LE LIVRE DES PASSEURS.

Armand et Eliette BécassisCet ouvrage, sous-titré « De la Bible à Philip Roth, trois mille ans de littérature juive » est coécrit par Armand Abécassis et sa fille Eliette.

 Armand Abécassis est professeur émérite de philosophie générale et comparée à l’Université Michel de Montaigne, à Bordeaux. Je l’ai souvent vu, avec intérêt et plaisir, à la télévision, interviewé par Josy Eisenberg dans l’émission « A Bible ouverte » sur France2. Ils ont écrit en collaboration « La Genèse ou le livre de l’homme », une interprétation de la Genèse, très différente de celle que je connaissais.

 Eliette Abécassis est normalienne, agrégée de philosophie, auteur de nombreux romans dont le dernier « Mère et fille » a été publié en 2008.

 L’objectif des auteurs est ambitieux : présenter en un volume trois mille ans de littérature juive. Dans l’introduction, ils expliquent qu’ils ont repris des textes de Juifs, croyants ou non, de descendants de Juifs ou de Maranes, d’auteurs qui acceptent ou rejettent leur judéité, défendent ou critiquent la religion juive. Ils reconnaissent que leur choix est arbitraire : ils ont choisi ceux qui font partie de leur panthéon personnel. Pour chaque écrivain, le lecteur trouvera un extrait d’une oeuvre, un commentaire du texte choisi et des éléments biographiques.

 La première partie de l’ouvrage est consacrée à la Torah et à différents écrits de la Kabbale ou de philosophes comme Maïmonide, qui a vécu au 12ième siècle.

 Des noms d’écrivains connus se retrouvent dans la partie « Littérature ». Franz Kafka, né à Prague, dans Lettre au père, fait part de son déchirement entre l’impossibilé de ne pas être juif et l’impossibilité de l’être. Joseph Kessel, né en Argentine d’un père d’origine lituanienne, réfugié pour des raisons d’antisémitisme, suit, dans le texte choisi, extrait de Terre d’amour et de feu, les premiers pas de l’Etat d’Israël. Arthur Miller, né à New York dans une famille juive originaire de Pologne, a reçu en 2003, le prix de littérature de Jérusalem, décerné à ceux qui font référence dans leurs oeuvres, à la liberté de l’homme dans la société.

 Les auteurs ont choisi pour Philip Roth, un extrait de mon livre préféré « La Contrevie » dans lequel est posée la problématique juive, entre tradition et modernité, entre individualisme et communautarisme. Dans La Tache, à travers Coleman Silk, doyen d’un collège contraint de quitter son poste pour des raisons de « politiquement correct » est dressé tout le portrait et le procès de l’Amérique des années 1990. Un très beau livre comme d’ailleurs toute l’oeuvre de cet écrivain.

 Dans la partie intitulée « La pensée moderne » se retrouvent Théodor Hertz, inventeur de l’Etat d’Israël, Albert Einstein, dans un très beau texte sur la conception juive du monde, Emmanuel Lévinas, grand philosophe français qui a accompli une synthèse originale entre la phénoménologie et le Talmud, Raymond Aron ,fondateur de la sociologie, qui a revendiqué son judaïsme tout en restant très républicain.

 Je citerai aussi Josy Eisenberg, né à Strasbourg, auteur d’une quinzaine d’ouvrages et coauteur du film de Gérard Oury, Les aventures de Rabbi Jacob. Il anime l’émission juive sur France2, émission très regardée et dont le contenu est varié : interviews, reportages, commentaires de la Torah, description des fêtes juives etc.

 Deux philosophes : Bernard-Henri Lévy et Alain Finkielkraut. Les deux sont connus pour leur attachement à l’Etat d’Israël. Ils ont souvent été critiqués et pourtant le livre d’Alain Finkielkaut Au nom de l’Autre, réflexions sur l’antisémitisme qui vient est modéré.

 J’ai retrouvé deux écrivains que j’apprécie dans la partie « Face au mal » : Hannah Arendt et Elie Wiesel dont j’ai déjà parlé. J’ajouterai la très connue Anne Franck et  Primo Lévi qui déporté à Auschwitz, a écrit l’un des livres les plus marquants sur la Shoah : Si c’est un homme. Il s’est suicidé en 1987.

 Dans « Hors texte »se retrouvent des noms plus étonnants comme Michel de Montaigne, Baruch Spinoza, Karl Marx, Marcel Proust, Emile Durkheim, Henri Bergson, Claude Lévi-Strauss, qui ont leur place par leur origine mais dont il serait trop long de décrire les rapports qu’ils ont eus avec la judéité.

 « L’humour juif » commence par une citation de Peter Ustivnov : »Non seulement les Juifs nous ont donné le Christ et Karl Marx, mais en plus ils se sont offert le luxe de ne suivre ni l’un ni l’autre. »

 Un passage de Woody Allen à propos du sacrifice d’Isaac :
Abraham protesta : « Mais c’est Toi qui m’as dit…
– Ne t’occupe das de ce que je dis, énonça le Seigneur. Est-ce que tu avales tous les bobards qu’on te raconte ?
– Euh…eh bien…non, dit Abraham, honteux.
Alors, je suggère par matière de plaisanterie que tu sacrifies ton propre fils, et toi tu le fais aussitôt sans poser de questions ?

 Et cette finale du dialogue :

Et le Seigneur parla, en sa grande sagesse : « Ca ne prouve qu’une chose : que des crétins suivront toujours les ordres, si imbéciles soient-ils pour peu qu’ils soient formulés par une voix autoritaire, retentissante et bien modulée. »   

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