GENEVIEVE LHERMITTE.

Madame Lhermitte a été condamnée, par un jury populaire, à la réclusion à perpétuité. Une peine plus lourde que celle réclamée par l’avocat général Pierre Rans, mais conforme à son rejet de circonstances atténuantes ou de ce que plaidait la défense, l’état de déséquilibre gravedans lequel elle se trouvait au moment des faits.

Le procès n’a pas répondu aux questions essentielles que tout le monde se posait : « Pourquoi ? Comment en est-elle arrivée là ? »

L’avocat général n’a pas dû se poser la question et ce qu’il a déclaré dans sa plaidoirie est particulièrement odieux : elle représenterait un danger social ! « La carapace risque de sauter sous la pression de ses affect. Elle a encore du mal à ne pas focaliser sur certains faits, certaines personnes. »

Justement, cette phrase donne un début d’explication à l’inexplicable. Geneviève Lhermitte a dit clairement qu’elle voulait emporter ses enfants avec elle, autrement dit, ne pas les laisser à son mari, ni au docteur Schaar. L’a-t-on entendue ?

Les paroles de Bouchaïb Moqadem et du docteur Schaar, après le verdict sont particulièrement choquantes. En clair, « bien fait, elle a eu ce qu’elle méritait ». Pas l’ombre d’un sentiment de culpabilité sur le rôle qu’ils ont tous les deux certainement joué dans la dépression grave de Geneviève Lhermitte. Pire, ils le nient. Comme les maris des femmes battues !Et le cynisme est atteint quand le docteur Schaar, interrogé par un journaliste, sur la non-intervention du psychiatre, après l’appel au secours, déclare : C’est moi qui ai envoyé madame Lhermitte chez lui, c’est à moi qu’il devait parler ».

Son mari lui défend de voir sa famille, l’éloigne de tout, la laisse s’enfoncer dans la dépression, s’en va se promener au Maroc; le docteur Schaar trouve normal d’être en contact avec son psychiatre, insiste sur sa générosité « gratuite ». Vraiment ? Hallucinant !

Pourquoi la justice ne s’est-elle pas posé plus de questions sur les 17 ans qui ont peut-être amené Geneviève Lhermitte à commettre ces crimes horribles? Comment a-t-on pu croire ce qu’affirmaient Schaar et Moqadem ?

Et cette phrase cynique de Motte de Raedt : « Il fallait remettre les pendules à l’heure et c’est ce qu’ont fait les jurés avec sérénité« . Vous avez bien entendu « sérénité« .

Je laisserai le dernier mot à Me Xavier Magnée : « On inflige la peine la plus forte à une femme qui a commis l’irréparable pendant deux heures et on ne connaît pas le mobile. »

Si j’avais le coeur à rire, je dirais : « Même dans les séries policières, la première question posée est : »Quel est le mobile » ?

Il est impossible de faire croire à un homme naturellement aveugle qu’il ne voit pas.

(Montaigne)

Je remercie le journaliste de La libre pour la manière dont il a rendu compte du procès.

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