ALEXIS SALATKO.

Alexis Salatko.Né dans les années soixante, Alexis Salatko est le petit-fils d’un émigré russe. Il a passé sa jeunesse à Cherbourg, où son père s’était établi comme médecin. Au cours des années quatre-vingt et nonante, il est journaliste et chroniqueur à « Ouest France » et La Presse de la Manche ». Il est aussi directeur de la collection « Rivages d’encre » aux éditions Isoète.

Parallèlement, il a écrit des romans, notamment : « Le Tigre d’écume », « Le Couturier de Zviska », « S’il pleut, il pleuvra », » Vingt-deux nuances de gris », « La fille qui hurle sur l’affiche »

Il est aussi scénariste et co-scénariste de fictions pour la télévision et le cinéma avec Roman Polanski et Didier Decoin. Dans la préface de « Horowitz et mon père » Roman Polanski raconte sa rencontre avec Alexis Salatko, en 1978, sur le  plateau de tournage de « Tess », en Normandie. Observateur assidu, curieux, très vite, Alexis s’est intégré dans l’équipe. Ils se sont retrouvés pour le tournage de « Pirates ».

HOROWITZ ET MON PERE.

Dimitri Radzanov, le père du narrateur, s’est souvent battu en duel au piano avec Vladimir Horowitz, au conservatoire de Kiev. Après la révolution d’octobre, Horowitz émigre aux Etats-Unis où il deviendra un pianiste virtuose de renommée mondiale.

Dimitri Radzanov sert dans la Garde blanche, puis, après la capitulation, il doit fuir la Russie Son père et son frère aîné ont été massacrés. Leurs biens ont été confisqués, ils sont ruinés. Ils rejoignent la France, exil rendu possible grâce aux origines françaises, d’Anastasie, la mère.

Dimitri continue à jouer du piano tout en faisant des études de chimiste. Sa mère espère que son fils  deviendra  un grand pianiste. Mais, Dimitri se marie avec Violette, une apprentie comédienne de 17 ans et il entre aux usines Pathé Marconi où il fabrique des disques, notamment ceux de son vieux rival Horowitz, en pleine gloire.

Sa mère, qui n’a jamais accepté ce mariage, qu’elle considère comme une mésalliance, va monter un véritable complot, pour que son fils revienne au piano, abandonné affirme-t-elle à cause de sa belle-fille. Elle se sert de la gloire d’Horowitz, pour piquer l’orgueil de son fils. « Je découvrais ma grand-mère emmitouflée dans son renard bleu, coiffée de sa chapka aux oreilles de caribou, les mains gantées de léopard, chaussée de ses bottines à boutons, prête à monter dans sa troïka, autrement dit son vieux lit à ressorts … Sa principale occupation était d’inventorier des coupures de presse sur Horowitz. Elle ouvrait son album et me faisait voyager dans une vie qui n’était pas la mienne et qui, petit à petit, allait me phagocyter. »

Dimitri reviendra à sa musique, jouant tout en écoutant les disques des grands interprètes, dont ceux de son ancien rival. Les duels reprennent, à distance, pour le grand bonheur de son fils. « Tandis que le géant Horowitz bataillait en scène, en pleine lumière, son obscur compatriote rendait coup pour coup dans un pavillon de banlieue aux volets clos. De part et d’autre de l’Atlantique, les deux hommes reliés par un fil invisible, rivalisaient de brio, frappant les blanches, cognant les noires jusqu’au K.O. Horowitz, groggy, saluait un parterre en liesse. Du fond de sa bicoque en meulière, son fantomatique challenger, tout en chancelant, savourait sa victoire. »

Le livre se terminera par la victoire de Dimitri. Son fils, devenu chirurgien, selon les désirs de son père, l’emmène à New York pour assister au jubilé d’Horowitz à Carnegie Hall. Dimitri n’assiste pas au concert mais son fils, en l’écoutant, n’a aucun doute, le meilleur, c’est son père.

Au-delà de la chronique familiale, Alexis Salatko dépeint la vie d’émigrés russes réfugiés en terre parisienne, leur lutte quotidienne pour s’adapter à leur nouvelle vie tout en conservant le lien avec la patrie perdue.

Dimitri est un personnage haut en couleurs. Ses répliques sont péremptoires. « Si les Français avaient le courage de dire tout haut, ce qu’ils pensent tout bas, nous n’en serions pas là ». Et à propos de l’instituteur : »Un jour il faudra que ton instituteur passe prendre l’apéritif à la maison. Je lui expliquerai qui est Lénine.-Il le sait. – Non, il ne le sait pas. – Mais si, il porte la même barbiche que lui.
– Tout homme intelligent sachant qui est Lénine ne porte pas la barbiche de Lénine ! »

 Le narrateur nous fait voyager dans la France du siècle dernier. Si Anastasie et Dimitri, par leur carrure, dominent l’ouvrage, c’est lui qui lui donne un sentiment d’amour, de chaleur humaine qui en fait un livre attachant. L’humour est aussi un élément clé de cette autobiographie.

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