FOULEK RINGELHEIM.

L’auteur est né en 1938, à Ougrée. Après des études de droit à Liège, il obtient une licence en criminologie à l’ULB et exerce le métier d’avocat jusqu’en 1977, avant de devenir magistrat. Membre du Conseil supérieur de la Justice, il est l’auteur de plusieurs romans et de nombreux articles traitant du droit et de la Justice.

LA SECONDE VIE D’ABRAM POTZ.

Abram Potz est psychanalyste. Il participe toujours aux voyages organisés par les Voyages Hippocrate où il rencontre toujours les mêmes personnes, des médecins et leurs conjoints. A quatre-vingt-six ans, il supporte mal la vieillesse dont il décrit les ravages. Au cours d’un voyage dans les Andes, il décide d’assassiner quelqu’un au hasard. « Derrière le rocher, une plate-forme surplombait le lac et la couronne de volcans qui l’entoure. Un grand type se tenait debout au bord du gouffre, les jambes écartées, les mains sur les hanches. … J’ai fait deux pas en avant, la respiration suspendue. Le type a murmuré : merde, que c’est beau…J’ai levé ma canne à deux mains et je lui ai donné bourrade au creux des reins. Il s’est cabré, ses bras ont exécuté deux moulinets et il a basculé dans le vide sans crier. J’ai entendu le corps rebondir sur la paroi et quelques secondes plus tard un bruit lointain suivi d’un faible écho. »

Il revient au car et participe aux recherches, avec les autres. Il n’est pas soupçonné et commence sa seconde vie, celle d’un tueur en série.

L’auteur nous rend Abram Potz, sympathique alors qu’il devrait susciter en nous de l’aversion non seulement pour ses crimes gratuits, mais aussi pour la haine qu’il éprouve envers tous ceux qu’il côtoie et qu’il décrit, minutieusement, avec une méchanceté qui fait froid dans le dos.

Le livre est aussi un regard implacable sur la société et le sort qu’elle réserve aux vieux. Abram Potz se voit comme quelqu’un qui est regardé avec dégoût, à qui on reproche de coûter trop cher à la collectivité. L’image négative qu’il a de lui-même, il la projette dans le regard des autres.

L’humour est féroce, noir. Cependant, même si sa parano est bien palpable, Abram Potz apparaît paradoxalement comme le témoin d’une société aux vieux oubliés, maltraités, vivant dans une solitude sidérale.

Le roman a obtenu le Prix des lycéens en 2005. Cela bien que certaines phrases que l’auteur met dans la bouche de son personnage aient heurté les jeunes. « Je hais les jeunes autant que je leur fais horreur. Eux et moi sommes faits pour nous haïr : ils sont ce que je fus et je suis ce qu’ils seront. »

Un petit livre passionnant, bien écrit. La fin est un peu surprenante. Abram Potz rêve d’un procès d’Assise, il n’aura pas lieu. Mais ce rêve donne à l’auteur l’occasion de parler de ce qu’il connaît bien, la justice.

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