lient le bonheur à la vertu. Il ne peut échoir qu’à un homme libéré de ses passions.

Pour Epictète, le malheur consiste à s’attacher à ce qui ne dépend pas de nous : le pouvoir, la richesse, les propriétés, les amis, les amants, les enfants…et même notre propre corps. Ces « biens » peuvent s’altérer ou disparaître. En revanche, nous pouvons apprendre à maîtriser nos jugements, nos désirs, notre volonté. « Ne demande pas que ce qui arrive arrive comme tu le désires; mais désire que les choses arrivent comme elles arrivent, et tu seras heureux. »

Une anecdote illustre l’importance qu’Epictète accordait à la maîtrise de soi. On raconte en effet qu’avant de fonder son école, il était l’esclave d’Epaphrodite, un riche affranchi qui avait la réputation d’être cruel. Un jour, ce dernier lui fit tordre la jambe. Epictète lui aurait dit : « Si tu continues, elle va se casser. » Advint ce qui devait arriver… Sur quoi le sage ajouta : « Je t’avais dit qu’elle allait casser… » Les commentateurs y voient l’exemple d’une « contrariété » possible, contre laquelle le stoïcien ne peut rien, sinon rester maître de lui-même.

Que penser de cette conception du bonheur ?  La « vertu » rend-elle heureux ? Que répondre ? Il faudrait d’abord définir ce qu’est la vertu dans le monde actuel…  Certains philosophes  prônent le détachement comme condition du bonheur.  Luc Ferry dira : « la possession des biens si ardemment convoités ne nous rend guère meilleurs ni plus heureux qu’avant. » Pour André Comte-Sponville : « Accepter que le réel soit exactement ce qu’il est, c’est la seule façon de l’aimer et de le transformer. » Ou encore : « La sagesse n’est pas d’aimer le bonheur, c’est d’aimer la vie, heureuse ou malheureuse. Tant qu’on espère le bonheur, c’est qu’on n’est pas heureux. Cessez de l’espérer : vous verrez qu’il s’approche, voire qu’il est déjà là. »

Je n’ai qu’une certitude : nous désirons tous être heureux…

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