CATHERINE CLEMENT II

La valse inachevée est inspiré par un épisode authentique de la vie de Sissi, sa rencontre avec un jeune homme, rédacteur au ministère des affaires étrangères, au cours d’un bal, en 1874. Elle entretiendra une correspondance amoureuse sans qu’il sache qui elle est. Le prétexte sert à l’auteur pour nous faire revivre l’Europe des Habsbourgs, les guerres des Balkans et la Vienne de Strauss.

 

La Putain du Diable est une fresque extraordinairement intéressante de la vie des intellectuels français de 1945 à 1989. Le prétexte du livre est un documentaire pour Arte. Deux témoins racontent ce qu’ils ont vécu : le communisme, le structuralisme, Mai 68, le nouveau roman, les nouveaux philosophes mais aussi Freud.

 Tout est expliqué, critiqué, l’époque défile, passionnante. Les portraits de Claude Lévi-Strauss, Jacques Lacan, Michel Foucault, Roland Barthes, Bernard-Henri Lévy, pour ne citer qu’eux, sont brossés sans complaisance, mais avec un accent de vérité qui ne trompe pas. C’est du vécu.

 J’allais oublier d’expliquer le titre : l’expression vient de Luther, qui caractérisait ainsi la Raison.

 Martin et Hannah a été publié en 1999. Catherine Clément imagine une soirée passée en 1975, par Hannah Arendt et Elfride, l’épouse de Martin Heidegger. Les deux femmes, l’amante et l’épouse, règlent leur compte. Chacune revendique le rôle joué auprès d’Heidegger et les reproches s’enchaînent. Hannah reproche notamment à Elfride d’avoir poussé Heidegger dans le nazisme, Elfride lui rappelle le procès Eichmann et les critiques dont elle a été l’objet de la part de la part de la communauté juive.

 Si le livre est entièrement consacré à cette conversation imaginaire, il est entrecoupé par des retours dans le passé d’Hannah. Sa liaison avec Heidegger, entrecoupée d’absences mais dont elle restera amoureuse pendant cinquante ans, ses souvenirs d’enfance, ses mariages, sa vie en Amérique, sa période sioniste, son amitié avec Karl Jaspers, son ancien professeur, trahi par Heidegger, ses doutes, ses interrogations.

 Le livre n’est pas une biographie d’Hannah Arendt puisque sa vie n’est évoquée que dans de courts chapitres ou dans l’affrontement auquel les deux femmes se livrent. On n’y trouvera pas une ligne sur l’oeuvre d’Hannah mais comme dans les autres romans de Catherine Clément, une description de l’époque et un essai d’explication du nazisme d’Heidegger, pour lequel il n’a jamais exprimé le moindre regret.

 Quant au procès d’Eichmann, elle tentera d’expliquer à Elfride sa fameuse phrase : « Le mal est une banalité ». Venue à Jérusalem, couvrir le procès, elle s’attendait à trouver un monstre. Or, elle se trouve en face d’un fonctionnaire discipliné, qui affirme avoir obéi, sans état d’âme. « Elle craint par-dessus tout de découvrir le pire : la banalité du mal lui-même, puisqu’il a fallu que le mal passe par ce bonhomme falot. Pas un instant non plus, elle ne croit qu’elle est en face du vrai coupable. Le vrai coupable est en tous. Sans exception. »

Que puis-je ajouter sur l’écrivain ? Elle a une vaste culture, raconte admirablement. On ne s’ennuie jamais. Ce qui est peut-être le plus étonnant, c’est sa manière d’écrire. Un style familier, beaucoup de dialogues mais aussi de très belles descriptions. Mais, si je devais la caractériser, je parlerais de son côté humain. La manière dont elle passe d’un sujet sérieux à une scène quotidienne, comme la préparation d’un repas, est assez inattendue. On la sent passionnée mais je pense que si elle a choisi le roman, pour des sujets qui auraient pu être des essais, c’est sans doute pour être libre, être non la philosophe, l’intellectuelle, mais Catherine, tout simplement.

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